24 octobre 2009
Vaudou
Vaudou de Jacques Tourneur
Année : 1943
Pays : USA
synopsis : Betsy, infirmière, est engagée aux Antilles par Paul Holland, séduisant et richissime planteur, afin de s’occuper de sa femme atteinte d’une maladie inexplicable.
Vaudou marque la deuxième collaboration de Tourneur avec le producteur Val Lewton ( après la féline aka « cat people »).
S'il est intéressant de se pencher sur Vaudou c'est , bien au-delà de ses qualités cinématographiques évidentes, parce que ce film nous permet de remonter à l'origine même du mot Zombi ( à noter que le titre originel est « I walk with a zombi », autrement plus parlant et révélateur que le titre français).
Les zombi sont effet des créatures liées aux croyances et pratiques vaudou, désignant une personne revenue d'entre les morts : « un fantôme, un mort-vivant », selon la définition de Paul Holland, mettant Betsy en garde contre les croyances locales, la facilité que l'on a à se laisser influencer, basculer du rationnel à l'irrationnel.
Comme à son habitude, Tourneur filme dans un noir et blanc majestueux, magnifiant et renforçant une atmosphère des plus inquiétante et poétique à la fois. À la beauté exotique et étincelante du jour répond la profondeur de la nuit, inquiétante, retentissant de milles rumeurs et murmures, hantée par le bruit du vent sur les plantations. Si l'image est importante, on ne peut passer sous silence le travail effectué sur le son, véritable acteur dans l'angoisse diffuse distillée par le métrage : rumeur lointaine des tams tams ( tour à tour rumeur languissante ou menaçante), pleurs étouffés, chuchotements, cris, bruit du vent. Une vaste palette sonore est convoquée par Tourneur pour transformer cette ile paradisiaque en cauchemar éveillé. Le film ne semble devoir jouer que sur les espaces « entre deux », les oppositions, les contrastes, à l'instar des films expressionnistes allemand. Il suffit de voir la scène où Betsy rencontre Jessica Holland : de nuit, biensûr, Betsy est réveillée par des pleurs. Elle entreprend donc d'aller voir de quoi il s'agit, se risquant dans les vastes couloirs de la demeure baignant dans l'obscurité. Au détour d'un escalier, elle est surprise par une apparition spectrale : Jessica Holland errant sans but telle une somnambule. Cette scène renvoie aussi bien à l'univers expressionniste qu'à l'univers gothique : la demeure est froide et nimbée d'un manteau d'obscurité qui semble propice à toute forme d'apparition. Jessica Holland erre telle une Ligéia dans des ténèbres éternelles, enfermée dans sa maladie.
Tourneur, avec une précision et une finesse sans égale ( sa science de la mise en scène semblant s'effacer totalement derrière son sujet et la qualité de sa photographie) dévoile de manière mesurée et progressive les secrets de l'ile et de la famille Holland. Jessica aurait été victime d'un accès brutale de fièvre dont son état actuel, déclaré incurable par le médecin, est la conséquence. Mais la situation se complique pour Betsy, véritable détective décidé à tout mettre en œuvre pour guérir sa patiente, apprend qu'existait une liaison entre Wesley Rand ( demi frère de Paul Holland) et Jessica. Une rumeur locale défini même l'état actuel de Jessica comme une punition de son mari.
Le rationnel et l'irrationnel commencent alors à s'emmêler, révélant la finesse de la mise en scène de Tourneur, qui peu à peu distille le doute.
Commence alors ce jeu des opposés, des contrastes, à plusieurs niveaux : le jour clairement opposé à la nuit, le rationnel mis à mal par l'irrationnel, le tangible par la suggestion, la réalité par le fantasme, la religion catholique et le Vaudou, et pour finir, le conscient et l'inconscient, le vivant et la mort.
Le film traite de tout cela, ou plutôt il ne fait qu'ébaucher des pistes, laissant subtilement au spectateur le soin de faire le reste, d'imaginer et fantasmer lui aussi.
Le rationnel, dans le film, serait clairement identifié en la personne de Paul Holland refusant catégoriquement toute explications provenant de croyances locales ( faut il y voir une résurgence de l'esprit colonialiste, Holland étant lui-même propriétaire d'une plantation de canne à sucre, ayant à son service des descendants d'esclaves ?). De plus, le père de celui-ci, Mrs Rand, s'est remariée avec un missionnaire : le poids de la religion et de l'éducation ( il a étudié dans une université anglaise) le prédisposent à un esprit rationnel, ce qui n'est pas le cas de son demi-frère dont l'alcoolisme semble avoir émoussé les facultés. Holland, tout en connaissant les croyances locales les repoussent avec force, comme il repousse l'attachement de Betsy. L'irrationnel est « personnalisé » par la culture locale, et plus précisément les croyances liées aux pratiques Vaudou. Propres aux indigènes, elles semblent toutefois inquiéter une partie de la famille Holland, et troubler même le rationalisme de Betsy.
Jessica, à elle seule, semble symboliser cet espace entre les vivants et les morts, l'éveil et le sommeil évoquant par sa maladie et son comportement l'univers onirique souligné à chacune de ces apparitions par la photographie et la mise en scène de Tourneur, suggérant plus qu'il ne montre.
La figure du zombi, bien éloignée de nos images contemporaines décharnées, putréfiées et proprement repoussantes, est au contraire ici sobrement et sombrement poétique. Leurs corps se meuvent comme dépourvus d'âme, de but, sans bruit, tels des fantômes, des somnambules inquiétants par leur froideur et la ressemblance qu'ils entretiennent encore avec le vivant. Carrefour, gardien des sentiers et chemins, en est un parfait exemple : sa vaste silhouette menaçante se découpe au sein des plantations, sans toutefois qu'il émette le moindre son, ni n'esquisse le moindre geste à sa première apparition : son regard même ( les yeux sont révulsés) est absent, et pourtant sa simple présence distille une tension sourde mais palpable.
Tourneur, semble se livrer avec délectation à une démonstration : montrer comment s'opère le glissement du rationnel vers l'irrationnel, de la raison vers la folie; pour cela il choisi un espace clos, purement cinématographique et propice à la perte de repère : une ile éloignée, aux coutumes déstabilisantes et inconnues par l'héroïne ( notre référente), et l'enferme dans une logique, un jeu d'opposition où cette dernière fini par perdre pied.
Le choix de la culture Vaudou n'est certainement pas un hasard non plus : propice aux fantasmes de tous crins ( l'asservissement d'un individu à distance par envoûtement, le réveil des morts pour en faire des esclaves : nos fameux zombis), le vaudou est aussi vécu comme la résurgence de quelques croyances renvoyant aux fantasmes les plus archaïques qui soient : transes extatiques, sang d'animaux versé, offrandes aux dieux, possession, danses et rituels magiques confinant à la manie obsessionnelle.) Un univers purement cinématographique, là encore, et propice au dérèglement des sens comme l'avouera Mrs Rand qui s'est surprise à prendre la parole au cours d'un de ses rituels, réclamant au nom du dieu Vaudou la mort de sa belle fille dont le départ menaçait le couple de son fils.
La force de suggestion aidant, Mrs Rand est persuadée d'être la cause de la maladie de Jessica et de l'avoir tué, tandis, que de son côté, Paul Holland craint d'être également la cause de la maladie de sa femme pour l'avoir menacée si elle le quittait. On le voit, les forces inconscientes en jeu sont ici évidentes, bien qu'archaïques : la crainte de voir que son désir, même refoulé ai pu provoquer la maladie de Jessica.
La suggestion, plus qu'un simple artifice cinématographique semble être l'un des ressorts principaux de l'histoire : suggestion du malaise lié à l'environnement lui-même, influence inconsciente des croyances locales devant l'incompréhension de la médecine pour le cas de Jessica Holland, influence de la nuit et des nombreux bruits dont elle se fait l'écho. Tourneur, quand à lui ne donne aucune explication, mais suggère en ouvrant des pistes. L'utilisation et l'importance du hors champ montrent à quel point la suggestion est importante.
