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11 décembre 2009

La route de John Hillcoat

ROUTE_2009Réalisé par John Hillcoat
Année :
2009
Origine : Etats-Unis
Durée : 111 minutes
Avec : Viggo Mortensen, Kodi Smit-McPhee, Guy Pearce, Charlize Theron, Robert Duvall, etc.


FICHE IMDB

 

Résumé : Après un événement qui a ravagé la Terre, un père et son enfant voyagent sur les routes pour tenter de survivre.

Réalisé par l'excellent John Hillcoat, auteur en 2005 d'un très beau western crépusculaire avec The proposition, La route est une adaptation du roman éponyme de Cormac McCarthy.
La route est un film d'anticipation post-apocalyptique. On apprend qu'un éclair a créé un véritable chaos sur Terre. L'action se situe dix ans après le changement brutal de la Terre.
Première grande qualité du film : les décors. On a vraiment l'impression d'être dans un monde dévasté où la vie a quasiment disparu partout. Le soleil n'arrive plus à passer car il est obstrué par des nuages de cendres. La vie a quasiment disparu à la surface de la Terre. Il n'y a plus d'animaux et les plantes se meurent. Ainsi, à plusieurs reprises on voit des arbres qui se dessèchent et qui tombent. Et puis, il y a à plusieurs reprises des secousses sismiques qui sont là pour indiquer que ce monde est vraiment proche de sa fin.

 

Doté d'un très belle photographie et d'une image qui a forcément été travaillée (on pense à une couleur sépia qui accroît le côté sombre du film), La route dégage dès les premiers instants une atmosphère particulière. On sait dès le début que l'on va assister à un film très sérieux qui va poser un regard pessimiste sur l'avenir de l'Homme.
Dans un monde dévasté, John Hillcoat raconte le voyage d'un père (interprété par un Viggo Mortensen au jeu très juste) et de son fils de dix ans (interprété par un Kodi Smit-McPhee particulièrement émouvant), qui décident de rejoindre l'océan en passant par la route.
Le côté dramatique du film est renforcé par la musique expérimentale et particulièrement dépressive de Nick Cave, qui signe une nouvelle fois la BO d'un film de John Hillcoat.
Doté d'un rythme assez lent, La route pourra rebuter certains spectateurs qui pourraient avoir le sentiment de voir souvent les mêmes scènes. Mais cela serait pourtant largement réducteur. Comme dans son précédent film, John Hillcoat refuse le spectaculaire et offre au contraire un film où est lié au psychologique.

 

Ainsi, le film privilégie la relation entre ce père et son fils. Le premier, désabusé par ce monde qui s'écroule et par la réaction des survivants qui sont quasiment tous devenus des personnages sanguinaires, cannibales, ou encore des voleurs, cherche coûte que coûte à défendre son fils dans cet environnement où la survie est une difficulté de tous les instants. Le second, à savoir le fils, aime son père mais reste le personnage qui garde un espoir en l'homme. Il n'hésite pas à donner une boîte de conserve (chose devenue rare et convoitée) ou à solliciter son père pour qu'il fasse preuve de plus de mansuétude.

 

Si La route est un film d'une grande sensibilité qui en fera pleurer plus d'un un dans ses dernières scènes, c'est bien en raison de la complicité qui unit les acteurs jouant le père et le fils. Et puis il y a aussi ces très beaux flashbacks où le personnage du père se rappelle les moments heureux vécus avec sa femme ou encore la disparition brutale de sa femme.
Toujours très juste dans son ton, La route livre une réflexion intéressante sur une possible évolution de notre monde, si l'on continue à le souiller sur le plan environnemental. Le film montre également de façon très réaliste que dans une situation dramatique, l'homme devient un loup pour l'homme. Il n'y a finalement plus que la survie qui compte.
Le film réserve quelques très belles scènes, comme ce moment où le père et le fils découvrent une sorte de refuge rempli de nourriture. Ils réussissent enfin à manger à leur faim. C'est une sorte d'interlude. Car la suite sera beaucoup plus difficile.

 

Dans ce monde post-apocalyptique, il est bien difficile de survivre et le périple vécu par ce père qui est de plus en plus malade sur le plan physique a de quoi émouvoir le spectateur. Très pessimiste sur l'avenir de notre monde et sur l'avenir de l'homme, La route réserve cependant un vrai message d'espoir dans sa dernière scène et dans ses derniers moments. La présence de personnages bons et d'enfants est là pour signifier que tout n'est pas fini et qu'un espoir, même mince, demeure.
Voilà en tout cas un beau film qui bénéficie d'excellents acteurs, d'une photographie très réaliste, d'une bande son qui colle à la peau du film et d'un scénario qui adapte le roman à succès de Cormac McCarthy. A voir évidemment.

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04 décembre 2009

Le frisson des vampires

shiver_of_vampires_poster_01Réalisé par Jean Rollin
Année : 1971
Origine : France
Durée : 1h35
Avec : Sandra Julien, Marie-Pierre Castel, Dominique, Jean-Marie Durand, Jacques Robiolles, Michel Delahaye, Nicole Nancel, Kuelan Herce



Fiche IMDB

Résumé : Isa et Antoine viennent de se marier. Isa désire rendre visite à ses cousins. En arrivant au village où ceux-ci résident, elle apprend qu’ils sont morts. Elle décide néanmoins de se rendre dans leur demeure, un somptueux château. Les jeunes mariés sont accueillis par deux servantes, qui leur proposent une chambre pour la nuit. Durant celle-ci, Isa va faire connaissance avec Isolde, une reine vampire et découvrir que ces cousins sont eux aussi devenus des créatures de la nuit…


Sorti en 1971, "Le frisson des vampires" est à la fois une œuvre typique de son réalisateur Jean Rollin et en même temps, un film à part par son côté très psychédélique. Le cinéaste signe ici un de ses plus beaux films avec "Les démoniaques", "La rose de fer" ou encore "Lèvres de sang".


Le film débute par une très belle scène d'introduction en noir et blanc rappelant "Le viol du vampire" et les vieux films d'horreur, avant d'enchaîner par un générique de toute beauté accompagné par le musique très électrique et psychédélique du groupe Acanthus. Le film contient tous les éléments propres aux films de Rollin, avec de vieux châteaux, de jolies ruines, des cimetières, des vampires, de jolies femmes dénudées portant parfois des voiles transparents, la plage de Pourville lès Dieppe, un style toujours très onirique etc...


