Déjantés du ciné

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16 juillet 2008

Le cerveau qui ne voulait pas mourir de Jospeh Green

le_cerveau
réalisateur
: Joseph Green
Année: 1962
Pays : U.S.A.
Acteurs : Jason Evers, Virginia Leith, Leslie Daniels

FICHE IMDB


synopsis : un médecin spécialisé dans l'expérimentation de techniques de transplantation d'organes, sauve la tête de sa petite amie, décapitée dans un accident de voiture, et part en quête d'un nouveau corps.


Il faut l'avouer d'emblée, ce film n'a rien d'un trésor caché de la SF auquel une réédition tardive rendrait justice, cependant , il n'en demeure pas moins jubilatoire et porteur, voire précurseur de nombreux thèmes que les films SF et gores contemporains développeront avec plus de réussite.

La scène d'ouverture installe le cadre et nous met au coeur de l'action : une salle d'opération ( du moins ce que le réalisateur Joseph Green en suggère avec le peu de moyen dont il dispose, nous renvoyant immanquablement au plan nine from outer space d'un certain Ed Wood ) où deux chirurgiens tentent de réanimer un patient bien mal en point. Un échange entre les deux hommes masqués nous apprend qu'ils sont père et fils, et que leurs conceptions de la médecine et de l'éthique n'est pas la même, incitant le fils à prendre le relais du père pour tester sa nouvelle technique de réanimation ( jusqu'où vont se nicher les conflits de générations...). Après l'application de soins radicaux ( massage manuel du coeur, après découpage de la cage thoracique, et stimulation électrique du cerveau, après ouverture de la boite crânienne !!!) le patient décédé reprend vie. On peut d'ailleurs noter à ce moment un décalage entre ce que l'infirmière observe et ce que la caméra nous montre : «  docteur, je sens à nouveau son pouls !! », tandis que la caméra nous montre en gros plan des agitations de la main qui se referme presque sur celle de l'infirmière qui ne remarque rien de cela, faisant naitre un comique bien involontaire.

En sortant du bloc opératoire les deux médecins s'entretiennent sur les expérimentations du fils, que réprouvent bien sûr le père, et sur la disparition de membres de cadavres dons la morgue de la faculté de médecine.

Survient alors la femme de Bill Cortner ( le fils), et ils évoquent alors leur séjour dans la maison de campagne familiale que le père regrette de ne pas avoir vendu à la mort de sa femme. Bref, tout ces dialogues, un peu longuets parfois, n'ont d'autres fonctions que de nous faire comprendre :

a) que le Dr Bill Cortner est un féru d'expérimentation qui n'est pas embarrassé par l'éthique pour mener ses études à bien,

b) que des morceaux de cadavres disparaissent à des fins si mystérieuses que la profondeur des dialogues désigne presque immédiatement Bill comme le coupable,

c) que la maison de campagne où il s'apprête à aller est isolée et quasi abandonnée, sauf par Bill, biensûr, le suspens est donc à son comble, les pièces du puzzle se mettant en place de manière diabolique....

Pour couronner le tout, juste avant leur départ, Bill reçoit un bien mystérieux coup de fil de la part d'un certain Kurt, ce qui semble l'alerter au plus au point.

Le voyage sera d'ailleurs chargé d'électricité entre Bill et sa femme, cette dernière estimant que Bill conduit trop vite, et un virage raté nous apprendra qu'elle n'avait pas tout à fait tord.

Alors que le Dr Bill Cortner reprend ses esprits, c'est pour constater que sa voiture est en proie aux flammes et qu'il ne peux plus rien pour sa femme, dont le corps gît bloqué dans le véhicule, tandis qu'elle a été décapitée.

Une ellipse plus tard nous montre le « valeureux » docteur courir avec un macabre paquet sous le bras, dont on découvrira qu'il s'agit bien de la tête de sa femme, qu'il a emmené dans l'espoir de la ressusciter.

C'est le dénommé Kurt qui ouvre la porte, ce dernier nous apparait rapidement comme l'homme de main du médecin, mais une conversation avec la tête ressuscitée nous le confirme ( au cas où...).

Kurt est bien celui qui procure au médecin les membres dont il a besoin.

La tête ressuscitée, Kurt peut enfin annoncer au docteur ce qui motivait son appel, cause de tant de précipitations aux conséquences dramatiques : la  «  chose » à muter, on l'entend d'ailleurs frapper contre une porte fermée à clé dont les verrous sont mis à rude épreuve, et est devenue incontrôlable.

À partir de là, les choses vont prendre une tournure inéluctable : en effet, alors que le docteur va consacrer son temps à la recherche d'un nouveau corps, non sans avoir subit les récriminations de sa femme qui ne comprend pas les agissements de son mari, et il sait que le temps que lui laisse le sérum est compté, kurt est chargé de surveiller la maison, le « monstre » ( que l'on se garde bien de nous montrer et de nous décrire), et la tête de Jane, la femme du docteur.

Mais celle-ci, si elle a semblé désemparée face à la situation semble vite reprendre son sang froid, pire elle arrive à inquiéter Kurt : en effet, elle semble avoir de nouveaux pouvoirs suite à l'injection de sérum, et on la voit contrôler à distance le monstre et lui insuffler son désir de vengeance, sous le regard effaré du pauvre Kurt qui ne sait comment réagir.

La situation s'inverse donc, et cette tête si inoffensive à priori apparait lourde de menaces. Pendant que s'installe ce huis clos plutôt réussi entre la tête de Jane et Kurt, on voit Bill multiplier les approches qui sont autant de tentatives de séduction, donnant au film un ton des plus décousus, mais plaisant malgré tout, le réalisateur semblant constamment hésiter entre les ambiances à donner au film.

Alors que Bill semble parvenir à ses fins, c'est pour constater que Kurt à été agressé par la créature dans un ultime effort commandé par Jane, et pour périr à son tour sous les coups de celle-ci, déclenchant un incendie qui dévastera le laboratoire caché du docteur.


Curieusement,  Bill Cortner, comme l'histoire d'ailleurs, est à la croisée de plusieurs mythes de la science fiction. Tout d'abord, on reconnait aisément le mythe de Frankenstein, qui se traduit ici par le fait de redonner vie à un amalgame de membres sans vie. Mais le docteur préfigure aussi un certain Herbert West, ayant lui même recours à un sérum de son invention pour rendre la vie. Tout comme ce dernier,  Bill Cortner se montre monomaniaque et prêt à tout sacrifier pour la réussite de ses recherches, effectuées au nom de la science et de l'évolution de celle-ci. Mais au final, ces philanthropes se montrent bien dangereux par leurs agissements inconsidérés et le peu de cas qu'ils font de leurs semblables.

Au delà de l'histoire et de l'emprunt à différents mythes, le ton du film et les ambiances oscillent parfois de manières curieuses vers les aspects et les hommages les plus inattendus : on pense souvent à Ed Wood, et ce de manière sans doute involontaire, pour les effets et les décors fauchés, mais aussi à l'écurie Corman pour son gout prononcé pour les monstres ratés, comme l'on peut observer quelques emprunts au nudies ( genre alors en vogue) et plus particulièrement à Russ Meyer ( ha, ce crêpage de chignon qui amène les deux filles à se rouler par terre...).

De plus, quelques phrases des dialogues nous renvoient irrémédiablement au caractère croyant des américains, le père appelant son fils à ne pas se substituer à dieu..., cette référence nous rappelant le final moralisateur de l'homme qui rétrécissait.

Le thème du savant fou est récurant dans le cinéma fantastique, ici, comme souvent, il agit pour le bienfait des sciences. la scène d'ouverture, avec la réanimation réussie du patient décédé, nous suggère que la prise de risque de Bill Cortner est justifiée, puisque les résultats, eux, existent, et permettent de sauver une vie.Le discours de Bill semble donc étayer par ses résultats. Mais très vite, nous pourrons voir l'envers du décor et mesurer l'ampleur du désastre que rien ne saurait justifier.
Petite curiosité du film Le cerveau qui ne voulait pas mourir, Jane, réduite à l'état de tête "pensante " et douée de télépathie, n'a de cesse de réclamer qu'on la laisse mourir, contredisant en cela le titre même du film. Elle n'acceptera de mourir, cependant, qu'après avoir assouvie sa vengeance, telle la Créature de Frankenstein se retournant contre son maitre, elle se rebelle contre celui qui essaie de prolonger son existence de  manière  artificielle et insupportable, ayant perdue toute humanité en même temps que son corps.
Bill, dont on ne sait s'il agit plus par amour pour Jane ou par amour de la science , est incapable de voir et comprendre le mal qu'il inflige à sa fiancée. La chance de pouvoir expérimenter son nouveau sérum et de nouvelles techniques de greffes de membres ( les précédents essais s'étant soldés par des échecs dont le bras gauche de Kurt à fait les frais) le disputant à son amour pour Jane, un amour toutefois bien égoïste.
Le film, je le disais, n'est pas un joyau du septième art : les dialogues venant parfois appuyer avec force insistance sur ce que chacun avait compris, les  décors et les maquillages étant particulièrement  démodés ( la scène d'ouverture fait penser à la cabine de pilotage de la soucoupe volante de Plan nine from outer space !, par son côté dépouillé )

Malgré, ou grâce à ces imperfections le film se regarde avec un plaisir évident, et évidemment coupable ...

