lafoireauxvanit_sTitre de la mini-série : La foire aux vanités

Réalisateur : James Strong

Année : 2018

Origine : Royaume-Uni

Durée : 5h36 minutes

Avec : Olivia Cooke, Tom Bateman, Claudia Jessie, Charlie Rowe, Johnny Flynn, Michael Palin, Frances de la Tour, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Angleterre, début du XIXème siècle. Becky Sharp est une jeune orpheline sans ressources, mais elle a du charme, de l’esprit et de l’ambition. Bien décidée à s’extraire de sa condition modeste, Becky va user de tous les moyens pour gravir les échelons de la société anglaise…

William Makepeace Thackeray (1811-1863) est un des romanciers les plus célèbres de la période victorienne. Stanley Kubrick a jadis adapté ses Mémoires de Barry Lyndon. Si Barry Lyndon est connu grâce à l’adaptation cinématographique, Thackeray, lui, est encore plus connu pour son autre « best-seller », La foire aux vanités. Paru entre 1846 et 1847 sous forme de feuilleton, cette foire constitue une source intarissable d’adaptations au cinéma à partir de 1911. La dernière date de 2004 avec Reese Witherspoon et Romolai Garai dans les rôles principaux.

Le culte du roman a également donné lieu à de nombreuses séries télévisées par la BBC en 1956, 1967, 1987 et 1998. Cette dernière version faisait jusqu’alors référence en étant une satire féroce des prétentions et une charge contre la noblesse victorienne.

Vingt ans plus tard, la chaîne britannique ITV (la série Poldark, la mini-série Le docteur Thorne), a diffusé à partir de septembre 2018 sa version de La foire aux vanités. Et sans prétention aucune, on peut affirmer qu’elle enterre toutes les autres versions.

lafoireauxvanit_s2Il est évident qu’ITV a déployé des moyens très importants pour que sa série soit la meilleure possible. Dès le début, on comprend que la série va valoir le coup. La photographie est sublime et les décors impressionnent par leur beauté, qu’il s’agisse des extérieurs (tournés dans des lieux variés) ou des intérieurs de belles demeures victoriennes. C’est un véritable régal pour les yeux que d’assister à ce retour dans le passé dans l’Angleterre du XIXe siècle. Le background a été très travaillé et pour donner vie à ce microcosme, les figurants sont également nombreux. Pas de doute, ITV a mis les petits plats dans les grands et ces sept épisodes de 48 minutes donnent plutôt l’impression de voir un film qu’une série télévisée.

Évidemment, l’histoire est toujours la même avec d’un côté l’ambitieuse Becky Sharp, prête à tout pour y arriver et de l’autre la prude Amelia Sedley. Ces deux femmes, qui se sont connues dans un pensionnat, sont également opposées par leur condition sociale. La première est fille d’un peintre désargenté et d’une chanteuse de cabaret quand la seconde est solidement établie dans la bourgeoisie.

Si le synopsis reste le même, le réalisateur James Strong – qui a mis en scène 6 des 7 épisodes – trouve constamment le bon ton pour manier l’art de l’ironie. On sent que le personnage haut en couleurs de Becky Sharp lui plaît beaucoup. Il s’amuse du fait que Becky fasse tourner la tête de tous les hommes qu’elle est amenée à fréquenter. Cette séductrice est un danger qui a pourtant été identifié par certains : « Méfiez-vous, ce qui est piquant finit toujours par vous écorcher ». Becky assume ses choix, faisant d’elle une héroïne dans l’ère du temps : « Aujourd’hui les femmes n’ont plus à se laisser gouverner comme des enfants. »

Cette Rastignac des temps modernes ne recule devant rien, et tout homme disposant d’une belle position sociale ou d’une grande fortune fait partie de ses plans. Les actions amorales de cette dangereuse séductrice forcent le respect. La charge contre cette société victorienne où la bienséance n’est qu’une façade est manifeste. Et puis la série s’attaque aussi à cette prédominance de la naissance où l’on a bien peu de chance de s’élever socialement. Sauf à s’appeler Becky Sharp et à tout faire pour gravir à toutes enjambées les échelons hiérarchiques. Son élévation est d’ailleurs aussi soudaine qu’improbable, donnant lieu à cette réflexion amusée : « quel beau pays que l’Angleterre, une petite gouvernante va rencontrer un roi. »

lafoireauxvanit_s3La série bénéficie du roman originel pour distiller des dialogues ciselés dont on se réjouit à chaque instant du côté sarcastique et franchement très drôle. Mais ITV est aussi parvenu à rajeunir La foire aux vanités. A chaque épisode, un narrateur présente l’action à venir en actionnant le « manège de la vie » avec les principaux protagonistes. Une façon moderne de rappeler qu’il s’agit d’une immense farce. ITV a également entendu dépoussiérer La foire aux vanités en proposant à la fin de chaque épisode une musique célèbre réinterprétée pour l’occasion. Un procédé déjà vu dans une autre série remarquable, La servante écarlate. Et les chansons ne sont pas choisies au hasard, qu’il s’agisse d’un extrait de Material world (Madonna) ou de Running up that hill (Kate Bush). Preuve s’il en était encore besoin que le contenu féministe de cette œuvre est bien plus actuel que ce que l’on imagine. Les principaux protagonistes, Becky Sharp et Amelia Sedley sont d’ailleurs des femmes.

Au demeurant, la série peut se targuer d’une distribution de grande qualité. La belle Olivia Cooke (vue dans Ready player one de Spielberg), au visage poupin, dégage un charisme certain et se révèle d’une réjouissante espièglerie dans le rôle de Becky Sharp. A elle seule, elle attire tous les regards du spectateur. Ce dernier est également amusé par Frances de la Tour interprétant le rôle de Matilda Crawley. Cette femme attisant les convoitises de sa famille et de son entourage en raison de sa fortune. Les piques qu’elle adresse aux uns et aux autres valent le détour.

En adaptant un classique de la littérature britannique, la chaîne ITV a réussi le tour de force de livrer une œuvre moderne, enthousiasmante, sans oublier d’y adjoindre une bonne dose de sarcasme.

Critique parue à l'origine sur le site Ciné Dweller à l'adresse suivante :
https://cinedweller.com/movie/la-foire-aux-vanites-la-critique-de-la-serie-et-le-test-blu-ray/