Toutefois, même si le rythme est, comme d'habitude, relativement lent, il est ici rythmé par le son des guitares électriques apportant une énergie particulière au long métrage et un côté très psychédélique. Ce côté psychédélique est également accentué par les vêtements des protagonistes et leur look, en général. Le film bénéficie également d'une très belle photographie, avec souvent des couleurs très vives collant parfaitement à cette ambiance très seventies et apportant un côté très baroque.


Comme souvent dans les films de Jean Rollin, la façon de parler des acteurs est très particulière, mais on s'y habitue assez vite et à force, cela a son charme et cela apporte un élément assez amusant au film comme cette scène où les deux cousins parlent à table, chacun parlant tour à tour devant la caméra fixe. L'érotisme est très présent dans le film, mais de façon assez soft et jamais vulgaire.


Au niveau de la distribution, on notera la présence de Marie-Pierre Tricot (Marie-Pierre Castel, surnommée également Pony), l'une des jumelles de son film précédent "La vampire nue". Également présentes dans de nombreux autres films du cinéaste, les jumelles n'ont malheureusement pas pu être réunies ici pour des questions de planning et Cathy a donc dû être remplacée par une autre actrice, Kuelan Herce, une jeune et jolie asiatique. Les autres rôles féminins sont tenus par la très jolie Sandra Julien (Isa), Dominique (Isolde) et Nicole Nancel (Isabelle), toutes apportant un charme non négligeable au film. Au niveau des acteurs masculins, ce sont surtout Michel Delahaye et Jacques Robiolles, qui jouent les deux cousins vampires, que l'on remarque par leur présence et leur physique si particulier.


Le film contient de nombreuses scènes marquantes comme celles, notamment des apparitions de Isolde sortant d'une horloge (c'était la première fois que Jean Rollin abordait ce thème, comme élément de passage vers d'autres mondes) ou encore sortant de la cheminée. La fin du film est assez rythmé et se termine, une fois de plus dans un film du cinéaste, sur sa fameuse plage fétiche.

 

"Le frisson des vampires" est donc une œuvre unique, une expérience étrange, à découvrir absolument!


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29 novembre 2009

Paranormal activity de Oren Peli

paranormalinfraRéalisé par Oren Peli
Année : 2007
Origine : Etats-Unis
Durée : 86 minutes
Avec : Katie Featherston (Katie), Micah Sloat (Micah), Amber Armstrong (une voisine), Mark Fredrichs (le médium).


FICHE IMDB

Résumé : Un jeune couple est victime d'un esprit maléfique.

Paranormal activity ou comment s'en mettre plein les poches à partir d'un budget ridicule. Nanti d'un budget de 1500O dollars, Paranormal activity est à base un film fait avec la collaboration d'amis du réalisateur Oren Peli. Bénéficiant d'un incroyable buzz sur le Net, le film a alors eu droit au Etats-Unis d'une sortie en salles. Et des dizaines de millions de dollars ont été rapportées en quelques jours... Voilà pour l'historique du film.

Un succès qui n'est pas sans rappeler celui d'un certain projet Blair witch. Si les deux films ont comme point commun le fait d'avoir été tourné en vidéo « amateur » et d'avoir comme sujet de base une vidéo qui aurait été retrouvé, le parallèle entre ces deux longs métrages s'arrête là.

Car Paranormal activity joue clairement pour sa part dans un registre horrifique très codifié, celui la maison hantée. Et même précisément de l'esprit maléfique.

Si les deux protagonistes principaux du film, Katie et Micah (ils interprètent leurs propres rôles à l'écran) doivent faire face à des événements inexpliqués, c'est avant tout en raison d'un esprit, d'une chose, d'un démon (on ne saura jamais précisément) qui poursuit Katie. Cette dernière a déjà vu sa première maison brûler en raison d'événements étranges. C'est donc cette chose qui la poursuit et en a après elle.

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'avec quelques bouts de ficelle, le réalisateur Oren Peli réussit le tour de force d'intéresser son spectateur. Le moindre dollar qui a été utilisé pour le film se voit à l'écran. Dans le genre utilisation de système, on a trouvé un cinéaste particulièrement intelligent.

Il a d'abord choisi délibérément de diviser son film en différents chapitres qui nous ramènent à différents jours, et principalement différentes soirées, où l'on va assister à la succession de moments pour le moins étranges.

En prenant le parti de nous montrer toujours le couple principal du film et leur environnement de base (la chambre à l'étage qui est toujours ouverte), on a souvent l'impression qu'une menace guette Katie et Micah. En utilisant des ressorts bien connus du fantastique, Paranormal activity fait son effet. Ainsi, on peut tressaillir juste en voyant une porte bouger, en entendant des bruits bizarres, en assistant à l'existence de pas étrangers (après que le jeune Micah ait mis du talc par terre) ou en regardant une ombre non familière.

Plus l'intrigue (qui est réduite à son strict minimum, ce qui n'est pas un mal) avance, plus on comprend que la menace est proche et devient de plus en plus dangereuse pour le jeune couple.

Le film n'est pas sans rappeler un certain L'exorciste avec la vidéo qui nous montre une femme qui est possédée ou avec tout simplement le personnage de Katie qui est amenée à faire des gestes qu'elle ne contrôle pas et dont elle ne se souvient pas. La fin du film est à cet égard symptomatique de cet état de fait. Une fin glaçante et sans concession.

Le crescendo des scènes vaut également le détour. Encore une fois, avec peu de choses le réalisateur obtient un résultat très probant. On reste interloqué en voyant une photo de Katie jeune, que son petit ami Micah aura récupéré dans un grenier. Car cette photo, Katie est censée avoir brûlée dans le premier appartement de Katie...

La part de mystère qui entoure tout cela donne une vraie tension au métrage. Dans le même ordre d'idée, on appréciera l'existence de la planche de ouija qui se met à fonctionner toute seule, une fois que le couple n'est plus là. Et voir la planche de ouija se mettre à brûler amène également le spectateur à s'interroger.

Pour autant, Paranormal activity n'est pas le film du siècle. Son micro budget s'en ressent tout de même. Ce huis clos est appréciable dans l'ensemble, mais les scènes sont tout de même bien redondantes. Mais surtout, dans la mesure où ce film joue clairement sur un effet de surprise, il semble qu'à la revoyure, il aura perdu une grande partie de son intérêt.