Chacun des protagonistes ayant des choses à se reprocher ou à cacher, l'intrigue prend alors une consonance psychanalytique, alors même que Tourneur évite toute forme d'explication. Cette suggestion, que Freud voyait en œuvre dans l'hypnose, pourrait expliquer le pouvoir du vaudou, et par extension expliquer l'état de zombi, dont le comportement est si proche d'une personne sous hypnose : voyant sa volonté réduite, la personne va devenir « esclave » de la volonté d'un tiers.
Plus que des mort-vivants, les zombis de Vaudou sont avant tout des êtres privés de leur volonté.
Ce film de Tourneur, pour sa beauté plastique et son ambiance, est à (re)découvrir d'urgence.
20 septembre 2009
District 9 de Neil Blomkamp
Réalisé par Neil Blomkamp
Année : 2009
Durée : 110 minutes
Avec :
FICHE IMDB
Résumé : Dans les années 80, des extraterrestres arrivent sur Terre. Ils sont alors placés dans un endroit, le district 9. Vingt-huit ans plus tard, les Terriens tentent de mettre les aliens à un autre endroit, tout en cherchant dans le même temps à pouvoir utiliser leur formidable technologie en matière d'armement. Un homme qui a sans le vouloir combiné son ADN à celle des aliens, devient la personne la plus recherchée au monde...
Remarqué par Peter Jackson, qui pour l'occasion est le producteur de ce film, District 9 constitue le premier long métrage de Neil Blomkamp. Sous ses apparences de film de science-fiction, District 9 est aussi et surtout une intéressante réflexion sur notre capacité d'intégration, sur le regard que l'on peut porter à l'autre.
Car il ne faut pas s'y tromper. Si District 9 est un film qui comporte plusieurs scènes d'action, on est à des années-lumière des films habituels que l'on peut trouver dans ce genre.
District 9 est avant tout un plaidoyer pour le respect des droits de l'homme, ou par rapport aux créatures que l'on voit dans le film, un respect du droit de chacun de vivre décemment en paix. Ce n'est nullement un hasard si le film se déroule à Johannesbourg. C'est la principale ville d'Afrique du Sud (pays d'origine du réalisateur), là où il y a finalement encore peu de temps existait l'Apartheid (mot signifiant séparation, en place en Afrique du Sud de 1948 à 1991), c'est-à-dire une séparation dans la population en fonction de critères raciaux ou ethniques. Une des grandes qualités du film est de montrer cette situation inadmissible, mais en décidant de remplacer les êtres humains victimes de ce fameux apartheid, par des extraterrestres. Au début du film, en peu de temps, le cinéaste Neil Blomkamp, qui a l'excellente idée de nous donner l'impression d'assister à un documentaire, met en évidence l'échec de cette politique de la mise à l'écart. A force de prendre les gens (ici les extraterrestres) pour des moins que rien, il est évident que l'on aboutit à un moment ou à un autre à un clash. Et puis les extraterrestres que l'on voit débarquer de nulle part au début du film, n'ont aucune intention belliqueuse à la base. Leur mise à l'écart dans des endroits d'une hygiène épouvantable n'est pas sans rappeler des événements fâcheux de notre histoire. On peut en effet extrapoler et penser que cette séparation dans ce district 9 est un rappel aux camps de concentration durant la seconde guerre politique.
Dans le même ordre d'idée, dans la seconde partie du film, le réalisateur évoque sans conteste les expériences horribles commises par les nazis, lorsque l'on voit l'extraterrestre Christopher qui découvre ce que l'on fait à ses congénères dans les sous-sols de la société MNU.
On comprend aisément que District 9 n'est pas un film de science-fiction lambda. C'est un film engagé qui dresse un portrait peu flatteur de notre espèce humaine. D'ailleurs, au fond, que penser du principal personnage du film, Wikus van der Merwe. Si on peut pardonner au personnage (qui est admirablement joué par Sharlto Copley) le fait qu'il est assez niais et donc qu'il n'ait pas les épaules assez solides pour mener à bien la mission « d'expulsion » des aliens pour les mener en dehors du district 9, en revanche plusieurs de ses agissements demeurent inadmissibles. Comment en effet trouver des circonstances atténuantes à quelqu'un qui se plaît à tuer des bébés extraterrestres et qui s'amuse dans le même temps à évoquer devant une caméra qu'il vient de procéder à des avortements ? Le côté peureux du personnage n'est pas non plus un point positif. L'une des forces du film est d'avoir choisi de faire de son personnage principal un homme qui est loin de l'image du héros. Bien au contraire. D'ailleurs, ce n'est finalement qu'à partir du moment où cet homme va devenir de plus en plus un alien qu'il va alors prendre conscience du mal que commet l'Homme. Mais encore, ce propos est à relativiser car notre personnage principal cherche avant à redevenir comme avant.
Jamais lisse sur la forme comme sur le fond, le film se permet également de critiquer (de manière légère toutefois) des médias qui, à la recherche de faits sensationnels, sont prêts à cautionner n'importe quoi et à transmettre des informations erronées. En alternant sans cesse le côté documentaire avec le côté fictionnel, Neil Blomkamp invite le spectateur à s'interroger sur la notion de vérité.
Enfin, à l'instar du Starship troopers de Paul Verhoeven, District 9 montre que l'Homme a malheureusement un peu trop tendance à penser qu'il est le seul ou en tout cas le plus malin dans l'univers. Pourtant, les faits (dans le film) parlent d'eux-mêmes. Les aliens, qui sont considérés comme des sous-êtres par les humains – avec cette tendance à les dénommer les crevettes – disposent d'une technologie en matière d'armement qui est très supérieure à la nôtre. Et puis leurs engins spatiaux sont incroyablement évolués. Durant tout le film, on se pose inmanquablement à un moment ou à un autre la question du devenir de cet immense engin spatial qui est situé en apensateur, juste au dessus de Johannesbourg. En outre, le film se termine de façon très ouverte. Que vont faire les aliens à l'avenir ? Cette fin est peut-être une façon de faire une transition avec un District 9, second épisode, que l'on verra débarquer dans les salles de cinéma en 2010.
Toujours est-il que cet excellent film de science-fiction, très engagé sur le plan historico-politique, mérite amplement d'être vu.
15 août 2009
Sleep dealer d'Alex Rivera
Réalisé par Alex Rivera
Année : 2008
Origine : Etats-Unis - Mexique
Durée : 90 minutes
Avec : Luis Fernando Pena, Leonor Varela, Jacob Vargas...
Résumé : Dans un futur proche, les ressources en eau sont contrôlées par de puissantes multinationales. Un barrage est dressé entre les riches et les pauvres. Face à cet état de fait, quelques personnes tentent de se révolter.
Réalisé en 2008 par le cinéaste mexicain Alex Rivera, Sleep dealer, est un thriller cyberpunk altermondialiste.
Il montre un monde futuriste où l’eau est détenue par des grands
groupes industriels et où la liberté de chacun, ou plutôt la liberté
des pauvres gens, est bien réduite. D’ailleurs, un immense mur a été
dressé à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. Le film se
déroule dans un univers cyberpunk avec des gens qui se relient à une
sorte d’univers parallèle où ils échangent des données via des espèces
de connecteurs qu’ils font installer sur eux, un peu comme dans
Existenz de Cronenberg.
La réalité virtuelle est très présente dans le film et est utilisée
pour nous montrer une société où l’exploitation de l’homme par l’homme
n’a jamais été aussi importante : si les ressortissants Mexicains ne
peuvent pas rejoindre comme ils le souhaitent les Etats-Unis, en
revanche les Américains ne se privent pas d’exploiter, même à distance,
les Mexicains. Ainsi, on retrouve dans des immenses entrepôts, dénommés
Sleep dealers (d’où le titre du film), des Mexicains qui sont reliés à
des connecteurs qui leur permettent de travailler à distance en
contrôlant des robots qui exploitent en Floride des orangeraies.
Tout est dématérialisé dans cette société : les hommes travaillent
ainsi à distance sur des robots ; les souvenirs peuvent être vendus sur
une plate-forme virtuelle. Précisément, on se trouve dans une société
purement capitaliste où les informations qui figurent dans la mémoire
de chacun, se vendent, à condition qu’elles trouvent preneur. C’est la
loi de l’offre et de la demande.