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14 juin 2008

Phénomènes de Night Shyamalan

phenomenes1Réalisé par Night Shyamalan
Année : 2008
Origine : Etats-Unis
Durée : 90 minutes

Avec : Mark Wahlberg, Zooey Deschanel, Ashlyn Sanchez, John Leguizamo, Betty Buckley...

FICHE IMDB

Résumé : De nombreuses personnes meurent soudainement dans des circonstances étranges.

L'auteur du Sixième sens et d'Incassable (selon moi ses deux meilleurs films) mais aussi plus récemment de Signes et du village continue d'aller de plus en plus vers l'abstraction. Night Shyamalan nous propose avec Phénomènes un film d'ailleurs assez proche de Signes. Mais le film va sur un faux rythme et ne tient pas toutes ses promesses.

D'ailleurs on ne pourra que contester une bande annonce qui vend le film quasiment comme un film d'horreur, ce qu'il n'est absolument pas.

Phénomènes part d'une idée originale : dans le Nord-Est des Etats-Unis, des événements étranges ont lieu, qui conduisent les gens à se suicider (On se retrouve dans une idée de base proche de celle du film culte Suicide club, à ceci près que le traitement de Shyamalan est très différent de celui de Sono Shion). On notera à ce propos que les images vues dans la bande annonce du film apparaissent au tout début du film. Cependant, les morts qui surviennent de nulle part sont assez étonnantes et provoquent un intérêt certain.

L'idée de base de Night Shyamalan est des plus excitantes. En effet, le spectateur se demande quelles peuvent bien être les raisons qui conduisent les gens à se suicider. Afin de tenter d'élucider ces événements pour le moins étranges, on suit les pas d'Elliot Moore (jouée par Mark Wahlberg), professeur de sciences dans un lycée de Philadelphie, de sa femme Alma Moore (Zooey Deschanel), de son ami Julian (John Leguizamo) et de Jess, la fille de ce dernier (Ashlyn Sanchez). Ces quatre personnages, comme le reste des habitants des Etats-Unis, cherchent à sauver leur peau.

Le film a ceci d'intéressant qu'il avance plusieurs thèses plus ou moins crédibles. On remarquera que Night Shyamalan joue beaucoup au départ sur le syndrome post- 11 septembre avec la thèse des terroristes qui est avancée aussi bien par les médias que par plusieurs habitants. Mais rapidement on comprend que cette thèse ne peut avoir de sens, tant cette toxine qui amène les gens à se suicider, peut toucher à n'importe quel endroit. On remarquera au passage que Night Shyamalan montre bien que beaucoup de personnes oublient tout sens de l'entraide et cherchent avant tout à sauver leur peau face à un mal qu'il est difficile de définir. La thèse avancée ensuite serait celle d'une attaque due à une rébellion des plantes, d'où l'idée de la toxine. Il s'agirait donc d'une sorte de justice divine (comme le montrent le générique de début et celui de fin du film). L'idée en soi est assez intéressante. On suit d'ailleurs avec un certain intérêt les différents protagonistes du film pour voir s'ils vont pouvoir s'en sortir. Mais là où le bas blesse c'est qu'à mon sens Night Shyamalan se met assez rapidement à faire des scènes qui finissent presque par se répéter. Tout cela finit par être redondant. Night Shyamalan ne fait qu'effleurer les différentes thèses qui sont développées dans son film. L'idée écologique peut se concevoir mais encore faudrait-il la développer.Le film aurait en fait besoin d'un second souffle. Mais le problème est que Phénomènes, qui évite tout effet spectaculaire, est au contraire quasiment contemplatif.

S'il est en soi plutôt bien vu de laisser penser que cette toxine, ce mal, peut frapper n'importe où (à la ville, à la campagne, dans des parcs, sur des routes, dans des champs, etc.) et dans des endroits de plus en plus petits, en revanche à de nombreuses reprises la survie du couple Moore et de la petite Jess paraît incroyable. Shyamalan semble expliquer la survie de ce groupe autour de la notion de famille. La réconciliation au niveau de la cellule familiale (parents, enfant), qui permettrait de s'immuniser contre ce mal, est une idée assez fumeuse, qui dessert quelque peu le film.Pour sa part, Mark Wahlberg, bon acteur au demeurant, est assez peu crédible dans son rôle de professeur de sciences. D'ailleurs, son personnage est relativement creux. On comprend qu'il a des problèmes avec son épouse, il se permet d'ailleurs de lui faire une feinte qui n'est pas vraiment d'une grande finesse (le médicament contre la toux à 6 dollars). Sinon, le fait qu'il se méfie de tout l'environnement qu'il y a autour de lui est une bonne idée qui est parfois tournée un peu en ridicule (la scène où Mark Wahlberg parle à une plante en plastique !). Quant au personnage d'Alma Moore, il est joué par une Zooey Deschanel qui paraît quelque peu absente et pas vraiment concernée par le film. Son personnage, comme d'ailleurs tous les autres protagonistes, est quelque peu vide. Heureusement, la mise en scène très fluide de Shyamalan, qui n'est à aucun moment clippesque, permet de conserver un certain suspense (avec une nature dangereuse et qui semble observer l'Homme). Mais cette fois-ci chez Shyamalan, le suspense ne tient pas grâce au twist final mais plutôt de savoir comment vont s'en sortir les principaux protagonistes du film. 

Au final, malgré plusieurs défauts, Phénomènes se suit correctement. C'est donc une semi-déception pour  un Night Shyamalan qui n'arrive pas à retrouver la puissance d'un Sixième sens ou d'un Incassable. Je pense par contre que le film perdra énormément lors d'un second visionage, à cause de son côté redondant.

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06 avril 2008

Doomsday de Neil Marshall

doomsday1Réalisé par Neil Marshall
Année : 2008
Origine : Royaume-Uni
Durée : 105 minutes
Avec : Rhona Mitra, Bob Hoskins, Malcolm McDowell...

FICHE IMDB

Résumé : En 2008, un virus décime une partie de la population écossaise. Un mur infranchissable est alors créé afin que le virus ne se propage pas. En l'an 2035, un commando est envoyé dans une Ecosse particulièrement inhospitalière afin de trouver le vaccin du virus qui vient de refaire son apparition, cette fois à Londres.

Auteur de l'excellent survival The descent, Neil Marshall nous revient en pleine forme avec une sorte de shoot them up d'anticipation. Plus proche d'ailleurs de son Dog soldiers que de The descent, Neil Marshall réalise un film d'action bien bourrin qui va à cent à l'heure.

L'intrigue est réduite à l'essentiel. Neil Marshall ne s'embarrasse pas de considérations de toutes sortes qui viendraient handicaper son film. Si Doomsday se permet de porter (légèrement) un regard critique sur la conception du pouvoir et sur son utilisation, le film se veut avant tout un pur « actioner ». D'ailleurs, à ce petit jeu, le film s'en sort à merveille.

La scène d'introduction, censée se dérouler en 2008, n'est pas sans rappeler un certain 28 semaines plus tard avec un virus, dénommée La faucheuse, qui est ici à l'origine de la mort de nombreuses personnes en Ecosse et de la construction d'un mur (afin de confiner les personnes porteuses du virus).

Rapidement, on passe au film d'anticipation avec un script qui nous amène en 2035. Neil Marshall cite rapidement l'une de ses principales références dans le film à savoir John Carpenter et précisément New York 1997. Le héros de Neil Marshall ou plutôt l'héroïne (le réalisateur britannique utilisant comme acteur principal une femme, comme pour The descent) , interprétée par Rhona Mitra, n'est pas sans rappeler un certain Snake Plissken. D'ailleurs, comme lui, elle doit se rendre dans un environnement hostile qui est séparé par un immense mur. Avec une troupe d'élites, Eden Sinclair (Rhona Mitra) doit ramener un vaccin afin de faire disparaître le virus de La faucheuse qui vient de faire à nouveau parler de lui, et cette fois à Londres (comme pour 28 semaines plus tard).