Cela dit, Paranormal activity reste un film d'horreur demeure un film d'horreur plus que correct qui joue le jeu du film sérieux et qui est relativement crédible (malgré les choses incroyables qu'il tente de nous faire croire !) grâce à des effets astucieux et au jeu très naturel de ses acteurs principaux. Voilà le parfait film à voir seul le soir !

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17 octobre 2009

Calvaire de Fabrice du Welz

calvaireRéalisé par Fabrice du Welz
Année : 2005
Origine : Belgique, France, Luxembourg
Durée : 1h34
Avec : Laurent Lucas,  Jackie Berroyer, Phillipe Nahon, Brigitte Lahaie, Jean-luc Couchard, Alfred David

Fiche IMDB

Résumé :

Marc Stevens est un chanteur itinérant. Après avoir donné un spectacle dans une maison de retraite, il continue son voyage mais tombe en panne sur le chemin. Il arrive dans une ancienne auberge et fait la connaissance de M. Bartel. Fort accueillant, le vieil homme le somme de rester pour passer quelques jours en sa compagnie le temps de réparer sa camionnette. Le vieil homme va alors se dévoiler comme étant un maniaque perturbé par la disparition de sa femme…

Sorti en 2004, "Calvaire", premier long métrage du réalisateur belge Fabrice du Welz, est un "survival" vraiment atypique. En effet, tout au long du film, on est à la lisière du fantastique grâce à des personnages très bizarres, un environnement semblant être en dehors du monde réel et des situations très particulières.

Au début du film, on découvre le protagoniste principal du film, un chanteur itinérant très "professionnel", Marc Stevens, magnifiquement interprété par Laurent Lucas, donnant un concert dans un hospice, habillé d'une grande cape lui donnant une allure de vampire à l'ancienne et dès le début, l'ambiance est assez étrange, avec ces deux femmes éprises de lui, une vieille dame très énigmatique lui faisant des avances maladroites et mademoiselle Vicky, l'infirmière, jouée par Brigitte Lahaie, qui en venant le payer pour sa représentation, lui fait une déclaration fort touchante. Le film va alors peu à peu basculer dans un autre monde peuplée de personnages tous plus étranges les uns que les autres... Sur la route vers une autre représentation, Marc Stevens va tomber en panne avec sa camionnette au milieu d'une forêt. Il va alors croiser Boris un personnage simplet cherchant sa chienne en pleine nuit et qui l'accompagnera à l'auberge la plus proche tenue par un certain Bartel, joué par Jackie Berroyer. Bartel, aux premiers abords, très sympathique, va peu à peu s'avérer être un dangereux maniaco-dépressif très perturbé par le départ de sa femme Gloria. Il va alors séquestrer Marc en l'identifiant à sa femme, l'habillant, le nourrissant ou le baladant comme une poupée. Jackie Berroyer est vraiment fabuleux dans ce rôle, à la fois touchant et inquiétant.



Autres personnages particulièrement bizarres, les autres villageois de ce coin paumé (que des hommes!), menés par un Philippe Nahon toujours très convaincant. A noter aussi, parmi les villageois, l'excellente interprétation de Jo Prestia. Le film sera parsemé de scènes bien étranges comme ces enfants, tous vêtus de rouges, croisés au milieu de la forêt ou encore la scène du bar où les villageois se mettent à danser comme des pingouins après le départ de Bartel.

La violence dans "Calvaire" est présente et dérangeante, mais rarement frontale, elle est le plus souvent hors champ. Le métrage est assez déviant, montrant notamment, les villageois comme étant zoophiles et violeurs. La musique est quasiment absente, mais le son joue un rôle très important surtout lors des scènes dans la forêt. Les seules musiques présentes sont la chanson de Marc Stevens et le morceau joué au piano dans le bar, mais celles-ci sont assez marquantes et restent dans notre mémoire tout au long du métrage. La photographie de Benoît Debie est splendide avec un jeu de couleurs essentiellement basé sur les rouges, verts et marron, dans des teintes le plus souvent assez ternes.

Dans l'ensemble, le film est assez sombre, mais lors des scènes de jours, la clarté est très vive créant un contraste intéressant. La réalisation est très soignée et très travaillée, avec des plans assez incroyables. Fabrice du Welz est de toute évidence un passionné de films de genre et il n’hésite pas à rendre ici hommage à certains de ses films préférés comme « Psychose » ou « Massacre à la tronçonneuse » avec en particulier cette très belle scène du repas… La fin du film est très onirique et très troublante. Un petit conseil, allez jusqu'à la fin du générique !

Pour un premier film, "Calvaire" est une vraie réussite, un film troublant et dérangeant qui ne devrait pas vous laisser indifférent... Fabrice du Welz est un réalisateur fort talentueux et il le confirmera par la suite avec le très beau « Vinyan ».

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10 octobre 2009

Diary of the dead de George A. Romero

Diary_of_the_dead Réalisé par George A. Romero
Titre original : Diary of the dead
Année : 2007
Origine : Etats-Unis
Durée : 1995
Avec : Michelle Morgan, Joshua Close, Shawn Roberts, Amy Ciupak Lalonde, Joe Dinicol, Scott Wentworth, Philip Riccio, Chris Violette, Tatiana Maslany, Todd Schroeder,...


Fiche IMDB

Résumé : Des étudiants en cinéma tournent dans une forêt, un film d’horreur à petit budget, lorsque la nouvelle tombe au journal télévisé : partout dans le pays, on signale des morts revenant à la vie. Témoins de massacres, de destructions et du chaos ambiant, ils choisissent alors de braquer leurs caméras sur les zombies et les horreurs bien réelles auxquels ils sont confrontés afin de laisser un témoignage de cette nuit où tout a changé...


Ce texte contient des spoilers : il est donc conseillé d'avoir visionné le film avant de lire cet avis.

Cinquième volet de la saga réalisé en 2007 par le cinéaste américain George A. Romero sur  les morts-vivants, après les impressionnants La nuit des morts-vivants (1968), Zombie (1979), Le jour des morts-vivants (1985) et Land of the dead (2005), Diary of the dead, comme son nom l'indique, se présente sous la forme d'un journal vidéo filmé, combinant plusieurs sources d'images censées être montées par les héros du film Jason Creed, joué par Joshua Close, et sa copine Debra Moynihan (dite Deb), interprétée par la charmante Michelle Morgan.