Dans ce monde où les pauvres vivent
dans des conditions difficiles et sont exploitées, comme c’est le cas
au Mexique où se déroule l’action du film, Memo, un jeune homme tente
de se rebeller à sa façon en interceptant des données stratégiques.
Il est alors repéré et poursuivi par les autorités gouvernementales. On
notera sur ce point que le film critique indirectement la politique des
Etats-Unis où la menace terroriste est dans toutes les têtes et donne
lieu à des comportements radicaux. Ainsi, le père de Memo décède suite
à l’envoi d’un drône par le gouvernement. Le film peut également faire
penser à 1984 de George Orwell avec un gouvernement qui scrute les
faits et gestes des habitants.
Le reste du film va nous montrer un Memo décidé à subvenir aux besoins
de sa famille en se rendant à Tijuana, la ville du futur (où l’on
recrute les fameux sleep dealers). Il va alors fréquenter des personnes
qui vont progressivement se rallier à sa cause.
Doté d’un pitch très intéressant et d’acteurs qui se révèlent tous
assez solides, notamment l’acteur Luis Fernaando Pena qui joue le rôle de Memo, Sleep
dealer est pourtant une énorme déception. La mise en scène est
épouvantable avec plusieurs effets clippesques (ralentis, accélérés),
notamment des espèces de floutage de l’image, qui sont parfaitement
inutiles. Le réalisateur se veut innovant mais il rate totalement sa
cible. Pour réaliser un film sur le rapport entre réalité virtuelle et
réalité telle qu’on la connaît, David Cronenberg n’a pas eu besoin avec
Existenz de nous concocter des scènes clippesques. En fait, il
semblerait qu’Alex Rivera soit victime du syndrome MTV qui touche
plusieurs cinéastes contemporains (il n’y a qu’à voir les fameux Saw
pour s’en persuader).
Par ailleurs, les effets spéciaux du film, à savoir des images numériques, font très cheap et sont vraiment très laids.
Au final, malgré un scénario des plus enthousiasmants, le film d’Alex
Rivera est complètement plombé par une mise en scène clippesque
insupportable et d’un budget trop étriqué. De manière surprenante, ce
film a remporté le prix du meilleur film lors du dernier festival
international du film fantastique de Neuchâtel. On peut penser que
c’est le propos du film, plus que sa mise en scène, qui a été ici
récompensée.
06 novembre 2008
Blindness de Fernando Meirelles

Réalisé par Fernando Meirelles
Année : 2008
Origine : Japon, Brésil, Canada
Avec : Julianne Moore, Mark Ruffalo, Danny Glover, Gael Garcia Bernal...
FICHE IMDB
Résumé : Des personnes se retrouvent soudainement aveugle et sont placées en quarantaine.
Auteur de films tels que La cité de Dieu ou plus récemment de The constant gardener, Fernando Meirelles nous revient avec un long métrage (produit par le Japon, le Brésil et le Canada) teinté de fantastique.
En effet, le synopsis raconte qu'à notre époque actuelle, plusieurs personnes deviennent aveugles en un instant. La spécificité de cette cécité est que les gens ne voient pas le monde qui les entoure en noir comme un aveugle « normal » mais une lumière blanche. Cette maladie inconnue est intitulée le mal blanc. Les gens victimes du mal blanc sont rapidement mis en quarantaine dans des abris d'urgence. Parmi les contaminés a réussi à se glisser l'épouse d'un médecin (interprétée par Julianne Moore), et ce pour aider son mari (lequel est interprété par Mark Ruffalo).
A partir de ce scénario original, le réalisateur Fernando Meirelles livre un film politique et social.
Le propos politique est on ne peut clair avec ces personnes, considérées comme des contaminés, qui sont obligées de vivre dans des batiments peu accueillants. Ils sont surveillés en permanence par des soldats qui les empêchent de quitter ces lieux. On se retrouve dans un véritable régime dictatorial où les libertés de chacun ont disparu.
Mais le plus difficile à vivre est le fait que dans ces batiments, qui ressemblent à des entrepots qui ont été aménagées à la va-vite, c'est la loi du plus fort qui prédomine. Les autorités, situées à l'extérieur du batiment, ne cherchent pas à savoir ce qui se passe à l'intérieur. Elles se contentent de donner de la nourriture aux contaminés pour qu'ils ne meurent pas de faim. Or, quand c'est le plus fort qui domine, on ne s'étonnera pas que les lois qui prédominaient jusque là laissent la place à l'arbitraire. Un système de troc se met ainsi en place entre les dominants (dont le chef est joué par Gael Garcia Bernal, qui tient là un beau rôle de salaud) et les dominés avec évidemment tous les abus que l'on peut imaginer.
D'une certaine façon, Fernando Meirelles dresse le portrait d'une micro-société livrée à elle-même qui, sans l'intervention de règles impartiales, fonctionne de manière totalement arbitraire.
Quelques personnages dans le film sont à sauver et montrent que dans une société individualiste, certains sont prêts malgré tout à aider les autres. Le personnage de Julianne Moore est de ce point de vue un véritable symbole, aidant au maximum son mari et les gens qui l'entourent, ce qui est d'autant plus aisé qu'elle est la seule à voir. Elle n'a pas été touchée par le mal blanc. On peut quasiment y voir là un côté religieux. D'ailleurs, à un moment donné du film, plusieurs individus, guidés, par le personnage de Julianne Moore, réussissent à quitter le batiment où ils étaient parqués et à rejoindre à nouveau le monde extérieur. Tout cela donne l'impression que Julianne Moore interprète une sorte de Noé et qu'elle doit mener les autres personnes qui l'accompagnent vers une nouvelle existence. L'arche de Noé serait tout simplement la maison du médecin (joué par Mark Ruffalo) et de son épouse qui servent de refuge à quelques autres évadés.
Blindness n'a pas qu'une portée politique ou religieuse. Fernando Meirelles y introduit sans aucune ambiguité une notion sociale. Il montre que dans des mouvements de panique, tels que ceux qui sont caractérisés par le mal blanc, les gens sont en grande majorité individualistes. Ils pensent avant tout à eux. Ceci est d'autant plus significatif quand on voit dans des rues plusieurs personnes qui meurent de faim et s'entredéchirent les quelques aliments qui sont encore disponibles. Un exemple symptomatique de cet état de chaos est le moment où l'on voit des chiens affamés en train de dévorer un homme mort. Le meilleur ami de l'homme a lui-même disparu...
Si les connotations politiques, religieuses et sociales de Blindness sont intéressantes, en revanche la mise en scène du film laisse beaucoup plus à désirer.
Dans une thématique assez proche, Blindness pourrait rappeller le Phénomènes de Shyamalan où un mal étrange (dans le film de Shyamalan des personnes se suicidaient de façon soudaine) survenait du jour au lendemain sans aucune explication rationnelle. Mais à la différence de Shyamalan dont la mise en scène est particulièrement sobre, Fernando Meirelles se complaît dans des effets de style (floutages, images parfois quasi intégralement blanches, gros plans) qui n'apportent rien au récit et qui sont au contraire assez saoulants. En voulant nous donner le point de vue de ces personnes qui ont perdu la vue et sont victimes du mal blanc, le réalisateur de Blindness hache son récit (le montage est par moments quelque peu saccadé) et manque dès lors de clairvoyance. On pourra par ailleurs regretter sur le plan scénaristique un happy end un peu rapide et qui n'est a fortiori pas forcément le meilleur choix final.
Un dernier mot sur les acteurs qui se révèlent tous assez bons, avec notamment Julianne Moore qui a toujours un jeu d'actrice aussi nuancé.
En définitive, Blindness est un film qui comporte un vrai message politique et social mais qui est en partie plombé par une mise en scène trop stylisée et hachée.
01 octobre 2008
Alien, le huitième passager de Ridley Scott
Réalisé par Ridley Scott
Année : 1979
Origine : Etats-Unis
Durée : 116 minutes
Titre original : Alien
Avec : Sigourney Weaver, John Hurt, Ian Holm, Tom Skerritt, Veronika Cartwright, Harry Dean Stanton.
