04 juillet 2008
The darwin awards par Finn Taylor
Réalisé par Finn Taylor
Origine : U.S.A.
Année: 2006
Avec : Joseph Fiennes (Michael Burrows), Winona Ryder (Siri), David Arquette (Harvey), Chris Penn (Tom), Max Perlich (Bob)
Synopsis : un profiler licencié de la police, Michael Burrows, fait équipe avec une experte en assurance afin d'établir le profil des potentiels gagnants aux Darwin Awards. Ils vont découvrir que certaines personnes repoussent les limites de la bêtise...
Cela, Michael Burrows va vite s'en apercevoir en enquêtant sur ces morts afin de dresser le portrait type du candidat aux Darwin Awards.
Le film nous apprend tout d'abord que les Darwin Awards sont des prix remis aux personnes mourant dans des circonstances stupides, ceux-ci existent depuis les années 70 aux États Unis. Ce classement dénote un humour des plus macabres relevé d'une bonne pointe d'ironie, toutefois contrastée par l'hommage certain, certes posthume, à la créativité et à l'originalité des défunts dans ce qui va provoquer leur mort.
L'aspect Darwinien des Darwin Awards n'est pas évident de prime abord. Il faut rappeler que Charles Darwin, biologiste de son état, est le père de la théorie de l'évolution par laquelle il a apporté la preuve scientifique que toutes les espèces vivantes ont évolué au cours du temps à partir d'un ancêtre commun ou d'un petit nombre d'ancêtres communs, grâce au processus de sélection naturelle. Les Darwin Awards en couronnant la bêtise de certains montrent que celle ci peut opérer comme un processus de sélection naturelle et donc d'amélioration de l'espèce humaine.
D'entrée, le film donne le ton : après une brève explication de ce que sont les Darwin Awards , nous assistons à la reconstitution de l'un de ces faits divers dignes de défrayer la chronique dans les rubriques « insolites » des journaux : un homme d'affaires dans son nouveau bureau, prenant un verre en compagnie d'amis, est fier de leur montrer la résistance de ses baies vitrées qui, selon lui, sont blindées. Devant l'incrédulité de ces amis, il se livre donc à une mise à l'épreuve, et armé d'un coussin en guise de protection à l'épaule, tel un fier quaterback à l'entrainement, s'en va défier la solidité de ses vitres : on le voit chuter du haut de la tour où se trouvait son bureau...
La stupidité de l'acte et le traitement léger des décès, devenus parodies par leur excès de bêtise font de The Darwin Awards une comédie originale où tout semble prétexte à un humour débridé, tout aussi inventif et décalé que peuvent l'être les prétendants aux Darwin Awards.
Le film est vu du point de vue de Michael Burrows, auto déclaré meilleur profiler de la police criminelle, qui perd son emploie pour avoir laisser s'échapper un dangereux criminel qu'il recherchait. La raison de cette erreur, qui le conduit à l'éviction est des plus loufoque : notre héros est atteint d'hématophobie qui est la phobie du sang, notemment de la vue de celui-ci.
Elle est souvent assimilée aux craintes ayant trait à l'univers hospitalier. Contrairement à beaucoup d'autres phobies, le sujet n'a pas envi de fuir ou ne fait pas preuve de nervosité. En revanche, elle se traduit par des effets physiologiques: baisse du rythme cardiaque et de la tension pouvant aller jusqu'à l'évanouissement.
Selon le psychanalyste Serge Vallon "le sang est signe de vitalité tant qu'il est caché à l'intérieur. Dès qu'il sort, il devient visible, il est la manifestation d'une vitalité qui nous échappe. Il parle de mort".
Michael Burrows, lui, s'évanouit à la vue de la moindre goutte de sang, ce depuis son enfance, flash
back à l'appuie nous montrant la découverte de sa pathologie, alors qu'il se livrait déjà à des investigations policières à l'école ( ce qui ne manque pas de faire penser à l'évocation de la jeunesse de Sherlock Holmes dans Le secret de la pyramide , dont le titre original est Young Sherlock Holmes.)
Pour rajouter au comique de la situation, il faut ajouter que le film est censé être un travail d'étude universitaire sur les profiler, Michael Burrows étant donc constamment suivi par un caméraman filmant le moindre de ses faits et gestes, et ayant le souci de la « neutralité » au point de laisser « l'objet » de son étude dans le désarroi lorsqu'il est en mauvaise posture: on le voit notamment continuer à filmer Michael alors que le criminel, avant de lui échapper, le passe à tabac.
A la recherche d'un emploie suite à son éviction de la police, c'est à la faveur d'un fait divers sur une mort stupide qu'il élabore une théorie : il devrait être possible d'élaborer un profil de ces « candidats » malgré eux aux Darwin Awards, ce qui permettrait aux société d'assurances de mieux se protéger, et de ne pas avoir à verser d'argent suite à des dépôts de plaintes abusifs .
C'est donc tout naturellement qu'il va proposer ses services à une société d'assurance, où l'accueil du directeur est plus que mitigé. Mais le sens aigu de l'observation de notre héros, et sa grande imagination, vont retourner la situation en sa faveur: jouant sur les points faibles du directeur adultérin, Michael se joue de la défiance de celui-ci pour lui prouver l'importance d'une étude sur le profil type de ces défunts défiants les normes de la logique, et susceptibles de faire de bons candidats aux Darwin Awards.
C'est accompagné d'une experte en assurance, Siri, chargée d'expertiser les conditions des décès et les éventuelles fraudes, et de son inséparable caméraman que peut commencer l'enquête.
Un des ressorts comique du film repose sur les caractères de nos protagonistes, que tout semble opposer : Michael Burrows est réfléchi, méthodique et maladivement « responsable », cherchant à se préserver du moindre accident, alors qu'il est d'une grande maladresse.Siri, elle, est plus fonceuse, froide au point d'en être cynique et désabusée, usée qu'elle est par la longue pratique d'une profession déshumanisante. Le caméraman, qui bien que constamment hors champs répond de temps à autres à nos deux héros, brille lui par sa passivité, même lorsqu'il doit partager les déboire de ses compagnons de route.
Un des autres ressorts comiques du film repose sur les « reconstitutions » des incidents sur lesquels les conduira leur enquête : en effet, Michael, doté d'une imagination débordante, est systématiquement le point de départ de celles-ci, ses hypothèses de travail prenant vie sous nos yeux pour immortaliser des instants qui, leur issue dramatique mise à part, font preuve d'un aspect burlesque décalé, que la mise en scène ne manque pas de souligner, rendant la bêtise humaine d'autant plus fascinante parce qu'en perpétuelle renouvèlement.Michael, dont la conscience professionnelle semble hors norme, au point de ne pas avoir de vie sociale et intime, semble revivre les faits sur lesquels il enquête, à l'instar du héros de le sixième sens, de Michael Mann, Will Graham.