Le début du film est un reportage dans lequel une journaliste commente le meurtre d'un couple d'immigrés, lorsque soudain ceux-ci se relèvent, attaquent violemment et finissent par tuer les policiers, les ambulanciers et même la journaliste, en les dévorant. Romero introduit donc son thème favori, les morts-vivants, en critiquant déjà la médiatisation à outrance d'un fait divers impliquant par ailleurs des étrangers (qui sont plus mal vus depuis les attaques terroristes) et en punissant ironiquement la coupable.

Le spectateur fait ensuite connaissance avec les principaux protagonistes du film : une bande d'étudiants en cinéma (parmi lesquels les deux héros, Jason Creed et sa copine Debra essayant de réaliser un film d'épouvante avec une momie, hommage évident au classique de Karl Freund avec le grand Boris Karloff, La momie (1932).

Romero en profite pour se moquer gentiment des codes du film d'horreur, à la façon du célèbre Scream (1995) de Wes Craven, notamment du statut réservé aux jolies victimes féminines qui passent leur temps à fuir dans la gueule du loup en déchirant leurs vêtements et en exhibant leurs poitrines, scène à laquelle fera écho une autre scène à la fin du film où la belle actrice blonde Tracy Thurman (interpétée par Amy Ciupak Lalonde, qui jouait la victime de la momie dans le film amateur des étudiants, fuyant un mort-vivant bien réel, se réfugiera dans les bois en déchirant sa robe et en montrant ses seins par inadvertance !

Mais surtout Romero, par le biais de l'apprenti cinéaste Jason Creed qui demande à l'acteur jouant la momie de se déplacer moins rapidement, se réapproprie au passage la figure du mort-vivant telle qu'il l'avait définie dans son film fondateur La nuit des morts-vivants, figure qui avait été bien malmenée depuis les films (par ailleurs plutôt intéressants) 28 jours plus tard (2002) de Danny Boyle et le propre remake du film de Romero, Zombie, L'armée des morts (2004) de Zack Snyder, dans lesquels les zombies étaient ultra-rapides et dépouillés de leur résonance politico-sociale pour devenir de simples assaillants lambdas.

Si Diary of the dead semble au départ suivre la mode initiée par le célèbre Le projet Blair witch (1999) de Daniel Myrick et Eduardo Sanchez (déjà inspiré par le très culte Cannibal holocaust de Ruggero Deodato, qui date de 1980), métrage censé être filmé par ses protagonistes, et poursuivie par d'autres films d'épouvante comme les excellents [REC] de Jaume Balaguero et Paco Plaza, qui date de 2007 (la même année que Diary of the dead), Cloverfiled (2008) de Matt Reeves ou encore plus récemment le début du passionnant District 9 (2009) de Neill Blomkamp, la démarche de Romero, loin de se réduire à un effet de style comme dans la plupart des films cités précédemment, se justifie ici pleinement.

En effet, Romero utilise la forme du journal vidéo pour dénoncer sans détour les dérives de la médiatisation et de l'information. Au départ, Jason Creed, qui a des ambitions de documentariste (comme Romero à ses débuts, d'ailleurs la forme de son premier film, La nuit des morts-vivants, se rapproche fortement du documentaire), puis sa fiancée Debra, veulent filmer la prolifération inexpliquée des morts-vivants pour en informer le monde.

Mais le spectateur se rend bien compte qu'au fur et à mesure, Jason se laisse parasiter par le goût du sensationnalisme qui finit par obstruer sa capacité de jugement, au point de mettre en danger son équipe (comme dans la scène où il refuse de porter secours à Tracy, poursuivie par Ridley [joué par Philip Riccio], qui avait déjà endossé le rôle de la momie du film amateur, mais maintenant devenu zombie réel ;  pour pouvoir simplement filmer la séquence).

Car finalement, les ambitions artistiques de départ affichées par Jason ne pèsent plus face à l'envie de reconnaissance à tout prix qu'il cherche. Dès que celui-ci a mis en boîte une séquence, il l'envoie immédiatement sur Internet et surveille les téléchargements, exultant lorsque le nombre de téléchargement par les internautes se révèle important.

Jason a beau vouloir dire la vérité aux gens (mais peut-on dire la vérité en filmant alors qu'on se réfugie derrière une caméra ?), ses vidéos se perdent dans le réseau au milieu des autres. Comme le constate justement Debra, chacun veut donner sa vérité des choses, mais il y autant de vérités (ou de mensonges) que de vidéos envoyées sur le réseau, d'autant que souvent cette soi-disant vérité des choses est déformée par la recherche de sensationnalisme et par l'objectif de la caméra. D'ailleurs, il n'existe pas de vérité objective : toute « vérité » peut donc être également considérée comme un mensonge.

En outre, l'image enregistrée par la caméra n'est pas en elle-même le reflet de la réalité, mais plutôt le reflet de la pensée de celui qui l'a créée. « Ce n'est pas une image juste, c'est juste une image », disait Jean-Luc Godard.

Dans un monde saturé d'images de toute sorte (télévision, Internet, publicités, home movies,... ), l'information finit par se diluer dans la masse et par perdre toute signification, tout poids. Trop d'information tue l'information, semble vouloir dire Romero...

De ce point de vue, Diary of the dead se rapproche du sublime Redacted de Brian De Palma, tourné la même année 2007. Les deux cinéastes font le même constat de la dictature de l'image, qui semble désormais la seule réalité aux yeux des hommes, alors qu'elle est très facilement manipulable, voire falsifiable.

Dans ces conditions, la scène finale du film dans laquelle on voit des images d'hommes en train de détruire de manière extrêmement sadique et juste pour le plaisir une morte-vivante (images censées être diffusées par ces mêmes hommes sur Internet) est d'une rare cruauté et se conclut sur une question fondamentale posée en voix off par Debra : l'humanité mérite-t-elle d'être sauvée ?

Car Romero, comme dans les autres opus de sa saga, considère ces morts-vivants comme le reflet de nous-même, les fantômes de nos peurs (peur du terrorisme, peur de l'autre,... ) qui finissent par littéralement nous dévorer. Ils sont comme un châtiment, une punition divine. Il sont aussi les signes d'une humanité qui court à sa perte. La scène où le professeur Brody (interprété par un très convaincant Todd Schroeder) a du mal à regarder son reflet dans le miroir est très significative à cet égard, d'autant qu'elle est directement raccordée à la séquence finale du film déjà citée. Ce sont bien les hommes eux-mêmes qui sont la cause du désastre.

