18 décembre 2009
Avatar de James Cameron
Réalisé par James Cameron
Année : 2009
Origine : Etats-Unis
Durée : 162 minutes
Avec :
FICHE IMDB
Résumé : La planète Pandora est convoitée par les êtres humains en raison de la présence d'un minerai de grand intérêt. Pour survivre sur cette planète, le programme Avatar, qui a créé des êtres mi-humains mi- Na'vi (les autochtones de Pandora), a été lancé. Mais les militaires comptent bien coloniser la planète sans passer par la case pacifique.
Douze ans après l'incroyable score en salles de son film Titanic, James Cameron nous revient avec un film à nouveau à la hauteur de la démesure de ce réalisateur. 300 millions de dollars hors marketing ont été utilisés pour faire ce film qui utilise à plein la 3 D. J'ai d'ailleurs eu l'occasion de voir le film dans un cinéma permettant de voir la 3 D avec les lunettes adéquates (des real 3 D).
Dans l'ensemble Avatar est un sacré spectacle qui ravira certainement un grand nombre de personnes, même si le film n'est pas exempt de défauts.
Le scénario est à mon sens le gros point faible du film. Ce scénario est ultra convenu et complètement attendu. On a finalement des êtres humains (qui ne sont pas sans rappeler les Américains dans leurs attitudes) qui ont décidé de coloniser une planète, Pandora, afin d'y extraire un minerai de grande valeur. Le film va donc nous montrer le combat entre les autochtones, les Na'vi et les humains. Ou plutôt les Na'vi vont simplement se poser en résistance face à l'opresseur. La fameuse idée des avatars est très intéressante (elle permet d'ailleurs de faire le lien entre les humains et les autochtones) et constitue in fine le seul point original du film sur le plan scénaristique. Les avatars sont le résultat du croisement de l'ADN d'un être humain et d'un Na'vi, le fameux peuple autochtone. Les avatars sont des personnages utilisés à distance, un peu à la manière du film Clones. Ils sont très utiles car l'atmosphère de Pandora est toxique.
Ce sont les
acteurs Sam Worthington et Sigourney Weaver qui jouent les rôles de
Jake et de Grace qui vont se rendre sur Pandora via leurs avatars.
Voilà pour le côté original du scénario. En dehors de cela, il
n'y a jamais de véritable rebondissement dans le film. Tout est
cousu de fil blanc. Et le second reproche accroît ce qui vient
d'être dit.
En effet, les personnages dans Avatar sont tous des
archétypes, la palme revenant à l'acteur jouant le colonel qui
apparaît comme le « vilain » par excellence. Les
personnages sont tous ou blancs ou noirs. On ne fait pas dans la
demi-mesure. Et c'est bien dommage. Le scénario aurait gagné en
densité à donner vie à des personnages un peu plus complexes.
Mais bon,
tout cela reste des remarques qui n'empêchent pas de passer un très
bon moment. Car Avatar ne manque pas de qualités.
D'abord, la 3 D
est vraiment bien utilisée d'où l'intérêt de voir le film avec
les lunettes nécessaires. On en prend plein la tête pendant 2h42.
L'immersion dans le monde créé par Cameron est encore plus
évidente. Certainement une des meilleures (la meilleure) utilisation
à ce jour de la 3 D dans un long métrage.
Justement,
l'environnement créé par Cameron avec les autochtones (les fameuses
bestioles bleues), la faune et la flore dans laquelle ils évoluent
est tout à fait impressionnant. Si l'histoire n'est pas
sensationnelle, en revanche le travail effectué sur la photographie
du film et sur ce monde créé de toutes pièces vaut clairement le
détour.
Par ailleurs, sur le plan des thématiques, James Cameron a clairement des idées à faire passer. On a ainsi un véritable message écologique (même s'il peut paraître quelque peu opportuniste car c'est bien dans l'air du temps) qui est délivré tout au long du film où Cameron laisse entendre clairement que l'homme ou d'autres êtres peuvent vivre en paix avec la nature. Dame nature est essentielle à l'équilibre de la vie. Cela dit, si l'on réfléchit bien à la trame du film, elle n'est pas sans rappeler un certain Princesse Mononoké (1997). En somme rien de neuf en soi sous le soleil. Le message le plus intéressant qui est développé dans le film est de nature politique. Il est certain que Cameron critique le côté unilatéral des américains qui s'arrogent le droit de coloniser des pays comme bon leur semblent (il y a sur ce point un côté qui rappelle le film Dune). Vu que le territoire décrit se déroule dans une espèce de jungle, on pensera notamment à la guerre du Vietnam. Le film et le portrait des Na'vi peut aussi faire penser au génocide indien.
Côté
qualités, ce n'est pas tout. Le film vaut évidemment par la qualité
de ses scènes d'action.
Là dessus Cameron n'a pas perdu la
main. La scène finale notamment vaut sérieusement le coup d'oeil.
Le film est d'une incroyable limpidité.
Voilà, au final Avatar est un très bon film qui utilise de manière optimale cette fameuse 3 D. Cependant les défauts qui apparaissent dans ce film à grand spectacle ne me permettent pas de le ranger parmi mes préférés de 2009. Mais ça vaut tout de même bien le coup d'aller le voir.
14 novembre 2009
The box de Richard Kelly
Réalisé par Richard Kelly
Année : 2009
Durée du film : 115 minutes
Avec
: Cameron Diaz (Norma Lewis), James Marsden (Arthur Lewis), Frank
Langella (Arlington Steward), etc.
FICHE IMDB
Résumé : Un homme étrange dépose une boîte et fait une proposition à un couple ; si le couple accepte d'appuyer sur le bouton de la boîte, 2 choses se produiront : une personne qu'ils ne connaissent pas mourra et ils recevront une somme d'un million de dollars.
Réalisateur très en vue après son premier long métrage daté de 2001, l'excellent Donnie Darko qui bénéficie d'un côté culte bien mérité, Richard Kelly a depuis subi les foudres des critiques avec son second film, Southland tales, présenté en 2006 à Cannes et qui a même dû être remonté.
En 2009, Richard Kelly nous revient avec un thriller mâtiné de fantastique qui ne manque pas d'intérêt. The box est une adaptation d'une nouvelle de Richard Matheson (Je suis une légende).
Le film part d'un postulat de base qui est déjà fort enthousiasmant : une famille américaine modèle, constituée de Norma Lewis (Cameron Diaz) et Arthur Lewis (James Marsden) et de leur jeune fils doit faire face à des problèmes économiques importants. Un jour, un homme dépose un paquet devant la porte d'entrée des Lewis. Ce paquet contient la boîte qui correspond au titre du film. Le lendemain, madame Lewis reçoit un homme défiguré, qui lui a déposé cette boîte, et qui lui fait une proposition : si elle appuie sur le bouton rouge de la boîte, elle tuera une personne qu'elle ne connaît pas et elle recevra la somme d'un million de dollars.
L'entrée en matière du film est vraiment particulièrement bien rendue. L'ambiance est tendue à souhait et le film est d'autant plus prenant que les moindres détails ont été étudiés. Ainsi, le film se déroule à la fin de l'année 1976 et les couleurs assez flashies du film, dues à l'utilisation de filtres, donnent vraiment une impression rétro au film.