Enfin, la réalisation se joue des ressorts du film de genre, notamment des films noirs, et des trauma : ici, notre profiler est totalement obnubilé par son erreur, avoir laisser s'échapper un dangereux criminel, et vit dans la crainte de le voir recommencer des actes qu'il aurait put empêcher.
Le film navigue donc entre plusieurs univers, celui du film policier, afin de présenter le personnage du profiler, mais aussi celui de la comédie romantique, car nos protagonistes vont être amenés, malgré leur différence de caractère, à s'aimer.
Le « sixième sens » de notre héros, va peu à peu l'amener à perdre pied vis à vis de la réalité, et à comprendre, de manière dangereuse, les victimes sur lesquelles il enquête, dont le profil est si éloigné du sien, lui qui est si prévoyant et prudent. Le film nous le montre même se mettre en danger, ainsi que ses compagnons, dans un expédition dont l'issue aurait put être plus fatale, mais qui nous fait surtout comprendre que la vie peut basculer rapidement, suite à un enchainement de circonstances et de mauvaises décisions, de mauvaise évaluation des risques.
Au final, le film, qui pouvait s'annoncer comme cynique, finit par être un hommage à ceux qui ont fait le parie de l'audace et de l'imagination, certes débridée et risquée, mais qui ont voulu , avant tout, sortir de l'anonymat ou du quotidien qui les étouffait.Michael, à propos de l'une des victimes, écrasée par un distributeur de boissons, déclarera :" c'est un défi au système." L' imagination apparait alors comme la seule chose qui puisse encore nous permettre de nous distinguer.
The Darwin Awards , s'il n'est pas un chef d'oeuvre, n'en demeure pas moins une comédie de bonne facture, au scénario original, que l'on prends plaisir à découvrir.
12 mai 2008
Psycho beach party de Robert Lee King
Réalisé par Robert Lee King
Année : 1999
Origine : Etats-Unis
Durée : 95 minutes
Avec : Lauren Ambrose, Thomas Gibson, Nicholas Brendon, Kathleen Robertson, Charles Busch, Matt Keeslar, Beth Broderick...
FICHE IMDB
Résumé : Durant l'été 1962, alors qu'elle est en vacances à Malibu Beach, la très timide et complexée Florence Forrest découvre avec une amie le cadavre d'une jeune spectatrice dans un drive-in. Un serial killer rôde…
Psycho beach party est un film qui épouse différents genres : c'est à la fois une comédie et une sorte de film d'horreur. Plus spécifiquement, il s'agit d'un mélange de slasher (film où on retrouve un psychopathe qui massacre à tour de bras des victimes, principalement des étudiants) et de film de plage avec pour relier les deux une bonne dose de franche déconnade.
En effet, les situations comiques prennent toujours le dessus.
Il faut dire qu'il y a de quoi rire dans ce sympathique petit film.
Le réalisateur a visiblement voulu faire une comédie comme on n'en fait pas aujourd'hui : les acteurs débitent des paroles d'une totale niaiserie et leurs sujets de prédilection tournent autour de la question du sexe. On voit bien qu'ils se sont totalement impliqués dans ce film et leur jeu fait plaisir à voir.
Certains ne sont d'ailleurs pas des inconnus : dans le rôle de l'étudiant un peu à côté de la plaque, on retrouve Matt Keeslar, vu un an auparavant dans Splendor de Gregg Araki ; dans celui de Rhonda, la jeune femme paraplégique, on retrouve Kathleen Robertson, vu également dans Splendor et connue pour sa participation dans la série Beverly Hills.
Les répliques dans le film peuvent paraître lourdes et même parfois débiles mais elles sont particulièrement amusantes lorsqu'elles sont prises dans leur contexte :
"Ma copine attend une saucisse chaude." (Lars)
" Sa Surfitude va mener ses ouailles à la baille. " (Kanaka)
" Comment m'identifier à la Martienne à tête de rat ? […] Ma chérie, même Lassie écrirait mieux avec son cul. " (Bettina Barnes)
" Tu me la visses, cette ampoule, oui ? " (Madame Forrest)
Il n'y a pas que le jeu des acteurs qui prête à rire. Les décors ou plutôt les effets spéciaux sont également quelque chose. Ainsi, les scènes de surf qui sont ridicules au premier abord sont en fait à mourir de rire : l'effet de plaquer le personnage sur un décor de vague est tellement gros (mais à près tout, n'est-ce pas voulu ?) qu'on en rigole forcément.
D'autant que la bande originale du film qui est constituée de rock sixties (surf music et rock garage) est très entraînante.
D'autres scènes donnent lieu à des moments d'hilarité : Je pense notamment aux deux surfeurs homos qui se battent n'importe comment sur la plage.
On peut penser aux surfeurs eux-mêmes qui se prennent pour les rois des mers et qui n'ont visiblement pas grand chose dans le ciboulot. Le réalisateur critique à sa façon la culture de l'apparence, très chère aux Américains et ici aux surfeurs qui pensent à se muscler et à glander mais qui n'ont pas un Q.I. très élevé.
Mon moment préféré du film étant la danse sur la plage qui donne lieu à un véritable duel.C'est peut-être quelque part une parodie de Grease.
L'intrigue elle-même est totalement décalée. En effet, le serial killer ne s'en prend qu'aux gens particuliers : la fille assassinée au drive-in avait un bec-de-lièvre, le premier surfeur qui est tué souffrait de psoriasis, le second surfeur qui est tué n'avait qu'une seule couille et enfin le tueur a réglé le cas d'une handicapée en fauteuil roulant.
Avant de s'en prendre à notre héroïne qui se révèle être également particulière puisqu'elle souffre d'un dédoublement de personnalité. En temps normal elle est Florence Forrest, une jeune fille coincée et extrêmement timide. Par contre, lorsqu'elle voit de nombreux cercles, elle se transforme en Ann Bowman, une femme dominatrice que personne ne peut stopper.
Ajoutez à cela que le serial killer vous révèle à la fin qu'il a grandi avec une mère aveugle, un père sourd et des sœurs, vous comprendrez pourquoi ce film n'est pas à prendre au premier degré.
Et ce d'autant plus que le capitaine de police chargé de l'enquête est un travesti !
En fin de compte, Psycho beach party est un petit film méconnu qui joue à plein le rôle de la comédie (raison pour laquelle il faut le prendre au centième degré) en prenant comme base le film de plage. Un film réussi qui détend et fait bien plaisir à être regardé.
29 mars 2008
Juno de Jason Reitman
Réalisé par Jason Reitman
Année : 2007
Origine : Etats-Unis
Durée : 96 minutes
Avec : Ellen Page (Juno MacGuff), Michael Cera (Paulie Bleeker), Jennifer Garner (Vanessa Loring), Jason Bateman (Mark Loring)...
Résumé : Une jeune fille de 15 ans tombe enceinte et décide de faire adopter son futur enfant.
Réalisé par Jason Reitman (auteur de Thank you for smoking), Juno est une sorte de teen-movie. Prenant le ton de la comédie, le film évoque pourtant des sujets graves et très contemporains.