Doté d'un budget assez limité, Diary of the dead utilise remarquablement ses décors minimalistes et ternes pour distiller une atmosphère désespérée, d'une insondable tristesse. L'extérieur semble ne pas exister autrement que par le biais des images reçues continuellement sur le Net, accentuant ainsi la sensation d'isolement des protagonistes. Romero parvient à créer un véritable suspense malgré les contraintes qu'il s'est fixées (le métrage est en effet censé être filmé par les personnages), notamment par l'insertion d'images provenant de caméras de surveillance et une utilisation efficace du hors-champ.

A ce titre, la remarquable séquence de l'hôpital, ludique et terrifiante à la fois, est un modèle de mise en scène : le spectateur, en position subjective (il ne voit que ce que voit la caméra de Jason, puisque la majeure partie du film de Romero est le film de Jason), sait que la caméra de Jason, qui veut tout filmer, a des problèmes de batterie : l'image ne cesse d'être coupée par intermittence. Il faut donc recharger la batterie et pour cela poser la caméra au sol et la brancher au courant du secteur ! Pendant ce temps, nous entendons Debra, qui est donc à ce moment hors-champ par la force des choses (puisqu'elle est allée explorer le lieu et que la caméra ne peut bouger du sol), pousser des cris et revenir ensuite, ensanglantée, dans le champ, armée elle-aussi d'une autre caméra trouvée dans l'hôpital. Filmée par la caméra de Jason toujours immobilisée au sol, Debra braque l'autre caméra sur lui, lui demandant ironiquement ce que cela fait d'avoir une caméra braquée constamment sur lui, puis elle lui fait ensuite remarquer qu'il a tout raté et lui demande s'il a besoin qu'elle repousse le cri qu'elle a poussé hors-champ pour son film (qui dot selon Jason retranscrire la réalité !), alors qu'elle était semble-t-il agressée par un zombie. Le spectateur, la voyant ensanglantée, est même amené à s'interroger sur la contamination ou non de Debra : le hors-champ, utilisé à des fins purement techniques (car en effet la caméra doit être rechargée) pour les protagonistes du film mais évidemment utilisé par Romero à des fins dramatiques, crée donc un véritable suspense. Debra repousse donc un faux cri devant la caméra de Jason, puis un autre cri, bien réel cette fois, lorsqu'arrive dans l'arrière-plan un nouveau mort-vivant qui se réveille ! Romero, de manière très ludique, s'amuse dans cette scène de la difficulté de démêler le vrai et le faux dans une image et continue d'inviter le spectateur à se méfier des images.

Tous les personnages paraissent dépasser par les évènements, formant des groupes distincts et ne se mélangeant pas, à l'exception du savoureux personnage de l'Amish sourd-muet qui acceptera d'aider sans rien demander en retour le groupe d'étudiants en cinéma, mais ce geste lui coûtera la vie.

Seul le personnage du professeur Brody, déjà cité, semble d'une certaine lucidité, prenant du recul par rapport aux évènements (à la différence des jeunes étudiants en cinéma qui font équipe avec lui) et n'ayant pas une vision de la violence formatée par les flux ininterrompus d'images diffusés constamment dans les médias. Volontiers cynique, il finira cependant par retrouver des instincts primitifs de survie et par prendre les armes (plutôt primitives par ailleurs, puisqu'il utilisera notamment un arc et un sabre).

Le personnage de Debra est aussi très intéressant, car il évolue progressivement au cours du film pour finir par devenir le porte-parole de Romero. En effet, si Debra ne se différencie pas au départ de ses amis étudiants, elle essaie de raisonner Jason tout au long du métrage et semble prendre plus de recul sur les choses au fur et à mesure. N'oublions par que c'est Debra qui pose la question finale sur l'avenir de l'humanité...

Mais cette vision pessimiste de l'humanité n'exclut pas une certaine poésie morbide : on peut citer par exemple la scène presque surréaliste dans laquelle l'un des personnages, Ridley, a placé les membres de sa famille devenus morts-vivants dans sa piscine, les faisant ressembler à des sortes de méduses.

Enfin, ce cinquième volet de la saga de Romero sur les morts-vivants est tout à fait cohérent avec les quatre autres opus. A chaque fois, Romero en profite pour aborder une thématique politique ou sociale, dressant ainsi un panorama passionnant de la société et de ses dérives. La nuit des morts-vivants (1968), par son côté brut et quasi-documentaire, est un film fondateur et mettait en cause l'individualisme de chacun, où Romero constatait que la mésentente entre les hommes aboutissait souvent à un désastre, tandis qu'il condamnait certains côtés fascistes de la société qui ne demandaient qu'à exploser. Zombie, en 1979, avait pour cible la société de consommation. Le jour des morts-vivants en 1985 critiquait fortement une certaine politique militaire. Enfin, Land of the dead en 2005 traitait du pouvoir politique et de ses manipulations, comme un cri lancé à George W. Bush, alors président des Etats-Unis.

Diary of the dead se situe donc bien dans la continuité des quatre films précédents en abordant frontalement la dictature de l'image et des médias. Romero continue de porter un regard critique sur la société actuelle, tout en n'oubliant pas de livrer un vrai film d'épouvante tendu et efficace qui peut être apprécié au premier degré. Le cinéaste a annoncé qu'il n'en avait pas encore fini avec ses zombies et est actuellement en train de tourner un sixième opus à sa célèbre saga.

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11 mai 2009

Loft de Kiyoshi Kurosawa

Loft Réalisé par Kiyoshi Kurosawa
Titre international : Loft
Année : 2005
Origine : Japon
Durée : 111 minutes
Avec : Miki Nakatani, Etsushi Toyokawa, Hidetoshi Nishijima, Yumi Adachi, Sawa Suzuki, Haruhiko Kato, Ren Osugi,...

Fiche IMDB

Résumé : Reiko, jeune écrivain auréolée par la récente obtention d'un fameux prix littéraire, étouffe dans son petit appartement tokyoïte. Aidée par son éditeur, elle décide par conséquent de s'installer dans une grande maison isolée de tout. Elle rencontre un archéologue victime d'étranges malaises depuis qu'il a déterré une momie vieille de mille ans.


Réalisé en 2005 juste après l’étrange mais fascinant Dopplegänger (2003), Loft marque a priori le retour du cinéaste japonais Kiyoshi Kurosawa au film de fantôme, genre qu’il a déjà abordé avec succès grâce aux très réussis Séance (2000) et Kaïro (2001).