FICHE IMDB
Résumé : Le vaisseau spatial Nostromo doit s'arrêter sur une planète inconnue. Les membres de l'équipe vont ramener à leur bord et à leur insu une horrible créature.
Réalisé par Ridley Scott (Blade runner, Thelma et Louise, Gladiator, Legend, Les duellistes), Alien est LE film qui a révolutionné le genre de la science-fiction en distillant habilement suspense et scènes chocs.
Tout est fait pour effrayer le spectateur : on a droit à de longs travellings sur et à l'intérieur du vaisseau ; les allées et les couloirs semblent sans fin, les portes sont nombreuses si bien qu'on a l'impression que le Nostromo est immense. Une sensation de malaise est même perceptible vu que les lumières minimalistes (des lumières bleues ou simplement des lampes) accroissent ce climat d'oppression.
Sur ce point, notons l'excellente composition musicale de Jerry Goldsmith qui renforce le climat de peur proposé déjà par les plans de Ridley Scott et le choix du réalisateur au niveau des lumières.
Car on a beau être dans l'espace, tout se passe comme dans un huit-clos. En effet, l'action se déroule quasi-exclusivement dans le vaisseau.
Et la peur est d'autant plus grande que le spectateur voit l'alien (qui signifie littéralement l'étranger) devenir rapidement un être monstrueux et extrêmement dangereux. C'est l'artiste suisse Goger qui a çoncu le design très particulier et très réussi de l'alien. Quand on voit ce monstre, il est évident que les simples armes qu'ont les membres du Nostromo ne peuvent suffire à le détruire.
On a l'impression que les membres du Nostromo ne se rendent pas compte de l'extrême danger que représente l'alien : un monstre gigantesque, capable de se reproduire à l'intérieur de l'être humain et contenant en lui-même un terrible produit toxique.
Finalement seule Ripley prend les choses bien en main et réussit au bout du compte à le vaincre. Sigourney Weaver est excellente dans un rôle qui est généralement dévolu aux hommes. D'ailleurs, dans le film elle prend les choses à bras le corps et a une attitude très masculine.
Tous les autres membres de l'équipage sont quant à eux éliminés les uns après les autres par l'alien.
Le premier à décéder est Kane (John Hurt), celui-là même qui a ramené avec lui l'alien dans le Nostromo. Sa mort constitue un plan particulièrement marquant dans l'histoire du cinéma : alors que les membres sont tous en train de manger, l'alien sort de son ventre. Ce n'est que le début des meurtres.
Mais Alien, le huitième passager n'est pas seulement un huit-clos spatial oppressant. C'est également une réflexion entre deux choses que tout oppose : l'organique et le technologique. Le vaisseau a beau représenter l'avancée de l'homme d'un point de vue technologique, il n'arrive pas à faire face aux forces les plus primitives de la nature représentées par l'alien.
La science peut se montrer extrêmement dangereuse : ainsi, le robot scientifique Ash prêt à tout pour obtenir un spécimen de l'alien, quitte à perdre des vies humaines voire l'ensemble de l'équipage du Nostromo.
Du reste, on voit bien dans le film que Ripley comprend rapidement le petit jeu de Ash.
Science ne semble pas rimer dans ce film avec prudence : en effet, que se passerait-il si les membres du Nostromo ramenaient sur Terre un alien ? Ne serait-ce pas là la fin de l'espèce humaine ?
Vouloir conquérir ou en tout cas connaître les planètes est une chose, être prudent en est une autre.
Sur ce point, je trouve qu'Alien, le huitième passager est quelque part précurseur de la philosophie que dégagent certains réalisateurs dans leurs films. Je pense notamment à Paul Verhoeven qui égratigne salement les médias, la science et l'armée dans Starship troopers. Là aussi, face à une attaque inconnue, il convient de faire attention et de ne pas sous-estimer l'inconnu.
En fin de compte, Alien est un film oppressant, extrêmement efficace sur ce point, et qui est toujours aussi intéressant à regarder quasiment trente ans après sa sortie. Un film majeur de la science-fiction qui est à voir ou à revoir.
01 septembre 2008
The dark knight de Christopher Nolan
Réalisé par Christopher Nolan
Année : 2008
Origine : Etats-Unis
Durée : 147 minutes
Avec : Christian Bale, Heath Ledger, Aaron Heckhert, Maggie Gyllenhaal, Michael Caine, Gary Oldman, Morgan Freeman, Eric Roberts...
FICHE IMDB
Résumé : Batman doit sauver la ville de Gotham City qui est soumise aux incessantes attaques du terrible Joker.
Réalisateur du film Batman begins (2005) qui a relancé totalement la franchise des Batman en en la faisant redémarrer de zéro (ce qui n'est pas un mal au vu des médiocres films de Joël Schumacher), Christopher Nolan nous offre donc de nouvelles aventures de la plus célèbre des chauve-souris.
Batman begins s'intéressait aux origines de Batman et était de ce point de vue assez réussi. Ce nouvel épisode de la saga, intitulé The dark knight est, comme le titre l'indique, un film très sombre. D'ailleurs, Batman prend une nouvelle dimension et les événements qui se déroulent à Gotham City tiennent lieu de véritable tragédie.
Le héros qui se cache dans sa sombre combinaison de chauve-souris se révèle particulièrement trouble. Christian Bale incarne parfaitement le Batman qui cherche par tout moyen à débarrasser Gotham City des criminels. Les moyens qu'il utilise ne sont pas toujours très orthodoxes, comme le prouve sa façon d'interroger ses ennemis (voir sur ce point une célèbre scène d'interrogatoire). Il faut dire que Batman a fort à faire.
En effet, dans ce film, Batman combat face à ce qui constitue son plus terrible adversaire, le Joker. Interprété par un Heath Ledger (l'acteur est décédé peu de temps après avoir tourné l'intégralité des scènes dans lesquelles il apparaît) particulièrement convaincant, celui-ci donne véritablement vie au Joker. Ce personnage psychopathe est véritablement effrayant à l'écran. Ce fou est d'autant plus dangereux qu'il est insaisissable à tous points de vue. D'abord, ses empreintes sont inconnues et on ne sait rien de lui. De plus, à la différence des autres criminels, il ne recherche nullement l'argent. Il est uniquement intéressé par le chaos. Il prend plaisir à tuer et à tout détruire, comme on le voit lors de plusieurs séquences d'action qui sont assez impressionnantes (la scène d'introduction qui n'est pas sans rappeler le film de Michael Mann Heat montre aussi le côté vicieux et amoral du Joker ; une course-poursuite dans un camion est très intense ; la destruction d'un hôpital prouve que le Joker est prêt à tout). Le Joker aime également inspirer la crainte à ses adversaires, ce que fait admirablement l'acteur Heath Ledger qui interprète le Joker lorsqu'il place un couteau au niveau du cou de ses victimes. Le Joker crève vraiment l'écran et est un ennemi redoutable.
Le film The dark knight est également particulièrement sombre dans le sens où tous les héros sont particulièrement malmenés. Ainsi, le procureur Harvey Dent (interprété par un Aaron Eckhart parfait dans le rôle) est dans ce film le personnage par excellence qui va passer de la lumière à l'ombre. Celui qui veut faire régner la justice à tout prix, qui se montre intègre et qui souhaite faire disparaître les criminels de Gotham City (il obtient d'ailleurs l'aide et le respect de Batman) voit sa vie s'écrouler au cours d'un événement extrêmement malheureux où il perd sa bien aimée et se retrouve défiguré. Son psychisme en prend sérieusement un coup et Harvey Dent devient ensuite un personnage qui ne cherche qu'à se venger, le célèbre Double-face (en raison tant de son visage à moitié brûlé qu'en raison de son parti pris de laisser ses choix au destin en tirant à pile ou face avec une pièce de monnaie).
