lafilleaubraceletTitre du film : La fille au bracelet

Réalisateur : Stéphane Demoustier

Année : 2020

Origine : France

Durée : 1h35

Avec : Melissa Guers, Roschdy Zem, Anaïs Demoustier, Chiara Mastroianni, Annie Mercier, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Lise, 18 ans, vit dans un quartier résidentiel sans histoire et vient d'avoir son bac. Mais depuis deux ans, Lise porte un bracelet car elle est accusée d'avoir assassiné sa meilleure amie.

 

La fille au bracelet se présente comme un film de procès. La jeune Lise, porte depuis deux ans un bracelet électronique à sa cheville et est à ce titre assignée à résidence. Elle est en effet l’unique accusée du meurtre de sa meilleure amie, Flora.

En premier lieu, le film va s’attacher durant une heure et demie à nous prouver la culpabilité ou l’innocence de Lise. On va donc vivre de l’intérieur son procès, comme si nous étions un des jurés de la cour d’assises. Voilà pour le côté purement judiciaire. L’autre attrait du film tient à son choix de nous faire vivre le quotidien de Lise.

De façon adroite, La fille au bracelet mélange donc enquête judiciaire et vie privée. C’est sans doute ce qui donne encore plus de force à ce long métrage très réaliste de Stéphane Demoustier, le frère d’Anaïs, à qui il a d’ailleurs dévolu le rôle de l’avocate générale.

Cette dernière n’est ni avocate ni générale. Elle est tout simplement un magistrat représentant le ministère public. Et dans cette affaire elle est aussi raide que la justice, fustigeant tout autant l’attitude de la jeune femme que des pièces semblant l’accabler.

lafilleaubracelet2Ce film de procès est bien le témoin de son époque avec l’utilisation de nouvelles technologies. Ainsi, on se sert d’une vidéo publiée sur les réseaux sociaux ou encore d’une autre vidéo filmée dans une soirée via un smartphone. Jadis, ce genre de preuves n’aurait pas été disponible.

Ces nouveaux éléments accroissent le côté réaliste de ce procès faisant plus vrai que nature. Et Stéphane Demoustier n’aura de cesse d’instiller des éléments de doute dans la tête du spectateur – comme celui des jurés – à mesure que le procès va progresser et apporter de nouvelles pistes de réflexion. Jusqu’à la fin, un suspense sera savamment entretenu pour savoir si Lise est ou non coupable.

En second lieu, le spectateur à s’interroger sur un autre point, tout aussi fondamental. Que Lise soit ou non disculpé, elle et sa famille continueront de toute façon à payer un lourd tribut à la société. En effet, ces gens sont, quoi qu’il se passe, considérés comme des pestiférés, des gens dont on a mis sur la place publique des choses de l’ordre de l’intime. Le film montre bien la césure entre une Lise considérée autrefois comme une jeune fille épanouie et une Lise emprisonnée chez elle et murée dans un silence profond.

Cette fille s’est refermée depuis qu’elle a été accusée. Le film montre bien que cette famille s’est de plus en plus disloquée dans ses relations. Les visages fermés, les longs silences, le manque de communication entre les membres de cette famille, sont autant d’éléments de « preuves ». Quoi qu’il arrive, Lise est et restera coupable. Son geste à la fin du film en est une preuve éclatante.

En troisième lieu, le film s’intéresse à la jeunesse actuelle. La famille, les jurés d’assises, les magistrats, ont finalement bien du mal à comprendre les mœurs de cette jeunesse où l’on peut embrasser quelqu’un en toute légèreté ou changer fréquemment de partenaire sans l’amour soit jamais prise en considération. Dans ce film, l’avocate générale fustige Lise pour ses mœurs dissolues, mais comme le rappelle l’avocate de Lise, sa cliente doit être jugée par rapport à la loi et non par rapport à la morale. Le film décrit une jeunesse libérée ne se souciant guère de la portée de ses actes. Est-ce à dire qu’il y a un fossé générationnel ? Peut-être.

lafilleaubracelet3La fille au bracelet a en tout cas le grand mérite de dépasser le stade du film de procès. Il convient à cet égard de noter que ce long métrage prend le parti de s’intéresser au coupable présumé et à sa famille. D’habitude, le spectateur est placé du côté de la famille de la victime. C’est ce qui rend cette œuvre singulière. Et puis La fille au bracelet brasse bien d’autres thématiques (les relations humaines, la jeunesse) rendant ce film très intéressant.

La distribution est d’ailleurs à la hauteur de l’événement. Melissa Guers, dont c’est le premier rôle au cinéma, nous épate en interprétant le personnage difficile à décrypter de Lise. Roschdy Zem est également excellent dans le rôle du père qui souhaite coûte que coûte sauver sa fille. Anaïs Demoustier joue pour sa part une avocate générale déterminée à condamner la seule accusée dont elle dispose dans cette affaire. Annie Mercier est de son côté remarquable en avocate ayant de la bouteille, défendant Lise avec beaucoup d’a-propos. Seule Chiari Mastrionni apparaît très effacée en tant que mère de Lise, mais son rôle y est pour beaucoup. Lors de ses rares présences, on comprend que son couple a volé en éclats suite à cette affaire, même si tout le monde vit officiellement sous le même toit.

Voilà en tout cas un film fort sur le plan des émotions et très proche du documentaire par son aspect réaliste et sa reconstitution soignée, méritant amplement d’être vu.