Le côté thriller du film fonctionne à merveille. Mais on peut voir aussi dans la proposition faite par le mystérieux Arlington Steward une métaphore de notre société. A savoir une société de consommation où l'on n'hésite pas pour de l'argent à mettre au placard des notions morales. Petit à petit, le thriller, qui se suivait sans difficulté, laisse la place au fantastique. Richard Kelly nous livre un film étonnant où il évoque aussi bien le passage d'une dimension à l'autre (on est carrément dans une thématique commune avec Donnie Darko) que le choix qui s'offre à nous, à savoir la destinée ou encore la force qui régit ce monde (Dieu ?). Bref, si les éléments « rationnels » ont complètement disparus et laissent place à de l'étrangeté et du pur fantastique, le film demeure plus que jamais passionnant. Par contre, il faut bien reconnaître que le virage que prend le film ne plaira pas à tout le monde. Il faut accepter de rentrer dans ce très curieux film qui pose beaucoup de questions mais n'apportera au final que peu de réponses. Le film retombera pourtant parfaitement sur ses pattes avec l'explication des meurtres étranges qui nous ont été rapportés au début du film. Car le fantastique est intimement lié au côté thriller du film.
Le film The box n'est pas pour autant totalement réussi. Il faut bien reconnaître que Richard Kelly ne réussit pas toujours l'alchimie entre le fantastique et le thriller. Et puis surtout à force de vouloir nous emmener très loin, dans des contrées inconnues, Richard Kelly est proche de perdre le spectateur. Le film donne souvent l'impression d'être insaisissable et certaines scènes s'emboîtent un peu maladroitement.
Mais Kelly s'en sort tout de même bien au final, en raison notamment de scènes qui n'auront de cesse de marquer les esprits du spectateur : la scène des portes ou encore le passage d'un monde à l'autre.
Peut-être un peu trop référentiel par instants, car The box n'est pas sans rappeler par instants L'invasion des profanateurs de sépultures (avec l'impression que les gens que les personnages principaux cotoient, notamment dans la fameuse scène à la bibliothèque, sont des extraterrestres) ou encore La malédiction de Richard Donner (avec l'enfant de la famille Lewis), le film bénéficie tout de même d'un excellent rythme et d'une histoire assez solide pour captiver de bout en bout.
Et puis dans ce film Richard Kelly se révèle un formidable directeur d'acteurs. Frank Langella est incroyable dans le rôle particulièrement marquant d'Arlington Steward. Il fait corps avec ce personnage inquiétant, mystérieux, sorte d'intermédiaire de Dieu qui laisse aux gens la possibilité de faire le bon choix. James Marsden, vu notamment dans la trilogie des X-Men, est particulièrement impliqué dans le film et le spectateur n'a aucun mal à s'identifier à ce père de famille. Mais surtout, l'actrice la plus bluffante est sans nul doute Cameron Diaz. Actrice habituée principalement à des comédies lourdingues où elle s'évertue à montrer son joli minois, Cameron Diaz est transformée dans ce film. On la sent impliquée au plus haut point, elle dispose pour l'occasion d'un jeu d'une grande finesse. Elle fait passer une palette d'émotions et elle n'est jamais en sur-jeu. Elle est toujours très sobre.
Superbement filmé (la mise en scène est d'une grande fluidité), disposant d'une distribution très solide, bénéficiant d'une bande son qui se marie merveilleusement avec le film et ayant des thématiques très intéressantes, The box reste un film qui mérite largement d'être vu. On attend avec impatience le prochain film de Richard Kelly.
24 octobre 2009
Vaudou
Vaudou de Jacques Tourneur
Année : 1943
Pays : USA
synopsis : Betsy, infirmière, est engagée aux Antilles par Paul Holland, séduisant et richissime planteur, afin de s’occuper de sa femme atteinte d’une maladie inexplicable.
Vaudou marque la deuxième collaboration de Tourneur avec le producteur Val Lewton ( après la féline aka « cat people »).
S'il est intéressant de se pencher sur Vaudou c'est , bien au-delà de ses qualités cinématographiques évidentes, parce que ce film nous permet de remonter à l'origine même du mot Zombi ( à noter que le titre originel est « I walk with a zombi », autrement plus parlant et révélateur que le titre français).
Les zombi sont effet des créatures liées aux croyances et pratiques vaudou, désignant une personne revenue d'entre les morts : « un fantôme, un mort-vivant », selon la définition de Paul Holland, mettant Betsy en garde contre les croyances locales, la facilité que l'on a à se laisser influencer, basculer du rationnel à l'irrationnel.
Comme à son habitude, Tourneur filme dans un noir et blanc majestueux, magnifiant et renforçant une atmosphère des plus inquiétante et poétique à la fois. À la beauté exotique et étincelante du jour répond la profondeur de la nuit, inquiétante, retentissant de milles rumeurs et murmures, hantée par le bruit du vent sur les plantations. Si l'image est importante, on ne peut passer sous silence le travail effectué sur le son, véritable acteur dans l'angoisse diffuse distillée par le métrage : rumeur lointaine des tams tams ( tour à tour rumeur languissante ou menaçante), pleurs étouffés, chuchotements, cris, bruit du vent. Une vaste palette sonore est convoquée par Tourneur pour transformer cette ile paradisiaque en cauchemar éveillé. Le film ne semble devoir jouer que sur les espaces « entre deux », les oppositions, les contrastes, à l'instar des films expressionnistes allemand. Il suffit de voir la scène où Betsy rencontre Jessica Holland : de nuit, biensûr, Betsy est réveillée par des pleurs. Elle entreprend donc d'aller voir de quoi il s'agit, se risquant dans les vastes couloirs de la demeure baignant dans l'obscurité. Au détour d'un escalier, elle est surprise par une apparition spectrale : Jessica Holland errant sans but telle une somnambule. Cette scène renvoie aussi bien à l'univers expressionniste qu'à l'univers gothique : la demeure est froide et nimbée d'un manteau d'obscurité qui semble propice à toute forme d'apparition. Jessica Holland erre telle une Ligéia dans des ténèbres éternelles, enfermée dans sa maladie.
Tourneur, avec une précision et une finesse sans égale ( sa science de la mise en scène semblant s'effacer totalement derrière son sujet et la qualité de sa photographie) dévoile de manière mesurée et progressive les secrets de l'ile et de la famille Holland. Jessica aurait été victime d'un accès brutale de fièvre dont son état actuel, déclaré incurable par le médecin, est la conséquence. Mais la situation se complique pour Betsy, véritable détective décidé à tout mettre en œuvre pour guérir sa patiente, apprend qu'existait une liaison entre Wesley Rand ( demi frère de Paul Holland) et Jessica. Une rumeur locale défini même l'état actuel de Jessica comme une punition de son mari.
Le rationnel et l'irrationnel commencent alors à s'emmêler, révélant la finesse de la mise en scène de Tourneur, qui peu à peu distille le doute.
Commence alors ce jeu des opposés, des contrastes, à plusieurs niveaux : le jour clairement opposé à la nuit, le rationnel mis à mal par l'irrationnel, le tangible par la suggestion, la réalité par le fantasme, la religion catholique et le Vaudou, et pour finir, le conscient et l'inconscient, le vivant et la mort.
Le film traite de tout cela, ou plutôt il ne fait qu'ébaucher des pistes, laissant subtilement au spectateur le soin de faire le reste, d'imaginer et fantasmer lui aussi.
Le rationnel, dans le film, serait clairement identifié en la personne de Paul Holland refusant catégoriquement toute explications provenant de croyances locales ( faut il y voir une résurgence de l'esprit colonialiste, Holland étant lui-même propriétaire d'une plantation de canne à sucre, ayant à son service des descendants d'esclaves ?). De plus, le père de celui-ci, Mrs Rand, s'est remariée avec un missionnaire : le poids de la religion et de l'éducation ( il a étudié dans une université anglaise) le prédisposent à un esprit rationnel, ce qui n'est pas le cas de son demi-frère dont l'alcoolisme semble avoir émoussé les facultés. Holland, tout en connaissant les croyances locales les repoussent avec force, comme il repousse l'attachement de Betsy. L'irrationnel est « personnalisé » par la culture locale, et plus précisément les croyances liées aux pratiques Vaudou. Propres aux indigènes, elles semblent toutefois inquiéter une partie de la famille Holland, et troubler même le rationalisme de Betsy.