Une seconde source d'inspiration de Neil Marshall dans ce film est Aliens 2 de James Cameron. Le commando qui débarque de nuit dans un environnement non déterminé (la situation de l'Ecosse étant alors en 2035 inconnue), proche du film de science-fiction, à bord de deux chars rappelle évidemment l'introduction d'Aliens 2. D'ailleurs, Doomsday comme Aliens 2 sont des purs films d'action. Et tout ce qui va venir par la suite dans Doomsday va confirmer ce point de vue.

Film jouissif, décomplexé et réellement fun, Doomsday se permet un mélange au niveau de la description des ennemis (qui donne l'impression d'être à deux époques différentes) qui se révèle fort stimulant. Dans cette Ecosse (en fait le film a été tourné en grande partie en Afrique du Sud) dangereuse à souhait, 2 gangs s'affrontent en permanence : il s'agit d'une part des troupes de Sol (interprété par Craig Conway) qui ont tous des looks de néo-punks et qui évoluent dans un univers post-apolyptique qui n'est pas sans rappeler Mad Max de George Miller. D'ailleurs, Mad Max est clairement l'une des citations principales de Neil Marshall, notamment à un moment du film où l'on a droit à une superbe course-poursuite, dont la précision de la mise en scène et l'impression de vitesse évoquent inmanquablement le chef d'oeuvre de George Miller. D'autre part, le second gang, mené par le mystérieux Kane nous ramène au Moyen-Age. Cet univers à part fait penser à Conan le barbare de Milius. Dans un cas comme dans l'autre (où dans la dégénérescence de l'être humain est évidente, thème cher à Neil Marshall, comme il l'a bien évoqué dans The descent), l'univers post-apocalyptique à la Mad Max ou l'univers médiéval à la Conan donnent lieu à des scènes particulièrement sanglantes (têtes coupées ; bras arrachés ; combats de gladiateurs particulièrement virils, etc.). Neil Marshall ne renonce nullement devant les débordements en tous genres. Les morts s'amoncellent à la vitesse grand V. Au milieu des deux gangs ennemis, on retrouve donc l'héroïne du film, jouée par Rhona Mitra (qui interprète parfaitement le rôle de son personnage qui est toujours tourné vers l'avant, ainsi que le prouve le moment où elle prend le volant et qu'elle décide d'aller droit vers le but qu'on lui a fixé, et ce le plus vite possible) dont l'aspect physique comme l'accoutrement la rapprochent d'une Kate Beckinsale dans Underworld. La différence entre les deux films est par contre assez sensible au niveau de la mise en scène. Jamais clippesque (ce qui est tout de même le cas d'Underworld), Doomsday a été tournée à l'ancienne : la mise en scène est très dynamique (comme lors de la fameuse course-poursuite), elle n'est jamais cut. Au contraire, on a droit à de très beaux travellings ou encore à de très beaux mouvements en plongée qui privilégient l'action pure. On ne s'ennuie pas une minute dans ce film qui multiplie les scènes à un rythme d'enfer. Si Doomsday ne renouvelle pas le genre, il ne souffre jamais de ses multiples références (New York 1997 ; Mad Max ; Aliens 2 ; Conan le barbare notamment). La musique du film est parfaitement dans le ton de celui-ci, même s'il faut bien reconnaître que le compositeur Tyler Bates utilise comme thème principal une musique qui n'est pas sans rappeler celle de 28 semaines plus tard.

Au final, je conseille fortement à tous les amateurs de films d'action de voir au plus vite l'excellent « actioner d'anticipation » que constitue Doomsday. On attend déjà avec impatience le prochain film de Neil Marshall.

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04 avril 2008

Dune de David Lynch

Dune_RepRéalisé par David Lynch
Année : 1984
Origine : Etats-Unis
Durée : 135 minutes
Avec : Kyle MacLachlan (Paul Atreides, Usul, Muad'Dib), Jürgen Prochnow (le duc Leto Atreides), Francesca Annis (Lady Jessica), Kenneth McMilan (le baron Vladimir Harkonnen), Sean Young (Chani), José Ferrer (l'empereur Padishah Shaddam IV), la princesse Irulan (Virginia Madsen)...

FICHE IMDB


Résumé : En l'an 10191, la planète Dune, source d'épice, est au coeur de toutes les préoccupations.


Réalisé en 1984 par David Lynch (Lost highway, Mulholland drive, Blue velvet, Elephant man), Dune est une adaptation du livre éponyme de Frank Herbert. L'action se déroule en l'an 10191. Elle montre différents clans qui se livrent à des combats sans merci afin d'obtenir le pouvoir. Dans ce monde où les intrigues sont multiples, l'Empereur de l'univers, Shaddam IV noue des liens avec les Harkonnen, des personnes sanguinaires et avides eux aussi de pouvoir, afin de faire disparaître de l'univers la galaxie les Atréides, et notamment le duc Léto Atréides.
D'une incroyable ambition, l'oeuvre de Frank Herbert a fasciné David Lynch qui s'est donc jeté à corps perdu dans ce projet grandiose et particulièrement difficile dans sa transposition à l'écran. David Lynch a par ailleurs rencontré de nombreux problèmes lors du tournage.
Mais venons-en au film. Dune est pour certains un film dont Lynch prend trop de libertés avec le roman qu'il adapte ; pour d'autres, néophytes de l'oeuvre d'Herbert, il s'agit d'un film incompréhensible qui est plombé par des effets spéciaux kitschs.

Même si ces remarques ne sont pas infondées, Dune est à mon sens un très bon film, même s'il n'est pas exempt de quelques défauts.

D'abord, le film de David Lynch retranscrit bien l'univers de Frank Herbert. Si on reproche à Lynch d'avoir commis des simplifications par rapport au roman, je trouve qu'il s'en est très bien sorti (il faut dire qu'il a mis un an et demi à scénariser le film) en rendant l'oeuvre de Frank Herbert plus digeste.
David Lynch a eu l'intelligence de commencer son film par une petite explication quant aux différentes forces en présence. Ainsi, la princesse Irulan, interprétée par Virginia Madsen, présente la maison des Atréides, celle des Harkonnens, le Bene Gesserit (et ses révérendes mères), la Guide des voyageurs, et évidemment l'Empereur Shaddam IV, son père.
Par ailleurs, tout l'univers mental qui apparaît dans le roman (et qui est même carrément philosophique par moments) est rendu par le biais de l'utilisation de la voix-off. Une voix off auquelle on a droit en suivant plusieurs acteurs.
D'un point de vue visuel, on ne peut nier la beauté baroque des décors (notamment chez l'empereur Shaddam IV) ou encore la caractérisation de certains personnages : Kenneth McMilan interprète à merveille le baron volant Vladimir Harkonnen, dont l'aspect repoussant n'a d'égal que sa cruauté (comme dans cette superbe scène où il tue un esclave en lui otant sa capsule de vie) ; Kyle MacLachlan est un Paul « Usul Muad'Dib » Atréides réellement charismatique ; Jürgen Prochnow montre bien toute la complexité du personnage du duc Léto Atréides, qui est particulièrement hésitant et peu sûr de lui ; à l'inverse son épouse à l'écran, dame Jessica, est jouée par une Francesca Annis particulièrement déterminée.
Par ailleurs, David Lynch a la bonne idée d'inclure des scènes qui n'existent pas dans le roman. Ainsi, c'est le cas au début du film de l'arrivée du voyageur de la Guilde, personnage à l'apparence repoussante, parfaitement dans l'univers d'un Lynch, typique de films tels qu'Eraserhead ou Elephant man. Cette scène, à la fois étrange et glauque, est vraiment très marquante.

De plus, on retrouve très bien dans ce film toute la problématique de l'épice dans cet univers de science-fiction. L'épice est fondamentale car elle permet d'étendre la durée de vie et de voyager par la pensée. En outre, cette épice n'existe que sur une seule planète au monde : Dune. Une planète désertique qui connaît des tempêtes de sables et contient en son sein des vers des sables gigantesques (environ 200 mètres de long). Le film montre clairement les difficultés de l'extraction de l'épice à cause des tempêtes des sables et des attaques des vers. Celui qui possède l'épice est alors détenteur du pouvoir. C'est la raison pour laquelle de nombreuses intrigues dans le film (comme dans le roman) ont pour origine la volonté de devenir le maître de Dune. Mais cela n'est pas possible pour tous. Seul l'élu est capable de contrôler Dune.

