candyman0Titre du film : Candyman

Réalisatrice : Nia DaCosta

Date de sortie au cinéma : 29 septembre 2021

Origine : États-Unis

Durée : 1h31

Avec : Yahya Abdul-Mateen II, Teyonah Parris, Nathan Stewart-Jarrett, Tony Todd, etc.

Editeur : Universal Pictures France (site internet de l’éditeur, page facebook, page twitter

En Blu-Ray, 4K UHD, DVD et VOD le 16 février

Synopsis : D’aussi loin qu’ils s’en souviennent, les habitants de Cabrini Green, une des cités les plus insalubres en plein cœur de Chicago, ont toujours été terrorisés par une effroyable histoire de fantôme, passant de bouche à oreille, où il est question d’un tueur tout droit sorti de l’enfer, avec un crochet en guise de main, qui pourrait apparemment être convoqué très facilement par qui l’oserait, rien qu’en répétant son nom 5 fois devant un miroir.

 

Adaptation de la nouvelle The forbidden de Clive Barker, Candyman de Bernard Rose (1992) mettait en scène un des tueurs les plus terrifiants du cinéma avec un Tony Todd habité dans le rôle du tueur noir. Sans compter la musique oppressante de Philip Glass, qui ajoutait un côté mystérieux à ce film d’horreur remarquable.

Vu la qualité de ce long métrage, c’est donc avec une certaine appréhension que l’on apprend la sortie d’un remake du mythe de Candyman en 2021. Nos craintes disparaissent rapidement car le Candyman de la jeune cinéaste Nia DaCosta prend une direction très différente de son glorieux aîné.

candyman1Le mouvement politique Black lives matter (créé en 2013), en faveur des Noirs, et plus récemment le meurtre très médiatisé de George Floyd (2020) par un policier américain, sont passés par là. Autant d’éléments expliquant que Candyman version 2021 ne joue pas uniquement le rôle du boogeyman de service (un croque-mitaine), mais aussi celui symbolisant la vengeance d’un peuple noir opprimé et violenté dans l’histoire des Etats-Unis. La fin du film s’attaque clairement aux violences et bavures policières. L’aspect politique est évident et on le constate à plusieurs niveaux.

Le producteur noir et co-scénariste Jordan Peele est bien connu pour avoir lancé la « black horror » avec ses longs métrages Get out et Us. Il a souhaité que la mise en scène soit confiée à une cinéaste noire, Nia DaCosta.A fortiori, les principaux protagonistes sont noirs. Le film adopte ainsi le point de vue d’un homme noir qui se pose de plus en plus de questions sur le racisme et sur ses origines.

Et puis Candyman pose de manière évidente la question de la gentrification à Chicago, à savoir la transformation de quartiers populaires qui ont laissé place à de beaux buildings réservés à ces catégories sociales plus aisées.

Mais Candyman réussit également le tour de force d’être un bon film d’horreur. Les séquences de meurtres sont variées et devraient ravir les fans du genre, car elles donnent lieu à des scènes bien gratinées, parfois assez gore. La mise en scène est bien soignée et fait preuve d’une certaine originalité. En effet, le célèbre boogyeman n’est visible qu’à travers des miroirs ou des vitres, une façon de perpétuer le mythe de ce personnage éternel.

Un autre élément notable est l’excellente utilisation de jeux d’ombres de marionnettes pour faire notamment le lien avec les événements du film original. Incontestablement, cette technique donne un côté intemporel à l’histoire et apporte même une certaine poésie à l’ensemble.

Le film de Nia DaCosta se veut également une critique amusée du monde de l’art. Au début du film, une journaliste n’hésite pas à interpeller le personnage principal du film, un artiste-peintre en lui déclarant : « Les artistes investissent les quartiers défavorisés dont les loyers très abordables leur permettent de faire de la branlette intellectuelle sans s’embarrasser de l’alimentaire ».

Notre artiste-peintre va d’ailleurs trouver un nouveau souffle à travers le mythe de Candyman en changeant son approche de l’art avec des tableaux de plus en plus sombres. Dans le même temps, son apparence physique va considérablement évoluer, dans un style réaliste évoquant forcément La mouche de Cronenberg. Sauf qu’ici la mouche a été remplacée par une abeille.

candyman3Pour autant, ce Candyman version 2021 n’est pas parfait. Quelques fautes de goût sont notables. On songe notamment au personnage gay du film qui n’apporterien à l’histoire et c’est bien dommage car cela donne une vision réductrice des homosexuels. Par ailleurs, les intentions politico-sociales de cette œuvre sont tellement nombreuses qu’elles mériteraient d’être plus développées. Même si on se doute que l’équilibre entre film sociétal et film d’horreur oblige à faire des choix. Sinon le film dépasserait allègrement les deux heures.

En l’état, le Candyman de Nia DaCosta est une œuvre personnelle, appréciable, n’offense pas son glorieux aîné. Loin de là, même si le film de Bernard Rose demeure un incontestable chef d’œuvre.

 

Caractéristiques du blu ray édité par Universal Pictures France  :

L’image : L’image est de très bonne qualité, qu’il s’agisse des scènes diurnes ou nocturnes du film.

Le son : Le son est lui aussi d’excellente facture et très bien réparti dans l’espace. Le film est visionnable dans plusieurs langues notamment en français ou en version originale avec sous-titres français disponibles. Le doublage français est réussi, même si les puristes préféreront voir le film avec la voix originale des acteurs.

candyman2Les suppléments : Beaucoup de bonus présents sur cette édition, même s’ils sont souvent assez courts. On a droit tout d’abord à une fin alternative (2mn30) plus mystérieuse que la fin finalement retenue. Des scènes coupées et versions longues (5mn50) n’apportent quant à elles pas grand-chose. Le bonus Dis mon nom (6mn46) s’intéresse au cas de Candyman au regard de l’histoire raciale des Etats-Unis. Le body horror (6 mn22) permet de voir la transformation physique du personnage principal et se demande au final : qui est le monstre ? L’oeil de la réalisatrice : Nia DaCosta (4mn48) a le mérite de s’intéresser à cette jeune cinéaste, mais dans un style trop condescendant. Peindre le chaos (7mn17) montre que pour ce film on a fait appel à de vrais peintres, et notamment des artistes noirs en vogue. L’art de Robert Aiki Lowe (4mn54) traite de la musique du film et de la façon dont le compositeur a envisagé succéder à Philip Glass. La terreur dans l’ombre (4mn09) est un module mettant en avant le travail des jeux d’ombre des marionnettes. Le dernier bonus, de loin le plus long (20 mn) Candyman : l’impact du black horror, est un entretien évoquant cette horreur raciale qui a quelque chose de perpétuel. Intéressant, même si on aurait apprécié que les intervenants développent un peu plus leurs propos.


Lien vers la fiche du film sur Cinetrafic :

https://www.cinetrafic.fr/film/57875/candyman