Jessica, à elle seule, semble symboliser cet espace entre les vivants et les morts, l'éveil et le sommeil évoquant par sa maladie et son comportement l'univers onirique souligné à chacune de ces apparitions par la photographie et la mise en scène de Tourneur, suggérant plus qu'il ne montre.
La figure du zombi, bien éloignée de nos images contemporaines décharnées, putréfiées et proprement repoussantes, est au contraire ici sobrement et sombrement poétique. Leurs corps se meuvent comme dépourvus d'âme, de but, sans bruit, tels des fantômes, des somnambules inquiétants par leur froideur et la ressemblance qu'ils entretiennent encore avec le vivant. Carrefour, gardien des sentiers et chemins, en est un parfait exemple : sa vaste silhouette menaçante se découpe au sein des plantations, sans toutefois qu'il émette le moindre son, ni n'esquisse le moindre geste à sa première apparition : son regard même ( les yeux sont révulsés) est absent, et pourtant sa simple présence distille une tension sourde mais palpable.
Tourneur, semble se livrer avec délectation à une démonstration : montrer comment s'opère le glissement du rationnel vers l'irrationnel, de la raison vers la folie; pour cela il choisi un espace clos, purement cinématographique et propice à la perte de repère : une ile éloignée, aux coutumes déstabilisantes et inconnues par l'héroïne ( notre référente), et l'enferme dans une logique, un jeu d'opposition où cette dernière fini par perdre pied.
Le choix de la culture Vaudou n'est certainement pas un hasard non plus : propice aux fantasmes de tous crins ( l'asservissement d'un individu à distance par envoûtement, le réveil des morts pour en faire des esclaves : nos fameux zombis), le vaudou est aussi vécu comme la résurgence de quelques croyances renvoyant aux fantasmes les plus archaïques qui soient : transes extatiques, sang d'animaux versé, offrandes aux dieux, possession, danses et rituels magiques confinant à la manie obsessionnelle.) Un univers purement cinématographique, là encore, et propice au dérèglement des sens comme l'avouera Mrs Rand qui s'est surprise à prendre la parole au cours d'un de ses rituels, réclamant au nom du dieu Vaudou la mort de sa belle fille dont le départ menaçait le couple de son fils.
La force de suggestion aidant, Mrs Rand est persuadée d'être la cause de la maladie de Jessica et de l'avoir tué, tandis, que de son côté, Paul Holland craint d'être également la cause de la maladie de sa femme pour l'avoir menacée si elle le quittait. On le voit, les forces inconscientes en jeu sont ici évidentes, bien qu'archaïques : la crainte de voir que son désir, même refoulé ai pu provoquer la maladie de Jessica.
La suggestion, plus qu'un simple artifice cinématographique semble être l'un des ressorts principaux de l'histoire : suggestion du malaise lié à l'environnement lui-même, influence inconsciente des croyances locales devant l'incompréhension de la médecine pour le cas de Jessica Holland, influence de la nuit et des nombreux bruits dont elle se fait l'écho. Tourneur, quand à lui ne donne aucune explication, mais suggère en ouvrant des pistes. L'utilisation et l'importance du hors champ montrent à quel point la suggestion est importante.
Chacun des protagonistes ayant des choses à se reprocher ou à cacher, l'intrigue prend alors une consonance psychanalytique, alors même que Tourneur évite toute forme d'explication. Cette suggestion, que Freud voyait en œuvre dans l'hypnose, pourrait expliquer le pouvoir du vaudou, et par extension expliquer l'état de zombi, dont le comportement est si proche d'une personne sous hypnose : voyant sa volonté réduite, la personne va devenir « esclave » de la volonté d'un tiers.
Plus que des mort-vivants, les zombis de Vaudou sont avant tout des êtres privés de leur volonté.
Ce film de Tourneur, pour sa beauté plastique et son ambiance, est à (re)découvrir d'urgence.
20 septembre 2009
District 9 de Neil Blomkamp
Réalisé par Neil Blomkamp
Année : 2009
Durée : 110 minutes
Avec :
FICHE IMDB
Résumé : Dans les années 80, des extraterrestres arrivent sur Terre. Ils sont alors placés dans un endroit, le district 9. Vingt-huit ans plus tard, les Terriens tentent de mettre les aliens à un autre endroit, tout en cherchant dans le même temps à pouvoir utiliser leur formidable technologie en matière d'armement. Un homme qui a sans le vouloir combiné son ADN à celle des aliens, devient la personne la plus recherchée au monde...
Remarqué par Peter Jackson, qui pour l'occasion est le producteur de ce film, District 9 constitue le premier long métrage de Neil Blomkamp. Sous ses apparences de film de science-fiction, District 9 est aussi et surtout une intéressante réflexion sur notre capacité d'intégration, sur le regard que l'on peut porter à l'autre.
Car il ne faut pas s'y tromper. Si District 9 est un film qui comporte plusieurs scènes d'action, on est à des années-lumière des films habituels que l'on peut trouver dans ce genre.
District 9 est avant tout un plaidoyer pour le respect des droits de l'homme, ou par rapport aux créatures que l'on voit dans le film, un respect du droit de chacun de vivre décemment en paix. Ce n'est nullement un hasard si le film se déroule à Johannesbourg. C'est la principale ville d'Afrique du Sud (pays d'origine du réalisateur), là où il y a finalement encore peu de temps existait l'Apartheid (mot signifiant séparation, en place en Afrique du Sud de 1948 à 1991), c'est-à-dire une séparation dans la population en fonction de critères raciaux ou ethniques. Une des grandes qualités du film est de montrer cette situation inadmissible, mais en décidant de remplacer les êtres humains victimes de ce fameux apartheid, par des extraterrestres. Au début du film, en peu de temps, le cinéaste Neil Blomkamp, qui a l'excellente idée de nous donner l'impression d'assister à un documentaire, met en évidence l'échec de cette politique de la mise à l'écart. A force de prendre les gens (ici les extraterrestres) pour des moins que rien, il est évident que l'on aboutit à un moment ou à un autre à un clash. Et puis les extraterrestres que l'on voit débarquer de nulle part au début du film, n'ont aucune intention belliqueuse à la base. Leur mise à l'écart dans des endroits d'une hygiène épouvantable n'est pas sans rappeler des événements fâcheux de notre histoire. On peut en effet extrapoler et penser que cette séparation dans ce district 9 est un rappel aux camps de concentration durant la seconde guerre politique.
Dans le même ordre d'idée, dans la seconde partie du film, le réalisateur évoque sans conteste les expériences horribles commises par les nazis, lorsque l'on voit l'extraterrestre Christopher qui découvre ce que l'on fait à ses congénères dans les sous-sols de la société MNU.
