Déjantés du ciné

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07 novembre 2009

La proposition

propositionRéalisé par Anne Fletcher
Titre original : The proposal
Année : 2009
Durée : 108 minutes
Avec : Sandra Bullock, Ryan Reynolds, etc.

FICHE IMDB

Résumé : Pour éviter d'être renvoyée au Canada, une éditrice particulièrement craint par son entourage décide d'épouser son assistant qui dispose de la nationalité américaine.

Dernier film en date d'Anna Fletcher, La proposition ne laissait pas augurer d'un film très fameux au vu de sa simple bande annonce. Et pourtant, le film vaut plus que ce qu'il est supposé être à la base, une comédie romantique américaine classique comme on en peut en voir toute l'année sur les écrans de cinéma.

La proposition tire parti d'un scénario plutôt bien fait qui permet au film de se rapprocher des comédies américaines des années 50. En voyant le film et notamment cette femme, éditrice qui est crainte de tous et qui a un caractère très fort, on pense immédiatement aux films de George Cukor. Comme dans ceux-ci, la femme est celle qui porte la culotte. C'est elle qui est le sexe dominant pour le coup.

Sandra Bullock, qui ne fait pas toujours preuve d'une grande finesse dans ses choix de carrière et donc dans les films où elle évolue, est pour l'occasion parfaite dans le rôle de cette femme déterminée qui pense avant tout à sa carrière. Sandra Bullock incarne à merveille le personnage de Margaret Tate, qui a tellement fait le ménage autour d'elle, qu'elle n'a plus d'amis et de famille.

Sandra Bullock, qui fait preuve dans le film à la fois d'une grande classe et d'un autoritarisme mais aussi d'une grande sensibilité, prouve à l'occasion qu'elle a une palette de jeu d'actrice plus variée qu'on aurait pu le penser. L'actrice américaine rappelle même par instants une certaine Katharine Hepburn qui jouait des rôles très masculins chez Cukor.

Pour rendre la pareille à Sandra Bullock, on trouve le jeune Ryan Reynolds (âgé de 12 ans de moins que Sandra Bullock), qui est lui aussi une excellente surprise pour ce film. Il est tout à la fois le gendre idéal et l'acteur qui va faire rire le spectateur, étant à la merci de cette femme autoritaire jouée par Sandra Bullock.

Car si le film marche très bien au niveau des situations vécues, c'est en raison du duo d'acteurs principaux qui est d'abord sur le mode du « Je te hais » et qui passe ensuite sur le mode purement romantique avec des scènes vraiment savoureuses.

Si la réalisatrice n'évite pas toujours les lieux communs ou les scènes un peu faciles, dans l'ensemble son film réserve des moments très drôles. Plusieurs scènes sont de ce point de vue remarquables : on pense ainsi à la scène où Sandra Bullock, en pyjama, vient sauver le chien de la maison familiale des griffes d'un oiseau. Et puis on s'amuse beaucoup de la scène où les deux principaux protagonistes se retrouvent nez à nez, en étant l'un et l'autre nus. Remarquez aussi l'excellente scène avec le stripteaseur Ramone, sur la musique Relax de Frankie goes to Hollywood. Même le générique de fin, qu'il ne faut surtout pas louper, nous réserve un moment très drôle, avec entre autres le fameux Ramone.

De plus, si la réalisatrice Anne Fletcher est loin d'égaler au niveau de sa mise en scène un auteur comme George Cukor, elle arrive tout de même à (légèrement) aborder quelques problèmes qui sont typiques de notre époque. Pêle-mêle on peut citer : l'immigration ; le mariage blanc ; une société qui est de plus en plus individualiste ; une société où la notion du travail est devenue primordiale au détriment d'autres valeurs, telles que la morale ou la famille.

Car rappelons qu'au départ le film La proposition est tout sauf moral. En effet, la proposition  qui justifie le titre du film, arrange nos deux principaux protagonistes : le jeune Andrew Paxton (joué par Ryan Reynolds) est censé épouser sa patronne en échange d'une promotion professionnelle. De son côté en se mariant avec un résident américain, Margaret Tate (Sandra Bullock) évite d'être renvoyée au Canada par le Bureau de l'immigration. Cette proposition amorale n'a évidemment aucun d'autre but que de nous montrer l'évolution des sentiments entre notre duo d'acteurs. La deuxième partie du film insiste d'ailleurs clairement sur le côté romantique du film.

Et puis le film d'Anne Fletcher prône clairement un retour à la source, en insistant sur l'importance de la famille. La cinéaste n'évite pas toujours certaines facilités (notamment les scènes où l'on voit la grand-mère) mais son film est très plaisant à regarder. Il est rempli de bons sentiments qui permettront à tout à chacun de sortir de ce film le sourire aux lèvres. Et rien que pour cela, le film mérite d'être vu.


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30 octobre 2009

500 jours ensemble

ensembleRéalisé par Marc Webb
Année : 2009
Durée : 96 minutes
Avec : Joseph Gordon-Levitt, Zooey Deschanel, etc.

FICHE IMDB

Résumé
: Une histoire d'amour tumultueuse qui est finalement à 'limage de la vie, faite de hauts et de bas, et où rien n'est écrit d'avance.

Réalisé par Marc Webb dont c'est le premier long métrage, 500 jours ensemble est une comédie romantique qui ne manque pas d'attrait.
En effet, on est loin des comédies romantiques typiques avec les recettes très largement éculées. Non, ici dès le début du film (il n'y a qu'à voir le propos introductif du film pour s'en convaincre), on comprend que l'histoire d'amour proposée va sortir des sentiers battus. Car la grande force du film de Marc Webb est de poser une vraie réflexion quant aux relations entre hommes et femmes. Le cinéaste ne choisit pas la facilité. Il aurait très bien pu donner au spectateur ce qu'il attend : une histoire d'amour contrariée entre deux êtres qui évidemment finit bien. Eh bien ici rien de tout ça.

D'abord le réalisateur a pris le parti de déstructurer le récit en donnant un film qui suit une logique certaine mais qui n'est pas linéaire. Pendant un bon moment on jongle au sein de ces fameux 500 jours, en passant par exemple d'une journée où les deux personnages principaux ne s'aiment plus (pas) pour revenir sur les premiers jours de la rencontre ou encore sur les moments agréables de la relation. Marc Webb réussit le tour de force de rendre son film passionnant avec non seulement ce récit éclaté mais aussi et surtout avec une vraie réflexion derrière. Le cinéaste rappelle de façon très juste au spectateur que l'on peut soudainement passer de moments très agréables avec la personne aimée (la scène d'IKEA, la scène de la douche ou encore d'autres scènes très intimistes) à des moments beaucoup moins marrants, dans des lieux identiques, qui sont annonciateurs d'une prochaine rupture.

 

Le film est aussi plus globalement une vraie réflexion sur le couple contemporain, avec la crainte de tout un chacun que l'être aimé nous laisse tomber. Avec un vrai esprit critique et une grande justesse de ton, le cinéaste Marc Webb utilise aussi une mise en scène adaptée au propos du film. Ainsi, lorsque le personnage principal est heureux car il « sort » enfin avec la femme qu'il aime, on a droit à une scène quasi surréaliste avec ce personnage qui transmet sa bonne humeur autour de lui et qui se met à danser avec des gens dans la rue. A l'inverse, lorsque le personnage principal traverse un grave moment de doute où il espère encore pouvoir retrouver l'être aimé, le cinéaste utilise de façon très astucieuse le split screen : on assiste à deux scènes vues de deux façons différentes. La scène dans l'écran de gauche représente les attentes avec l'espoir d'une reconquête, la scène de droite représente en revanche ce qui va réellement se passer. Et là forcément c'est moins drôle. Mais bon, le film, en dehors de ses scènes surréalistes et de son scénario éclaté, n'en garde finalement pas moins un certain réalisme dans les rapports qu'il peut y avoir actuellement entre un homme et une femme.