David Lynch réussit à évoquer dans son film le côté messianique de Paul Atréides. Le seul reproche que l'on peut lui faire à ce niveau est d'avoir choisi un acteur qui est est déjà adulte. Or, lorsque Paul Atréides arrive sur Dune (dans le roman), il n'est encore qu'un adolescent. En tout état de cause, Lynch distille de nombreux détails qui font de Paul Atréides le fameux élu. D'abord, au début du film, il réussit l'épreuve du gom jabar (une aiguille enduite de cyanure) que lui impose une des révérendes mères. Le Bene Gesserit (qui comprend toutes les révérendes mères) craint d'ailleurs l'arrivée du Kwisatch Haderach, un personnage qui bénéficierait de pouvoirs psychiques très importants.
Le côté messianique de Paul Atréides est également particulièrement visible lorsqu'il se trouve avec sa mère Jessica chez les Fremens, reconnaissables à leurs yeux bleus (couleur de l'eau). Ceux-ci voient en lui l'élu : ils l'appellent d'ailleurs Muad'Dib. A de nombreuses reprises, Paul Atréides a comme des visions où il est dit que « le dormeur doit se réveiller ». Ces scènes, très mystérieuses et à la limite de l'onirisme sont très réussies (la patte du futur réalisateur de films tels que Blue velvet ou Mulholland drive est évidente).
Une scène forte du film, montre Paul Atréides qui boit de l'eau de vie. Il est alors dans un état proche du coma. Au moment, on voit que du sang coule du nez de sa mère Jessica et de sa soeur Alia (Alicia Witt). Les vers des sables sont par ailleurs réunis autour de Paul. Cette scène évoque parfaitement les liens psychiques qui unissent certains personnages voire même certaines créatures dans le cas des vers des sables.
Paul Atréides est d'ailleurs celui qui va amener les Fremens à se révolter et à reconquérir, à dos de vers des sables, une planète qui leur appartient. L'attaque finale des Fremens est d'ailleurs très réussie sur le plan visuel, et ce sentiment est renforcé par la bande son épique très efficace du groupe Toto.

Par ailleurs,  l'une des grandes réussites du film est une thématique sous-jacente, à savoir la dénonciation de la colonisation. Car il ne faut pas s'y tromper. L'arrivée sur Dune des Harkonnens (le chanteur Sting interprète dans le film le personnage de Feyd-Rautha) qui massacrent les troupes de Léto Atréides et s'attachent à puiser les réserves d'une planète qui ne leur appartient pas fait inmanquablement penser au colonialisme. D'ailleurs, les Fremens représentent les « native » de Dune. Des êtres mystérieux qui sont parqués comme dans des bêtes dans des grottes (des sietchs). On peut alors penser que Frank Herbert, et par extension David Lynch, font des Fremens des habitants de pure souche, à l'image des Indiens aux Etats-Unis. Sauf que les Fremens finissent avec l'aide de Muad'Dib, à reconquérir leur planète.

Seule petite déception au niveau de l'adaptation : à mon sens, David Lynch n'insiste pas assez sur le côté écologique du roman. En effet, il montre que l'eau est une denrée rare sur Dune et que les Fremens possèdent des gisements d'eau mais il n'insiste pas assez sur le côté écologique des Fremens. Par ailleurs, Lynch se permet un happy-end intéressant, à savoir des précipitations qui ont lieu sur Dune à la fin du film, mais qui va à l'encontre du roman. En effet, il faudra des années dans le cycle de Dune avant que la planète ne soit plus un désert.

Au final, David Lynch a bien réussi à retranscrire dans Dune l'essence même de l'oeuvre de Frank Herbert. Il a d'ailleurs réussi à simplifier (bien que le résultat puisse encore paraître complexe aux yeux des néophytes) une histoires qui est bien compliquée à la base, en raison de considérations de toutes sortes : politiques, économiques et surtout philosophiques. Si le film est considéré pour certains comme un ratage, c'est à mon sens en raison d'effets spéciaux un peu kitschs (notamment la représentation des vers des sables ou encore des vaisseaux). Cependant, si l'on arrive comme moi à se passionner pour l'univers de Dune, on dépasse allégrement le côté cheap des effets spéciaux pour avant tout se focaliser sur une oeuvre d'une grande richesse. De ce point de vue, David Lynch a réalisé un film qui a marqué l'histoire du cinéma. A noter que l'acteur-réalisateur Peter Berg prévoit une nouvelle adaptation de Dune, d'ici 2010.

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09 mars 2008

L'orphelinat de Juan Antonio Bayona

L_orphelinat

Titre original : El orfanato

Film espagnol de 2007

Durée du film : 1h46

Acteurs principaux : Belen Rueda (Laura), Fernando Cayo (Carlos), Simon (Roger Princep),  Géraldine Chaplin (Aurora), Benigna (Montserrat Carulla),

Musique : Fernando Vélazquez

Résumé : Laura qui a passé son enfance dans un orphelinat. Lorsqu'elle est adulte, elle emménage avec son époux et son fils de 7 ans dans cette maison désormais abandonnée...

FICHE IMDB







Premier film du réalisateur espagnol Juan Antonio Bayona, L'orphelinat a obtenu au début de l'année 2008 le grand prix au festival de Gérardmer. Le film, qui est produit par Guillermo Del Toro (Le labyrinthe de Pan) est d'ailleurs dans son pays d'origine, le plus grand succès en salles. Cela confirme en tout cas la vigueur du cinéma fantastique espagnol après entre autres les excellents Darkness et Fragile de Jaume Balaguero.

L'orphelinat est une sorte de drame fantastique. Pas d'effets gore ou d'effets grandguignolesque, le film joue beaucoup sur la suggestion et sur le mystère. Le film, par sa mise en scène, fait beaucoup penser au grand classique du film de maison hantée, à savoir La maison du diable de Robert Wise.

Dès le départ, le film nous plonge dans une ambiance étrange avec des enfants qui sont en train de jouer ensemble dans le fameux orphelinat, et un filmage qui donne l'impression qu'ils sont épiés. On retrouve ici Laura enfant. Rapidement, le métrage nous montre Laura adulte qui réside dans l'ancien orphelinat, qui est devenu une vieille batisse. Là, elle a décidé de se servir de ce lieu avec son époux Carlos, qui est médecin, comme d'un foyer d'accueil à des enfants handicapés. En plus de son époux, elle vit dans cet endroit avec Simon, un enfant de 7 ans qu'elle a adoptée.

L'entrée dans le fantastique est assez rapide car on apprend que Simon joue avec des camarades invisibles, qui sont des enfants, dont un certain Martin. Son père, Carlos, n'y prête pas plus attention et pense que c'est en raison de son âge qu'il s'invente des histoires mais sa mère, Laura, qui a résidé dans ce lieu autrefois, y est assez sensible.

Un des premiers intérêts (scénaristique) du film est le jeu qui est mis à l'intérieur du film. A savoir que Simon déclare à sa mère qu'il joue à un jeu avec ses amis qui consiste à deviner un objet qui doit mener à un lieu, lequel contient un autre objet et ainsi de suite. Le côté ludique permettra dans le film de percer le mystère qui entoure ce lieu.

Autre intérêt, l'ambiance générale du film. Le jeune réalisateur Juan Antonio Bayona joue parfaitement sur les espaces de la maison et les cadrages sont très bien faits. De simples claquements de portes, des voix qui semblent venir de nulle part ou encore une grotte très sombre sont suffisants à poser une ambiance. L'apparition de personnages tels que la vieille Benigna ou le garçon avec une cagoule sur la tête, ajoute au côté étrange du métrage.

Mais surtout le principal intérêt du film est la disparition on ne peut plus inexplicable du jeune Simon (d'autant plus grave que l'enfant prend des médicaments chaque jour, étant atteint du VIH). Ses parents le recherchent partout mais rien n'y fait... Laura notamment, animée par une volonté farouche, tentera alors de percer le mystère de sa disparition. On a droit notamment dans le film à l'arrivée d'une médium et de différents matériels audiovisuels qui ne sont pas sans rappeler Poltergeist. Cependant, Juan Antonio Bayona ne croule jamais sous ses références (La maison du diable, Poltergeist) et réalise un film très personnel qui bénéficie d'un scénario particulièrement astucieux. Le suspense est constant et la fin est particulièrement bien amenée.

Outre l'excellence de la mise en scène et du scénario, on appréciera la distribution du film et en premier lieu l'actrice Belen Rueda qui incarne parfaitement cette femme qui n'arrive pas à faire le deuil de la disparition de son fils. Le film est d'ailleurs très réussi dans sa capacité à allier drame familial et fantastique.