Batman est lui aussi soumis à rude épreuve dans The dark night puisqu'il doit faire des choix très difficiles, comme le fait de savoir s'il va tenter de sauver le procureur Dent ou au même moment sa bien-aimée, l'adjointe au procureur, à savoir Rachel Dawes (interprétée par Maggie Gyllenhaal qui remplace Katie Holmes qui jouait ce rôle dans Batman begins, et se révèle plus adulte que cette dernière). Batman est lui-même soumis à plusieurs reprises à la tentation de laisser son rôle de justicier à un autre. Bruce Wayne souhaiterait pouvoir vivre comme n'importe qui. Mais finalement, son envie de régler leurs comptes aux bandits l'amène à défendre une nouvelle fois la population. Batman est par ailleurs épaulé par plusieurs fidèles qui travaillent en collaboration avec lui : son majordome Alfred (joué par Michael Caine, qui permet de détendre un peu l'atmosphère dans le film), Lucius Fox (Morgan Freeman) qui gère les comptes de Wayne Entreprise, l'intègre lieutenant Jim Gordon (Gary Oldman) qui fait confiance à Batman et l'appelle en retranscrivant l'image d'une chauve-souris sur un projecteur.
On appréciera particulièrement le fait que Batman accepte de prendre sur son dos des crimes qu'il n'a pas commis, et ce afin que Gotham City puisse avoir un vrai héros. Batman apparaît dès lors comme un personnage christique, destiné à rester à jamais dans l'ombre. Pourtant, dans le film, les habitants de Gotham sont proches de connaître l'identité de l'homme qui se cache derrière Batman.
On notera que le film est assez oppressant et devient par moments très intense, notamment lors de l'épisode des deux bateaux qui oblige une nouvelle fois des personnes à faire des choix. La conclusion de cet épisode laisse cependant une lueur d'espoir quant aux qualités humaines des citoyens de Gotham.
Très bien mis en scène par Christopher Nolan, The dark knight offre au spectateur de superbes scènes d'action (sublimées par la musique créée par le duo Hans Zimmer et James Newton Howard) qui étayent la volonté du Joker d'amener le chaos. Par extension, on peut penser que les nombreuses destructions qui ont lieu dans le film sont le symbole d'Etats-Unis qui craignent terriblement les attaques terroristes, et ce depuis les événements malheureux et traumatiques du 11 septembre 2001.
On appréciera aussi le scénario bien sombre du film, signé par Christopher Nolan et surtout par son frère Jonathan.
Enfin, ce film est d'autant plus appréciable que la distribution est au top. Notons qu'on retrouve dans le casting Christian Bale, feu Heath Ledger, Aaron Heckhart, Maggie Gyllenhaal, Michael Caine, Gary Oldman, Morgan Freeman ou encore Eric Roberts dans le rôle du mafieux Salvatore Maroni.
En somme, voilà un film de super-héros très adulte qui bénéficie d'un excellent scénario et d'une mise en très efficace. On ne peut donc que se satisfaire du fait que le film ait très bien marché aux Etats-Unis et qu'il bénéficie de critiques très positives.
16 juillet 2008
Le cerveau qui ne voulait pas mourir de Jospeh Green

réalisateur : Joseph Green
Année: 1962
Pays : U.S.A.
Acteurs : Jason Evers, Virginia Leith, Leslie Daniels
synopsis : un médecin spécialisé dans l'expérimentation de techniques de transplantation d'organes, sauve la tête de sa petite amie, décapitée dans un accident de voiture, et part en quête d'un nouveau corps.
Il faut l'avouer d'emblée, ce film n'a rien d'un trésor caché de la SF auquel une réédition tardive rendrait justice, cependant , il n'en demeure pas moins jubilatoire et porteur, voire précurseur de nombreux thèmes que les films SF et gores contemporains développeront avec plus de réussite.
La scène d'ouverture installe le cadre et nous met au coeur de l'action : une salle d'opération ( du moins ce que le réalisateur Joseph Green en suggère avec le peu de moyen dont il dispose, nous renvoyant immanquablement au plan nine from outer space d'un certain Ed Wood ) où deux chirurgiens tentent de réanimer un patient bien mal en point. Un échange entre les deux hommes masqués nous apprend qu'ils sont père et fils, et que leurs conceptions de la médecine et de l'éthique n'est pas la même, incitant le fils à prendre le relais du père pour tester sa nouvelle technique de réanimation ( jusqu'où vont se nicher les conflits de générations...). Après l'application de soins radicaux ( massage manuel du coeur, après découpage de la cage thoracique, et stimulation électrique du cerveau, après ouverture de la boite crânienne !!!) le patient décédé reprend vie. On peut d'ailleurs noter à ce moment un décalage entre ce que l'infirmière observe et ce que la caméra nous montre : « docteur, je sens à nouveau son pouls !! », tandis que la caméra nous montre en gros plan des agitations de la main qui se referme presque sur celle de l'infirmière qui ne remarque rien de cela, faisant naitre un comique bien involontaire.
En sortant du bloc opératoire les deux médecins s'entretiennent sur les expérimentations du fils, que réprouvent bien sûr le père, et sur la disparition de membres de cadavres dons la morgue de la faculté de médecine.
Survient alors la femme de Bill Cortner ( le fils), et ils évoquent alors leur séjour dans la maison de campagne familiale que le père regrette de ne pas avoir vendu à la mort de sa femme. Bref, tout ces dialogues, un peu longuets parfois, n'ont d'autres fonctions que de nous faire comprendre :
a) que le Dr Bill Cortner est un féru d'expérimentation qui n'est pas embarrassé par l'éthique pour mener ses études à bien,
b) que des morceaux de cadavres disparaissent à des fins si mystérieuses que la profondeur des dialogues désigne presque immédiatement Bill comme le coupable,
c) que la maison de campagne où il s'apprête à aller est isolée et quasi abandonnée, sauf par Bill, biensûr, le suspens est donc à son comble, les pièces du puzzle se mettant en place de manière diabolique....
Pour couronner le tout, juste avant leur départ, Bill reçoit un bien mystérieux coup de fil de la part d'un certain Kurt, ce qui semble l'alerter au plus au point.
Le voyage sera d'ailleurs chargé d'électricité entre Bill et sa femme, cette dernière estimant que Bill conduit trop vite, et un virage raté nous apprendra qu'elle n'avait pas tout à fait tord.
Alors que le Dr Bill Cortner reprend ses esprits, c'est pour constater que sa voiture est en proie aux flammes et qu'il ne peux plus rien pour sa femme, dont le corps gît bloqué dans le véhicule, tandis qu'elle a été décapitée.
Une ellipse plus tard nous montre le « valeureux » docteur courir avec un macabre paquet sous le bras, dont on découvrira qu'il s'agit bien de la tête de sa femme, qu'il a emmené dans l'espoir de la ressusciter.
C'est le dénommé Kurt qui ouvre la porte, ce dernier nous apparait rapidement comme l'homme de main du médecin, mais une conversation avec la tête ressuscitée nous le confirme ( au cas où...).
Kurt est bien celui qui procure au médecin les membres dont il a besoin.
La tête ressuscitée, Kurt peut enfin annoncer au docteur ce qui motivait son appel, cause de tant de précipitations aux conséquences dramatiques : la « chose » à muter, on l'entend d'ailleurs frapper contre une porte fermée à clé dont les verrous sont mis à rude épreuve, et est devenue incontrôlable.
À partir de là, les choses vont prendre une tournure inéluctable : en effet, alors que le docteur va consacrer son temps à la recherche d'un nouveau corps, non sans avoir subit les récriminations de sa femme qui ne comprend pas les agissements de son mari, et il sait que le temps que lui laisse le sérum est compté, kurt est chargé de surveiller la maison, le « monstre » ( que l'on se garde bien de nous montrer et de nous décrire), et la tête de Jane, la femme du docteur.
Mais celle-ci, si elle a semblé désemparée face à la situation semble vite reprendre son sang froid, pire elle arrive à inquiéter Kurt : en effet, elle semble avoir de nouveaux pouvoirs suite à l'injection de sérum, et on la voit contrôler à distance le monstre et lui insuffler son désir de vengeance, sous le regard effaré du pauvre Kurt qui ne sait comment réagir.
La situation s'inverse donc, et cette tête si inoffensive à priori apparait lourde de menaces. Pendant que s'installe ce huis clos plutôt réussi entre la tête de Jane et Kurt, on voit Bill multiplier les approches qui sont autant de tentatives de séduction, donnant au film un ton des plus décousus, mais plaisant malgré tout, le réalisateur semblant constamment hésiter entre les ambiances à donner au film.