Juno Mc Guff (interprétée par une très convaincante Ellen Page) est une adolescente de 16 ans qui décide du jour au lendemain de coucher avec un bon copain à elle, le très sérieux Paulie Bleeker (Michael Cera). Et ce qui devait arriver arriva, elle se retrouve enceinte.
C'est par son sujet même que le film diffère dès le départ de la masse des teens-movies. En effet, on a jamais vu dans un teen-movie une héroïne enceinte. Toute la force et l'originalité du film de Jason Reitman, remarquablement écrit, est de faire rire le spectateur sur un sujet très sérieux. Ellen Page incarne parfaitement cette adolescente qui se cherche et va finir par se trouver par le biais de sa grossesse. Le réalisateur nous montre une jeune fille qui est avant tout éprise de liberté. D'ailleurs, c'est certainement la raison qui conduit Juno à décider assez rapidement (après avoir enlevé l'éventualité d'avorter) de faire adopter son enfant. Elle comprend très vite qu'elle n'est pas à un âge et dans une situation (elle est en classe de première) qui lui permettent d'avoir un enfant. C'est ainsi qu'elle trouve avec son amie Leah un couple riche, les époux Loring, Vanessa (Jennifer Garner) et Mark (Jason Bateman), qui cherchent à adopter un enfant. Juno Mc Guff va les voir souvent tout au long de sa grossesse et pense que ce seront de bons parents pour l'enfant qu'elle porte.
Juno est un film qui réserve beaucoup de surprises et évite tous les clichés du genre. On ne peut qu'apprécier la relation qui s'établit entre Juno et Paulie Bleeker. Ces deux adolescents, qui se révèlent assez originaux (et quelque peu à la marge par rapport à des adolescents de leur âge) chacun de leur côté, connaissent des moments difficiles dans leur relation mais celle-ci est pleine de tendresse, comme le révèle la fin du film. C'est avant tout une belle histoire entre deux jeunes qui s'aiment mais qui n'ont pas pu prévoir ce qui leur est arrivé.
Le personnage de Juno est également intéressant car il est révélateur d'une société qui a perdu ses repères sur le plan familial. Dans la famille de Juno d'abord, celle-ci vit avec son père et avec sa belle-mère ainsi qu'avec une demi-soeur. Juno s'aperçoit que partout où elle passe les adultes ont bien du mal à s'aimer : c'est ainsi qu'elle assiste à la séparation entre Vanessa et Mark. Juno va ensuite voir son père et lui demande s'il n'est pas possible d'aimer quelqu'un toute une vie. Cette question fondamentale montre tout l'amour que porte en elle Juno, un amour pour autrui qui ne cessera d'augmenter.
Le personnage de Juno montre également la difficulté de certains adultes à devenir père. Dès le départ, Paulie Bleeker semble hors du coup ce qui est normal car c'est encore un adolescent. Mais Mark Loring n'est pour sa part plus un adolescent. Pourtant, le fait d'être père semble passer après ses préoccupations quotidiennes : son travail, sa musique ou encore le visionage de films. Au passage, on peut faire un parallèle entre le fait que Mark montre à Juno Mc Guff le film The wizard of gore (de Herschell Gordon Lewis, le pape du gore justement), qui est une manière pour lui de refuser l'idée d'être père, et le fait que Paulie appelle Juno à de nombeuses reprises ma magicienne, une façon d'être tendre mais aussi qui indique que Juno accepte quant à elle d'aller jusqu'au bout de sa grossesse. Une grossesse qui est finalement pour elle le passage de l'adolescence à la vie adulte.
Si le film bénéficie de dialogues très drôles, il réserve aussi de beaux moments d'émotion, notamment à la fin où l'on voit que Juno a tenu sa promesse et est devenue une nouvelle personne. Elle est désormais réconciliée avec tout le monde et notamment sa belle-mère et son meilleur ami, Paulie. Le dernier plan du film, qui montre Juno et Paulie ensemble (avec un travelling arrière qui élargit progressivement l'horizon) est d'une grande tendresse et est symptomatique de la volonté de liberté de l'héroïne du film.
Comédie traitant de sujets particulièment sérieux, Juno est à des années-lumière des teen-movies type American pie. Ici, on a droit au portrait très attachant de personnes qui ne cherchent qu'à vivre. Bénéficiant de très bons dialogues et d'un casting excellent, Juno est une belle réussite. On attend avec impatience le prochain film de Jason Reitman.
26 mars 2008
Le grand saut de Joel Coen
Réalisé par Joel Coen
Titre original : The Hudsucker proxy
Année : 1994
Origine : Etats-Unis
Durée : 111 minutes
Avec : Tim Robbins (Norville Barnes), Jennifer Jason Leigh (Amy Archer), Paul Newman (Sidney J. Mussburger), Charles Durning (Waring Hudsuker), Bruce Campbell (Smitty)...
Résumé : Un jeune homme un peu simplet devient du jour au lendemain PDG d'un des plus grands groupes industriels américains.
Avec Le grand saut, Joel Coen (qui a été aidé pour le scénario du film par son binôme de toujours à savoir Ethan Coen, mais aussi par Sam Raimi) réalise une comédie à la fois drôle et touchante.
Assez différent des autres films des frères Coen (The big lebowski, Fargo, Miller's crossing), Le grand saut est à mon sens un film qui d'une part dans sa veine satirique dénonce la toute puissance du capitalisme et d'autre part dans sa veine humaniste rend hommage à un cinéma humaniste que l'on reprocher de Frank Capra.
Le scénario du film pourrait d'ailleurs être celui d'un film de Capra. Le grand saut se déroule en 1958. Le film raconte l'ascension très rapide d'un homme un peu simplet qui devient du jour au lendemain PDG de l'une des plus importantes sociétés américaines. Norville Barnes (interprété par Tim Robbins) est cet homme qui a été choisi par le conseil d'administration de la société Hudsucker pour prendre les rênes de la société suite au suicide de Waring Hudsucker, le fondateur et président de la société du même nom. On comprend dès le départ dans le film que le but des administrateurs est de mettre un homme simple d'esprit (de surcroît un homme de l'Amérique profonde, celui-ci étant originaire de Muncie) à la tête de la firme afin de faire chuter le cours des actions de la société et de les racheter ensuite à un prix plus bas. Le scénario du film fait alors inmanquablement penser à Mr Smith au Sénat, où James Stewart représentait l'homme du peuple, un peu simplet, qui avait été propulsé du jour au lendemain sénateur, et ceci afin d'être un pion au sein de l'échiquier politique.