D'ailleurs, là où le film est également réaliste et particulièrement passionnant, c'est par le point de vue qu'il adopte. On a toujours été habitué à voir ces films qui parlent d'amour du point de vue féminin. Or, ici, dès le début et jusqu'à la fin, on aura le point de vue de l'homme. Le cinéaste Marc Webb évite donc toute caricature ou toute facilité et se permet de rappeler une évidence : les hommes sont également capables de tomber amoureux, de croire au grand amour comme certaines femmes.  L'acteur principal est vraiment très bien car il adopte toujours le ton juste, dans le rôle de ce homme transi d'amour pour sa belle, et qui traverse tantôt des périodes de joie, tantôt des périodes de tristesse. Dans la vie, les choses sont plus complexes qu'on ne l'imagine et ce film le rappelle parfaitement.

Et le film n'en conserve pas moins un certain optimisme. Car le propos du film est clair également à ce sujet. Si on perd l'être aimé, c'est peut-être tout simplement parce qu'il ne s'agissait pas de la bonne personne. Le destin va probablement nous permettre de rencontrer une autre personne avec qui cela va mieux marcher.

 

Bénéficiant d'une excellente bande son (où l'on retrouve entre autres les Smiths ou encore l'excellente chanson She's like the wind, interprétée par feu Patrick Swayze) signée Mychael Danna qui rythme parfaitement les sentiments vécus par le principal personnage du film, 500 jours ensemble ne serait sans doute pas aussi réussi sans son couple vedette qui fonctionne très bien. Si Zooey Deschanel est très bien dans le rôle de Summer Finn, cette femme mystérieuse qui demeure difficilement sondable, une mention spéciale serait à donner à l'acteur Joseph Gordon-Levitt qui donne réellement l'impression d'être le personnage qu'il joue, à savoir Tom Hansen.
Alors allez voir ce curieux film qui parle avec un ton juste d'amour et qui pour l'occasion est vraiment original.

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05 septembre 2009

Baby blues de Diane Bertrand

babybluesRéalisé par Diane Bertrand
Année :
2008
Durée : 89 minutes
Avec : Karin Viard, Stefano Accorsi...

FICHE IMDB

Résumé : Deux personnes qui vivent ensemble se retrouvent à gamberger face à la question d'avoir un enfant : c'est le baby blues. En même temps, il y a une hésitation par rapport au fait de privilégier ou non sa carrière professionnelle.


Réalisé par Diane Bertrand, Baby blues est une comédie sentimentale à l'intérêt assez limité. Car la réalisatrice est loin d'éviter les lieux communs et la plupart des situations du film sont plus que prévisibles.
Cependant, le film reste relativement sympathique à regarder, en raison principalement de sa distribution, et notamment des deux acteurs vedettes, qui permettent de sauver les meubles.
L'actrice Karin Viard incarne Alex, une femme de presque quarante ans qui travaille dans le service marketing d'une importante entreprise de sous-vêtements. Elle vit depuis dix ans en concubinage avec Fabrizio, interprété par Stefano Accorsi qui travaille pour sa part en tant qu'acousticien.
Le couple vit parfaitement ensemble avec leur animal de compagnie, une chienne qui commence à être âgé.
Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu'à ce que l'on propose à Alex d'aller travailler à New York, au sein de la maison-mère de son entreprise. Alex hésite et Fabrizio est irrité par ces hésitations. Lui souhaite tout simplement suivre sa concubine dans ses choix.

La réalisatrice Diane Bertrand donne l'impression de nous offrir des sortes de tranches de vie. Elle évoque sur le ton de la comédie de nombreux problèmes que connaît notre société actuelle. Ce qui est en soi un choix intéressant se révèle vite une faiblesse du film. En effet, les sujets ne sont abordés qu'en surface. Ainsi, le besoin de plus en plus pressant d'Alex de devenir mère est signifié avec des éléments pour le moins peu fins : elle croise des femmes enceintes ; elle se retrouve soudainement dans un magasin d'habillement pour enfants ; une de ses collègues de travail et une de ses amies proches tombe enceinte.

On voit que la finesse n'est pas de mise dans le film. D'ailleurs Fabrizio, qui ne souhaite pas avoir d'enfant, allume la télé et voit un documentaire animalier où est évoqué la descendance des animaux.
Dans le même état d'esprit, plusieurs personnages sont de pures caricatures : on a par exemple droit au pote homosexuel qui fait office pour Alex de conseil et de soutien ; on a aussi droit au pote quelque peu déjanté qui fait office d'ami de sortie entre mecs pour Fabrizio.
De plus, alors qu'aussi bien Alex que Fabrizio sont amenés à voir le même psychiatre, cela donne encore des scènes bien caricaturales.

Cependant, ne soyons pas trop dur. Baby blues reste un film qui se regarde sans souci et que l'on peut même un certain plaisir par instants.
Le couple Karin Viard – Stefano Accorsi fonctionne à merveille et apporte même une touche charme au film.
De plus, même si plusieurs thèmes ne sont abordés qu'en surface, ils sont tout de même le reflet de problèmes que l'on vit dans notre société actuelle : ainsi, le film aborde la question de la difficulté de concilier une vie professionnelle pleine et une vie privée où l'on ferait le choix d'avoir un enfant. Par le biais des séances chez la psychiatre, le film montre également qu'il est parfois difficile de s'entendre avec sa famille, les parents ayant parfois tendance à empêcher les gens de vivre pleinement. Enfin, le film montre que les problèmes au sein d'un couple peuvent tout simplement provenir de choses qui ne sont pas dites.
Baby blues bénéficie par ailleurs d'une bande son assez sympathique qui est particulièrement reposante.

On appréciera également quelques scènes amusantes dans ce qui est tout de même une comédie sentimentale : pour ma part, j'ai trouvé assez marrant la scène où Fabrizio est saoûl et ouvre la porte au patron d'Alex ; le transfert d'affection sur la chienne ; plusieurs disputes entre Alex et Fabrizio et évidemment la réconciliation attendue.

Au final, relativement caricatural et loin d'être surprenant, Baby blues est une comédie sentimental qui ne se démarque pas de nombreux autres films de ce genre. Cependant, le film peut être regardé tant pour son duo d'acteurs principaux fort plaisant que pour son côté optimiste. En ces temps moroses, un tel film fait tout de même du bien.

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22 août 2009

Very bad trip de Todd Phillips

verybadRéalisé par Todd Phillips
Titre international :
The hangover
Année : 2009
Durée : 100 minutes

Avec : Bradley Cooper, Ed Helms, Zach Galifianakis, Justin Bartha, Heather Graham, Mike Tyson, etc.

FICHE IMDB

Résumé : Un enterrement de vie de garçon à Las Vegas ne se passe pas vraiment comme prévu. Mais en fait que s'est-il passé ?

Réalisé par Todd Philips, auteur du récent long métrage sur Starsky et Hutch, Very bad trip (The hangover de son titre original) n'augurait rien de bon. D'autant que le film semblait vouloir surfer avec un pitch de base et un titre ressemblant étrangement au film Very bad things.