Comme avec ces deux films, Kurosawa utilise les ficelles du genre pour continuer son exploration des relations humaines et de leur côté ambivalent. D’ailleurs, Kurosawa signe avec Loft un film à mi-chemin entre Séance et l’étonnantJellyfish (2003), parfois difficile d’accès mais toujours passionnant, comme une sorte de film-somme.

Austère mais radical, le film de Kiyoshi Kurosawa égare le spectateur dans les méandres de l'inconscient de ses deux héros marqués par la solitude, admirablement exprimée par la mise en scène aride de Kiyoshi Kurosawa. Loft fait perdre totalement pied au spectateur, l'entraînant vers des territoires inconnus qui sont aussi le miroir des désirs de ses protagonistes esseulés.

A ce titre, la remarquable scène de rencontre entre l'héroïne Reiko (interprétée par la très jolie Miki Nakatani, connue pour son rôle dans les célèbres Ring en 1998 et Ring 2 en 1999 d’Hideo Nakata mais aussi dans le méconnu mais génial Kaosu du même Nakata en 1999) et le docteur Yoshioka (joué par Estushi Toyokawa, vu notamment en 1990 dans l'excellent Jugatsu de Takeshi Kitano et en 1995 dans le sublime Love letter de Shunji Iwai), à travers une fenêtre qui n'est autre que la matérialisation du désir des héros qui veulent à tout prix ne plus être seuls, sera le déclencheur de tous les désirs enfouis.

Cette scène sera reprise dans de nombreuses séquences du film, où Reiko et Yoshioka voient leurs désirs se matérialiser dans la fenêtre d'en face, un peu comme dans le génial Fenêtre sur cour (1954) d’Alfred Hitchcock, ce qui fait que le spectateur ne sait jamais vraiment ce qui se passe à l'écran, égaré entre l'inconscient des personnages et la réalité de ce qui se trame.

Film sur l'incommunicabilité (comme dans le génial Cure en 1997, mais aussi ,dans Kaïro et Jellyfish), sur la solitude qui rend fou (comme Kaïro) et sur le couple (comme Séance), Loft se présente comme un condensé de toutes les thématiques chères à Kiyoshi Kurosawa. Les désirs des personnages les contaminent (la contamination est une autre des grandes thématiques de Kurosawa, comme dans l’excellent Door III qui date de 1996) et s'incarnent dans cette magnifique forêt balayée par le vent qui est la personnification de ces désirs (et cette fois-ci, on pense au remarquable Charisma que le même auteur a réalisé en 1999).

Loft est un film mystérieux qui multiplie les pistes (est-on dans un film de fantômes ? Dans un polar ?) mais débouche sur la notion de culpabilité qui finit par contaminer le héros. Le film, qui a débuté comme une sorte de thriller hitchcockien, se transforme progressivement en un film langien, où la culpabilité du héros ne cesse de s'accroître, cette culpabilité qui est en fait la conséquence de sa solitude et qui finit par remonter littéralement à la surface, comme le montre la magistrale séquence finale, pour le perdre totalement (et là, on pense à La rue rouge que Fritz Lang a réalisé en 1945, son génial remake de La chienne que Jean Renoir a réalisé en 1931, dans lequel le personnage incarné par Edward G. Robinson finit par être dévoré par sa culpabilité). Face à cette culpabilité représentée par la momie, dont on ne sait si elle est réelle ou seulement dans l'esprit de Reiko et Yoshioka, même l'amour naissant entre les deux héros (mais est-ce de l'amour, ou bien seulement la conséquence de leur solitude ?) ne peut rien.

Loft se situe très loin de la vague post-Ring, le réalisateur entraînant son spectateur dans un labyrinthe mental dans un film d'une rare audace et synthétisant toute sa thématique. Le cadre des plans enferme (comme dans Kaïro) de plus en plus les personnages qui finissent par perdre tout sens des réalités, prisonniers de leurs désirs (pour Reiko) et de leur culpabilité (pour Yoshioka).

Au vu des avis mitigés que le film a reçus lors de sa sortie en salles, Loft semble avoir été incompris par une partie de la critique, sans doute déroutée par le faux rythme imposé par le film et la confusion que le métrage engendre, confusion qui est cependant celle des deux héros.

Il est vrai qu'il s'agit d'un film déroutant, mettant très mal à l'aise le spectateur qui ne sait sur quel pied danser. Mais c'est bien ce qui rend le film si fascinant, surtout pour les spectateurs qui connaissent l'oeuvre de Kiyoshi Kurosawa.

Le cinéaste livre en effet avec Loft l'une de ses oeuvres les plus personnelles, très loin des sentiers battus, entre désirs et hallucinations, qui pointe du doigt une solitude de plus en plus pesante et aliénante. C’est d’ailleurs la marque d'un auteur, qui réussit à se réinventer à chaque film, en creusant sans cesse le même sillon.

Loft est une nouvelle pierre à la filmographie extrêmement cohérente de Kiyoshi Kurosawa. Je pense de toute façon que Loft sera de toute façon réévalué avec le temps, comme ce fut le cas pour Jellyfish, mal reçu à sa sortie mais aujourd'hui considéré unanimement comme une réussite totale. Loft est un film à redécouvrir, qui a eu la malchance de sortir au cinéma alors que les spectateurs commençaient à se lasser des films de fantômes japonais.

Après Loft, Kiyoshi Kurosawa a de nouveau réalisé en 2006 un film de fantômes, Rétribution, que je n’ai hélas pas encore vu mais qui semble tout aussi réussi. Son dernier film en date, sorti au cinéma fin mars 2009, est le magistral Tokyo sonata (2008), radiographie saisissante d’une famille japonaise en crise et dans lequel Kurosawa s’éloigne du genre fantastique, comme il l’avait déjà fait dans l’intéressant mais méconnu Licence to live, film datant de 1998. Avec Tokyo sonata, Kurosawa livre sans doute son film le plus abouti, d’autant qu’il n’utilise désormais plus les codes du genre et traite au premier degré tous les thèmes qu’il a déjà abordés en filigrane dans ses films précédents.

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23 novembre 2008

Eden lake de James Watkins

edenlakeRéalisé par James Watkins
Année : 2008
Origine : Angleterre
Avec : Kelly Reilly, Michael Fassbender...
Durée du film : 90 minutes

FICHE IMDB

Résumé : Un couple parti en balade pour le week-end se retrouve traqué par des adolescents.