Mais comme pour Mr Smith au Sénat, le personnage de Norville Barnes se révèle au bout d'un moment un personnage gênant. Car si Norville Barnes a des idées saugrenues, bizarrement elles finissent par marcher. Ainsi, c'est lui qui a l'idée du hula hoop puis du frisbee. Le moment où se déroule le film n'est d'ailleurs pas anodin. En effet, c'est en 1958 que le jeu du cerceau du hula hoop a été créé et est devenu rapidement un énorme succès. Le créateur du hula hoop, qui est Richard Knerr a eu l'idée de multiples concepts tout au long de sa vie, dont celui du frisbee. Joel Coen fait donc coïncider l'histoire de son personnage avec l'Histoire. Cette histoire du cerceau (et la base du cercle dans le film, qui est destiné aux enfants, mais qui prouve surtout que le personnage principal agit et pense souvent comme un enfant) donne lieu à de nombreuses scènes humoristiques dans le film.
Autre point commun du grand saut avec des films de Capra tels que Mr Smith au Sénat ou L'extravagant Mr Deeds : le personnage féminin principal. Jennifer Jason Leigh joue le rôle d'Amy Archer, une journaliste qui s'infiltre dans la vie privée et professionnelle de Norville Barnes. A l'instar de l'actrice Jean Arthur qui jouait aussi une femme journaliste dans les deux films de Capra cités précédemment, Jennifer Jason Leigh est celle qui va comprendre la première le plan machiavélique des administrateurs de la firme Hudsucker. Comme Jean Arthur, elle va finir par aider le personnage principal et va aimer cet homme un peu benêt certes, mais ô combien humain, avec ses qualités et ses défauts.
Le parallèle entre ce film et l'oeuvre de Capra va encore plus loin. En effet, lorsque l'on voit au début et à la fin du film un personnage qui est sur le point de se suicider et qui est sauvé par un ange, on pense au chef d'oeuvre de Capra, La vie est belle. Dans ce film, le personnage joué par James Stewart est lui aussi sauvé par un ange qui lui montre alors comment aurait été la vie des gens qu'il a cotoyés si ceux-ci ne l'avaient pas connus. La différence avec le film de Capra est que Le grand saut insiste plus sur le côté économique, matérialiste des gens. L'ange est là pour montrer que dans la vie l'argent ne fait pas tout, l'amour des autres est beaucoup plus important.
On notera d'ailleurs qu'en filigranes, Le grand saut rappelle un moment douloureux de l'histoire des Etats-Unis à savoir la crise des années 30 et notamment le jeudi noir (24 octobre 1929) avec le cours des actions qui s'est effondré aux Etats-Unis mais surtout des millions de personnes qui se retrouvent ruinées et au chômage. Sauf qu'ici les actions de la société Hudsucker s'effondrent pour des raisons préméditées (le milieu des finances, qui ne s'embarrasse pas de pratiques pour le moins douteuses, est passé à la moulinette par Joel Coen) et que si Warring Hudsucker se suicide au début du film (de façon très burlesque), ce n'est pas pour des raisons économiques puisque sa société est alors florissante et à son apogée.
Il est utile de rappeler que le film ne se déroule pas en 1929 mais en 1958, durant la présidence d'Eisenhower (1953-1961). Joel Coen a voulu dénoncer le milieu des finances tout en prenant de la distance avec un événement historique tragique, qui a durablement marqué les Etats-Unis.
Au final, le film critique de manière assez cynique la société américaine (critique qui vaut toujours actuellement). Le film ne se contente pas de s'en prendre au milieu des finances, les médias et notamment la presse, toujours à la recherche de scoops, sont visés. Mais là où le film est moins réussi et moins marquant qu'un film de Capra, c'est que Joel Coen a privilégié le côté humoristique (de manière pas toujours très fine au demeurant, avec des personnages proches de la caricature) ce qui a minoré dans le même temps l'émotion que procure le film.
A mon sens, Joel Coen n'a pas assez insisté sur les rapports amoureux entre Norville Barnes et Amy Archer. Le film est un peu déséquilibré, jouant un peu trop la carte du cynisme et de l'outrance humoristique.
En somme, Le grand saut est un film atypique intéressant mais mineur dans la filmographie des frères Coen.
17 mars 2008
Splendor de Gregg Araki
Réalisé par Gregg Araki
Année : 1999
Origine : Etats-Unis
Durée : 93 minutes
Avec : Kathleen Robertson, Johnathon Schaech, Matt Keeslar, Kelly Mac Donald, Eric Mabius...
Résumé : Comédie romantique sur fond de ménage à trois.
FICHE IMDB
Réalisé en 1999 par Gregg Araki, Splendor se situe dans la filmographie du réalisateur américain entre Nowhere (qui clôt sa trilogie « Teen apocalypse ») et Mysterious skin, son film le plus ambitieux et le plus abouti à ce jour.
Splendor est pour sa part une véritable curiosité. En effet, on est très loin de l'intérêt constant du réalisateur pour les univers trash où il s'intéresse à la condition des adolescents. Splendor pourrait être vu comme une sorte de récréation pour Gregg Araki. Il s'agit ici d'une comédie romantique qui, de l'aveu même de son réalisateur, se veut un hommage aux comédies hollywoodiennes des années 30 à 50.
Pour autant, même si Gregg Araki surprend son monde dans un genre qui est à des années-lumière de sa thématique habituelle, la patte du réalisateur californien est bien toujours présente. D'ailleurs, son film se déroule comme par hasard en Californie, dans l'immense ville de Los Angeles (seconde ville des Etats-Unis). Toute l'action du film est racontée par le biais de son actrice principale, Kathleen Robertson, bien connue pour avoir joué dans la série Beverly Hills 90210 mais qui a également figuré dans Nowhere de Gregg Araki. Jouant le rôle de Veronica, Kathleen Robertson interprète une jeune femme qui est seule (et paraît assez prude au départ) et recherche évidemment l'âme soeur. Au tout début du film, elle rencontre au cours d'une soirée un homme qui lui plaît beaucoup.... puis un autre ! Elle n'arrive pas à se décider à choisir entre le brun Abel, interprété par Johnathon Schaech (vu dans The doom generation de Gregg Araki) et le blond Zed, joué par Matt Keeslar (vu dans le très drôle Psycho beach party). Ces deux hommes pour qui Veronika flashe dans une boîte de nuit très branchée sont véritablement l'un et l'autre comme le recto et le verso d'une pièce de monnaie, ils n'ont aucun point commun : Abel est brun, Zed est blond ; Abel est un intellectuel, précisément un jeune romancier tandis que Zed est un musicien (batterie) qui n'a pas l'air d'avoir inventé l'eau chaude !