On comprend aisément que District 9 n'est pas un film de science-fiction lambda. C'est un film engagé qui dresse un portrait peu flatteur de notre espèce humaine. D'ailleurs, au fond, que penser du principal personnage du film, Wikus van der Merwe. Si on peut pardonner au personnage (qui est admirablement joué par Sharlto Copley) le fait qu'il est assez niais et donc qu'il n'ait pas les épaules assez solides pour mener à bien la mission « d'expulsion » des aliens pour les mener en dehors du district 9, en revanche plusieurs de ses agissements demeurent inadmissibles. Comment en effet trouver des circonstances atténuantes à quelqu'un qui se plaît à tuer des bébés extraterrestres et qui s'amuse dans le même temps à évoquer devant une caméra qu'il vient de procéder à des avortements ? Le côté peureux du personnage n'est pas non plus un point positif. L'une des forces du film est d'avoir choisi de faire de son personnage principal un homme qui est loin de l'image du héros. Bien au contraire. D'ailleurs, ce n'est finalement qu'à partir du moment où cet homme va devenir de plus en plus un alien qu'il va alors prendre conscience du mal que commet l'Homme. Mais encore, ce propos est à relativiser car notre personnage principal cherche avant à redevenir comme avant.
Jamais lisse sur la forme comme sur le fond, le film se permet également de critiquer (de manière légère toutefois) des médias qui, à la recherche de faits sensationnels, sont prêts à cautionner n'importe quoi et à transmettre des informations erronées. En alternant sans cesse le côté documentaire avec le côté fictionnel, Neil Blomkamp invite le spectateur à s'interroger sur la notion de vérité.
Enfin, à l'instar du Starship troopers de Paul Verhoeven, District 9 montre que l'Homme a malheureusement un peu trop tendance à penser qu'il est le seul ou en tout cas le plus malin dans l'univers. Pourtant, les faits (dans le film) parlent d'eux-mêmes. Les aliens, qui sont considérés comme des sous-êtres par les humains – avec cette tendance à les dénommer les crevettes – disposent d'une technologie en matière d'armement qui est très supérieure à la nôtre. Et puis leurs engins spatiaux sont incroyablement évolués. Durant tout le film, on se pose inmanquablement à un moment ou à un autre la question du devenir de cet immense engin spatial qui est situé en apensateur, juste au dessus de Johannesbourg. En outre, le film se termine de façon très ouverte. Que vont faire les aliens à l'avenir ? Cette fin est peut-être une façon de faire une transition avec un District 9, second épisode, que l'on verra débarquer dans les salles de cinéma en 2010.
Toujours est-il que cet excellent film de science-fiction, très engagé sur le plan historico-politique, mérite amplement d'être vu.
15 août 2009
Sleep dealer d'Alex Rivera
Réalisé par Alex Rivera
Année : 2008
Origine : Etats-Unis - Mexique
Durée : 90 minutes
Avec : Luis Fernando Pena, Leonor Varela, Jacob Vargas...
Résumé : Dans un futur proche, les ressources en eau sont contrôlées par de puissantes multinationales. Un barrage est dressé entre les riches et les pauvres. Face à cet état de fait, quelques personnes tentent de se révolter.
Réalisé en 2008 par le cinéaste mexicain Alex Rivera, Sleep dealer, est un thriller cyberpunk altermondialiste.
Il montre un monde futuriste où l’eau est détenue par des grands
groupes industriels et où la liberté de chacun, ou plutôt la liberté
des pauvres gens, est bien réduite. D’ailleurs, un immense mur a été
dressé à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. Le film se
déroule dans un univers cyberpunk avec des gens qui se relient à une
sorte d’univers parallèle où ils échangent des données via des espèces
de connecteurs qu’ils font installer sur eux, un peu comme dans
Existenz de Cronenberg.
La réalité virtuelle est très présente dans le film et est utilisée
pour nous montrer une société où l’exploitation de l’homme par l’homme
n’a jamais été aussi importante : si les ressortissants Mexicains ne
peuvent pas rejoindre comme ils le souhaitent les Etats-Unis, en
revanche les Américains ne se privent pas d’exploiter, même à distance,
les Mexicains. Ainsi, on retrouve dans des immenses entrepôts, dénommés
Sleep dealers (d’où le titre du film), des Mexicains qui sont reliés à
des connecteurs qui leur permettent de travailler à distance en
contrôlant des robots qui exploitent en Floride des orangeraies.
Tout est dématérialisé dans cette société : les hommes travaillent
ainsi à distance sur des robots ; les souvenirs peuvent être vendus sur
une plate-forme virtuelle. Précisément, on se trouve dans une société
purement capitaliste où les informations qui figurent dans la mémoire
de chacun, se vendent, à condition qu’elles trouvent preneur. C’est la
loi de l’offre et de la demande.
Dans ce monde où les pauvres vivent
dans des conditions difficiles et sont exploitées, comme c’est le cas
au Mexique où se déroule l’action du film, Memo, un jeune homme tente
de se rebeller à sa façon en interceptant des données stratégiques.
Il est alors repéré et poursuivi par les autorités gouvernementales. On
notera sur ce point que le film critique indirectement la politique des
Etats-Unis où la menace terroriste est dans toutes les têtes et donne
lieu à des comportements radicaux. Ainsi, le père de Memo décède suite
à l’envoi d’un drône par le gouvernement. Le film peut également faire
penser à 1984 de George Orwell avec un gouvernement qui scrute les
faits et gestes des habitants.
Le reste du film va nous montrer un Memo décidé à subvenir aux besoins
de sa famille en se rendant à Tijuana, la ville du futur (où l’on
recrute les fameux sleep dealers). Il va alors fréquenter des personnes
qui vont progressivement se rallier à sa cause.
Doté d’un pitch très intéressant et d’acteurs qui se révèlent tous
assez solides, notamment l’acteur Luis Fernaando Pena qui joue le rôle de Memo, Sleep
dealer est pourtant une énorme déception. La mise en scène est
épouvantable avec plusieurs effets clippesques (ralentis, accélérés),
notamment des espèces de floutage de l’image, qui sont parfaitement
inutiles. Le réalisateur se veut innovant mais il rate totalement sa
cible. Pour réaliser un film sur le rapport entre réalité virtuelle et
réalité telle qu’on la connaît, David Cronenberg n’a pas eu besoin avec
Existenz de nous concocter des scènes clippesques. En fait, il
semblerait qu’Alex Rivera soit victime du syndrome MTV qui touche
plusieurs cinéastes contemporains (il n’y a qu’à voir les fameux Saw
pour s’en persuader).
Par ailleurs, les effets spéciaux du film, à savoir des images numériques, font très cheap et sont vraiment très laids.
Au final, malgré un scénario des plus enthousiasmants, le film d’Alex
Rivera est complètement plombé par une mise en scène clippesque
insupportable et d’un budget trop étriqué. De manière surprenante, ce
film a remporté le prix du meilleur film lors du dernier festival
international du film fantastique de Neuchâtel. On peut penser que
c’est le propos du film, plus que sa mise en scène, qui a été ici
récompensée.
06 novembre 2008
Blindness de Fernando Meirelles

Réalisé par Fernando Meirelles
Année : 2008
Origine : Japon, Brésil, Canada
Avec : Julianne Moore, Mark Ruffalo, Danny Glover, Gael Garcia Bernal...
FICHE IMDB
Résumé : Des personnes se retrouvent soudainement aveugle et sont placées en quarantaine.
Auteur de films tels que La cité de Dieu ou plus récemment de The constant gardener, Fernando Meirelles nous revient avec un long métrage (produit par le Japon, le Brésil et le Canada) teinté de fantastique.
En effet, le synopsis raconte qu'à notre époque actuelle, plusieurs personnes deviennent aveugles en un instant. La spécificité de cette cécité est que les gens ne voient pas le monde qui les entoure en noir comme un aveugle « normal » mais une lumière blanche. Cette maladie inconnue est intitulée le mal blanc. Les gens victimes du mal blanc sont rapidement mis en quarantaine dans des abris d'urgence. Parmi les contaminés a réussi à se glisser l'épouse d'un médecin (interprétée par Julianne Moore), et ce pour aider son mari (lequel est interprété par Mark Ruffalo).