En effet, on se retrouve ici avec trois copains et le frère de l'un d'entre eux qui décident de se rendre à Las Vegas afin d'enterrer la vie de célibataire d'un des copains. Se rendant dans un hôtel, les copains boivent ensemble un coup et puis subitement c'est le trou noir... Les copains ne se souviennent plus de la soirée qu'ils ont passé. Et puis ils ont perdu leur copain qui est censé se marier.

Eh bien jusqu'à ce moment du réveil, le film a tout de la comédie américaine bien calibrée, à destination des adolescents. On se dit alors que l'on va avoir droit à un film du style de Mec, elle est où ma caisse. Eh bien pas du tout ! Very bad trip surprend en bien et c'est peu de le dire.

Very bad trip enchaîne les situations les plus absurdes à un rythme d'enfer. Et puis cerise sur le gâteau le film ne se contente pas de faire rire le spectateur. Very bad trip a le mérite de faire dans le politiquement incorrect. Dans ce film, on a même droit à une critique de notre société contemporaine. Tout le monde, à des degrés divers, en prend pour son grade.

 

Les blagues du film sont parfois d'un goût douteux (le frère attardé qui fait croire à ses camarades que le bébé qu'ils ont récupéré est en train de se masturber) mais elles ne peuvent pas laisser indifférents. A partir du réveil des personnages le film ne cesse d'aller de l'avant.

 

Le scénario est d'ailleurs astucieux car on apprend que progressivement ce qui s'est réellement passé. Ce n'est que par petites touches que l'on comprend ce qui a eu lieu lors de cette soirée. C'est en fait au même moment que les personnages du film que des explications nous sont délivrées. Encore que, pour pouvoir remettre en place toutes les pièces du puzzle, il faudra attendre la fin du film.

 

Certaines scènes sont vraiment incroyables. Le coup du tigre que l'on retrouve dans la salle de bain est énorme. Les personnages vont être obligés d'endormir le tigre et de le ramener à son propriétaire qui n'est autre que Mike Tyson ! Le caméo de Mike Tyson dans sa villa donne lieu à une scène vraiment hilarante. Ce qui est appréciable dans ce film c'est que ces scènes pourtant peu croyables pourraient arriver à n'importe qui. Nos protagonistes n'ont rien de héros. Ce sont simplement des hommes qui ont dérapé à un moment donné et qui voient les événements les plus défavorables s'enchaîner contre eux.

La découverte du bébé est également tout aussi surprenante que celle de l'apparition du tigre.

 

Mais le film n'est pas qu'une débauche de gags. C'est également l'occasion pour le cinéaste de se livrer à une critique de notre société contemporaine. 

 

Ainsi, les policiers sont loin d'être idéalisés. La démonstration du tazer évoque sans vergogne l'idée selon laquelle certains policiers abusent du pouvoir qui leur a été confié. De plus, l'incompétence des policiers est également manifeste avec nos protagonistes qui n'ont aucun mal à s'emparer d'une voiture de police.

 

Very bad trip se permet également de se montrer le racisme qu'il peut y avoir entre américains et asiatiques. Le chef de gang asiatique passe vraiment pour un guignol lorsque dans une scène hallucinante, il sort nu du coffre d'une voiture. Ce même chef, qui est décrit comme un homosexuel notoire, n'hésite pas quant à lui à se moquer de notre joyeuse équipe qui apparaît vraiment comme stupide (voir à ce sujet la scène de l'échange d'une somme d'argent contre un prisonnier qui n'est pas leur copain disparu !).

 

Enfin, le puritanisme des américains est battu en brèche. On voit que sur ce point le réalisateur s'est bien fait plaisir. L'épouse du dentiste est véritablement détestable, prenant son mari pour un gentil toutou et lui empêchant de faire ce qu'il veut. Ce dernier doit se conformer à un rythme de vie bien déterminé. Le plus étonnant dans le film est certainement le fait que le cinéaste réussit à rendre plus noble et plus sympathique une jeune femme strip-teaseuse que va épouser (pendant cette nuit) le dentiste par rapport à l'épouse de ce dernier. Les normes sociales ont sans conteste explosé à ce moment. Et puis le cinéaste nous montre bien que l'amour est plus important que tout, la condition sociale ne signifiant pas tout. A ce moment, on peut penser que Todd Philips s'est servi comme modèle du sublime et touchant Embrasse-moi idiot de Billy Wilder. 

Et puis il y a vers la fin du film une scène mémorable où le garçon employé pour chanter lors du mariage se met à faire des phrases autour du sexe. On est carrément surpris de trouver autant de propos crus sur le sexe dans un film américain. La chanson en elle-même est hilarante. Mais ce n'est pas encore fini. 

L'apothéose intervient lors du fabuleux générique de fin qui est hilarant. Sur la musique énergique du groupe Flo-Rida (Right round), on a droit à des photos qui nous montrent ce qui s'est passé lors de cette mémorable soirée. Tout y passe : moment très rapproché avec des strip-teaseuses, vol d'un tigre, situations obscènes, etc. 

 

Terminons en disant que Very bad trip ne serait pas aussi réussi sans le talent de ses acteurs principaux qui jouent parfaitement les monsieur-tout-le-monde qui doivent affronter des épreuves pour le moins peu conventionnelles.

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24 juillet 2009

Mister Lonely d'Harmony Korine

misterRéalisé par Harmony Korine
Année : 2007
Origine : Etats-Unis
Durée : 111 minutes
Avec : Diego Luna, Samantha Morton, Denis Lavant, James Fox, Melita Morgan...

FICHE IMDB

Résumé : La vie de sosies de stars, dont Michael Jackson, sur une île.

 

La mort récente du roi de la pop, à savoir Michael Jackson méritait bien un petit focus sur un film dont il est indirectement le héros.

 

Réalisé par Harmony Korine, Mister lonely est une sorte de comédie empreinte de tristesse. Débutant sur la chanson mélancolique « Mister lonely » de Bobby Winton, Mister lonely nous raconte les aventures d’un sosie de Michael Jackson (interprété par Diego Luna). On voit celui-ci en train de répéter sa chorégraphie afin de ressembler le plus possible au chanteur original. Avec un côté quasiment ludique, il est indiqué plusieurs titres de Michael Jackson tout au long du film.
Ainsi, apparaît en premier lieu une des célèbres chansons du roi de la pop, Man in the mirror (1988, figure dans l’album Bad) : ce titre a d’ailleurs une connotation symbolique puisque le sosie de Michael Jackson ne vit finalement qu’au travers de la star qu’il incarne. Le second titre présenté est Beat it (1983, figure dans l’album Thriller), le troisième est le cultissime Thriller (1983, album le plus vendu de tous les temps), connu notamment pour son très beau clip-vidéo avec des zombies. Enfin, le dernier titre présenté est You are not alone (1996, album History) qui clôt l’histoire comme elle avait commencé, de manière mélancolique. On notera cependant que le film contient uniquement les titres des chansons, il n’y a aucune musique de Michael Jackson.
Le réalisateur Harmony Korine ne se contente pas de nous présenter le quotidien d’un sosie de Michael Jackson. Il a l’idée en fait de faire se rencontrer plusieurs sosies. Ainsi, un sosie de Marilyn Monroe (Samantha Morthon, vue dans l’excellent Control) rencontre le sosie de Michael Jackson et le convainc de venir sur une île avec d’autres sosies.