Pourtant, Veronika aime ces deux hommes de façon identique et ne sait pas avec lequel sortir. Elle choisit donc la solution la plus « logique » dans l'absolu : elle décide de les garder les deux ! Comme elle dit au début du film au spectateur : « L'amour est une chose mystérieuse et déconcertante ». On se retrouve alors dans un schéma sur le plan scénaristique que l'on peut rapprocher du film d'Andrew Fleming, Deux garçons une fille trois possibilités. Ce qui n'est en soi pas si surprenant que cela, Gregg Araki n'ayant jamais caché son homosexualité. Mais dans Splendor, Gregg Araki ne traite quasiment pas de l'homosexualité (on a seulement droit à une allusion homosexuelle dans une scène qui commence par un déshabillage entre les trois personnages principaux du film). Le réalisateur californien s'intéresse dans un premier temps au défi entre Abel et Zed (lequel est symbolisé à plusieurs reprises par un match de boxe fictif, dans un beau noir et blanc), qui cherchent à s'approprier Veronica. Dans un second temps, Gregg Araki traite carrément du ménage à trois où l'on comprend très clairement que Veronica couche avec l'un et l'autre : c'est là où l'on retrouve le mieux d'ailleurs la patte de Gregg Araki qui se montre clairement en faveur de la liberté sexuelle. Si le film est traité sur le ton de la comédie, le propos est bien là. Gregg Araki semble d'ailleurs se demander en quoi cela poserait problème puisque chacun a bien le droit de vivre comme il l'entend, à partir du moment où la liberté de tous est respectée.
Gregg Araki ne se contente pas de revendiquer le droit à la liberté sexuelle. Il oppose également clairement la société en deux parties avec d'un côté les nantis et de l'autre côté le peuple qui galère pour s'en sortir. Dans le film, le personnage d'Ernest (joué par Eric Mabius), réalisateur de films, qui est très riche représente la classe aisée tandis que Abel, Zed et Veronica se fondent évidemment dans la masse des gens qui ont du mal à joindre les deux bouts à la fin du mois (c'est d'ailleurs notamment pour cette raison qu'ils emménagent ensemble). Toute la sympathie d'Araki va d'ailleurs plus à des personnages comme Abel et Zed, qui sont bons vivants et honnêtes que vers Ernest qui est certes aux petits soins pour Veronica (afin de la conquérir) mais semble peu intéressant, notamment sur le long terme. La fin du film qui est tout à la fois touchante et romantique au possible, a le mérite de boucler la boucle et pour le réalisateur de rester tout à la fois optimiste et original dans son propos.
Allant à cent à l'heure et servi par des situations tantôt très drôles tantôt très romantiques, Splendor bénéficie en outre d'un élément constant chez Gregg Araki : une superbe photo. Le film est particulièrement coloré. On retrouve des couleurs très flashies, particulièrement plaisantes pour le plaisir des yeux, aussi bien dans l'accoutrement des acteurs que dans les appartements de Veronika ou de son amie Mike (jouée par Kelly Mac Donald, vu notamment dans Trainspotting). On notera d'ailleurs que les différentes transitions du film se font par le biais de fondus non pas au noir mais dans des couleurs très voyantes : du vert, du violet, du rose.
Par ailleurs, Gregg Araki a, comme à son habitude, soigné la bande originale de son film, laquelle ajoute un vrai plus au métrage : on a ainsi droit à un remix très ambiant du Before today d'Everything but the girl lorsque Abel et Veronika se retrouvent dans un bar branché (où la photo est à ce moment vraiment très réussie, avec le reflet des personnages que l'on voit sur le fond de l'image). On a également le plaisir d'écouter un remix de Kelly watch the stars de Air et un autre remix (pas facile à retrouver), cette fois-ci du Beetlebum de Blur. Enfin la bande son contient notamment deux morceaux cultes : Electrobank des Chemical Brothers et surtout Bizarre Love Triangle (à la fin du métrage) de New Order, dont ce dernier titre est symbolique du film.
Un petit mot également des acteurs. Kathleen Robertson, Johnathon Schaech et Matt Keeslar se débrouillent tous très bien dans des rôles à contre-emploi. Cela permet à cette atypique comédie romantique d'être particulièrement plaisante.
Le mot de la fin est laissé à Kathleen Robertson, laquelle décrit son ménage à trois en voix-off comme « une famille de félés heureux ».
26 février 2008
Nowhere de Gregg Araki
Film américain de 1997
Durée du film : 1h22
Acteurs principaux : James Duval, Debi Mazar, Rachel True, Chiara Mastroianni, Nathan Bexton, Kathleen Robertson, Christina Applegate, Jaason Simmons, Joshua Gibran Mayweather, Jordan Ladd, Sarah Lassez
Musique : Bud Carr et Peter M. Coquillard
Résumé : Nowhere montre au travers de la journée d'un jeune homme en quête de l'Amour une jeunesse américaine en perdition.
Nowhere est le troisième volet de la trilogie " Teen apocalypse " de Gregg Araki (dont le dernier film, Smiley face, sorti sur les écrans en 2008, est une comédie sous acide très drôle) dont les deux premiers films sont Totally fucked up et The doom generation. C'est un film coup de poing sur une jeunesse de Los Angeles en totale déconfiture. Le titre du film qui signifie en français " nul part " est à cet égard très révélateur.
Toutes les extravagences possibles et imaginables ont lieu dans ce film très particulier. Le début de Nowhere montre le héros principal, Dark (qui siginifie en français " sombre ") Smith (incarné par un très convaincant James Duval) en train de se masturber sous la douche de façon particulièrement désabusée : tout l'univers d'Araki est déjà en place : une jeunesse qui ne sait pas quelle place elle a dans la société et l'importance donnée à la dimension sexuelle (et notamment homosexuelle).
Mais ceci n'est qu'un avant-goût du film : les rapports sadomasochistes sont très présents, les rapports homosexuels sont très explicites (Gregg Araki ayant un penchant certain pour la cause homosexuelle), les jeunes ne pensent qu'à se droguer, à faire la fête et l'amour (sur ce dernier point la scène de viol est atroce et ce d'autant plus que l'acteur jouant le rôle du violeur n'est autre que Jaason Simmons, acteur plus connu pour avoir joué dans la série Alerte à Malibu).
En outre, il n'y a aucune retenue dans les rapports (notamment sexuels) entre les personnages : par exemple, Mel, la copine de Dark, n'hésite pas à fréquenter d'autres garçons, considérant qu'il faut qu'elle profite à fond de sa jeunesse. Ces rapports sont si forts, si intenses, si crus et inconsidérés parfois qu'ils expliquent en partie les deux suicides qui ont lieu dans le film. Nowhere n'en est pas pour autant un film uniquement dramatique.
La dimension comique est également omniprésente. Elle renforce le sentiment de désœuvrement, l'état de " shootés " de ces jeunes qui sont laissés à l'abandon. La présence du monstre extraterrestre d'abord sous la forme d'un être caoutchouteux puis par un insecte géant qui s'est emparé du physique de Montgomery - qui aurait été kidnappé par des aliens - est particulièrement bien vue. C'est à la fois drôle et touchant. C'est ce qui fait la force de ce film.
La façon de filmer et le sujet traité par Araki laisse a priori penser qu'on a à faire à un genre de sitcom. Pourtant il ne faut pas s'y tromper : si sitcom il y a, tout est extrêmement trash dans Nowhere : le triptyque sexe (agrémenté de violence), drogue et rockn'roll (ou plus précisément musique métal) fonctionne à plein régime. Les dialogues échangés entre les personnages n'en sont que plus jouissifs (Dark déclarant vers la fin du film : " je m'éclate autant que si j'avais un furoncle au cul " : c'est effectivement drôle et triste).