A partir de ce scénario original, le réalisateur Fernando Meirelles livre un film politique et social.
Le propos politique est on ne peut clair avec ces personnes, considérées comme des contaminés, qui sont obligées de vivre dans des batiments peu accueillants. Ils sont surveillés en permanence par des soldats qui les empêchent de quitter ces lieux. On se retrouve dans un véritable régime dictatorial où les libertés de chacun ont disparu.
Mais le plus difficile à vivre est le fait que dans ces batiments, qui ressemblent à des entrepots qui ont été aménagées à la va-vite, c'est la loi du plus fort qui prédomine. Les autorités, situées à l'extérieur du batiment, ne cherchent pas à savoir ce qui se passe à l'intérieur. Elles se contentent de donner de la nourriture aux contaminés pour qu'ils ne meurent pas de faim. Or, quand c'est le plus fort qui domine, on ne s'étonnera pas que les lois qui prédominaient jusque là laissent la place à l'arbitraire. Un système de troc se met ainsi en place entre les dominants (dont le chef est joué par Gael Garcia Bernal, qui tient là un beau rôle de salaud) et les dominés avec évidemment tous les abus que l'on peut imaginer.
D'une certaine façon, Fernando Meirelles dresse le portrait d'une micro-société livrée à elle-même qui, sans l'intervention de règles impartiales, fonctionne de manière totalement arbitraire.
Quelques personnages dans le film sont à sauver et montrent que dans une société individualiste, certains sont prêts malgré tout à aider les autres. Le personnage de Julianne Moore est de ce point de vue un véritable symbole, aidant au maximum son mari et les gens qui l'entourent, ce qui est d'autant plus aisé qu'elle est la seule à voir. Elle n'a pas été touchée par le mal blanc. On peut quasiment y voir là un côté religieux. D'ailleurs, à un moment donné du film, plusieurs individus, guidés, par le personnage de Julianne Moore, réussissent à quitter le batiment où ils étaient parqués et à rejoindre à nouveau le monde extérieur. Tout cela donne l'impression que Julianne Moore interprète une sorte de Noé et qu'elle doit mener les autres personnes qui l'accompagnent vers une nouvelle existence. L'arche de Noé serait tout simplement la maison du médecin (joué par Mark Ruffalo) et de son épouse qui servent de refuge à quelques autres évadés.
Blindness n'a pas qu'une portée politique ou religieuse. Fernando Meirelles y introduit sans aucune ambiguité une notion sociale. Il montre que dans des mouvements de panique, tels que ceux qui sont caractérisés par le mal blanc, les gens sont en grande majorité individualistes. Ils pensent avant tout à eux. Ceci est d'autant plus significatif quand on voit dans des rues plusieurs personnes qui meurent de faim et s'entredéchirent les quelques aliments qui sont encore disponibles. Un exemple symptomatique de cet état de chaos est le moment où l'on voit des chiens affamés en train de dévorer un homme mort. Le meilleur ami de l'homme a lui-même disparu...
Si les connotations politiques, religieuses et sociales de Blindness sont intéressantes, en revanche la mise en scène du film laisse beaucoup plus à désirer.
Dans une thématique assez proche, Blindness pourrait rappeller le Phénomènes de Shyamalan où un mal étrange (dans le film de Shyamalan des personnes se suicidaient de façon soudaine) survenait du jour au lendemain sans aucune explication rationnelle. Mais à la différence de Shyamalan dont la mise en scène est particulièrement sobre, Fernando Meirelles se complaît dans des effets de style (floutages, images parfois quasi intégralement blanches, gros plans) qui n'apportent rien au récit et qui sont au contraire assez saoulants. En voulant nous donner le point de vue de ces personnes qui ont perdu la vue et sont victimes du mal blanc, le réalisateur de Blindness hache son récit (le montage est par moments quelque peu saccadé) et manque dès lors de clairvoyance. On pourra par ailleurs regretter sur le plan scénaristique un happy end un peu rapide et qui n'est a fortiori pas forcément le meilleur choix final.
Un dernier mot sur les acteurs qui se révèlent tous assez bons, avec notamment Julianne Moore qui a toujours un jeu d'actrice aussi nuancé.
En définitive, Blindness est un film qui comporte un vrai message politique et social mais qui est en partie plombé par une mise en scène trop stylisée et hachée.
01 octobre 2008
Alien, le huitième passager de Ridley Scott
Réalisé par Ridley Scott
Année : 1979
Origine : Etats-Unis
Durée : 116 minutes
Titre original : Alien
Avec : Sigourney Weaver, John Hurt, Ian Holm, Tom Skerritt, Veronika Cartwright, Harry Dean Stanton.
FICHE IMDB
Résumé : Le vaisseau spatial Nostromo doit s'arrêter sur une planète inconnue. Les membres de l'équipe vont ramener à leur bord et à leur insu une horrible créature.
Réalisé par Ridley Scott (Blade runner, Thelma et Louise, Gladiator, Legend, Les duellistes), Alien est LE film qui a révolutionné le genre de la science-fiction en distillant habilement suspense et scènes chocs.
Tout est fait pour effrayer le spectateur : on a droit à de longs travellings sur et à l'intérieur du vaisseau ; les allées et les couloirs semblent sans fin, les portes sont nombreuses si bien qu'on a l'impression que le Nostromo est immense. Une sensation de malaise est même perceptible vu que les lumières minimalistes (des lumières bleues ou simplement des lampes) accroissent ce climat d'oppression.
Sur ce point, notons l'excellente composition musicale de Jerry Goldsmith qui renforce le climat de peur proposé déjà par les plans de Ridley Scott et le choix du réalisateur au niveau des lumières.
Car on a beau être dans l'espace, tout se passe comme dans un huit-clos. En effet, l'action se déroule quasi-exclusivement dans le vaisseau.
Et la peur est d'autant plus grande que le spectateur voit l'alien (qui signifie littéralement l'étranger) devenir rapidement un être monstrueux et extrêmement dangereux. C'est l'artiste suisse Goger qui a çoncu le design très particulier et très réussi de l'alien. Quand on voit ce monstre, il est évident que les simples armes qu'ont les membres du Nostromo ne peuvent suffire à le détruire.
On a l'impression que les membres du Nostromo ne se rendent pas compte de l'extrême danger que représente l'alien : un monstre gigantesque, capable de se reproduire à l'intérieur de l'être humain et contenant en lui-même un terrible produit toxique.
Finalement seule Ripley prend les choses bien en main et réussit au bout du compte à le vaincre. Sigourney Weaver est excellente dans un rôle qui est généralement dévolu aux hommes. D'ailleurs, dans le film elle prend les choses à bras le corps et a une attitude très masculine.
Tous les autres membres de l'équipage sont quant à eux éliminés les uns après les autres par l'alien.
Le premier à décéder est Kane (John Hurt), celui-là même qui a ramené avec lui l'alien dans le Nostromo. Sa mort constitue un plan particulièrement marquant dans l'histoire du cinéma : alors que les membres sont tous en train de manger, l'alien sort de son ventre. Ce n'est que le début des meurtres.
Mais Alien, le huitième passager n'est pas seulement un huit-clos spatial oppressant. C'est également une réflexion entre deux choses que tout oppose : l'organique et le technologique. Le vaisseau a beau représenter l'avancée de l'homme d'un point de vue technologique, il n'arrive pas à faire face aux forces les plus primitives de la nature représentées par l'alien.