Réalisé par James Watkins, Eden lake (littéralement le lac d'Eden) est un film d'horreur bien ancré dans notre société contemporaine.

Le postulat de base du film est la rencontre houleuse au fameux Eden lake entre un couple d'amoureux, interprété côté féminin par la très british Kelly Reilly et côté masculin par Michael Fassbender, et une bande de jeunes assez hostile. Les jeunes se plaisent à faire preuve d'incivilités (pour faire les malins et prouver qu'ils existent) à l'égard du couple et vont jusqu'à voler leur voiture, un beau 4X4. Le meurtre accidentel du chien d'un des jeunes marque le début concret des hostilités.

Le film tourne alors à la chasse à l'homme. De chaque côté est présente l'idée de la vengeance. Le réalisateur James Watkins n'y va pas de main morte dans sa decription de l'horreur avec notamment un Michael Fassbender qui est tabassé par les jeunes, lesquels vont l'un après l'autre le blesser à coups de couteau et de cutter. Cette agression est de surcroît filmée par le biais du téléphone portable, par amusement d'une part et pour que chacun des jeunes se sente impliqué, ce que ne manquera jamais de rappeler le chef du groupe. A ce propos, on remarque que, comme souvent dans ce genre d'attaque en bande, plusieurs jeunes agissent par la volonté d'un chef qui les oblige ici à violenter Michael Fassbender, alors qu'ils ne le souhaitent pas vraiment. Mais les faits sont là. Et cette histoire a le mérite de nous rappeler à quel point notre société actuelle peut être particulièrement violente.

Ce qui peut-être le plus terrible dans Eden Lake, c'est qu'on a conscience que cette attaque purement gratuite pourrait arriver à n'importe qui. D'ailleurs, James Watkins utilise au mieux les paysages naturels de l'Angleterre, et notamment cette forêt à l'intérieur de laquelle se trouve l'Eden lake, pour maintenir sous pression le spectateur. Les nombreux plans lointains ou en plongée nous montrent à quel point Kelly Reilly et Michael Fassbender, qui cherchent à s'en sortir, sont peu de choses dans cet immense paysage.

On comprend dès lors aisément que survivre dans cet environnement s'avère très difficile pour le couple d'amoureux, d'autant que les jeunes qui les pourchassent avec leurs vélos connaissent pour leur part très bien les lieux. Le film comporte de ce point de vue certaines parentés avec le film de John Boorman, où la forêt était peu accueillante. Dans Délivrance, il y avait par ailleurs une confrontation avec de rustres personnages. Ici, les jeunes se comportent comme des personnages qui agissent en dehors des codes créés par la société.

James Watkins nous met en situation de voyeur. On a le triste honneur d'assister à l'effrayant parcours de Michael Fassbender et de Kelly Reilly. Dans ce film sans compromis, de nombreuses personnes décèdent. Dans Eden Lake, la violence et le sentiment de vengeance qu'elle engendre ne semblent pas avoir de limites. On a droit pêle-mêle à : deux immolations à l'essence, un meurtre par un coup de couteau à la carotide, un tabassage mortel, une personne renversée par une voiture, etc. Bref, tout y passe dans Eden lake et il faut reconnaître que les effets sanguinolents sont bien faits et particulièrement bien rendus à l'écran.

Mais Eden lake n'est pas seulement une succession de meurtres. Il comporte aussi une analyse sociologique. Ainsi, comme l'indiquent les informations que l'on entend au début du film et comme le montre clairement la fin bien abrupte du film, les parents de ces enfants peu conscients de la portée de leurs actes, ont bien entendu leur part de responsabilités. En effet, ce sont ces parents qui ont éduqué ces enfants. Mais concrètement que faire quand les parents sont déjà eux-mêmes des personnages alcooliques et violents ? Autrement dit, comment faire quand les parents sont aussi peu en phase avec les codes sociaux ? Ainsi, Eden lake est certes un film d'horreur contemporain mais qui évoque également des problèmes liés à notre société.

La mise en scène dynamique de James Watkins qui épie avec sa caméra les faits et gestes des personnages filmés, laisse bien souvent le spectateur dans un état fragile. On ressort secoué à la vision d'un tel film.

A n'en pas douter, Eden lake constitue un des meilleurs films d'horreur de ces dernières années. Les britanniques sont décidément passés maîtres dans le cinéma de genre, après le choc qu'avait pu constituer l'excellent The descent de Neil Marshall.


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25 septembre 2008

Screaming dead de Brett Piper

screamingdaffichRéalisé par Brett Piper

Année : 2003

Durée : 88 minutes

Avec : Misty Mundae, Rachael Robbins, Rob Monkiewicz, Joseph Farrell...

Fiche IMDB

Malgré un potentiel évident, ce "Screaming dead" va hélas se cantonner dans des situations superficiels et sous-exploiter ses séquences horrifiques.
Le script invite un photographe de mode un peu "spécial" et ses modèles dans un hôpital abandonné et réputé hantée par le fantôme d'un industriel ayant financé l'endroit et surtout ayant construit dans les sous-sols une salle où il torturait les patients. Le petit groupe va pouvoir vérifier la véracité de la légende.

Après une séquence d'introduction assez percutante suivant, Roger Neale, ce photographe fétichiste à l'œuvre pour une séance de clichés où il va tendre un faux piège ingénieux, dans le style des tortures médiévales, à son modèle afin de bien cerner sa terreur, le métrage va prendre place dans la galerie du bonhomme afin de nous présenter la plupart des personnages, entre cette assistante qui va devoir converser avec un jeune homme venu voir Neale pour lui annoncer qu'il représente la compagnie lui ayant loué un ancien hôpital où il compte prendre une série de photos et devra l'accompagner sur place, entraînant la fureur de Neale, avant que noue ne retrouvions le photographe en plein entretien d'embauche, où il va questionner aussi bien sur ses motivations que sur des détails sordides de sa vie personnelle une demoiselle nue et les yeux cachés par un tissu, permettant au métrage d'insister ainsi encore un peu plus sur la personnalité étrange et dépravée de Neale.