Pour autant, aussi bizarre que cela puisse paraître, Nowhere est également une ode à l'amour via son héros qui est à la recherche de l'amour pur (qu'il ne trouve pas dans le personnage féminin de Mel, sa petite amie).
En fin de compte, Nowhere est un film essentiel dans le sens où il traite d'une façon très intéressante la thématique d'une jeunesse américaine à la dérive, un peu comme un Bully de Larry Clark ou plus encore comme The rules of attraction (une adaptation du roman du même nom de Bret Easton Ellis où les thèmes du rock, du sexe et de la violence sont omniprésents) de Roger Avary. Il s'agit donc d'un film à voir mais qui est à déconseiller aux personnes sensibles.
25 février 2008
Veuve mais pas trop... de Jonathan Demme
Réalisé par Jonathan Demme
Titre original : Married to the Mob
Année : 1988
Origine : Etats-Unis
Durée : 103 minutes
Avec : Michelle Pfeiffer, Matthew Modine, Dean Stockwell, Mercedes Ruehl, Alec Baldwin, Joan Cusack,...
Résumé : Croyant quitté une vie basée sur la violence à la mort de son mari tueur de la mafia, la belle Angela doit bien vite déchanter car le grand patron la trouve très à son goût. Fuyant avec son fils, elle ignore qu'elle est surveillée par un agent du FBI...
Veuve, mais pas trop… est le dernier film, à ce jour, où Jonathan Demme laisse éclater sa verve et sa fantaisie. C’est le complément indispensable à son attachant Dangereuse sous tous rapports. Il narre les aventures d’Angela De Marco (Michelle Pfeiffer, éblouissante), qui cherche par tous les moyens à échapper à son milieu mafieux, sa « famille », à la suite de l’assassinat de son mari (Alec Baldwin), homme de main de Tony « Le Tigre » (Dean Stockwell, prodigieux), sorte de parrain local, pour essayer de redémarrer une nouvelle vie. Seulement le FBI, notamment un de ses agents, Mike (Matthew Modine, révélation du célèbre Full metal jacket de Kubrick), ne cesse de la traquer pour coincer Tony, d’autant plus qu’Angela est également pourchassée par celui-ci qui est tombée amoureux d’elle. Mais l’amour va entrer en jeu, compliquant encore plus la situation.
Demme réalise ici une de ses plus grandes comédies, qui derrière son air léger, cache une profonde humanité. Si l’humour se fait plus voyant que dans ses premières comédies douce-amères (Citizens band, Melvin and Howard, Swing shaft), le film reste néanmoins très acide. Il est notamment très critique envers les méthodes mafieuses et les méthodes policières, qu’il renvoie dos à dos. Une des scènes les plus fortes du film est la garde à vue d’Angela, durant laquelle les agents du FBI se comportent comme de véritables animaux, sans prendre en compte les sentiments d’autrui. Angela fera d’ailleurs remarquer la ressemblance flagrante de leurs méthodes avec celles de la mafia.
Demme suit malgré tout la voie de la comédie pure, enchaînant les quiproquos et le comique de situation avec un grand bonheur. Le personnage de Tony « Le Tigre », magistralement interprété par Dean Stockwell (Le garçon aux cheveux verts de Losey), est particulièrement drôle. Sous son allure de brute épaisse, sorte de parodie de parrain mafieux, tuant froidement ceux qui se dressent sur sa route, Tony est curieusement terrorisé par son épouse Connie (Mercedes Ruehl, excellente), savoureuse caricature de la « mama » italienne, d’une jalousie maladive. Leurs scènes comptent parmi les plus amusantes du film, Tony étant proprement terrifié, comme un enfant, par son ouragan de femme. Celle-ci est d’ailleurs la seule personne capable de lui faire peur (il suffit de prêter attention aux regards qu’ils se lancent mutuellement !), même s’il continue de faire la cour à Angela.
Cependant le cœur du film reste l’attachant personnage d’Angela. Celle-ci, comme la plupart des héros de Demme (notamment l’Audrey-Lulu de Dangereuse sous tous rapports), cherche désespérément à survivre, à se sortir du carcan dans lequel la mafia l’a enfermée. Mère d’un petit garçon auquel elle inculque des valeurs droites, elle suscite l’admiration par sa volonté d’avoir une vie normale, décente, dans laquelle elle pourra se regarder en face. Michelle Pfeiffer lui offre une dignité remarquable, rendant Angela très émouvante aux yeux du spectateur.
La scène où elle ramène Mike (Matthew Modine) dans son misérable appartement (il faut voir la baignoire située en plein milieu de la cuisine qui lui sert de table !), un peu émêchée par l’alcool qu’elle a ingurgité et où, après avoir maladroitement essayé de le séduire, elle lui confesse son manque d’intelligence et son désir désespéré d’avoir droit à une seconde chance, est extrêmement touchante, d’autant plus que le spectateur sait que Mike, agent du FBI, joue double jeu, rendant de ce fait la scène particulièrement cruelle.
Le spectateur en effet ne peut s’empêcher de compatir à la situation d’Angela. Demme a toujours dépeint des personnages qui, même s’ils ne sont pas bien malins, ont une profonde humanité. Il a toujours éprouvé un grand respect et une immense tendresse pour eux, pensant qu’ils méritent tous une seconde chance (voir Dangereuse sous tous rapports ou le méconnu mais magistral Melvin and Howard).
Comme l’affirme d’ailleurs le personnage de Modine : « Tout le monde a droit à une seconde chance ». La volonté d’Angela pour redémarrer une nouvelle vie et offrir une chance à son fils est poignante. Toutes les scènes qui la regardent déambuler dans les rues de la ville à la recherche d’un emploi simple mais qui lui redonnerait une certaine dignité sont très réussies, Demme n’ayant pas son pareil pour ancrer ses protagonistes dans le décor et les engluer dans une réalité qu’ils ne maîtrisent pas.
En revanche le personnage de Mike semble un peu plus fade, mais ne nuit nullement au film. Modine lui donne son air un peu lunaire, un peu décalé. Par ailleurs, les décors (meubles, bibelots, vêtements, décorations,… ) sont d’un mauvais goût réjouissant, les couleurs sont criardes, ringardes : il suffit de contempler l’extraordinaire maison des De Marco pour mesurer l’étendue du désastre. « Tout ce que nous avons est tombé d’un camion », déclare Angela. Ce mauvais goût culmine dans les ahurissantes chambres d’hôtel à Miami. Le rêve américain s’est transformé en un cauchemar hideux, complètement artificiel, clinquant et toc.
Veuve, mais pas trop… reste néanmoins une comédie, et Demme, qui aime trop ses personnages, ne peut s’empêcher d’offrir un nouveau départ à Angela et Mike, après leurs multiples déboires. Il ne faut surtout pas manquer le générique de fin, où le spectateur attentif pourra redécouvrir des scènes du film, cadrées d’un angle différent. La scène finale apparaît après la totalité du générique de fin et rend un vibrant hommage aux grandes comédies américaines classiques. On y découvre Angela et Mike entamer un gracieux pas de danse, avant de tomber dans les bras l’un de l’autre. Conclusion optimiste pour un film qui, sous son apparente légèreté, révèle le profond humanisme de son réalisateur.