 

On retrouve dans un même lieu, un château, les sosies de personnages historiques : outre Michael Jackson et Marilyn Monroe, sont présents Charlie Chaplin (interprété par Denis Lavant, vu récemment dans Tokyo !), le pape, Madonna, la reine d’Angleterre, le petit chaperon rouge, Abraham Lincoln, Shirley Temple ou encore James Dean.

 

Le film d’Harmony Korine est, comme son titre l’indique, une réflexion sur la solitude. Tous ces sosies ont beau être ensemble (notamment vers la fin du film lorsqu’ils dansent ensemble), ils se sentent cruellement seuls. D’ailleurs, à l’instar de l’original, Marilyn Monroe se comporte comme une femme dépressive. L’original aurait-il pris le dessus sur le sosie ? Le film apparaît aussi comme une étude sur l’identité. Que sont au fond ces gens qui donnent l’impression d’être de grands enfants? Cherchent-ils tout simplement à éviter le monde ? Sont-ils à la recherche de leur identité ? Car tous ces sosies qui vivent ensemble donnent l’impression de n’exister qu’au travers de ce qu’ils représentent. Cela paraît presque logique qu’ils s’appellent ensemble non pas par leur prénom de naissance mais par le prénom de la star qu’ils incarnent.

 

Il y a d’ailleurs un petit côté pathétique dans tout ça avec par exemple le sosie de Michael Jackson qui se protège le nom et porte des lunettes, à l’instar de l’original ou encore le sosie de Charlie Chaplin qui reprend certains gestes célèbres de son modèle. Avant d’être sur cette île, le sosie de Michael Jackson gagnait de l’argent dans la rue ou en faisant un petit spectacle dans une maison de retraite : on se doute bien que l’original ne se contenterait pas de cela. D’un autre côté, le sosie de Michael Jackson, comme les autres d’ailleurs, apparaît comme un être plus proche, plus humain. En effet, il prend plaisir à redonner le sourire à des personnes âgées le temps d’un spectacle et il ne se fait pas prier pour signer des autographes à des enfants.
Les sosies veulent acquérir une part de liberté, d’humanité et vivre aussi pour ce qu’ils sont à la base. On notera sur ce point que le sosie de Charlie Chaplin fait tout pour séduire le sosie de Marilyn Monroe. Le sosie essaie de vivre aussi pour lui.
Voilà pour l’essentiel des éléments positifs du film avec cette réflexion sur la solitude et sur l’identité. Cependant, il faut bien reconnaître que le film d’Harmony Korine est desservi par plusieurs défauts qui rendent fastidieux le visionnage du film. Ainsi, le réalisateur nous montre en parallèle de son histoire de sosies des nonnes (qui volent dans les airs !). La réflexion autour de la notion de foi apparaît comme étrange dans ce film. Dans le même ordre d’idée, on ne voit pas vraiment ce qu’apportent les épisodes avec les moutons. Toutes ces scènes donnent l’impression d’un film inégal, fourre-tout et au demeurant assez ennuyeux par instants. Même le côté ludique du film avec par exemple la présentation des sosies ou encore l’incrustation d’un smiley sur l’écran, n’empêchent pas de trouver le temps assez long.

 

Par ailleurs, si l’idée n’est pas en soi mauvaise, Harmony Korine a un peu trop tendance à abreuver le spectateur de ralentis. On comprend bien qu’il souhaite apporter un côté nostalgique à son film et faire comme si le temps était arrêté, mais à la longue ces ralentis finissent par être fastidieux. Cela finit par donner l’impression de tics visuels. On se demande parfois si Harmony Korine ne se regarde pas filmer.
Heureusement, la thématique générale du film est intéressante et l’interprétation des acteurs est vraiment très bonne.
Au final, Harmony Korine livre avec Mister lonely une réflexion sur l’identité et sur la solitude. Son film est original, atypique (comme cette scène surréaliste où le sosie du pape pleure dans sa baignoire) mais relativement ennuyeux si on ne rentre pas dans cet univers bizarroïde.

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06 juillet 2009

Promets-moi de Emir Kusturica

Promets_moi Réalisé par Emir Kusturica
Titre international : Promise me this
Année : 2007
Origine : Serbie
Durée : 137 minutes
Avec : Uros Milovanovic, Marija Petronijevic, Aleksandar Bercek, Miki Manojlovic, Ljiljana Blagojevic, Ivan Maksimovic, Kosanka Djekic, Stribor Kusturica,...


Fiche IMDB

Résumé : Tsane, son grand-père et leur vache vivent au sommet d'une colline isolée de la campagne. Le jour où le grand-père de Tsane lui annonce qu'il est sur le point de mourir, il lui fait promettre une liste de voeux, donc celui de se trouver une épouse. Le jeune garçon, pour faire plaisir à son grand-père, se lance dans une recherche qui ne sera pas de tout repos...


Après le très intéressant La vie est un miracle (2004), le grand cinéaste serbe Emir Kusturica, auteur des remarquables Papa est en voyage d’affaires (1985), Underground (1995) ou encore le sublime Le temps des gitans (qui date de 1988 et qui est sans doute son plus beau film à ce jour), met en scène de nouveau une comédie survoltée, dans le style hystérique qui lui est propre.

Au son d’une partition musicale assourdissante mais excellente (si on aime la musique tzigane, évidemment), Kusturica met en scène une invraisemblable farce d’une incroyable énergie, qui entraîne le spectateur dans une succession ininterrompue de péripéties toutes plus délirantes les unes que les autres. Promets-moi narre les aventures d’un jeune paysan, encore adolescent, qui part à la ville pour chercher une épouse, à la suite d’une promesse à son grand-père mourant.

Sur cette trame classique, le cinéaste serbe fait appel à son imagination très slave et  mélange les genres : comédie romantique, film d'action pur, comédie paillarde, drame, policier avec un bonheur communicatif, sans oublier une certaine propension au mauvais goût, notamment avec de multiples références à la zoophilie. Kusturica livre une oeuvre moins ambitieuse qu'Arizona dream (1993), Underground ou même La vie est un miracle, mais qui reflète bien les contradictions et les horreurs du monde, sans que le cinéaste se prenne pour le donneur de leçons. Du coup, l'absence de prétention permet à Kusturica de s'affranchir de certaines lourdeurs politiques ou sociales qui handicapent parfois son cinéma.

Promets-moi est une farce, Kusturica ne s'en cache pas, et donne à voir une galerie de personnages truculents, souvent à la limite de la débilité. On retrouve d'ailleurs avec plaisir l'acteur fétiche du cinéaste, Miki Manojlovic, en roue libre, dans le rôle de Bajo le Boss, caricature du parrain parvenu qui prend la grosse tête. Stupide mais dangereux, rêvant de puissance (il veut construire les premières Twin Towers serbes) mais restant une canaille inculte sans foi ni loi, Bajo est un personnage détestable, qui prostitue les filles, mais il est aussi attachant, dans sa folie et dans son énergie, dans son rêve ridicule, dans sa passion zoophile et sadique des dindons. Accompagné de lieutenants aussi bouffons que lui, Bajo est un personnage survolté, veul et hystérique, qui représente tout simplement la société actuelle avec une accentuation (quoique) de ses défauts. Face à l’innocence du jeune héros, naïf mais débrouillard, Bajo crée un véritable contrepoids, provoquant un affrontement très amusant.