Alors que Bill semble parvenir à ses fins, c'est pour constater que Kurt à été agressé par la créature dans un ultime effort commandé par Jane, et pour périr à son tour sous les coups de celle-ci, déclenchant un incendie qui dévastera le laboratoire caché du docteur.
Curieusement, Bill Cortner, comme l'histoire d'ailleurs, est à la croisée de plusieurs mythes de la science fiction. Tout d'abord, on reconnait aisément le mythe de Frankenstein, qui se traduit ici par le fait de redonner vie à un amalgame de membres sans vie. Mais le docteur préfigure aussi un certain Herbert West, ayant lui même recours à un sérum de son invention pour rendre la vie. Tout comme ce dernier, Bill Cortner se montre monomaniaque et prêt à tout sacrifier pour la réussite de ses recherches, effectuées au nom de la science et de l'évolution de celle-ci. Mais au final, ces philanthropes se montrent bien dangereux par leurs agissements inconsidérés et le peu de cas qu'ils font de leurs semblables.
Au delà de l'histoire et de l'emprunt à différents mythes, le ton du film et les ambiances oscillent parfois de manières curieuses vers les aspects et les hommages les plus inattendus : on pense souvent à Ed Wood, et ce de manière sans doute involontaire, pour les effets et les décors fauchés, mais aussi à l'écurie Corman pour son gout prononcé pour les monstres ratés, comme l'on peut observer quelques emprunts au nudies ( genre alors en vogue) et plus particulièrement à Russ Meyer ( ha, ce crêpage de chignon qui amène les deux filles à se rouler par terre...).
De plus, quelques phrases des dialogues nous renvoient irrémédiablement au caractère croyant des américains, le père appelant son fils à ne pas se substituer à dieu..., cette référence nous rappelant le final moralisateur de l'homme qui rétrécissait.
Le thème du savant fou est récurant dans le cinéma fantastique, ici, comme souvent, il agit pour le bienfait des sciences. la scène d'ouverture, avec la réanimation réussie du patient décédé, nous suggère que la prise de risque de Bill Cortner est justifiée, puisque les résultats, eux, existent, et permettent de sauver une vie.Le discours de Bill semble donc étayer par ses résultats. Mais très vite, nous pourrons voir l'envers du décor et mesurer l'ampleur du désastre que rien ne saurait justifier.
Petite curiosité du film Le cerveau qui ne voulait pas mourir, Jane, réduite à l'état de tête "pensante " et douée de télépathie, n'a de cesse de réclamer qu'on la laisse mourir, contredisant en cela le titre même du film. Elle n'acceptera de mourir, cependant, qu'après avoir assouvie sa vengeance, telle la Créature de Frankenstein se retournant contre son maitre, elle se rebelle contre celui qui essaie de prolonger son existence de manière artificielle et insupportable, ayant perdue toute humanité en même temps que son corps.
Bill, dont on ne sait s'il agit plus par amour pour Jane ou par amour de la science , est incapable de voir et comprendre le mal qu'il inflige à sa fiancée. La chance de pouvoir expérimenter son nouveau sérum et de nouvelles techniques de greffes de membres ( les précédents essais s'étant soldés par des échecs dont le bras gauche de Kurt à fait les frais) le disputant à son amour pour Jane, un amour toutefois bien égoïste.
Le film, je le disais, n'est pas un joyau du septième art : les dialogues venant parfois appuyer avec force insistance sur ce que chacun avait compris, les décors et les maquillages étant particulièrement démodés ( la scène d'ouverture fait penser à la cabine de pilotage de la soucoupe volante de Plan nine from outer space !, par son côté dépouillé )
Malgré, ou grâce à ces imperfections le film se regarde avec un plaisir évident, et évidemment coupable ...
14 juin 2008
Phénomènes de Night Shyamalan
Réalisé par Night Shyamalan
Année : 2008
Origine : Etats-Unis
Durée : 90 minutes
Avec : Mark Wahlberg, Zooey Deschanel, Ashlyn Sanchez, John Leguizamo, Betty Buckley...
FICHE IMDB
Résumé : De nombreuses personnes meurent soudainement dans des circonstances étranges.
L'auteur du Sixième sens et d'Incassable (selon moi ses deux meilleurs films) mais aussi plus récemment de Signes et du village continue d'aller de plus en plus vers l'abstraction. Night Shyamalan nous propose avec Phénomènes un film d'ailleurs assez proche de Signes. Mais le film va sur un faux rythme et ne tient pas toutes ses promesses.
D'ailleurs on ne pourra que contester une bande annonce qui vend le film quasiment comme un film d'horreur, ce qu'il n'est absolument pas.
Phénomènes part d'une idée originale : dans le Nord-Est des Etats-Unis, des événements étranges ont lieu, qui conduisent les gens à se suicider (On se retrouve dans une idée de base proche de celle du film culte Suicide club, à ceci près que le traitement de Shyamalan est très différent de celui de Sono Shion). On notera à ce propos que les images vues dans la bande annonce du film apparaissent au tout début du film. Cependant, les morts qui surviennent de nulle part sont assez étonnantes et provoquent un intérêt certain.
L'idée de base de Night Shyamalan est des plus excitantes. En effet, le spectateur se demande quelles peuvent bien être les raisons qui conduisent les gens à se suicider. Afin de tenter d'élucider ces événements pour le moins étranges, on suit les pas d'Elliot Moore (jouée par Mark Wahlberg), professeur de sciences dans un lycée de Philadelphie, de sa femme Alma Moore (Zooey Deschanel), de son ami Julian (John Leguizamo) et de Jess, la fille de ce dernier (Ashlyn Sanchez). Ces quatre personnages, comme le reste des habitants des Etats-Unis, cherchent à sauver leur peau.
Le film a ceci d'intéressant qu'il avance plusieurs thèses plus ou moins crédibles. On remarquera que Night Shyamalan joue beaucoup au départ sur le syndrome post- 11 septembre avec la thèse des terroristes qui est avancée aussi bien par les médias que par plusieurs habitants. Mais rapidement on comprend que cette thèse ne peut avoir de sens, tant cette toxine qui amène les gens à se suicider, peut toucher à n'importe quel endroit. On remarquera au passage que Night Shyamalan montre bien que beaucoup de personnes oublient tout sens de l'entraide et cherchent avant tout à sauver leur peau face à un mal qu'il est difficile de définir. La thèse avancée ensuite serait celle d'une attaque due à une rébellion des plantes, d'où l'idée de la toxine. Il s'agirait donc d'une sorte de justice divine (comme le montrent le générique de début et celui de fin du film). L'idée en soi est assez intéressante. On suit d'ailleurs avec un certain intérêt les différents protagonistes du film pour voir s'ils vont pouvoir s'en sortir. Mais là où le bas blesse c'est qu'à mon sens Night Shyamalan se met assez rapidement à faire des scènes qui finissent presque par se répéter. Tout cela finit par être redondant. Night Shyamalan ne fait qu'effleurer les différentes thèses qui sont développées dans son film. L'idée écologique peut se concevoir mais encore faudrait-il la développer.Le film aurait en fait besoin d'un second souffle. Mais le problème est que Phénomènes, qui évite tout effet spectaculaire, est au contraire quasiment contemplatif.
S'il est en soi plutôt bien vu de laisser penser que cette toxine, ce mal, peut frapper n'importe où (à la ville, à la campagne, dans des parcs, sur des routes, dans des champs, etc.) et dans des endroits de plus en plus petits, en revanche à de nombreuses reprises la survie du couple Moore et de la petite Jess paraît incroyable. Shyamalan semble expliquer la survie de ce groupe autour de la notion de famille. La réconciliation au niveau de la cellule familiale (parents, enfant), qui permettrait de s'immuniser contre ce mal, est une idée assez fumeuse, qui dessert quelque peu le film.Pour sa part, Mark Wahlberg, bon acteur au demeurant, est assez peu crédible dans son rôle de professeur de sciences. D'ailleurs, son personnage est relativement creux. On comprend qu'il a des problèmes avec son épouse, il se permet d'ailleurs de lui faire une feinte qui n'est pas vraiment d'une grande finesse (le médicament contre la toux à 6 dollars). Sinon, le fait qu'il se méfie de tout l'environnement qu'il y a autour de lui est une bonne idée qui est parfois tournée un peu en ridicule (la scène où Mark Wahlberg parle à une plante en plastique !). Quant au personnage d'Alma Moore, il est joué par une Zooey Deschanel qui paraît quelque peu absente et pas vraiment concernée par le film. Son personnage, comme d'ailleurs tous les autres protagonistes, est quelque peu vide. Heureusement, la mise en scène très fluide de Shyamalan, qui n'est à aucun moment clippesque, permet de conserver un certain suspense (avec une nature dangereuse et qui semble observer l'Homme). Mais cette fois-ci chez Shyamalan, le suspense ne tient pas grâce au twist final mais plutôt de savoir comment vont s'en sortir les principaux protagonistes du film.