La science peut se montrer extrêmement dangereuse : ainsi, le robot scientifique Ash prêt à tout pour obtenir un spécimen de l'alien, quitte à perdre des vies humaines voire l'ensemble de l'équipage du Nostromo.
Du reste, on voit bien dans le film que Ripley comprend rapidement le petit jeu de Ash.
Science ne semble pas rimer dans ce film avec prudence : en effet, que se passerait-il si les membres du Nostromo ramenaient sur Terre un alien ? Ne serait-ce pas là la fin de l'espèce humaine ?
Vouloir conquérir ou en tout cas connaître les planètes est une chose, être prudent en est une autre.
Sur ce point, je trouve qu'Alien, le huitième passager est quelque part précurseur de la philosophie que dégagent certains réalisateurs dans leurs films. Je pense notamment à Paul Verhoeven qui égratigne salement les médias, la science et l'armée dans Starship troopers. Là aussi, face à une attaque inconnue, il convient de faire attention et de ne pas sous-estimer l'inconnu.
En fin de compte, Alien est un film oppressant, extrêmement efficace sur ce point, et qui est toujours aussi intéressant à regarder quasiment trente ans après sa sortie. Un film majeur de la science-fiction qui est à voir ou à revoir.
01 septembre 2008
The dark knight de Christopher Nolan
Réalisé par Christopher Nolan
Année : 2008
Origine : Etats-Unis
Durée : 147 minutes
Avec : Christian Bale, Heath Ledger, Aaron Heckhert, Maggie Gyllenhaal, Michael Caine, Gary Oldman, Morgan Freeman, Eric Roberts...
FICHE IMDB
Résumé : Batman doit sauver la ville de Gotham City qui est soumise aux incessantes attaques du terrible Joker.
Réalisateur du film Batman begins (2005) qui a relancé totalement la franchise des Batman en en la faisant redémarrer de zéro (ce qui n'est pas un mal au vu des médiocres films de Joël Schumacher), Christopher Nolan nous offre donc de nouvelles aventures de la plus célèbre des chauve-souris.
Batman begins s'intéressait aux origines de Batman et était de ce point de vue assez réussi. Ce nouvel épisode de la saga, intitulé The dark knight est, comme le titre l'indique, un film très sombre. D'ailleurs, Batman prend une nouvelle dimension et les événements qui se déroulent à Gotham City tiennent lieu de véritable tragédie.
Le héros qui se cache dans sa sombre combinaison de chauve-souris se révèle particulièrement trouble. Christian Bale incarne parfaitement le Batman qui cherche par tout moyen à débarrasser Gotham City des criminels. Les moyens qu'il utilise ne sont pas toujours très orthodoxes, comme le prouve sa façon d'interroger ses ennemis (voir sur ce point une célèbre scène d'interrogatoire). Il faut dire que Batman a fort à faire.
En effet, dans ce film, Batman combat face à ce qui constitue son plus terrible adversaire, le Joker. Interprété par un Heath Ledger (l'acteur est décédé peu de temps après avoir tourné l'intégralité des scènes dans lesquelles il apparaît) particulièrement convaincant, celui-ci donne véritablement vie au Joker. Ce personnage psychopathe est véritablement effrayant à l'écran. Ce fou est d'autant plus dangereux qu'il est insaisissable à tous points de vue. D'abord, ses empreintes sont inconnues et on ne sait rien de lui. De plus, à la différence des autres criminels, il ne recherche nullement l'argent. Il est uniquement intéressé par le chaos. Il prend plaisir à tuer et à tout détruire, comme on le voit lors de plusieurs séquences d'action qui sont assez impressionnantes (la scène d'introduction qui n'est pas sans rappeler le film de Michael Mann Heat montre aussi le côté vicieux et amoral du Joker ; une course-poursuite dans un camion est très intense ; la destruction d'un hôpital prouve que le Joker est prêt à tout). Le Joker aime également inspirer la crainte à ses adversaires, ce que fait admirablement l'acteur Heath Ledger qui interprète le Joker lorsqu'il place un couteau au niveau du cou de ses victimes. Le Joker crève vraiment l'écran et est un ennemi redoutable.
Le film The dark knight est également particulièrement sombre dans le sens où tous les héros sont particulièrement malmenés. Ainsi, le procureur Harvey Dent (interprété par un Aaron Eckhart parfait dans le rôle) est dans ce film le personnage par excellence qui va passer de la lumière à l'ombre. Celui qui veut faire régner la justice à tout prix, qui se montre intègre et qui souhaite faire disparaître les criminels de Gotham City (il obtient d'ailleurs l'aide et le respect de Batman) voit sa vie s'écrouler au cours d'un événement extrêmement malheureux où il perd sa bien aimée et se retrouve défiguré. Son psychisme en prend sérieusement un coup et Harvey Dent devient ensuite un personnage qui ne cherche qu'à se venger, le célèbre Double-face (en raison tant de son visage à moitié brûlé qu'en raison de son parti pris de laisser ses choix au destin en tirant à pile ou face avec une pièce de monnaie).
Batman est lui aussi soumis à rude épreuve dans The dark night puisqu'il doit faire des choix très difficiles, comme le fait de savoir s'il va tenter de sauver le procureur Dent ou au même moment sa bien-aimée, l'adjointe au procureur, à savoir Rachel Dawes (interprétée par Maggie Gyllenhaal qui remplace Katie Holmes qui jouait ce rôle dans Batman begins, et se révèle plus adulte que cette dernière). Batman est lui-même soumis à plusieurs reprises à la tentation de laisser son rôle de justicier à un autre. Bruce Wayne souhaiterait pouvoir vivre comme n'importe qui. Mais finalement, son envie de régler leurs comptes aux bandits l'amène à défendre une nouvelle fois la population. Batman est par ailleurs épaulé par plusieurs fidèles qui travaillent en collaboration avec lui : son majordome Alfred (joué par Michael Caine, qui permet de détendre un peu l'atmosphère dans le film), Lucius Fox (Morgan Freeman) qui gère les comptes de Wayne Entreprise, l'intègre lieutenant Jim Gordon (Gary Oldman) qui fait confiance à Batman et l'appelle en retranscrivant l'image d'une chauve-souris sur un projecteur.
On appréciera particulièrement le fait que Batman accepte de prendre sur son dos des crimes qu'il n'a pas commis, et ce afin que Gotham City puisse avoir un vrai héros. Batman apparaît dès lors comme un personnage christique, destiné à rester à jamais dans l'ombre. Pourtant, dans le film, les habitants de Gotham sont proches de connaître l'identité de l'homme qui se cache derrière Batman.
On notera que le film est assez oppressant et devient par moments très intense, notamment lors de l'épisode des deux bateaux qui oblige une nouvelle fois des personnes à faire des choix. La conclusion de cet épisode laisse cependant une lueur d'espoir quant aux qualités humaines des citoyens de Gotham.
Très bien mis en scène par Christopher Nolan, The dark knight offre au spectateur de superbes scènes d'action (sublimées par la musique créée par le duo Hans Zimmer et James Newton Howard) qui étayent la volonté du Joker d'amener le chaos. Par extension, on peut penser que les nombreuses destructions qui ont lieu dans le film sont le symbole d'Etats-Unis qui craignent terriblement les attaques terroristes, et ce depuis les événements malheureux et traumatiques du 11 septembre 2001.
On appréciera aussi le scénario bien sombre du film, signé par Christopher Nolan et surtout par son frère Jonathan.
Enfin, ce film est d'autant plus appréciable que la distribution est au top. Notons qu'on retrouve dans le casting Christian Bale, feu Heath Ledger, Aaron Heckhart, Maggie Gyllenhaal, Michael Caine, Gary Oldman, Morgan Freeman ou encore Eric Roberts dans le rôle du mafieux Salvatore Maroni.