Véritable bande dessinée filmée, Promets-moi montre des silhouettes burlesques qui ne cessent de foncer, malgré les obstacles. Même la pesanteur n’a plus sa place, comme en témoigne l’homme volant qui revient tout au long du film, traversant les scènes sans se soucier de quoi que ce soit, et qui est pris un moment pour un ange venant sauver le monde par le grand-père du jeune héros.

Parfois inégal mais traversé de fulgurances typiques de l’univers de Kusturica, Promets-moi est une sorte de best-of kusturicien. On sent que Kusturica veut s’amuser et amuser le spectateur, l’entraînant dans une folle cavalcade. Mais le cinéaste y injecte par instant des scènes d’une rare poésie, qui sont comme suspendues, en dehors du monde et où Kusturica, tout comme le grand cinéaste japonais Hayao Miyazaki, étale tout son amour de l’air et des personnages qui se déplacent librement dans l’espace, au gré de sa fantaisie. Ce sont ces moments qui sont le meilleur du film et où Promets-moi dépasse les limites de la comédie bouffonne pour se libérer de toute contrainte narrative et ainsi donner naissance à des purs moments de poésie.

Par ailleurs, Kusturica, malgré un côté paillard on ne peut plus présent dans le film, devient très émouvant lorsqu’il se met à parler d’amour, notamment dans les deux histoires d’amour parallèles qui se nouent entre le jeune garçon et la jeune fille (interprétée par une superbe actrice serbe, d’une beauté à couper le souffle et d’un naturel confondant) et entre le grand-père et l’institutrice aux formes opulentes.

Le spectateur pourra trouver le film trop hystérique et être réticent à se laisser mener par Promets-moi, d’autant que le film dure tout de même plus de deux heures. De toute façon, ceux qui sont allergiques au style du cinéaste serbe peuvent passer leur chemin, ce film-ci étant encore plus assourdissant et plus hystérique que les autres.

Mais les amoureux de son style, mélange détonnant de paillardise et d’émotions brutes mâtiné de surréalisme, y trouveront leur bonheur, tant Promets-moi ressemble à Kusturica. Promets-moi est assurément une œuvre mineure du cinéaste, mais il procure un plaisir immédiat. On aurait aimer un peu plus d’ambition, mais il est néanmoins assez difficile de résister au charme de cette comédie typiquement slave menée tambour battant, sans temps morts et rythmée par une musique tzigane endiablée qui colle parfaitement au film.

Depuis, le cinéaste serbe a réalisé un film documentaire assez intéressant sur le célèbre footballeur Diego Maradona intitulé Maradona par Kusturica (2008), dans lequel Kusturica glisse plusieurs extraits de ses films. Cela fait longtemps qu'il n'a pas donné une oeuvre du calibre de Le temps des gitans. J'espère que son talent ne s'est pas tari et qu'il reviendra à des films plus ambitieux...

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22 juin 2009

Le voyage du ballon rouge de Hou Hsiao-hsien

Le_voyage_du_ballon_rouge Réalisé par Hou Hsiao-hsien
Titre international : Flight of the red balloon
Année : 2007
Origine : France
Durée : 115 minutes
Avec : Juliette Binoche, Simon Iteanu, Fang Song, Hippolyte Girardot, Louise Margolin, Anna Sigalevitch,...

Fiche IMDB

Résumé : Simon a 7 ans. Un mystérieux ballon rouge le suit dans Paris. Sa mère Suzanne est marionnettiste et prépare son nouveau spectacle. Totalement absorbée par sa création, elle se laisse déborder par son quotidien et décide d'engager Song Fang, une jeune étudiante en cinéma, afin de l'aider à s'occuper de Simon.


Né d’une commande du Musée d’Orsay de Paris, Le voyage du ballon rouge permet à l’immense cinéaste taïwanais Hou Hsiao-hsien, auteur des remarquables Un temps pour vivre un temps pour mourir (1985), La cité des douleurs (1989), Goodbye south goodbye (1997), Les fleurs de Shanghai (1998) ou encore Millennium mambo (2001), de réaliser un film français. Après son sublime film récapitulatif Three times (2005), Hou tente l’expérience d’adapter son style à Paris, comme il l’avait déjà fait avec bonheur avec Café lumière (2003) en hommage à Yasujiro Ozu, film tourné au Japon, en japonais et avec des acteurs japonais.

Et le grand cinéaste réussit de nouveau le miracle, à savoir garder son style inimitable, tout en portant un regard neuf sur la ville de Paris, ville cinéma par excellence. Sur une trame minimaliste, Hou livre un superbe hommage au chef d’œuvre d’Albert Lamorisse datant de 1956, Le ballon rouge. Les amateurs d’histoires et de scénarios peuvent passer leur chemin, car le film de Hou n’est basé que sur la façon dont on fabrique des images et dont on peut faire surgir la poésie du réalisme cinématographique. D’ailleurs, Hou ne filme pas Paris de manière touristique. Il ne s’attarde jamais sur les monuments, la beauté de la ville. On reconnaît bien évidemment Paris, mais de façon presque biaisée, limitée au quotidien.

Film théorique et poétique, Le voyage du ballon rouge va en décontenancer plus d’un. Hou filme la vie d’une famille éclatée composée de la mère, Susanne (interprétée par une Juliette Binoche blonde et comme d’habitude très convaincante), et de ses deux enfants : Louise (Louise Margolin) et surtout Simon (Simon Iteanu), âgé de 7 ans, mais le cinéaste n'enregistre sur pellicule que des instants, des blocs de cinéma, un peu à l’instar de Maurice Pialat. Il n’y a ni début ni fin, seulement un pur temps cinématographique qui donne à voir des morceaux de vie.

Le film n’est composé que de plans-séquence, figure chère à Hou Hsiao-hsien qui lui permet d’immerger totalement le spectateur dans la vie du film. Comme à son habitude, ces plans-séquence sont souvent complexes et ne font pas de différences entre l’avant-plan et l’arrière-plan, ce qui oblige le spectateur à scruter dans le plan pour y trouver des informations. Hou élabore en effet à l’intérieur de ses plans-séquence toute une série d’interactions entre les personnages, sans les hiérarchiser. L’action entre la situation de l’avant-plan a la même importance que celle à l’arrière-plan et que celles qui se passent latéralement. C’est alors au spectateur, selon sa sensibilité, de privilégier telle ou telle action. Par exemple, un plan-séquence du film, qui se déroule dans l’appartement de Susanne, montre en avant-plan Susanne qui est au téléphone, en arrière-plan, Fang (la jeune chinoise qui sert de baby-sitter à Simon) qui cuisine et sur le côté droit, on voit un aveugle en train de raccorder le piano, tandis que la voix de Simon (qui rentre et sort du plan) se fait entendre. Dans ce plan-séquence typique de Hou Hsiao-hsien, quatre actions ont lieu et se superposent, créant un mouvement de vie incroyable.

Chez Hou (comme chez le grand cinéaste américain récemment décédé Robert Altman, mais de façon différente), toutes les actions au sein du plan sont importantes et forment, quand on ajoute les différents plans-séquence, une pure unité cinématographique qui représente finalement la vie, renforcée par les raccords entre les différents plans-séquence : ce raccord peut être musical (dans le film, la chanson Emmène-moi de Charles Aznavour débute dans un plan-séquence, c’est en effet Simon qui la lance sur le juke-box, et continue, alors qu’on se retrouve dans l’appartement de Susanne : cette chanson fait donc le raccord entre les deux plans-séquence, formant une unité) ou oral (alors qu’on est passé dans un autre plan, les dialogues du plan précédent continuent).