Au final, malgré plusieurs défauts, Phénomènes se suit correctement. C'est donc une semi-déception pour un Night Shyamalan qui n'arrive pas à retrouver la puissance d'un Sixième sens ou d'un Incassable. Je pense par contre que le film perdra énormément lors d'un second visionage, à cause de son côté redondant.
06 avril 2008
Doomsday de Neil Marshall
Réalisé par Neil Marshall
Année : 2008
Origine : Royaume-Uni
Durée : 105 minutes
Avec : Rhona Mitra, Bob Hoskins, Malcolm McDowell...
Résumé : En 2008, un virus décime une partie de la population écossaise. Un mur infranchissable est alors créé afin que le virus ne se propage pas. En l'an 2035, un commando est envoyé dans une Ecosse particulièrement inhospitalière afin de trouver le vaccin du virus qui vient de refaire son apparition, cette fois à Londres.
Auteur de l'excellent survival The descent, Neil Marshall nous revient en pleine forme avec une sorte de shoot them up d'anticipation. Plus proche d'ailleurs de son Dog soldiers que de The descent, Neil Marshall réalise un film d'action bien bourrin qui va à cent à l'heure.
L'intrigue est réduite à l'essentiel. Neil Marshall ne s'embarrasse pas de considérations de toutes sortes qui viendraient handicaper son film. Si Doomsday se permet de porter (légèrement) un regard critique sur la conception du pouvoir et sur son utilisation, le film se veut avant tout un pur « actioner ». D'ailleurs, à ce petit jeu, le film s'en sort à merveille.
La scène d'introduction, censée se dérouler en 2008, n'est pas sans rappeler un certain 28 semaines plus tard avec un virus, dénommée La faucheuse, qui est ici à l'origine de la mort de nombreuses personnes en Ecosse et de la construction d'un mur (afin de confiner les personnes porteuses du virus).
Rapidement, on passe au film d'anticipation avec un script qui nous amène en 2035. Neil Marshall cite rapidement l'une de ses principales références dans le film à savoir John Carpenter et précisément New York 1997. Le héros de Neil Marshall ou plutôt l'héroïne (le réalisateur britannique utilisant comme acteur principal une femme, comme pour The descent) , interprétée par Rhona Mitra, n'est pas sans rappeler un certain Snake Plissken. D'ailleurs, comme lui, elle doit se rendre dans un environnement hostile qui est séparé par un immense mur. Avec une troupe d'élites, Eden Sinclair (Rhona Mitra) doit ramener un vaccin afin de faire disparaître le virus de La faucheuse qui vient de faire à nouveau parler de lui, et cette fois à Londres (comme pour 28 semaines plus tard).
Une seconde source d'inspiration de Neil Marshall dans ce film est Aliens 2 de James Cameron. Le commando qui débarque de nuit dans un environnement non déterminé (la situation de l'Ecosse étant alors en 2035 inconnue), proche du film de science-fiction, à bord de deux chars rappelle évidemment l'introduction d'Aliens 2. D'ailleurs, Doomsday comme Aliens 2 sont des purs films d'action. Et tout ce qui va venir par la suite dans Doomsday va confirmer ce point de vue.
Film jouissif, décomplexé et réellement fun, Doomsday se permet un mélange au niveau de la description des ennemis (qui donne l'impression d'être à deux époques différentes) qui se révèle fort stimulant. Dans cette Ecosse (en fait le film a été tourné en grande partie en Afrique du Sud) dangereuse à souhait, 2 gangs s'affrontent en permanence : il s'agit d'une part des troupes de Sol (interprété par Craig Conway) qui ont tous des looks de néo-punks et qui évoluent dans un univers post-apolyptique qui n'est pas sans rappeler Mad Max de George Miller. D'ailleurs, Mad Max est clairement l'une des citations principales de Neil Marshall, notamment à un moment du film où l'on a droit à une superbe course-poursuite, dont la précision de la mise en scène et l'impression de vitesse évoquent inmanquablement le chef d'oeuvre de George Miller. D'autre part, le second gang, mené par le mystérieux Kane nous ramène au Moyen-Age. Cet univers à part fait penser à Conan le barbare de Milius. Dans un cas comme dans l'autre (où dans la dégénérescence de l'être humain est évidente, thème cher à Neil Marshall, comme il l'a bien évoqué dans The descent), l'univers post-apocalyptique à la Mad Max ou l'univers médiéval à la Conan donnent lieu à des scènes particulièrement sanglantes (têtes coupées ; bras arrachés ; combats de gladiateurs particulièrement virils, etc.). Neil Marshall ne renonce nullement devant les débordements en tous genres. Les morts s'amoncellent à la vitesse grand V. Au milieu des deux gangs ennemis, on retrouve donc l'héroïne du film, jouée par Rhona Mitra (qui interprète parfaitement le rôle de son personnage qui est toujours tourné vers l'avant, ainsi que le prouve le moment où elle prend le volant et qu'elle décide d'aller droit vers le but qu'on lui a fixé, et ce le plus vite possible) dont l'aspect physique comme l'accoutrement la rapprochent d'une Kate Beckinsale dans Underworld. La différence entre les deux films est par contre assez sensible au niveau de la mise en scène. Jamais clippesque (ce qui est tout de même le cas d'Underworld), Doomsday a été tournée à l'ancienne : la mise en scène est très dynamique (comme lors de la fameuse course-poursuite), elle n'est jamais cut. Au contraire, on a droit à de très beaux travellings ou encore à de très beaux mouvements en plongée qui privilégient l'action pure. On ne s'ennuie pas une minute dans ce film qui multiplie les scènes à un rythme d'enfer. Si Doomsday ne renouvelle pas le genre, il ne souffre jamais de ses multiples références (New York 1997 ; Mad Max ; Aliens 2 ; Conan le barbare notamment). La musique du film est parfaitement dans le ton de celui-ci, même s'il faut bien reconnaître que le compositeur Tyler Bates utilise comme thème principal une musique qui n'est pas sans rappeler celle de 28 semaines plus tard.
Au final, je conseille fortement à tous les amateurs de films d'action de voir au plus vite l'excellent « actioner d'anticipation » que constitue Doomsday. On attend déjà avec impatience le prochain film de Neil Marshall.
04 avril 2008
Dune de David Lynch
Réalisé par David Lynch
Année : 1984
Origine : Etats-Unis
Durée : 135 minutes
Avec : Kyle MacLachlan (Paul Atreides, Usul, Muad'Dib), Jürgen Prochnow (le duc Leto Atreides), Francesca Annis (Lady Jessica), Kenneth McMilan (le baron Vladimir Harkonnen), Sean Young (Chani), José Ferrer (l'empereur Padishah Shaddam IV), la princesse Irulan (Virginia Madsen)...
FICHE IMDB
Résumé : En l'an 10191, la planète Dune, source d'épice, est au coeur de toutes les préoccupations.
Réalisé en 1984 par David Lynch (Lost highway, Mulholland drive, Blue velvet, Elephant man), Dune est une adaptation du livre éponyme de Frank Herbert. L'action se déroule en l'an 10191. Elle montre différents clans qui se livrent à des combats sans merci afin d'obtenir le pouvoir. Dans ce monde où les intrigues sont multiples, l'Empereur de l'univers, Shaddam IV noue des liens avec les Harkonnen, des personnes sanguinaires et avides eux aussi de pouvoir, afin de faire disparaître de l'univers la galaxie les Atréides, et notamment le duc Léto Atréides.