Difficile de faire la fine bouche devant ce film qui, s'il ne renouvelle pas le genre, s'avère très efficace et passionnant tout au long de sa durée (1h50).

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26 février 2008

Rollerball (2002) de John Mac Tiernan

Rollerball__2002_ Réalisé par John Mac Tiernan
Titre original : Rollerball
Année : 2002
Origine : Etats-Unis
Durée : 98 minutes
Avec : Chris Klein, Jean Reno, LL Cool J, Rebecca Romijn, Naveen Andrews, Oleg Taktarov, David Hemblen,...

Fiche IMDB

Résumé : Le rollerball, sport d’équipe très violent où tous les coups sont permis, enflamme les foules et bénéficie d’une diffusion sur les chaînes du monde entier. Dépourvu de scrupules, l’entraîneur mafieux Alexis Petrovich n’hésite pas à truquer les compétitions à l’insu de ses joueurs. En particulier, lors d’une tournée de son équipe en Asie centrale…


Ce texte, qui défend un film particulièrement controversé du grand cinéaste américain John Mac Tiernan, contient des spoilers : il est donc conseillé d'en entreprendre la lecture après avoir vu le film.

Après son excellent remake de L’affaire Thomas Crown (intitulé en français Thomas Crown), film à mon sens surestimé de Norman Jewison, John Mac Tiernan se lance dans un nouveau remake d’un autre film célèbre de Jewison, Rollerball (1975). Après les échecs publics successifs des pourtant intéressants Le 13ème guerrier et Thomas Crown, Mac Tiernan se réapproprie Rollerball en en faisant un film d’une grande sauvagerie.

Rollerball devient entre ses mains un film d’une noirceur absolue, où Mac Tiernan a transposé l’action du film original dans les pays d’Asie Centrale comme la Mongolie et notamment ceux nés après l’éclatement de l’URSS (Kazakhstan, Turkménistan,...). Si le film reprend à peu de choses près la trame principale du Rollerball de Jewison, le traitement de Mac Tiernan est très différent.

Le spectateur suit donc les aventures d’un jeune casse-cou, Jonathan Cross (Chris Klein) qui accepte de participer, afin de se renflouer, en compagnie de son ami Marcus Ridley (le rappeur LL Cool J) à un sport extrême, le rollerball, où tous les coups son permis, dans un tournoi organisé dans les pays d’Asie Centrale par le tyran Alexandre Petrovich (Jean Réno, assez jouissif). Mais les règles semblent truquées… 

La vision du film frappe par sa saleté perpétuelle : toutes les rues où se déroule le film sont décrépites, surpeuplées de clochards, de maisons à moitié détruites, de détritus, d’ordures. La pauvreté est omniprésente. Mac Tiernan montre également des pays où les gens semblent enfermés, prisonniers. Comme le fait remarquer Aurora (la belle Rebecca Romijn, l’héroïne d'un film récent de De Palma, l’excellent Femme fatale), « il est impossible de quitter le pays ».

D’ailleurs, la fameuse scène de poursuite dans la nuit filmée en infrarouge, pourtant tant décriée, ne dit pas autre chose que cela : sortir n’est qu’un trompe-l’œil dans un monde où toute tentative d’évasion se heurte à une limite qu’on ne peut faire que reculer, mais jamais dépasser. Comme le constate à juste titre Mac Tiernan lui-même, les spectateurs qui critiquent l’audace de cette séquence sont les premiers à regarder les reportages des informations télévisées filmés de la même manière, en vision de nuit.

Cela dit, Rollerball est un film véritablement rageur, où Mac Tiernan pointe du doigt tous les travers de la société actuelle, notamment la course à l’audimat, la dictature de la publicité et l’omniprésence des médias. Il suffit de penser à la première scène de rollerball proprement dite du film, où Jonathan Cross doit montrer à l’écran la marque de la boisson qu’il est en train d’engloutir. Mac Tiernan dépeint une société où seule la consommation compte, où le capitalisme règne en maître et où les gens sont réduits à n’être que des consommateurs.

Toutes les scènes de rollerball frappent par leur violence, elles sont filmées frontalement, sans concession. On cogne, on frappe, on roule, les corps des joueurs tombent, virevoltent, s’écrasent contre une paroi qu’ils ne peuvent franchir. Mac Tiernan entrecroise ces séquences avec des scènes dans lesquelles il observe les examinateurs compter les billets, prendre les paris. Tous les moyens sont bons pour faire grimper le taux d’audience, même s’il faut tromper spectateurs et téléspectateurs. Mac Tiernan semble nous dire que tout est leurre, qu’il n’existe plus que la manipulation, l’essentiel étant que le peuple ne se rende compte de rien. Jean Réno compose un personnage tyrannique, représentant le capitalisme sauvage, intriguant et manipulant dans tous les sens. Seul compte pour lui la diffusion du rollerball dans le monde entier.

Devant ce tyran, les gens ne peuvent que s’écraser ou se taire. Le rollerball devient l’opium du peuple, surtout des plus défavorisés (les mineurs du film). Mais les émeutes commencent à se multiplier, les rues grondent, la révolution se fait sentir. Lors du match d’adieu organisé pour le départ de Jonathan, en fait pour son meurtre censé faire sauter l’audimat, quelque chose casse. Mac Tiernan filme cette scène de manière encore plus brutale. Les corps tombent en maculant le terrain de sang, tout y devient plus exacerbé, plus aucune règle ne protège le jeu. Les dirigeants scrutent avec délectation le spectacle, le taux d’audience explose : les spectateurs veulent de la violence, on va leur en donner jusqu’à plus soif. La vitre séparant le terrain de la tribune des officiels devient alors la seule frontière à franchir. Dans un accès de fureur, Jonathan brise enfin cette vitre : la frontière tombe et la révolution peut se mettre en marche. La suite du film est une escalade dans la barbarie : le peuple finit par se soulever pour lutter contre la dictature, contre le fait qu’on en a fait des drogués de l’image.

Une question peut cependant se soulever : pourquoi Jonathan, héros individualiste, a-t-il provoqué cette révolte ?  Réponse : Mac Tiernan est finalement un grand romantique, d’ailleurs comment en douter à la vision de ses films, qui sont en fait surtout des films d’amour (Thomas Crown étant sans doute son film d’amour le plus direct) ! En effet, Jonathan a déclenché une révolution par amour pour Aurora, menacée et victime du chantage odieux de Petrovich. Superbe geste romantique, qui donne une signification nouvelle au film : ce brûlot nihiliste, plein de bruit et de fureur, est tout simplement un magnifique film d’amour, un amour qui s’affranchit de toutes les frontières, qui finit par briser les murs et déclencher une révolution !

Rollerball est un film inachevé, que Mac Tiernan n’a pu mener à terme (selon lui, le film tel qu’il est sorti ne représenterait que le tiers du film qu’il avait en tête). Mais, tel qu’il est aujourd’hui, il reste d’une noirceur et d’une fureur implacables. Si le film peut certes dérouter (ce fut un échec public total), il n’en demeure pas moins l’un des plus intéressants et audacieux de son auteur, qui y a pris d’énormes risques.       

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23 février 2008

Mr Stitch de Roger Avary

stitchMr STITCH / VOLEUR D’AMES (Roger Avary, 1995)
Film américain
acteurs principaux : Rutger Hauer, Whil Wheaton, Stevo Polyi, Rowland Rawfford...
durée : 94 minutes

FICHE IMDB

résumé : une équipe de scientifique crée un homme à partir d'autres corps.