En outre, Le voyage du ballon rouge est placé sous le signe de la rencontre (mais la rencontre est un lien, un raccord si on veut) : rencontre du cinéaste avec Paris, rencontre de Susanne avec Fang (jouée par Fang Song et qui est l’alter ego de Hou, puisqu’elle est étudiante en cinéma et d'origine taïwanaise), rencontre de Fang avec Simon, rencontre de Simon avec le ballon rouge, rencontre du rêve et de la réalité, rencontre du réalisme (la description du milieu bobo parisien) avec la poésie (les apparitions du ballon rouge). Et toutes ces différentes rencontres sont orchestrées dans le film par le biais des plans-séquence qui les font toutes entrer en interaction, créant un espace cinématographique de vie.

L’œil de la caméra est omniprésent dans le film, notamment par la petite DV de Fang, qui n’arrête pas de filmer Simon avec, tandis que Simon filme avec cette même DV Fang.  Hou s’interroge en fait sur le pouvoir de l’image en filmant le ballon rouge proprement dit, qui n’est vu que par Simon. Comment faire surgir la poésie du quotidien ? Le cinéaste multiplie à ce sujet les reflets et filme souvent ses personnages dans des miroirs, créant un certain onirisme poétique dans le côté morne de la vie quotidienne.

Par ailleurs, le ballon rouge qui flotte au-dessus de Paris et qui semble suivre Simon n’est-il pas le regard divin ? Ou alors le regard de l’artiste ? De Hou ? Le voyage du ballon rouge pose en effet également la question du regard. Hou l’explique dans la scène finale qui se déroule au Musée d’Orsay en compagnie des enfants et qui se focalise sur l’analyse du point de vue dans un tableau : qui regarde ? On peut élargir cette interrogation au film tout entier : qui regarde ? Le spectateur ? Hou ? Dieu ? Quelqu'un d'extérieur ?

Enfin, Hou se permet de rendre également hommage aux marionnettistes (puisque Susanne est une marionnettiste), comme dans son génial Le maître de marionnettes (1993). Pour le cinéaste, le spectacle de marionnettes peut aussi retranscrire avec justesse le déroulement de la vie, comme les plans-séquence. D’ailleurs, Hou filme le spectacle (ce qu’on voit) mais surtout ce qu’il y a derrière le spectacle, à savoir Susanne en train de faire les différentes voix des marionnettes, les techniciens qui les font bouger,… Derrière le spectacle, il y a la vraie vie. Cette vie qu’on peut s’en approcher derrière les plans-séquence de cinéma.

Hou montre aussi que l’image et le son sont deux choses différentes, par le biais du spectacle de marionnettes bien entendu, mais aussi par les petits films en 8 mm. Dans les deux cas, c’est la voix de Susanne qui fait naître le son et raccorde l’image et le son, créant ainsi du cinéma. Hou traite donc non seulement des images mais surtout des raccords (on peut considérer la rencontre aussi comme un raccord, comme on l'a vu précédemment) entre elles, qui font naître l’unité cinématographique, mais aussi la vie et la poésie.

Le voyage du ballon rouge n’est peut-être pas le meilleur film de Hou Hsiao-hsien mais il s’avère passionnant de bout en bout, démontrant que le cinéaste taïwanais n’a rien perdu de son talent en s’expatriant en France. En revanche, ce n’est pas un film très facile d’accès et il peut laisser hermétique. Mais si le spectateur arrive à entrer dedans, il y découvrira de multiples beautés ainsi qu’une réflexion profonde sur le sens des images et de la vie.

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07 juin 2009

California dreamin' de Cristian Nemescu

California_dreamin Réalisé par Cristian Nemescu
Titre international : California dreamin'
Année : 2007
Origine : Roumanie
Durée : 155 minutes
Avec : Armand Assante, Jamie Elfman, Razvan Vasilescu, Maria Dinulescu, Alexandru Margineanu, Ion Sapdaru, Alexandru Dragoi, Andi Vasluianu, Sabina Branduse, Gabriel Spahiu,...

Fiche IMDB

Résumé : En 1999, dans un petit village roumain, le chef de gare, qui est en même temps la fripouille locale, arrête un train NATO qui transporte des équipements militaire. La cargaison, gardée par des soldats Américains, traverse la Roumanie sans avoir de papiers officiels, mais seulement l'accord verbal du gouvernement roumain. L'arrivée des Américains transforme le village dans la terre de toutes les possibilités...

Attention, ce texte contient des spoilers : il est donc conseiller d'avoir vu le film avant de le lire.
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Réalisé en 2007 par le jeune cinéaste roumain Cristian Nemescu, né en 1979 et tragiquement décédé dans un accident de voiture fin 2007, California dreamin’ est un film déjà très maîtrisé, alors même que le montage n’a pu être complètement achevé.

Le film débute en 1999, pendant la guerre du Kosovo et décrit les mésaventures d’un train traversant la Roumanie et transportant des équipements militaires envoyés par l’OTAN, placé sous l’autorité de soldats américains venus rétablir la paix au Kosovo. Alors que le convoi américain (qui comporte aussi quelques soldats roumains) a reçu l’accord verbal du gouvernement roumain pour traverser le pays, un village roumain isolé nommé Capalnita refuse de laisser passer le train, rétextant l’absence d’autorisations officielles écrites…

Sur cette trame originale, Cristian Nemescu livre une chronique villageoise désabusée mais non dénuée d’humour, décrivant avec un naturel déconcertant et un sens du détail très fin une galerie de personnages savoureuse. En filigrane, le cinéaste dénonce l’omniprésence des Etats-Unis et leur rôle de gendarmes du monde.

La farce est souvent énorme, hilarante, mais un certain sentiment de malaise finit par imprégner au fur et à mesure le film. Nemescu dresse une série de portraits diversifiés, chacun des personnages ayant son importance. Il n’y a pas de héros, ou alors tous les villageois et les soldats sont des héros.

Le récit polyphonique s’articule autour de ces émouvants villageois roumains, oubliés de leur propre gouvernement, presque totalement isolés et dont tout le monde semble se contrefoutre. L’arrivée des américains devient alors la seule bouée de sauvetage, l’élément qui permettrait (du moins le pensent-ils !) d’exister aux yeux du monde…

Nemescu se permet même des flashbacks en noir et blanc se déroulant pendant la deuxième guerre mondiale, où des ressortissants roumains ont attendu vainement ces fameux américains. Intercalés dans la narration du film, ces flashbacks montre seulement que l’Histoire ne cesse hélas d’inlassablement se répéter.

Entre des américains aveuglément bienveillants, seulement préoccupés par l’obtention des papiers leur permettant de passer, des villageois crédules, naïfs, espérant vainement un soutien et une reconnaissance, sans parler des notables corrompus, Nemescu renvoie tout le monde dos à dos et dénonce avec virulence l’impuissance et la naïveté des roumains, la corruption généralisée, la quasi-indifférence des américains et la fatalité inéluctable de cet enchevêtrement qui ne peut déboucher que sur le drame.

Emergent de cette galerie de personnage certains protagonistes marquants. En premier lieu, le chef de gare qui immobilise le train et qui a attendu chimériquement l’arrivée des américains lors de la deuxième guerre mondiale, alors qu’il n’était qu’enfant. Personnage désabusé, cynique, corrompu (mais dans un but de survie), dominateur et malgré tout sensible, il reflète tout simplement la dualité de la Roumanie, Etat éternellement mis à l’écart, oublié, ayant vécu le joug de la dictature, gangrené par la corruption et le capitalisme sauvage.