24 février 2008
La garçonnière de Billy Wilder
Réalisé par Billy Wilder
Titre original : The apartment
Année : 1960
Origine : Etats-Unis
Durée : 125 minutes
Avec : Jack Lemmon, Shirley Mac Laine, Fred Mac Murray, Ray Walston, Jack Kruschen, David Lewis,...
Fiche IMDB
Résumé : C.C. "Bud" Baxter, anonyme employé d'une gigantesque société d'assurances, prête son appartement comme garçonnière à son supérieur. Ce geste lui vaut une promotion mais aussi des ennuis. En effet, le soir de Noël, il découvre chez lui la charmante liftière d'ascenseur de la comédie qui a tenté de se suicider par désespoir...
Voici l’un des films les plus cyniques de Billy Wilder. La garçonnière raconte l’histoire d’un homme ordinaire, anonyme, plongé dans les chaînons d’une multinationale dont le siège est implanté à New York. Jack Lemmon lui donne son aspect, son air un peu gauche et sa sensibilité. Cet homme, par pression, prête son appartement à ses supérieurs afin que ceux-ci puissent laisser libre court à leurs adultères et avoir par commodité un pied à terre, jusqu’au jour où il rencontre une jeune liftière (Shirley Mac Laine) qui travaille dans la même entreprise que lui …
Billy Wilder prend visiblement un plaisir jubilatoire à détailler au spectateur, sans la moindre concession, le fonctionnement d’une grande entreprise, cette description ne virant jamais à la caricature. Wilder a toujours été un réaliste, mais ici il se surpasse et se range aux côtés des anonymes. Sa présentation des patrons, enfermés dans leur égoïsme sans mesurer les conséquences que leurs fantaisies peuvent avoir sur les autres, notamment ceux qui sont en bas de l’échelle, reste sans équivalent. Il suffit de visionner la première scène du film, où l’uniformisation est devenue la règle et où les êtres humains perdent tout identité, se contentant d’être un rouage de l’entreprise.
Si l’on rit beaucoup à la vision du film, on ne peut s’empêcher d’avoir un pincement de cœur en voyant Lemmon et Mac Laine se démener et subir le pouvoir des puissants. Le couple qu’ils forment est l’un des plus émouvants que le cinéma hollywoodien nous ait donné, sans le moindre glamour. Wilder a toujours eu de la tendresse pour ses personnages.
Le film, très drôle, est sans cesse sur la corde raide, se teintant au fur et à mesure d’amertume et le rendant de ce fait très attachant.
Wilder ne cherche jamais à excuser Lemmon : en effet, c’est lui-même qui s’est mis dans cette situation qui semble inextricable, par pure ambition sociale. Le cinéaste de Certains l’aiment chaud montre qu’il n’y a en fait pas d’issue possible une fois qu’on a mis le pied dans l’engrenage, à moins de rejeter purement et simplement le système américain (qui est aussi le nôtre, dans une moindre mesure), qui se résume le plus souvent à l’ambition sociale.
L’entreprise lobotomise littéralement ses employés, condamnés à l’anonymat, ne pouvant s’exprimer, le seul moyen d’exister, de s’affirmer étant de la quitter. Wilder affirme que les patrons, quels que soient les efforts de leurs employés, demanderont toujours plus ; il les décrit d’ailleurs comme de véritables vampires. Wilder a rarement été aussi lucide.
En outre le cinéaste de Sunset Boulevard / Boulevard du crépuscule, malgré la noirceur du propos, révèle son humanisme. Il observe avec une infinie tendresse son couple de vedettes. Le film est également touchant dans sa façon de laisser une chance à ses personnages, les regardant se débattre dans la lente déshumanisation de la société, mais sans jamais tomber dans la pitié ou le misérabilisme.
Wilder reste un grand romantique (voir également sa magistrale La vie privée de Sherlock Holmes, avec le personnage de Géraldine Page qui interprète l’espionne allemande), il croit encore que l’amour permet aux êtres de s’en sortir. Devant l’égoïsme et la cécité des puissants, l’amour devient le seul remède à ce fatalisme, il permet à l’homme de se surpasser et de laisser poindre ses émotions.
Toutes les scènes réunissant Lemmon et Mac Laine sont merveilleuses, très émouvantes. Wilder, tout en observant leurs fêlures, les montre sous leur meilleur jour, dans toute leur grandeur. Il ne peut s’empêcher de les réunir dans la dernière scène du film, car il demeure un grand optimiste, malgré les dysfonctionnements de la société.
En conclusion, on peut dire que Wilder signe l’un des films définitifs sur la bureaucratie. Pour enfin exister, se laisser aller, être libre, Lemmon devra quitter l’entreprise pour sortir du moule dans lequel on veut l’enfermer. Il y aura perdu une place, mais y aura gagné en humanité. Wilder a signé avec La garçonnière une immense comédie, sur le fil du rasoir. La drôlerie n’est jamais un barrage pour l’émotion, au contraire, elle en est le moteur, l’essence.
23 février 2008
Dangereuse sous tous rapports de Jonathan Demme
Réalisé par Jonathan Demme
Titre original : Something wild
Année : 1986
Origine : Etats-Unis
Durée : 113 minutes
Avec : Jeff Daniels, Melanie Griffith, Ray Liotta, Margaret Colin, Charles Napier, Leib Lensky,...
Fiche IMDB
Résumé : Charlie Driggs est un jeune cadre bien sous tous raports, dont l'existence tranquille est brusquemet bouleversée par l'irruption de la fougueuse et sexy Lulu. Celle-ci grimpe dans sa voiture et l'embarque dans des aventures rebondissantes. Mais quand l'ancien amant de Lulu, récemment libéré de prison, réapparaît, Charlie comprend que cette équipée sauvage menace sa carrière, sa fiancée, mais aussi sa vie...
Ce film de Jonathan Demme est l’une des comédies américaine les plus réussies des années 1980. Il narre les aventures d’un jeune cadre, Charlie Driggs (Jeff Daniels) qui se fait entraîner dans une folle virée par une jeune femme (Mélanie Griffith), sous la forme du road-movie.
Demme signe avec Dangereuse sous tous rapports l’un de ses films les plus percutants, tant dans la description des personnages que dans les situations explorées. Il pointe du doigt une american way of life qui finit par standardiser les personnes, en laissant en marge ceux qui ont décidé de suivre une autre voie.
Le personnage, magnifiquement campé par un Jeff Daniels (La rose pourpre du Caire de Woody Allen, Insomnies) très en forme, décide pour une fois de s’accorder une petite fantaisie en ne respectant pas la loi. Cette action le fait remarquer par une jeune femme mystérieuse, Lulu, délicieusement interprétée par Mélanie Griffith (dans un de ses plus grands rôles), qui qualifie Charlie de « rebelle » et qui l’entraîne dans une cavalcade pleine de péripéties, à laquelle Demme insuffle un rythme trépidant, comme dans toute bonne comédie.