L’intrigue de Mr Stitch se déroule dans un futur proche, volontairement hors du temps, sans référence temporelle possible. C’est dans le secret d’un laboratoire gouvernemental que le docteur Wakeman (Rutger Hauer) a conçu le sujet n°3 (Will Weaton), un être vivant créé artificiellement à partir de 88 cadavres, dans le but de devenir le soldat parfait. L’imagination débridée d’Avary, si elle fait référence ouverte à Mary Shelley et son incontournable Frankenstein, n’hésite pas à se pencher sur la métaphysique, comme en témoignent les nombreuses références à La Bible : le fait que le sujet n°3 décide de s’appeler Lazare, le fait que le docteur Wakeman dise à n°3 qu’il est composé d’une part de chaque représentant de l’humanité et qu’il pourrait être le sauveur de celle-ci.
    Avary nous dépeint d’ailleurs le parcours de n°3 (Lazare) comme visant la rédemption, même s’il semble le faire de façon détournée au départ, car Avary ménage soigneusement et intelligemment et le suspense et la compréhension du comportement de n°3 (Lazare). En effet, lorsque n°3 prend conscience, il est guidé par le docteur Wakeman dans sa rééducation physique et son instruction intellectuelle, car si son potentiel est supérieur à l’être humain normal, n°3 ne dispose d’aucune mémoire. Il a donc tout à apprendre. Or, le sujet n°3 a été conçu pour être rationnel et logique (à cette fin, il a même été asexué pour accroître la « pureté » de son raisonnement), au point que le docteur Wakeman refuse de lui laisser lire des fictions comme Frankenstein ou La Bible.
    Alors que tout semble se dérouler sans problème, le sujet n°3 est assailli par des visions pendant son sommeil. Cela déconcerte d’autant plus le docteur Wakeman que le n°3 n’est pas censé avoir des souvenirs. Or, selon n°3, ces rêves seraient dus à une mémoire résiduelle cellulaire. On retrouve ici la recherche du siège de l’âme. Avary déplace le problème de la psyché (âme humaine) sur la psychologie en posant cette question fondamentale : qu’est-ce qui fait de nous des hommes ? La réponse des philosophes anciens de la religion (la religion chrétienne en particulier) est l’âme. Longtemps la philosophie s’est posé la question du lieu où résidait l’âme : Descartes a invoqué la glande pinéale, d’autres le cœur. Mais peu importe : Avary apporte sa contribution en la calquant sur l’œuvre de Mary Shelley, et en la modernisant. L’âme reposerait au cœur des tissus humains, dans la cellule même (tant il est vrai que notre ADN fait de nous des êtres uniques). Et c’est bien la réponse du sujet n°3, qui a entre-temps décidé que son identité sexuelle serait masculine et que son nom serait Lazare : ses rêves sont issus de la mémoire résiduelle reposant dans les divers tissus qui le composent.
    Le docteur Wakeman fait donc intervenir une psychiatre (Nia Peebles), car il redoute la paranoïa, la psychose (dissociation de l’esprit). Il faut dire que n°3 se montre particulièrement instable : sautes d’humeur intempestives, débordements violents incontrôlables à cause de sa force surhumaine et difficulté de la contenir quant à son incessant questionnement sur son identité, son origine, dus à ses cauchemars et son activité intellectuelle très développée.
    Bref, le sujet n°3 dérape et inquiète ses concepteurs qui eux-mêmes ne sont pas moins inquiétants. Le n°3 ignore tout de la raison pour laquelle on l’a créé et constate qu’il s’humanise, contrairement à ce qu’on lui avait annoncé à sa « naissance ». Wakeman lui avait même annoncé qu’il ne pourrait jamais avoir de « liberté d’agir « , autrement dit n°3 devait être dépourvu de libre-arbitre, pour être plus contrôlable. Le véritable tournant sera la venue de la psychiatre, qui sera vite déstabilisée par des phrases de n°3 résonnant comme celle d’une personne défunte qui lui était chère, le docteur Texarian (Ron Perlman), autre psychiatre ayant participé à l’élaboration de n°3 avant de disparaitre. La séance d’hypnose à laquelle elle soumettra Lazare ne laissera plus de doutes : Lazare est la somme des identités des personnes qui le composent, dont Texarian fait partie.
En cela on peut voir une métaphore de la psychologie expérimentale qui affirme que le tout est plus que la somme des parties. Lazare devient de ce point de vue une sorte de tour de Babel humaine qui serait en même temps la réalisation de la théorie "jungienne" sur l'inconscient collectif : le corps de Lazare est le lieu où reposerait toute la sagesse humaine, l'espace où les civilisations , les cultures se mêleraient, faisant de lui l'être supposé être parfait. Ce faisant , les concepteurs de Lazare ont omis de prendre certaines choses en considérations, ce qui conduit notre héros à une quête identitaire improbable, puisqu'il est dépourvu de tout , y compris de sexe.
En effet, si la " connaissance" est dématérialisée, asexuée, il n'en est rien pour Lazare qui n'en reste pas moins un individu à part entière, fait de chair et de sang.
Cela permet de poser quelques interrogations sur les dichotomies classiques entre corps et esprits, mais aussi entre connaissance et expérience ( ce dont est dépourvu Lazare ).
    Après cela, la psychiatre sera écartée, à la grande colère de Lazare, qui s’échappe alors du laboratoire en s’apercevant que l’on prépare déjà son remplacement par le sujet n°4, censé être plus performant et surtout moins instable que lui. Lazare va rendre visite à des personnes externes pendant ses rêves pour leur apporter des nouvelles des défunts qu’il porte en lui, notamment la jeune psychiatre à qui il vient confirmer l’amour de Texarian pour elle. Puis il retourne au laboratoire pour tuer le véritable responsable du projet, un militaire aux ambitions fascisantes, et le sujet n°4, en se sacrifiant lui-même. Ainsi il accomplit le destin que lui avait prédit le docteur Wakeman : il devient le sauveur de l’humanité, puisqu’il lui permet d’échapper à la tyrannie d’un militaire sans scrupules dont l’ambition est de créer un ordre nouveau en s’appuyant sur des soldats parfaits (issus d’une nouvelle race ?) améliorés par la science.
    Sur le plan visuel, le film d’Avary est assez déconcertant : les scènes tournées dans le laboratoire sont nimbées d’une lumière crue sur fond blanc, sans décor, presque sans profondeur de champ et dégageant un aspect chimique et déshumanisé digne du THX 1138 de George Lucas, dont Avary s’est probablement inspiré. Mais parfois, on vire au psychédélisme cauchemardesque d’Apocalypse now de Coppola, notamment dans des cauchemars, comme lorsque n°3 se voit dans la peau d’un soldat grièvement blessé au combat.
    Cela permet à Avary de livrer un véritable exercice de style cinématographique, en dépeignant diverses atmosphères, et de dépoussiérer le mythe de Frankenstein de façon intelligente. Bref, une bonne surprise au final pour un film trop méconnu.    

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22 février 2008

Dead Zone de David Cronenberg

dead_zoneDead zone de David Cronenberg, 1983
Film américain
Durée du film : 1h45
Acteurs principaux : Christopher Walken, Herbert Lom, Brooke Adams, Tom Sherritt, Anthony Zerbe, Martin Sheen, Nicholas Campbell, Colleen Dewhurst
Musique : Michael Kam

Résumé : Dead zone est un film adapté d'une nouvelle de Stephen King qui parle d'un homme capable de prédire l'avenir des gens en les touchant ou en touchant des objets leur ayant appartenu.

FICHE IMDB

Le film de Cronenberg reste assez proche du roman de Stephen King qui narre le destin d'un homme, Johnny Smith, qui, au prix d'une mutilation - il a perdu cinq années de sa vie passées dans le coma (la fameuse zone morte qui se trouve dans sa tête sous la forme d'une tumeur), sa fiancée qui s'est mariée avec un autre homme, son travail de professeur - a développé en lui (ou s'est développé en lui) le pouvoir de lire l'avenir des personnes qu'il touche.
C'est ainsi notamment qu'il sauve la fille d'une infirmière lors de l'incendie de sa maison, qu'il aide un docteur à retrouver sa mère. Il devient une sorte de héros local. Le fait qu'il puisse pressentir l'avenir ou le passé des gens qui l'entourent intéresse la police locale. Grâce à Johnny Smith, elle réussit à découvrir l'identité du tueur des jeunes femmes. Johnny Smith n'a pas perdu que du temps depuis qu'il est sorti du coma : il a également perdu goût à la vie et il se sent de plus en plus diminué physiquement.
En fait, à mesure que le film avance, Johnny est de plus en plus faible physiquement alors que ses visions et les événements auxquels il prend part sont de plus en plus importants. C'est ainsi que lors de la scène finale, le héros, qui n'a plus rien à perdre, sait qu'il faut arrêter le personnage politique de Greg Stillson (interprété par Martin Sheen), candidat à la Maison Blanche. Il est conscient que c'est un être mauvais qu'il faut arrêter à tout prix. Sinon, par son caractère destructeur et inconscient, Greg Stillson deviendra président et provoquera la troisième guerre mondiale. Même au prix de sa propre vie (il sait pertinemment qu'il mourra s'il va tuer Stillson). De toute façon , Johnny sait très bien que ses jours sont comptés d'un point de vue médical. Il profite donc du fait qu'il peut changer le cours des événements lorsque cela est clairement nécessaire.
Il se " sacrifie " pour le bien du monde entier. Son destin (puisqu'il s'agit de l'un des thèmes essentiels du film) est tout à la fois tragique et magnifique au sens où il devient le sauveur de l'humanité - même si celle-ci ne peut comprendre son geste vu qu'il est le seul à connaître l'avenir. La prestation de Christopher Walken, qui incarne Johnny à l'écran, n'en apparaît que plus émouvante. L'acteur est formidable et campe avec brio le rôle principal du film.
Si Cronenberg respecte parfaitement la trame du Dead zone de King, il n'empêche que ce film n'en est pas moins une oeuvre essentielle dans la filmographie du cinéaste canadien. Dead zone est certes un film particulier de Cronenberg dans la mesure où il s'agit principalement d'un drame psychologique où l'horreur est peu présente par rapport à des films tels que Frissons, Rage,Chromosome 3, Scanners, Vidéodrome, La mouche, Faux-semblants. Pour autant, certains thèmes chers au réalisateur canadien sont présents dans le film : l'avancée de la science, l'horreur qui peut se trouver en chacun de nous, l'érotisme ou encore l'éthique. En cela, en adaptant une nouvelle de Stephen King qui était déjà à la base très intéressante, Cronenberg réalise probablement l'un de ses meilleurs films.
Personnellement, Dead zone est avec La mouche un de mes films préférés de David Cronenberg. Un must qui est à voir absolument.