En somme, voilà un film de super-héros très adulte qui bénéficie d'un excellent scénario et d'une mise en très efficace. On ne peut donc que se satisfaire du fait que le film ait très bien marché aux Etats-Unis et qu'il bénéficie de critiques très positives.
16 juillet 2008
Le cerveau qui ne voulait pas mourir de Jospeh Green

réalisateur : Joseph Green
Année: 1962
Pays : U.S.A.
Acteurs : Jason Evers, Virginia Leith, Leslie Daniels
synopsis : un médecin spécialisé dans l'expérimentation de techniques de transplantation d'organes, sauve la tête de sa petite amie, décapitée dans un accident de voiture, et part en quête d'un nouveau corps.
Il faut l'avouer d'emblée, ce film n'a rien d'un trésor caché de la SF auquel une réédition tardive rendrait justice, cependant , il n'en demeure pas moins jubilatoire et porteur, voire précurseur de nombreux thèmes que les films SF et gores contemporains développeront avec plus de réussite.
La scène d'ouverture installe le cadre et nous met au coeur de l'action : une salle d'opération ( du moins ce que le réalisateur Joseph Green en suggère avec le peu de moyen dont il dispose, nous renvoyant immanquablement au plan nine from outer space d'un certain Ed Wood ) où deux chirurgiens tentent de réanimer un patient bien mal en point. Un échange entre les deux hommes masqués nous apprend qu'ils sont père et fils, et que leurs conceptions de la médecine et de l'éthique n'est pas la même, incitant le fils à prendre le relais du père pour tester sa nouvelle technique de réanimation ( jusqu'où vont se nicher les conflits de générations...). Après l'application de soins radicaux ( massage manuel du coeur, après découpage de la cage thoracique, et stimulation électrique du cerveau, après ouverture de la boite crânienne !!!) le patient décédé reprend vie. On peut d'ailleurs noter à ce moment un décalage entre ce que l'infirmière observe et ce que la caméra nous montre : « docteur, je sens à nouveau son pouls !! », tandis que la caméra nous montre en gros plan des agitations de la main qui se referme presque sur celle de l'infirmière qui ne remarque rien de cela, faisant naitre un comique bien involontaire.
En sortant du bloc opératoire les deux médecins s'entretiennent sur les expérimentations du fils, que réprouvent bien sûr le père, et sur la disparition de membres de cadavres dons la morgue de la faculté de médecine.
Survient alors la femme de Bill Cortner ( le fils), et ils évoquent alors leur séjour dans la maison de campagne familiale que le père regrette de ne pas avoir vendu à la mort de sa femme. Bref, tout ces dialogues, un peu longuets parfois, n'ont d'autres fonctions que de nous faire comprendre :
a) que le Dr Bill Cortner est un féru d'expérimentation qui n'est pas embarrassé par l'éthique pour mener ses études à bien,
b) que des morceaux de cadavres disparaissent à des fins si mystérieuses que la profondeur des dialogues désigne presque immédiatement Bill comme le coupable,
c) que la maison de campagne où il s'apprête à aller est isolée et quasi abandonnée, sauf par Bill, biensûr, le suspens est donc à son comble, les pièces du puzzle se mettant en place de manière diabolique....
Pour couronner le tout, juste avant leur départ, Bill reçoit un bien mystérieux coup de fil de la part d'un certain Kurt, ce qui semble l'alerter au plus au point.
Le voyage sera d'ailleurs chargé d'électricité entre Bill et sa femme, cette dernière estimant que Bill conduit trop vite, et un virage raté nous apprendra qu'elle n'avait pas tout à fait tord.
Alors que le Dr Bill Cortner reprend ses esprits, c'est pour constater que sa voiture est en proie aux flammes et qu'il ne peux plus rien pour sa femme, dont le corps gît bloqué dans le véhicule, tandis qu'elle a été décapitée.
Une ellipse plus tard nous montre le « valeureux » docteur courir avec un macabre paquet sous le bras, dont on découvrira qu'il s'agit bien de la tête de sa femme, qu'il a emmené dans l'espoir de la ressusciter.
C'est le dénommé Kurt qui ouvre la porte, ce dernier nous apparait rapidement comme l'homme de main du médecin, mais une conversation avec la tête ressuscitée nous le confirme ( au cas où...).
Kurt est bien celui qui procure au médecin les membres dont il a besoin.
La tête ressuscitée, Kurt peut enfin annoncer au docteur ce qui motivait son appel, cause de tant de précipitations aux conséquences dramatiques : la « chose » à muter, on l'entend d'ailleurs frapper contre une porte fermée à clé dont les verrous sont mis à rude épreuve, et est devenue incontrôlable.
À partir de là, les choses vont prendre une tournure inéluctable : en effet, alors que le docteur va consacrer son temps à la recherche d'un nouveau corps, non sans avoir subit les récriminations de sa femme qui ne comprend pas les agissements de son mari, et il sait que le temps que lui laisse le sérum est compté, kurt est chargé de surveiller la maison, le « monstre » ( que l'on se garde bien de nous montrer et de nous décrire), et la tête de Jane, la femme du docteur.
Mais celle-ci, si elle a semblé désemparée face à la situation semble vite reprendre son sang froid, pire elle arrive à inquiéter Kurt : en effet, elle semble avoir de nouveaux pouvoirs suite à l'injection de sérum, et on la voit contrôler à distance le monstre et lui insuffler son désir de vengeance, sous le regard effaré du pauvre Kurt qui ne sait comment réagir.
La situation s'inverse donc, et cette tête si inoffensive à priori apparait lourde de menaces. Pendant que s'installe ce huis clos plutôt réussi entre la tête de Jane et Kurt, on voit Bill multiplier les approches qui sont autant de tentatives de séduction, donnant au film un ton des plus décousus, mais plaisant malgré tout, le réalisateur semblant constamment hésiter entre les ambiances à donner au film.
Alors que Bill semble parvenir à ses fins, c'est pour constater que Kurt à été agressé par la créature dans un ultime effort commandé par Jane, et pour périr à son tour sous les coups de celle-ci, déclenchant un incendie qui dévastera le laboratoire caché du docteur.
Curieusement, Bill Cortner, comme l'histoire d'ailleurs, est à la croisée de plusieurs mythes de la science fiction. Tout d'abord, on reconnait aisément le mythe de Frankenstein, qui se traduit ici par le fait de redonner vie à un amalgame de membres sans vie. Mais le docteur préfigure aussi un certain Herbert West, ayant lui même recours à un sérum de son invention pour rendre la vie. Tout comme ce dernier, Bill Cortner se montre monomaniaque et prêt à tout sacrifier pour la réussite de ses recherches, effectuées au nom de la science et de l'évolution de celle-ci. Mais au final, ces philanthropes se montrent bien dangereux par leurs agissements inconsidérés et le peu de cas qu'ils font de leurs semblables.
Au delà de l'histoire et de l'emprunt à différents mythes, le ton du film et les ambiances oscillent parfois de manières curieuses vers les aspects et les hommages les plus inattendus : on pense souvent à Ed Wood, et ce de manière sans doute involontaire, pour les effets et les décors fauchés, mais aussi à l'écurie Corman pour son gout prononcé pour les monstres ratés, comme l'on peut observer quelques emprunts au nudies ( genre alors en vogue) et plus particulièrement à Russ Meyer ( ha, ce crêpage de chignon qui amène les deux filles à se rouler par terre...).
De plus, quelques phrases des dialogues nous renvoient irrémédiablement au caractère croyant des américains, le père appelant son fils à ne pas se substituer à dieu..., cette référence nous rappelant le final moralisateur de l'homme qui rétrécissait.
