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Titre du film : El perdido

Réalisateur : Robert Aldrich

Année : 1962

Origine : États-Unis

Durée : 1h52

Avec : Kirk Douglas, Rock Hudson, Dorothy Malone, Carol Lynley, Joseph Cotten, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Alors qu’elle engage son gigantesque troupeau vers le Texas, la famille Breckenridge reçoit la visite de Brendan O’Malley, un aventurier que le shérif Stribling poursuit pour le meurtre de son beau-frère. Si les deux hommes pactisent le temps de convoyer les bêtes, les embûches se multiplient sur le parcours, naturelles comme une tempête de sable, guerrières comme l’attaque d’indiens rebelles.

 

En 1961, le western américain a déjà derrière lui ses meilleures années. D’ailleurs, John Ford met en scène l’un de ses films les plus faibles avec Les deux cavaliers (à ne pas confondre avec Les cavaliers du même Ford sorti en 1959 et constituant un excellent film). Le western est également en pleine mutation. Durant cette même année, Marlon Brando se mue en acteur-réalisateur. Il gratifie le spectateur d’une œuvre étonnante avec La vengeance aux deux visages. Et Sam Peckinpah réalise son premier film avec New Mexico. Le changement est en marche.

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De son côté, Robert Aldrich est bien connu par amateurs de polars avec le chef-d’œuvre En quatrième vitesse(1955). Il est aussi est l’auteur de plusieurs westerns mémorables tels que Bronco Apache et Vera Cruz (1954). En 1961, à la demande de Kirk Douglas, il réalise un western sur le convoyage d’un troupeau, doublé d’une chasse à l’homme. Rien de neuf sous le soleil. Par ailleurs, on s’attend de la part d’Aldrich à une œuvre dure et assez violente. Le résultat final est à l’opposé de ce que l’on pourrait imaginer.

El perdido est en apparence bien ancré dans le western avec ses longues étendues désertiques, ses canyons, ses endroits accidentés à traverser. Les protagonistes doivent aussi faire face à la présence d’Indiens et de bandits des grands chemins. Du classique en somme. Oui mais cela ne constitue que le background de ce film privilégiant l’aspect psychologique.

Ce western dont on préférera son titre original The last sunset (Le dernier coucher de soleil), est un formidable mélodrame aux relents sirkiens évidents. On retrouve d’ailleurs un des acteurs fétiches de Douglas Sirk, l’excellent Rock Hudson (Tout ce que le ciel permet, Écrit sur du vent). Il tient ici un des rôles principaux avec Kirk Douglas. Dans ce film furieusement romanesque, les deux acteurs sont à l’opposé l’un de l’autre. Rock Hudson est Strigling, un représentant rigoriste de la loi. Kirk Douglas joue O’Malley, un homme affable, recherché pour meurtre ayant rejoint le Mexique. Bon gré mal gré ils vont devoir s’allier pour convoyer un troupeau de vaches. Mais leur périple ne sera pas de tout repos, d’autant qu’ils convoitent la même femme, Belle Breckenridge.

Le spectateur devient le témoin privilégié d’un sublime western mélodramatique. Ce film évite toute mièvrerie contrairement à ce que certains lui reprochent. En effet,  les personnages ont un vécu pesant que l’on ressent constamment. Ils ne peuvent pas échapper à leur passé. La tension entre les protagonistes masculins est d’autant plus forte. Les dialogues donnent lieu à certains échanges verbaux violents et sarcastiques. Kirk Douglas s’est gardé la meilleure part (n’oublions pas qu’il est producteur du film) avec notamment cette réplique cinglante : « votre sœur était une sorte de champagne offerte à tous ceux qui en désiraient ». O’Malley aime passionnément Belle et est prêt à tout pour la conquérir. Il n’hésite pas à déclarer au mari de celle-ci, joué par un Joseph Cotten couard et désabusé : « si je mène le convoi à bon port, j’enlèverai votre femme. » Déterminé et quelque peu menaçant, O’Malley joue également à plusieurs reprises la carte de l’amoureux transi auprès de Belle : « pour moi le temps s’est arrêté dès notre première rencontre. »

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En ces temps où la femme est – à juste titre – remise sur le devant de la scène, qu’en est-il des actrices dans cette œuvre ? Elles tiennent des rôles très importants, à l’instar de leurs homologues masculins. Elles ne sont pas des faire-valoir. Dorothy Malone est à l’aise dans le rôle de cette femme marquée par la vie. Elle sait ce qu’elle veut et ne souhaite pas commettre les erreurs passées. Pour ne rien gâcher, elle dégage une sensualité évidente. L’autre personnage féminin, celui de la fille de Belle, est incarné par une Carol Lynley excellente en femme-enfant s’éveillant à l’amour. Elle est vraiment troublante (ah la robe jaune) et va faire vaciller le cœur d’un de nos protagonistes. Contrairement à ce que l’on a pu lire, le scénario de Dalton Trumbo est loin d’être inabouti.

Il convient également de noter que El perdido aborde de manière frontale la question de l’inceste, en le traitant de façon subtil et mélodramatique. Voilà encore un fait original pour un western… Incontestablement, El perdido est un film atypique, sans doute déroutant pour certains amateurs de westerns. C’est aussi une œuvre aux antipodes de ce que réalise habituellement Aldrich. Même le duel final surprend par sa conclusion inattendue. Ce long métrage est décidément une œuvre mésestimée méritant d’être réhabilitée.

Critique parue à l’origine sur le site Ciné Dweller à l’adresse suivante :

https://cinedweller.com/movie/el-perdido-la-critique-du-film-et-le-test-blu-ray/