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20 février 2008

Videodrome de David Cronenberg

vid_odromevidéodrome de David Cronenberg,1982.
Film canadien.
Acteurs principaux: James Woods, Sonja Smith, Deborah Harry.
Durée: 84 minutes.

FICHE IMDB

résumé : une chaine de télévision prend le contrôle et transforment ceux qui la regardent.

Avec ce film, Cronenberg accède au rang de réalisateur culte. Remarquable par sa richesse et sa complexité, Videodrome se distingue aussi par le caractère prophétique de sa thématique : la manipulation par l’image. Dans ce film, James Woods incarne Max Renn, le directeur de « Civic TV », petite chaine télévisée qui n’hésite pas à diffuser des images choquantes ou racoleuses pour gagner des parts de marché. Dans sa quête de sensations toujours plus fortes, Max découvrira un nouveau programme pirate, intitulé « Videodrome », émission télévisée où l’on torture et où l’on tue en direct. Persuadé qu’il s’agit de l’émission parfaite, Max cherche alors à en découvrir la provenance, mais la vérité s’avérera terrifiante.

Le film est traversé par des personnages très singuliers. Nikki Band (Debbie Harry, la chanteuse du groupe Blondie), tout d’abord, est animatrice radio pour une émission de « sauvetage émotionnel », où elle aide les personnes. Elle rencontrera Max Renn sur un plateau télévisé, deviendra sa maitresse et l’initiera au sado-masochisme, d’autant plus facilement que Max semble prêt à toutes les expériences, même les plus extrêmes. La scène de la rencontre est intéressante, car Nikki déclare réprouver ce que diffuse la chaîne de Max, qui ne fait que flatter les plus bas instincts et rajouter de l’excitation là où il y en aurait déjà trop. Cependant, comme le fait remarquer Max, la robe de Nikki contredit son discours : une robe rouge, plutôt sang. Là est la source du masochisme de Nikki : elle réprouve ce qu’elle prend plaisir à extérioriser en tant que femme sensuelle, à savoir l’excitation, l’attirance sexuelle, et demande donc à ce que son comportement soit puni, au sens propre. Or, comme ce comportement est générateur de plaisir, la douleur finit par l’être également. C’est donc tout naturellement que Nikki voudra se porter candidate à l’émission « Videodrome » qui exerce, dès le début, une attirance malsaine et morbide chez elle.

Autre personnage singulier, le professeur Brian O’Blivion qui n’apparaît, même sur les plateaux télévisés, que par le biais d’écrans interposés. Celui-ci, en véritable prophète cathodique, estime que « l’écran de la télévision est devenu la rétine des yeux de l’esprit ». Par conséquent, les images diffusées par la télévision sont la réalité. Sa théorie s’applique à merveille à l’univers décrit par Cronenberg où l’image et la télévision sont omniprésents. O’Blivion lui-même semble s’appliquer sa théorie en n’ayant corps et réalité qu’au travers de la télévision. Max cherchera à rencontrer le professeur pour lui parler de « Videodrome », mais il ne rencontrera que sa fille et apprendra plus tard que le professeur est mort depuis longtemps et que c’est sa fille qui continue à le faire vivre par le biais d’enregistrements sur bandes magnétiques.

Autre personnage singulier, et non des moindres, Max. Celui-ci semble extrêmement ambivalent : en qualité de directeur de « Civic TV », il semble ne devoir reculer devant rien pour faire monter l’audimat de sa chaine, aidé en cela par son gout personnel pour ce qui est violent, morbide, malsain. En effet, aucun spectacle, ou plutôt aucune image, ne semble devoir lui faire peur. Pourtant, Max semble vraiment terrifié en voyant Nikki se bruler volontairement le corps avec une cigarette. Ainsi, chez Max, la réalité d’une scène semble avoir plus d’impact que la représentation de celle-ci. Pourtant, « Videodrome », dont il est surpris par le réalisme, le fascine, au point qu’il en devienne presque dépendant. Par son métier et par gout personnel, Max est souvent confronté avec des images (télévisées) et semble avoir du mal à situer la réalité des choses. Sa morbide ouverture d’esprit fait de lui une victime toute désignée pour « Videodrome », dont il apprendra que le but est la manipulation des esprits, à but politique.
    Cronenberg introduit la thématique de la manipulation des esprits par deux métaphores : la première est un symptôme, car « Videodrome » fait naitre des hallucinations chez les personnes exposées, pour aller jusqu’à une perte totale de prise avec le réel ; la seconde est métaphorique : l’exposition prolongée à « Videodrome » fait muter Max en homme-magnétoscope manipulé par les images qu’il est en train de lire. Le thème de la mutation est cher à Cronenberg, ce depuis ses premiers longs métrages : Frissons et Rage. Dans Videodrome, il illustre à merveille la capacité de l’homme à être manipulé par les images, mais rappelle également de manière habile la sexualité fortement teintée de sado-masochisme dont est empreint le film. A ce titre, la scène où Max s’aperçoit pour la première fois de sa modification corporelle est excellente. La modification, tout d’abord, une plaie verticale et béante dans l’abdomen, n’est pas sans rappeler un sexe féminin, mais dans ce cas un sexe monstrueux et inquiétant, capable d’engendrer les pires cauchemars. La réaction de Max est ambivalente : à l’épouvante et à la surprise se mêle la volonté de comprendre, d’explorer et c’est tout naturellement qu’il y plongera la main, une main armée d’un révolver, dans un geste d’un masochisme évident, propre à déclencher la douleur et le dégout. A sa grande stupéfaction, le révolver restera dans son abdomen : s’agit-il d’une hallucination supplémentaire ?

Les hallucinations sont introduites graduellement, par petites touches. Lors de la première, Max pense avoir frappé sa secrétaire et Cronenberg nous suggère qu’il s’agit d’une analogie avec Nikki. Or, il s’avère que Max n’a pas frappé sa secrétaire et qu’il ne s’agit que d’une hallucination que notre héros prend pour une réminiscence de ses fantasmes. Les pertes de repères avec la réalité se font sur plusieurs plans : mélange avec les fantasmes, les hallucinations, les images télévisées (vécues comme réelles, selon la théorie d’O’Blivion) qui acquièrent la valeur de réalité. La mutation s’impose comme une étape nécessaire, bien que métaphorique, de la manipulation des esprits, car c’est bien de cela que traite le film.

Au cours des années 1970-1980, la psychologie cognitive (traitant de l’étude des processus mentaux liés à l’acquisition du savoir et à l’élaboration de la pensée) s’est penchée sur le problèmes des messages subliminaux. Le principe est simple : si l’on cache un message A dans un message B, de façon à ce que ne soit perçu de manière consciente que ce dernier, le message A est censé être malgré tout pris en compte par l’inconscient et donc agir sur le comportement. Cela est possible par exemple pour l’image subliminale, qui a fait couler beaucoup d’encre et dont les effets réels ne sont toujours pas démontrés. On sait qu’une image en mouvement, un film par exemple, nécessite 24 images par seconde. Le cerveau se charge de la reconstitution de l’ensemble. En insérant dans cet ensemble une 25ème image, la fameuse image subliminale, de nombreuses expériences ont montré que le cerveau en faisait un traitement inconscient, car il l’avait remarquée, à l’insu de l’individu. On en a conclu que ces messages subliminaux pouvaient donc agir sur le comportement puisque le cerveau était capable de les traiter. On saisit donc la portée et dangerosité d’une telle chose, capable de « reprogrammer » à leur insu les individus en les privant de leur libre-arbitre.