Il y a aussi sa jolie fille, adolescente rebelle, pas si naïve, en plein épanouissement, reine de beauté inutile qui ne cherche qu’à quitter le village, ce village qui la bride et la maintient dans la misère, et ce à n’importe quel prix. Il y a encore le maire, notable benêt mais sympathique qui voit l’arrivée des américains comme un miracle et qui pense vainement que ceux-xi investiront et ainsi permettent au village de briller, enfin…  Et tous les autres, que Nemescu dans un élan de générosité, met en avant à un moment ou un autre, sans mépris mais avec une grande tendresse.

Le regard de Nemescu se porte aussi sur les soldats américains, dont le chef, le capitaine interprété par l’impressionnant Armand Assante (déjà vu au cinéma en méchant du ridicule Judge Dredd de Danny Cannon, avec Stallone, mais aussi en flic dépassé par les évènements dans l'amusant Fatal instinct de Carl Reiner), oscille sans cesse entre pitié et monstruosité. Le jeune cinéaste roumain lui confère une ambiguïté certaine, qui n’est que la concrétisation de la politique extérieure américaine. De même, le spectateur sent la sympathie qu’éprouve Nemescu pour le second du capitaine, jeune homme sensible et pacifiste, qui semble concerné par la misère autour de lui.

Constamment partagé entre farce et tragédie, California dreamin’ rappelle les films du célèbre cinéaste serbe Emir Kusturica (auteur entre autres du sublime Le temps des gitans et de l’excellent Underground) par son côté picaresque, caustique et truculent, mais qui n’omet jamais le tragique de la situation. Tragique qui culmine dans un climax final d’une incroyable violence, après de multiples manipulations, et débouchant sur une guerre civile sanglante et impitoyable, provoquée par les américains qui, après avoir obtenu les papiers leur permettant de repartir au Kosovo, laissent sans se retourner le village qui les a accueillis si chaleureusement. Et l’Histoire se répétant inlassablement…

D’une grande cruauté, ce climax ne constate hélas que la stricte vérité… Ce qu’ils sont beaux, les gendarmes du monde ! Et dans un épilogue à Bucarest apaisé mais lucide, le sigle Coca-Cola peut alors s’afficher, démontrant tristement l’emprise des Etats-Unis sur la Roumanie, conséquence inéluctable. Les Mamas and Papas peuvent alors entonner leur chanson culte, California dreamin’…

Film rageur, égratignant férocement la politique extérieure américaine, mais aussi chronique villageoise picaresque et enjouée, reflétant en filigrane la situation duale et inextricable de la Roumanie, California dreamin’ est une grande réussite de Nemescu, très maîtrisé pour un cinéaste de seulement 28 ans tragiquement disparu et qui démontre la vitalité actuelle du cinéma roumain, après les réussites exemplaires de La mort de Dante Lazarescu de Cristian Puiu, 12h08 à l’est de Bucarest de Corneliu Porumbuiu et de la Palme d’Or 2007 4 mois, 3 semaines et 2 jours de Cristian Mungiu.

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04 mai 2009

Musée haut, musée bas de Jean-Michel Ribes

musee1Réalisé par Jean-Michel Ribes

Année : 2008

Origine : France
Avec : Michel Blanc, Victoria Abril, Pierre Arditi, Josiane Balasko, Isabelle Carré, André Dussollier, Gérard Jugnot, Philippe Khorsand, Valérie Lemercier, Fabrice Luchini, Yolande Moreau, François Morel, Dominique Pinon, Daniel Prévost, Muriel Robin, Evelyne Bouix, Pierre Lescure, Jean-Michel Ribes...

Durée : 93 minutes

FICHE IMDB

Résumé : Les comportements drôles, extravagants, étonnants de personnages que l'on retrouve dans un musée.

Avec Musée haut, musée bas, Jean-Michel Ribes adapte sa pièce à succès. En venant au cinéma, on aurait pu craindre que le résultat de l’adaptation de cette pièce soit plus proche d’un téléfilm que d’un film. Heureusement, il n’en n’est rien. Jean-Michel Ribes profite du cinéma pour nous donner un certain rythme à son film, avec notamment des mouvements que l’on ne retrouve quasiment que sur le grand écran (mouvements à la grue en particulier).

Au niveau du film en lui-même, ils montrent une variété de personnes, venues au musée André Malraux, pour voir des œuvres artistiques. A l’image de la société, on a droit à de multiples comportements.
Jean-Michel Ribes semble prendre un certain plaisir à s’attaquer aux gens qui fréquentent les musées. Il y a par exemple les étrangers qui sont fustigés pour leur côté inculte : ainsi, tel est le cas des Anglais dans le film qui n’arrivent même pas à prononcer le nom de Gauguin ; il y a les Allemands qui sont dès le départ pressés d’en finir et qui font une visite du musée au pas de course ; il y a les Japonais qui prennent des photos de tout ce qu’ils voient. Il y a enfin un couple dont la femme est joué par Victoria Abril qui fait preuve d’une inculture assez incroyable avec notamment l’incompréhension qui a lieu quant à la notion d’œuvre qui reste de manière permanente ou non au musée.

Les Français en prennent aussi pour leur grade. Il y a ceux qui cherchent à voir précisément un artiste et qui sont excédés de ne pas le voir directement : tel est le cas du personnage joué par la comique Muriel Robin. Il y a également les personnes qui ne connaissent rien à l’art et qui critiquent ouvertement des grands maîtres sans avoir la moindre idée de leur œuvre : tel est le cas par exemple de la famille dont l’épouse ne supporte pas Picasso. Il y a aussi les gens qui s’extasient devant tout et n’importe quoi, comme c’est le cas du personnage joué par Isabelle Carré.

D’ailleurs, Jean-Michel Ribes en profite pour critiquer ouvertement l’évolution de la notion d’art ou d’œuvre reconnue dans la société. Comme le dit l’un des personnages dans le film, ce qui fait une œuvre d’art, c’est nous, à savoir les membres d’une société. Ce qui peut sembler être du vide aux yeux de certains sera une grande œuvre pour d’autres. Cette notion d’œuvre d’art est donc parfois toute relative. C’est notamment l’art contemporain qui fait l’objet de certaines critiques. C’est le cas notamment dans le film avec quelques créations qui sont exposées dans le musée qui peuvent paraître vraiment ridicules : tel est le cas de la galerie où sont photographiées de nombreux sexes d’hommes ; la galerie où sont exposées des reproductions de mammouths ; la création faite à base de bouteilles en plastique, ou encore la prochaine exposition qui devrait avoir lieu concernant l’art africain.

Jean-Michel Ribes critique également le politiquement correct qui a lieu depuis plusieurs années avec l’écologie qui est désormais la préoccupation de tous. Par le biais du conservateur du musée, joué par un très amusant Michel Blanc, l’écologie est mise à mal. Comme s’il s’agissait d’un recul de la société. Evidemment, le trait est grossi mais sur le fond le réalisateur du film n’a pas forcément tort. L’écologie est certes importante mais on en fait peut-être un peu trop.
Dans tous les cas, avec Musée haut, musée bas, Jean-Michel Ribes fustige les comportements des personnes qui se rendent au musée. Servi par une pléiade d’acteurs connus (citons entre autres Michel Blanc, Victoria Abril, Pierre Arditi, Josiane Balasko, Isabelle Carré, André Dussollier, Gérard Jugnot, Philippe Khorsand, Valérie Lemercier, Fabrice Luchini, Muriel Robin) qui en font des tonnes, le film réserve des moments très drôles. C’est par exemple le cas lors des apparitions de Victoria Abril, qui joue le rôle d’une femme qui ne connaît nullement les œuvres unanimement reconnues ; la conversation entre une femme et des gardiens de musée (galerie réservée aux mammouths) sur la notion d’art ; le moment très drôle où André Dussollier, qui joue le rôle du ministre de la culture, fait dans le politiquement correct lorsqu’il tombe sur la galerie où sont exposées des photographies de sexe alors qu’il considère cela comme parfaitement ridicule ; le moment où des personnes sont isolées dans une pièce et participent à une culture qui se crée par leur biais en direct. C’est pour ma part un des moments les plus amusants du film, montrant à quel point la notion de culture a été tellement élargie de nos jours que l’on peut y ranger tout et n’importe quoi.