Le thème du savant fou est récurant dans le cinéma fantastique, ici, comme souvent, il agit pour le bienfait des sciences. la scène d'ouverture, avec la réanimation réussie du patient décédé, nous suggère que la prise de risque de Bill Cortner est justifiée, puisque les résultats, eux, existent, et permettent de sauver une vie.Le discours de Bill semble donc étayer par ses résultats. Mais très vite, nous pourrons voir l'envers du décor et mesurer l'ampleur du désastre que rien ne saurait justifier.
Petite curiosité du film Le cerveau qui ne voulait pas mourir, Jane, réduite à l'état de tête "pensante " et douée de télépathie, n'a de cesse de réclamer qu'on la laisse mourir, contredisant en cela le titre même du film. Elle n'acceptera de mourir, cependant, qu'après avoir assouvie sa vengeance, telle la Créature de Frankenstein se retournant contre son maitre, elle se rebelle contre celui qui essaie de prolonger son existence de manière artificielle et insupportable, ayant perdue toute humanité en même temps que son corps.
Bill, dont on ne sait s'il agit plus par amour pour Jane ou par amour de la science , est incapable de voir et comprendre le mal qu'il inflige à sa fiancée. La chance de pouvoir expérimenter son nouveau sérum et de nouvelles techniques de greffes de membres ( les précédents essais s'étant soldés par des échecs dont le bras gauche de Kurt à fait les frais) le disputant à son amour pour Jane, un amour toutefois bien égoïste.
Le film, je le disais, n'est pas un joyau du septième art : les dialogues venant parfois appuyer avec force insistance sur ce que chacun avait compris, les décors et les maquillages étant particulièrement démodés ( la scène d'ouverture fait penser à la cabine de pilotage de la soucoupe volante de Plan nine from outer space !, par son côté dépouillé )
Malgré, ou grâce à ces imperfections le film se regarde avec un plaisir évident, et évidemment coupable ...
14 juin 2008
Phénomènes de Night Shyamalan
Réalisé par Night Shyamalan
Année : 2008
Origine : Etats-Unis
Durée : 90 minutes
Avec : Mark Wahlberg, Zooey Deschanel, Ashlyn Sanchez, John Leguizamo, Betty Buckley...
FICHE IMDB
Résumé : De nombreuses personnes meurent soudainement dans des circonstances étranges.
L'auteur du Sixième sens et d'Incassable (selon moi ses deux meilleurs films) mais aussi plus récemment de Signes et du village continue d'aller de plus en plus vers l'abstraction. Night Shyamalan nous propose avec Phénomènes un film d'ailleurs assez proche de Signes. Mais le film va sur un faux rythme et ne tient pas toutes ses promesses.
D'ailleurs on ne pourra que contester une bande annonce qui vend le film quasiment comme un film d'horreur, ce qu'il n'est absolument pas.
Phénomènes part d'une idée originale : dans le Nord-Est des Etats-Unis, des événements étranges ont lieu, qui conduisent les gens à se suicider (On se retrouve dans une idée de base proche de celle du film culte Suicide club, à ceci près que le traitement de Shyamalan est très différent de celui de Sono Shion). On notera à ce propos que les images vues dans la bande annonce du film apparaissent au tout début du film. Cependant, les morts qui surviennent de nulle part sont assez étonnantes et provoquent un intérêt certain.
L'idée de base de Night Shyamalan est des plus excitantes. En effet, le spectateur se demande quelles peuvent bien être les raisons qui conduisent les gens à se suicider. Afin de tenter d'élucider ces événements pour le moins étranges, on suit les pas d'Elliot Moore (jouée par Mark Wahlberg), professeur de sciences dans un lycée de Philadelphie, de sa femme Alma Moore (Zooey Deschanel), de son ami Julian (John Leguizamo) et de Jess, la fille de ce dernier (Ashlyn Sanchez). Ces quatre personnages, comme le reste des habitants des Etats-Unis, cherchent à sauver leur peau.
Le film a ceci d'intéressant qu'il avance plusieurs thèses plus ou moins crédibles. On remarquera que Night Shyamalan joue beaucoup au départ sur le syndrome post- 11 septembre avec la thèse des terroristes qui est avancée aussi bien par les médias que par plusieurs habitants. Mais rapidement on comprend que cette thèse ne peut avoir de sens, tant cette toxine qui amène les gens à se suicider, peut toucher à n'importe quel endroit. On remarquera au passage que Night Shyamalan montre bien que beaucoup de personnes oublient tout sens de l'entraide et cherchent avant tout à sauver leur peau face à un mal qu'il est difficile de définir. La thèse avancée ensuite serait celle d'une attaque due à une rébellion des plantes, d'où l'idée de la toxine. Il s'agirait donc d'une sorte de justice divine (comme le montrent le générique de début et celui de fin du film). L'idée en soi est assez intéressante. On suit d'ailleurs avec un certain intérêt les différents protagonistes du film pour voir s'ils vont pouvoir s'en sortir. Mais là où le bas blesse c'est qu'à mon sens Night Shyamalan se met assez rapidement à faire des scènes qui finissent presque par se répéter. Tout cela finit par être redondant. Night Shyamalan ne fait qu'effleurer les différentes thèses qui sont développées dans son film. L'idée écologique peut se concevoir mais encore faudrait-il la développer.Le film aurait en fait besoin d'un second souffle. Mais le problème est que Phénomènes, qui évite tout effet spectaculaire, est au contraire quasiment contemplatif.
S'il est en soi plutôt bien vu de laisser penser que cette toxine, ce mal, peut frapper n'importe où (à la ville, à la campagne, dans des parcs, sur des routes, dans des champs, etc.) et dans des endroits de plus en plus petits, en revanche à de nombreuses reprises la survie du couple Moore et de la petite Jess paraît incroyable. Shyamalan semble expliquer la survie de ce groupe autour de la notion de famille. La réconciliation au niveau de la cellule familiale (parents, enfant), qui permettrait de s'immuniser contre ce mal, est une idée assez fumeuse, qui dessert quelque peu le film.Pour sa part, Mark Wahlberg, bon acteur au demeurant, est assez peu crédible dans son rôle de professeur de sciences. D'ailleurs, son personnage est relativement creux. On comprend qu'il a des problèmes avec son épouse, il se permet d'ailleurs de lui faire une feinte qui n'est pas vraiment d'une grande finesse (le médicament contre la toux à 6 dollars). Sinon, le fait qu'il se méfie de tout l'environnement qu'il y a autour de lui est une bonne idée qui est parfois tournée un peu en ridicule (la scène où Mark Wahlberg parle à une plante en plastique !). Quant au personnage d'Alma Moore, il est joué par une Zooey Deschanel qui paraît quelque peu absente et pas vraiment concernée par le film. Son personnage, comme d'ailleurs tous les autres protagonistes, est quelque peu vide. Heureusement, la mise en scène très fluide de Shyamalan, qui n'est à aucun moment clippesque, permet de conserver un certain suspense (avec une nature dangereuse et qui semble observer l'Homme). Mais cette fois-ci chez Shyamalan, le suspense ne tient pas grâce au twist final mais plutôt de savoir comment vont s'en sortir les principaux protagonistes du film.
Au final, malgré plusieurs défauts, Phénomènes se suit correctement. C'est donc une semi-déception pour un Night Shyamalan qui n'arrive pas à retrouver la puissance d'un Sixième sens ou d'un Incassable. Je pense par contre que le film perdra énormément lors d'un second visionage, à cause de son côté redondant.
