ledernierpiano2Titre du film : Le dernier piano

Réalisateur : Jimmy Keyrouz

Année : 2022

Origine : Liban

Durée : 1h46

Avec : Tarek Yaacoub, Rola Baksmati, Mounir Maasri, Ibrahim El Kurdi, Julien Farhat

Editeur : Blaq Out

En DVD le 23 août 2022

FICHE IMDB

Synopsis : Karim, un pianiste de talent, a l’opportunité unique de passer une audition à Vienne. La guerre en Syrie et les restrictions imposées bouleversent ses projets et la survie devient un enjeu de tous les jours. Son piano constitue alors sa seule chance pour s’enfuir de cet enfer. Lorsque ce dernier est détruit par l’Etat Islamique, Karim n’a plus qu’une idée en tête, trouver les pièces pour réparer son instrument. Un long voyage commence pour retrouver sa liberté.

 

« En 2014, un groupe extrémiste prend le contrôle de l’Iraq et de la Syrie, et dicte une interprétation stricte de la charia islamique ». Voilà comment débute Le dernier piano de Jimmy Keyrouz, histoire de bien mettre le spectateur dans l’ambiance.

L’action se déroule dans une ville (fictive) de Syrie, aux mains des Islamistes. Le territoire est complètement désolé avec des bâtiments détruits de toutes parts. Un environnement digne de Allemagne année zéro de Rossellini. Sauf que pour des raisons évidentes de sécurité et à cause du contexte géopolitique, Le dernier piano n’a pas été tourné en Syrie mais dans un Liban en ruines, la contrée d’origine du cinéaste Jimmy Keyrouz.

ledernierpiano4Dans ce paysage inhospitalier, le film a le mérite de montrer le régime de terreur instauré par les Islamistes. Ces derniers sont omniprésents et particulièrement craints par la population, des contrôles sont effectués lors des check points pour les fuyards ainsi que des descentes inopinées afin de capturer les rebelles. Et puis il y a le quotidien avec des humiliations ou exécutions sommaires en public. Ces personnes sans foi ni loi adaptent à leur façon la charia islamique (« la voie », concrètement la loi islamique codifiant les droits et devoirs des musulmans). La musique est ainsi interdite par l’État islamique.

Ce qui nous amène à l’une des autres grandes thématiques du film : l’art comme lutte contre l’obscurantisme. Dans cet univers de poussière et de mort où l’on risque à chaque rue une mauvaise rencontre ou une dénonciation, la musique devient un refuge contre l’ennemi et les valeurs qu’il symbolise. C’est pour cette raison que le principal personnage du film, Karim, met tout en œuvre pour réparer son piano. Ce dernier devient d’une certaine façon un acte de résistance contre le régime en place. L’art permet – provisoirement – de s’échapper d’un quotidien morne et dramatique, et une façon de proclamer la paix face aux exactions de l’occupant. Le questionnement autour de l’art est un moyen original d’aborder un des conflits en Moyen-Orient, et pas seulement. Ce film fait évidemment écho à la guerre en Ukraine et toutes ces guerres impliquant des civils désemparés.

ledernierpiano3Ce long métrage ne serait pas réussi sans la qualité de sa distribution. L’acteur Tarek Yaacoub est épatant de naturel et synthétise parfaitement l’ambivalence du personnage de Karim : il campe tout à la fois un homme craintif face aux Islamistes mais également une personne déterminée à s’en sortir. Tarek Yaacoub est toujours dans le bon ton, ce qui est fondamental puisque l’on suit ses pérégrinations au gré de ses rencontres. A cet égard, les autres acteurs sont tout à fait crédibles dans leurs rôles respectifs. Aucune fausse note à ce niveau.

Au demeurant, Le dernier piano bénéficie d’une bande son de qualité que l’on doit à un autre libanais de renom : le compositeur Gabriel Yared, César de la meilleure musique de film pour L’amant (1993) et Oscar du meilleur film pour Le patient anglais (1997). Sa musique classique accroît la charge émotionnelle du film.

Toutefois, Le dernier piano n’est pas exempt de quelques anicroches : l’histoire, « inspirée de faits réels » est très romancée. Le cinéaste veut parfois trop en faire au risque d’instaurer un pathos malvenu. Par ailleurs, le scénario est parfois tiré par les cheveux : Karim se sort parfois miraculeusement de situations bien compliquées.

Fort heureusement, les qualités du film évoquées précédemment prennent le dessus sur ces réserves. Le dernier piano constitue une œuvre ayant le mérite d’exister, et de mettre en lumière une situation terrible par le prisme de l’art. Un art comme moyen de résistance. Rien que pour cette raison, ce long métrage mérite d’être vu.

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Caractéristiques du DVD édité par Blaq Out :

L’image : une image d’excellente facture, exempte de défauts. Elle permet d’apprécier l’énorme travail effectué par le chef-opérateur.

Le son : un son bien prenant et parfaitement réparti dans l’espace en dolby digital 5.1 (ou en 2.0 pour les personnes non équipées). Dommage qu’il n’existe pas de doublage français. Mais bon force est de constater qu’un tel film est avant tout destiné à un public cinéphile ayant l’habitude de regarder une œuvre étrangère en VOSTF.

Les suppléments : c’est assez maigre à ce niveau-là. L’interview du réalisateur Jimmy Keyrouz (12 mn31) permet de connaître la genèse du film ou encore les intentions de l’auteur. L’autre module consistant en une interview croisée entre Gabriel Yared et Jimmy Keyrouz est totalement anecdotique, tant sa durée est faible (2 mn04).