Au cours du film, Charlie, jeune cadre coincé, finira par évoluer et s’affirmer (on n’est pas si loin de La garçonnière de Billy Wilder), laissant tomber son emploi.
Le film, qui a commencé comme une pure comédie, devient plus amer et finit par se transformer en thriller haletant avec l’arrivée de Ray (splendide Ray Liotta), fraîchement sorti de prison et mari de Lulu-Audrey (Griffith).
Demme n’a pas son pareil pour ancrer son film dans l’Amérique profonde, loin des villes : la façon dont il filme les routes, les habitations, les motels, les restaurants de passage, … permet de découvrir une Amérique loin des sentiers battus, inconnue et marginale, qui semble avoir été oubliée.
En outre, Demme aime profondément ses personnages, même s’ils ne sont pas bien malins ; il filme des êtres humains, souvent marginalisés, qui essaient par tous les moyens de s’en sortir. Même le personnage de Ray, vulgaire et violent, finit par devenir touchant : le regard qu’il porte lorsqu’il est poignardé par Charlie à la fin du film montre tout son désespoir. La scène où Lulu demande à Charlie de faire comme s’il était son mari devant sa mère est particulièrement poignante. Demme a réussi à parfaitement doser rire et larmes, action et émotion. Il donne à apprécier de toutes ses forces l’instant présent.
Le film est également une invitation à la liberté. Pour exister, le personnage de Daniels, entraîné malgré lui dans une aventure rocambolesque, devra sortir du carcan dans lequel la société américaine l’a figé. Aux côtés de Lulu, il se rend enfin compte que la vie peut être particulièrement excitante si l’on suit ses désirs, même si cela peut virer au drame : au moins, il aura essayé de donner un sens à sa vie.
Demme cite Hitchcock et Pabst. Melanie Griffith, femme double et fascinante (Vertigo n’est pas loin), en changeant sa couleur de cheveux, tente de donner un nouveau départ à son existence. Si au début du film son personnage paraît futile et totalement dénué de scrupules, au fur et à mesure, il devient de plus en plus touchant et le spectateur finit par ne voir plus qu’une pauvre jeune femme rêveuse ayant perdu ses repères et essayant par tous les moyens d’avoir une vie meilleure : la référence à Loulou de Pabst (« Lulu », surnom d’Audrey) est explicite. Demme se réfère également aux comédies de Preston Sturges et de Howard Hawks avec une héroïne qui déclenche sans le vouloir toute une série de catastrophes qui entraîne Jeff Daniels dans de multiples péripéties.
Le film suivant de Demme, Veuve mais pas trop…, aura le même ton désabusé mais finalement optimiste de Dangereuse sous tous rapports. Ensuite, Demme changera de registre avec son célèbre Le silence des agneaux, modèle de thriller angoissant. La suite de sa filmographie sera moins brillante, même si son remake du génial Charade de Stanley Donen, La vérité sur Charlie, est plutôt sympathique et que son film documentaire The agronomist est très intéressant.
Espérons qu’il revienne néanmoins au plus vite à ce style de comédie drôle et tendre à la fois, acide et attachante, qualité qui se fait de plus en plus rare dans le cinéma comique américain contemporain, à l'exception de quelques brillants auteurs épars comme Wes Anderson.
20 février 2008
Ed Wood de Tim Burton
Film américain de 1994
Durée du film : 2h06
Acteurs principaux : Johnny Depp, Sarah Jessica Parker, Martin Landau, Patricia Arquette, Bill Murray, Jeffrey Jones, Lisa Marie, Vincent d'Onofrio.
Musique : Howard Shore
FICHE IMDB
Résumé : Tim Burton retrace les débuts de la carrière cinématographique d'Ed Wood, personnage considéré comme le plus mauvais réalisateur de tous les temps, notamment avec son film Plan nine from outer space.
Avec Ed Wood, Tim Burton (Batman, Beetlejuice, Mars attacks, Edward aux mains d'argent, Sleepy hollow ou récemment l'excellent Sweeney Todd) montre son attachement à celui qui est considéré comme le plus mauvais réalisateur de tous les temps.
Il nous dresse le portrait très attachant d'un Edward D. Wood Junior (1914-1968) qui a toujours pensé qu'il allait rester dans l'histoire du cinéma (ce qui fut le cas mais pas pour les mêmes raisons).
Tim Burton rend hommage à ce réalisateur " culte " et l'extraordinaire composition de Johnny Depp y est clairement pour quelque chose. Au demeurant, tous les acteurs sont très bons dans ce film qui mêle adroitement comédie et moments dramatiques.
De son côté, Howard Shore, par une composition très " ambiance rétro ", rend un hommage appuyé et sans aucun doute voulu aux musiques des films de science fiction des années 1950 (notamment du nanaresque Plan nine from outer space évoqué précédemment).
Tim Burton nous montre très bien la foi inébranlable qui habite Ed Wood (qui fait preuve sur ce point d'une adorable naïveté), ce dernier étant convaincu qu'il peut devenir un grand réalisateur. Ce personnage, sans talent apparent, qui fait tout pour se faire remarquer par un studio de cinéma, n'en apparaît que plus sympathique.
Le comique de nombre des situations repose véritablement sur cette idée qu'Ed Wood n'a pas le talent d'un bon réalisateur. Mais qu'importe ! Il dirige n'importe comment ses acteurs, il se satisfait de plans qui n'ont rien d'abouti et auraient mérité d'être retravaillé (mais bon là, les faibles budgets donnés à chaque film y sont pour quelque chose), sans parler de dialogues qui sont souvent ridicules.
Ce Ed Wood est également fort attachant dans sa relation (de quasi fan) avec la star vieillissante du cinéma (que tout le monde a oublié sauf Ed Wood) Bela Lugosi, connue pour avoir interprétée Dracula dans les années 1930 et qui à présent a sombré dans la drogue et l'alcool.
Enfin, notons que l'originalité du personnage d'Ed Wood réside aussi dans le fait que celui-ci adore se travestir : eh oui, dans le savoureux Glen or Glenda, notre réalisateur décidément pas comme les autres y joue à la fois un rôle masculin et féminin.
Finalement, Tim Burton nous dresse dans ce film un portrait très attachant et drôle de Ed Wood, réalisateur considéré comme la figure de proue du cinéma Z mais aussi et surtout comme un fan de cinéma qui aura tout fait pour pouvoir s'intégrer à sa manière dans ce milieu très fermé - d'autant qu'il n'a sûrement jamais eu le talent nécessaire.
En somme, un film tout à la fois émouvant et très amusant à ne pas rater.
La BA en VO
Pour le fun, la BA d'un vrai film du regretté Ed Wood, plan 9 from outer space