Cependant, à mon sens, le film de Jean-Michel Ribes est assez inégal. Plusieurs gags ne sont pas drôles et certains se révèlent même assez agaçants comme l’insistance du mot Gauguin dans le rapport entre le guide et les visiteurs anglais ; les élèves qui viennent au musée et ne cessent de crier ; le rapport entre le personnage joué par Isabelle Carré qui ne cesse de s’émerveiller de tout ce qu’elle voit alors que dans le même temps son compagnon à l’écran, joué par Pierre Arditi, ne cesse de faire la tête et en a dès le départ raz-le-bol d’être dans ce musée.

De plus, à mon sens, le film part complètement en vrille à la fin avec son côté quasiment apocalyptique. En fait, ce qui dessert le film, c’est la redondance ou l’excès de certaines scènes. Le réalisateur Jean-Michel Ribes a trop joué sur la répétition de scènes et il a trop grossi le trait par instants. Du coup, son film s’essouffle sérieusement et tire en longueurs.
Au final, Musée haut, musée bas, est une comédie inégale qui réserve tout de même plusieurs moments assez drôles.

Posté par nicofeel à 21:33 - Comédie - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 avril 2009

Burn after reading de Joel et Ethan Coen

burnRéalisé par Joel et Ethan Coen
Année : 2008
Origine : Etats-Unis
Avec : George Clooney, Brad Pitt,  Frances McDormand, John Malkovich, Tilda Swinton, Richard Jenkins...
Durée : 95 minutes

FICHE IMDB

Résumé : Les mésaventures de plusieurs personnes qui tentent de s'enrichir après avoir mis la main sur des documents appartenant à un ex membre de la CIA.

Réalisé par Joel et Ethan Coen, Burn after reading fait suite à l’excellent No country for old men. Les frères Coen reviennent à la comédie, genre qu’ils ont récemment abordé en 2003 avec le sympathique Intolérable cruauté et en 2004 avec le pathétique Ladykillers.

Dans ce film, on nous raconte les mésaventures de plusieurs personnages avec en premier lieu Osbourne Cox (interprété par John Malkovich) qui démissionne de la CIA. Il décide alors de raconter ses mémoires, lesquelles sont retranscrites sur un CD. Il perd ce CD qui est récupéré par un professeur de sport peu scrupuleux, Chad (Brad Pitt) qui souhaite récupérer de la sorte avec sa collègue Linda (Frances McDormand) de l’argent en faisant parler Osbourne. Au milieu de tout ça, on retrouve Harry Pfarrer qui couche entre autres avec la femme d’Osbourne Cox, Katie Cox (Tilda Swinton).

Jouant sur des situations totalement absurdes qui vont de mal en pis, le scénario des frères Coen montre qu’à partir de rien du tout, il peut arriver des choses terribles. Tous les acteurs du film sur-jouent et participent à une ambiance globale certes drôle mais particulièrement cynique.
Car si les frères Coen sont sans nul doute en mode mineur avec ce film, en revanche dans leur critique ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère.

Tous les maux que l’on peut constater dans notre société actuelle, et particulièrement aux Etats-Unis sont passés en revue : il y a d’abord le culte du corps avec une femme qui veut faire de la chirurgie esthétique ou encore un homme qui s’est fait implanter des cheveux qui est évoqué dans le film. Toujours sur cette question, il y a le travail de Chad et Linda dans un gymnase. Le sport est vu comme quelque chose de nécessaire pour améliorer son physique.

Les frères Coen critiquent également une société où la notion de fidélité semble avoir bien disparue. Les personnages sont d’ailleurs assez cyniques. Katie Cox trompe sans vergogne son époux mais elle ne sait pas que dans le même temps, son amant, Harry, fréquente plusieurs femmes. On apprendra même plus tard dans le film que l’épouse d’Harry, qu’on pensait assez sérieuse sur ce point, trompe également son mari ! Bref, on assiste à un véritable mic-mac où tous les coups sont permis en amour, à partir du moment où le conjoint ne l’apprend pas. En plus d’apparaître comme des gens infidèles, les Américains sont présentés comme de véritables obsédés sexuels, à l’image du personnage d’Harry, qui a conceptualisé un fauteuil très spécial.

En rapport avec l’amour, on notera que les frères Coen balancent également sur les sites de rencontres où l’on ne cherche (d’après le film) quasiment que des rencontres d’un soir et où l’on n’hésite pas à tromper son conjoint. Les sentiments sont visiblement rares.

Dans une société où les valeurs morales ne sont plus de mise, on ne s’étonnera pas que l’une des dernières grosses critiques des frères Coen a lieu contre cette société où l’argent est le maître mot. Le personnage de Chad, bien débile, en est le meilleur exemple. Ce personnage est complètement à la ramasse, ce qui donne lieu à des scènes assez drôles, puisqu’il cherche coûte que coûte à récupérer de l’argent en faisant chanter Osbourne Cox. D’ailleurs, l’épouse de ce dernier est également obnubilée par l’idée de récupérer les livrets d’épargne de son époux.

En dressant un portrait peu flatteur mais assez réaliste de notre société actuelle (même si tout est exagéré), les frères Coen donnent une certaine substance à un film qui peut paraître inoffensif au premier abord.
Car on restera avant tout intéressé par les aventures des différents personnages du film, qui sont servis en l’occurrence par des acteurs qui en font des tonnes. La distribution, qui rassemble George Clooney, John Malkovich, Tilda Swinton, Frances McDormand, Brad Pitt ou encore Richard Jenkins, est excellente. George Clooney interprète par exemple parfaitement le rôle d’un véritable obsédé sexuel qui passe de femme en femme sans aucun remord. Brad Pitt est également très bon avec son personnage à moitié demeuré. Les femmes ne sont pas en reste, le personnage joué par Frances McDormand étant quasiment l’alter ego féminin de Chad (joué par Brad Pitt).

Tous les acteurs ont l’air de bien s’amuser. Signalons que les personnages des services secrets (CIA), sont également présentés comme particulièrement ridicules dans leur organisation. Car au fond, le fameux CD, qui est recherché, n’est qu’un prétexte qui sert de révélateur d’une société qui semble être fondée sur des choses matérielles, futiles ou avant tout sexuelles.

Au final, Burn after reading est à prendre pour ce qu’il est, c’est-à-dire un pur moment de détente. Cette comédie assez drôle bénéficie de l’humour des frères Coen. Espérons cependant que les deux frangins nous reviennent avec une histoire plus sérieuse, là où ils sont les meilleurs (hormis The big lebowski qui demeure une comédie de très grande qualité).

Posté par nicofeel à 09:18 - Comédie - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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