D'une incroyable ambition, l'oeuvre de Frank Herbert a fasciné David Lynch qui s'est donc jeté à corps perdu dans ce projet grandiose et particulièrement difficile dans sa transposition à l'écran. David Lynch a par ailleurs rencontré de nombreux problèmes lors du tournage.
Mais venons-en au film. Dune est pour certains un film dont Lynch prend trop de libertés avec le roman qu'il adapte ; pour d'autres, néophytes de l'oeuvre d'Herbert, il s'agit d'un film incompréhensible qui est plombé par des effets spéciaux kitschs.
Même si ces remarques ne sont pas infondées, Dune est à mon sens un très bon film, même s'il n'est pas exempt de quelques défauts.
D'abord, le film de David Lynch retranscrit bien l'univers de Frank Herbert. Si on reproche à Lynch d'avoir commis des simplifications par rapport au roman, je trouve qu'il s'en est très bien sorti (il faut dire qu'il a mis un an et demi à scénariser le film) en rendant l'oeuvre de Frank Herbert plus digeste.
David Lynch a eu l'intelligence de commencer son film par une petite explication quant aux différentes forces en présence. Ainsi, la princesse Irulan, interprétée par Virginia Madsen, présente la maison des Atréides, celle des Harkonnens, le Bene Gesserit (et ses révérendes mères), la Guide des voyageurs, et évidemment l'Empereur Shaddam IV, son père.
Par ailleurs, tout l'univers mental qui apparaît dans le roman (et qui est même carrément philosophique par moments) est rendu par le biais de l'utilisation de la voix-off. Une voix off auquelle on a droit en suivant plusieurs acteurs.
D'un point de vue visuel, on ne peut nier la beauté baroque des décors (notamment chez l'empereur Shaddam IV) ou encore la caractérisation de certains personnages : Kenneth McMilan interprète à merveille le baron volant Vladimir Harkonnen, dont l'aspect repoussant n'a d'égal que sa cruauté (comme dans cette superbe scène où il tue un esclave en lui otant sa capsule de vie) ; Kyle MacLachlan est un Paul « Usul Muad'Dib » Atréides réellement charismatique ; Jürgen Prochnow montre bien toute la complexité du personnage du duc Léto Atréides, qui est particulièrement hésitant et peu sûr de lui ; à l'inverse son épouse à l'écran, dame Jessica, est jouée par une Francesca Annis particulièrement déterminée.
Par ailleurs, David Lynch a la bonne idée d'inclure des scènes qui n'existent pas dans le roman. Ainsi, c'est le cas au début du film de l'arrivée du voyageur de la Guilde, personnage à l'apparence repoussante, parfaitement dans l'univers d'un Lynch, typique de films tels qu'Eraserhead ou Elephant man. Cette scène, à la fois étrange et glauque, est vraiment très marquante.
De plus, on retrouve très bien dans ce film toute la problématique de l'épice dans cet univers de science-fiction. L'épice est fondamentale car elle permet d'étendre la durée de vie et de voyager par la pensée. En outre, cette épice n'existe que sur une seule planète au monde : Dune. Une planète désertique qui connaît des tempêtes de sables et contient en son sein des vers des sables gigantesques (environ 200 mètres de long). Le film montre clairement les difficultés de l'extraction de l'épice à cause des tempêtes des sables et des attaques des vers. Celui qui possède l'épice est alors détenteur du pouvoir. C'est la raison pour laquelle de nombreuses intrigues dans le film (comme dans le roman) ont pour origine la volonté de devenir le maître de Dune. Mais cela n'est pas possible pour tous. Seul l'élu est capable de contrôler Dune.
David Lynch réussit à évoquer dans son film le côté messianique de Paul Atréides. Le seul reproche que l'on peut lui faire à ce niveau est d'avoir choisi un acteur qui est est déjà adulte. Or, lorsque Paul Atréides arrive sur Dune (dans le roman), il n'est encore qu'un adolescent. En tout état de cause, Lynch distille de nombreux détails qui font de Paul Atréides le fameux élu. D'abord, au début du film, il réussit l'épreuve du gom jabar (une aiguille enduite de cyanure) que lui impose une des révérendes mères. Le Bene Gesserit (qui comprend toutes les révérendes mères) craint d'ailleurs l'arrivée du Kwisatch Haderach, un personnage qui bénéficierait de pouvoirs psychiques très importants.
Le côté messianique de Paul Atréides est également particulièrement visible lorsqu'il se trouve avec sa mère Jessica chez les Fremens, reconnaissables à leurs yeux bleus (couleur de l'eau). Ceux-ci voient en lui l'élu : ils l'appellent d'ailleurs Muad'Dib. A de nombreuses reprises, Paul Atréides a comme des visions où il est dit que « le dormeur doit se réveiller ». Ces scènes, très mystérieuses et à la limite de l'onirisme sont très réussies (la patte du futur réalisateur de films tels que Blue velvet ou Mulholland drive est évidente).
Une scène forte du film, montre Paul Atréides qui boit de l'eau de vie. Il est alors dans un état proche du coma. Au moment, on voit que du sang coule du nez de sa mère Jessica et de sa soeur Alia (Alicia Witt). Les vers des sables sont par ailleurs réunis autour de Paul. Cette scène évoque parfaitement les liens psychiques qui unissent certains personnages voire même certaines créatures dans le cas des vers des sables.
Paul Atréides est d'ailleurs celui qui va amener les Fremens à se révolter et à reconquérir, à dos de vers des sables, une planète qui leur appartient. L'attaque finale des Fremens est d'ailleurs très réussie sur le plan visuel, et ce sentiment est renforcé par la bande son épique très efficace du groupe Toto.
Par ailleurs, l'une des grandes réussites du film est une thématique sous-jacente, à savoir la dénonciation de la colonisation. Car il ne faut pas s'y tromper. L'arrivée sur Dune des Harkonnens (le chanteur Sting interprète dans le film le personnage de Feyd-Rautha) qui massacrent les troupes de Léto Atréides et s'attachent à puiser les réserves d'une planète qui ne leur appartient pas fait inmanquablement penser au colonialisme. D'ailleurs, les Fremens représentent les « native » de Dune. Des êtres mystérieux qui sont parqués comme dans des bêtes dans des grottes (des sietchs). On peut alors penser que Frank Herbert, et par extension David Lynch, font des Fremens des habitants de pure souche, à l'image des Indiens aux Etats-Unis. Sauf que les Fremens finissent avec l'aide de Muad'Dib, à reconquérir leur planète.
Seule petite déception au niveau de l'adaptation : à mon sens, David Lynch n'insiste pas assez sur le côté écologique du roman. En effet, il montre que l'eau est une denrée rare sur Dune et que les Fremens possèdent des gisements d'eau mais il n'insiste pas assez sur le côté écologique des Fremens. Par ailleurs, Lynch se permet un happy-end intéressant, à savoir des précipitations qui ont lieu sur Dune à la fin du film, mais qui va à l'encontre du roman. En effet, il faudra des années dans le cycle de Dune avant que la planète ne soit plus un désert.
Au final, David Lynch a bien réussi à retranscrire dans Dune l'essence même de l'oeuvre de Frank Herbert. Il a d'ailleurs réussi à simplifier (bien que le résultat puisse encore paraître complexe aux yeux des néophytes) une histoires qui est bien compliquée à la base, en raison de considérations de toutes sortes : politiques, économiques et surtout philosophiques. Si le film est considéré pour certains comme un ratage, c'est à mon sens en raison d'effets spéciaux un peu kitschs (notamment la représentation des vers des sables ou encore des vaisseaux). Cependant, si l'on arrive comme moi à se passionner pour l'univers de Dune, on dépasse allégrement le côté cheap des effets spéciaux pour avant tout se focaliser sur une oeuvre d'une grande richesse. De ce point de vue, David Lynch a réalisé un film qui a marqué l'histoire du cinéma. A noter que l'acteur-réalisateur Peter Berg prévoit une nouvelle adaptation de Dune, d'ici 2010.