Videodrome exprime bien cette crainte de la toute-puissance de l’image qui nous envahit au point que la réalité ne nous intéresse plus. A ce titre, il faut voir comment Cronenberg filme les désœuvrés qui se rendent dans les « missions cathodiques » pour y recevoir leur dose quotidienne d’images télévisées. On voit même un homme faire la manche en exhibant sa télévision, sûr du pouvoir d’attraction que celle-ci exerce sur les gens. Il déclare même à Max : « Si tu veux voir le singe danser, il faut payer le musicien ».

Max lui-même est montré comme un junkie en manque de « Videodrome », chose encore plus flagrante après ses hallucinations. Max, dès le début, ne semble vivre qu’au milieu d’images et ne s’adresser qu’à elles : l’image de sa secrétaire qui l’informe de son emploi du temps, mais également, lors de sa rencontre avec Nikki, on a la sensation que celui-ci ne s’adresse qu’au téléviseur transmettant l’image de Nikki. Autre exemple troublant, lorsque l’on enregistre ses fantasmes, Max s’imagine revoir Nikki et fouetter un téléviseur diffusant son image.

Tout cela tend à montrer l’omniprésence de l’image, mais vise à faire douter de la réalité de ce que chacun vit. En mutant en homme-magnétoscope, Max devient une interface entre la réalité et la virtualité, et dans ce monde où l’image semble devoir guider la réalité, il devient le seul à pouvoir s’opposer au sinistre projet de ceux qui ont développé l’émission « Videodrome ». C’est ce que lui fait comprendre la fille de Brian O’Blivion, qui reprogramme Max dans ce but. Notre héros ira alors tuer le principal commanditaire et responsable, avant de prendre la fuite. L’ultime solution pour détruire véritablement « Videodrome », lui sera donnée par l’image de Nikki (déjà morte) qui le guidera dans la démarche à suivre. La télévision montrera alors l’image du suicide de Max, avant d’exploser de manière organique. Puis on verra, filmé de manière identique, celui-ci nous donner la mort de son image (corps) en se suicidant. C’est ce que Nikki appelle passer à l’étape suivante et qui permet à Max de célébrer cette « nouvelle chair » évoquée par O’Blivion : l’image télévisuelle.

On le voit, Videodrome est un film riche et complexe, qui permet à Cronenberg de traiter de façon extrêmement fine de l’image et de ses influences. De plus, Cronenberg se permet quelques références gore par le biais d’inserts purement organiques et qui deviendront si caractéristiques de son style : le révolver hybride de Max, qui semble prendre le contrôle de la pensée de celui-ci, les cassettes et téléviseurs organiques et animés d’une vie organique mystérieuses et monstrueuses. A n’en pas douter, Videodrome est un film à voir et à revoir, le film de tous les superlatifs, tant il ne peut laisser indifférent.

La BA en VO

Posté par peepingtom21 à 19:16 - Fantastique & SF - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Tetsuo 1 et 2 par Shinja Tsukamoto

tetsuoTetsuo I the iron man de Shinja Tsukamoto, 1988
Film japonais
Durée du film : 1h07
Acteurs principaux : Tomoro Taguchi, Nobu Kanaoka, Renji Ishibashi, Naomasa Musaka, Kei Fujiwara, Shinja Tsukamoto
Musique : Chu Ishikawa

FICHE IMDB


résumé : suite à un accident, un homme se transforme en monstre métallique.


Impossible de dissocier ces deux films, plus qu'une suite ou un simple remake, Tetsuo II est le nom du jeune biker mutant qui détruisait Tokyo à la fin de Akira (de Otomo). Il incarnait toute la frustration et était le symbole de toutes les forces destructrices.
Dans le Tetsuo de Tsukamoto, c'est un employé-type, comme semble les exécrer le réalisateur, qui va muter en monstre métallique après avoir été contaminé par le cycliste qu'il a renversé en se rendant à un rendez-vous galant.
Tetsuo se présente comme un film avant gardiste, dans la forme et le fond. N'hésitant pas à accumuler les effets expérimentaux, à employer une esthétique underground et trash, Tsukamoto livre là un film mêlant culture manga et esthétique cyberpunk, dans une ambiance frénétique et violente.
Proche d'un Cronenberg pour la froideur de ses plans et pour son goût pour la mutation, Tsukamoto s'en démarque en faisant de celle-ci une étape logique et la technologie : la mutation se traduit par une intrication chair-métal, douloureuse et largement teinté de sadomasochisme.
En effet, si la mutation est vécue comme inéluctable et permet à l'homme de mieux s'exprimer et d'extérioser ses frustrations, il y a toujours chez Tsukamoto l'idée que la souffrance physique est également un moyen de se sentir pleinement vivre dans un monde moderne aseptisé.
A ce titre, Tsukamoto n'a pas son pareil pour peindre Tokyo sous les traits d'une ville froide et inhumaine où les gens errent sans âmes, comme des fantômes. Comme à la fin d'Akira, le mutant, véritable engin de destruction mû autant par la haine que par la frustration, part à l'assaut de Tokyo pour mieux le détruire.

Tetsuo II, le prolongement de Tetsuo, est plus violent et Tsukamoto y expose plus librement le thème de la frustration sexuelle et n'hésite pas à mêler la violence à l'érotisme.
Plus posé que le précédent opus, Tetsuo II voit également sa thématique s'approfondir sans que le style de Tsukamoto y perde de sa force. Ici, le héros est un homme marié, toujours employé-type, qui voit son fils enlevé par une bande de voyous cyber-punk en passe de devenir eux-mêmes mutants. De colère, le héros voit son corps muter en machine de guerre. Aveuglé par cette même colère, il tuera son fils dans un accès de rage incontrôlée. S'ensuit alors la volonté de vengeance du héros qui se retrouvera confronté à une horde de mutants (des hommes canons) transformé par un professeur diabolique.
Si l'histoire paraît abracadabrante, le film n'est pas en reste et réserve de grands moments de bravoure. Le héros est ici porté par sa rage et sa frustration qui le verront muter presque à l'infini tant sa haine est grande, tandis que ses ennemis ne mutent que grâce à une manipulation scientifique aberrante.
A l'origine du pouvoir de mutation du héros, Tsukamoto nous livre une superbe scène primitive montrant, une fois de plus, si besoin était, son penchant pour le morbide et l'érotisme.
Tetsuo et Tetsuo II mêlent les genres : mangas, science-fiction, underground et culture cyberpunk mais également les obsessions : le sexe, la mort, la douleur, le péché, la mutation, la frustration, le fétichisme. Toutes les préoccupations de Tsukamoto, largement teintées de morbide et de violence, sont amplifiées par son gout pour le chaos.
En cela, Tetsuo et Tetsuo II sont de véritables malstrom cinématographiques passant à la moulinette tous les codes établis.
Tsukamoto, élevé au rang de cinéaste culte pour ces films, s'impose également comme un créateur de forme. Comme Cronenberg, on peut dire de lui qu'il est le créateur d'une nouvelle chair, qui serait, chez lui, le fruit d'une hybridation avec la machine. Tsukamoto semble attiré de façon compulsive et morbide par le chaos et la destruction, thèmes omniprésents dans les Tetsuo qui peuvent, de ce point de vue, être considérés comme de véritables oeuvres nihilistes. Alors que le héros du premier Tetsuo ne semble haïr que Tokyo, le héros du second en veut à la société entière.

L'idée de mutation qui serait le fruit de l'expression de la haine ou de la frustration (à l'image d'une somatisation en psychiatrie) montre avant tout la première intrication qui est celle de l'esprit et du corps. Or celui-ci ne mute qu'en fonction du désir et comme il s'agit de tuer ou de détruire, la mutation s'opère sous forme de machine de guerre. A la base de tout se trouve donc le désir ou la frustration.
Les films de Tsukamoto peuvent être perçus comme une échappatoire dans un Japon aux traditions écrasantes et qui se serait modernisé trop vite, au point de devenir inhumain (Tokyo en est le symbole). La rébellion, ou la révolution sera violente (ou ne sera pas) comme le suppose Tsukamoto à travers ses héros qui ne cherchent rien d'autre que la normalité, mais qui évoluent de manière monstrueuse et inhumaine dans un monde froid et hostile, où l'homme n'a plus sa place.

La BA en VO


Posté par peepingtom21 à 16:33 - Fantastique & SF - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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