Cette mise en condition passée, le métrage va emmener tout son petit monde dans cet ancien hôpital psychiatrique désaffecté qui aura quand même du mal à paraître inquiétant en étant bien trop propre et moderne, bien loin des bâtisses traditionnellement utilisées dans ce genre de configuration. L'installation peinera donc à se montrer palpitante, et il faudra compter sur les idées bizarres et le comportement étrange de Neale pour assurer le spectacle, celui-ci n'hésitant pas à enfermer ses modèles dans des chambres séparées, avant plus tard de leur demander de dormir ensemble pour finalement les attacher chacune à leur lit à l'aide de menottes, tout en jouant délicieusement avec la peur que pourra leur inspirer l'endroit.

Cette série de rebondissements prendra quand même du temps et donnera franchement l'impression de tourner en rond ( avec de nombreux allers-retours dans les chambres), comme si Neale ne savait pas quoi faire de ses modèles à part s'amuser avec elles, provoquant même des situations souriantes et très vaguement érotiques lorsqu'il sous-entendra à l'une des filles de s'adonner au plaisir saphique avec ses collègues, ce qu'elle tentera de faire avant de déclencher un fou rire général chez les demoiselles, et l'attitude étrange du photographe ne sera quand même pas spécialement inquiétante malgré la volonté évidente de réalisateur à cause d'une flagrante erreur de casting.

Et lorsque enfin le métrage va débloquer sa situation en laissant le photographe découvrir la fameuse chambre à tortures attendue, ce ne sera que pour nous offrir d'abord une séquence certes gentiment érotique (et mettant en scène la charmante Misty Mundae, ce qui ne sera pas pour déplaire) mais dont l'achèvement sanglant laissera à désirer, alors qu'ensuite quand le fantôme/ mort-vivant de l'instigateur de cette pièce assez bien retranscrire avec ces quelques instruments graphiques se montrera, ce ne sera que pour de brefs rebondissements sous-exploitant les possibilités offertes par l'endroit (en n'étant déjà pas du tout gore) pour nous offrir un final abracadabrant pas du tout convaincant et surfait.

Alors certes Screaming dead est le premier long métrage de "Shock-O-Rama", la branche horrifique de "EI Independant Cinema", société de production par ailleurs spécialisée dans l'érotisme léger avec "Seduction cinema" et ses parodies érotiques de blockbusters, et a donc bénéficié d'un budget restreint, mais hélas cela se verra à l'écran en influant largement sur les développements du métrage, qui resteront très "cheap" et concentrés dans cette bâtisse, sans qu'une quelconque ambiance ne parvienne à s'installer et on pourra même regretter amèrement certains choix scénaristiques qui viendront plomber l'ensemble, et surtout la présence de ce gaillard qui va s'opposer continuellement à Neale, l'empêchant hélas certainement d'aller plus loin dans son délire, tout en infligeant à l'intrigue des confrontations aussi régulières que guère passionnantes.

Mais heureusement, les autres personnages seront quand même plus colorés et hauts en couleurs, surtout ce Neale, qui malgré son interprétation déficiente, aura des idées assez folles pour effrayer ses modèles (la main tranchée), laissant même planer un certain doute entre ses actions et celles de l'hypothétique fantôme hantant les lieux. Quant aux demoiselles invitées sur place, elles auront aussi un minimum de "vie" à l'intérieur du métrage et notamment le personnage de Bridget qui n'hésitera pas à dire ce qu'elle pense au cours d'un repas, énervant de la sorte Neale, tout en offrant un minimum d'érotisme à l'ensemble et alors que les autres protagonistes donneront lieu à quelques situations comiques.

L'interprétation est contrastée, entre le jeu bien trop morne et discret d'un Joseph Farell pas du tout à sa place dans le rôle de Neale et celui presque énervant de bêtise d'un Rob Monkiewicz campant le gaillard accompagnant le groupe, mais heureusement les jeunes actrices seront tout à fait à leur place, et notamment la toujours aussi mignonne Misty Mundae interprétant Bridget avec entrain et en soulignant sa prestance d'un petit côté espiègle charmant.
La mise en scène de Brett Piper, un honnête artisan amoureux du genre, sera parfois efficace lorsqu'il se mettra à utiliser des distorsions d'images ou se servira d'angles de prise de vue bizarres, mais donnera difficilement du rythme à l'ensemble.
Les effets spéciaux sont eux aussi aléatoires, avec de petits plans gores trop faciles (les blessures de Misty Mundae) et des inserts numériques flagrants.

Donc, ce "Screaming dead" se suivra sans véritable ennui grâce à ses interprètes féminines savoureuses et par ses quelques idées décalées, mais donnera quand même l'impression d'assister à un gâchis certain !

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20 septembre 2008

Le diabolique docteur Z de Jess Franco

docteurZafficheRéalisé par Jess Franco
Année : 1966
Origine : Espagne
Durée : 86 minutes
Titre original : Miss Muerte
Titre international : The diabolical doctor Z

Avec : Antonio Jiménez Escribano, Guy Mairesse, Howard Vernon, Mabel Karr, Fernando Montes, Estella Blain.

FICHE IMDB

Résumé : Une jeune femme cherche à se venger de plusieurs personnes suite à la mort de son père, le fameux docteur Z.
Réalisé en 1966 par le très prolifique cinéaste espagnol Jess Franco (auteur du cultissime Vampyros lesbos ou encore des très bons Eugénie et Eugénie de Sade), représentant du bis (voire du Z) par excellence, Le diabolique docteur Z est un film français qui mérite à tous points de vue d'être signalé.
En effet, ce film, qui est du Jess Franco première manière, constitue un film fantastique relativement classique, dans la veine de L'horrible docteur Orlof (1962). Surtout, dans ce film, Jess Franco ne se contente pas de copier le chef d'oeuvre de Franju que constitue Les yeux sans visage (1960).
Adaptant directement un roman qu'il a concocté pour l'occasion sous un pseudo (David Kuhne), Jess Franco réalise un film fantastique relativement délirant, qui surfe quelque part sur le succès des James Bond. On est d'abord aux prises avec le docteur Zimmer (le fameux docteur Z), une sorte de savant fou, qui a comme idée de faire des expériences sur l'être humain afin de séparer la zone du cerveau qui est celle du bien et celle du mal ! Rien que ça. Comme on dit, plus c'est gros, plus ça passe. Après le décès de Zimmer, qui a été humilié par plusieurs de ses confrères pour ses idées complètement folles, sa fille Irma va poursuivre son oeuvre et s'évertuer à supprimer un à un les docteurs qui sont directement ou indirectement à l'origine de la mort de son père.

Le seul point qui peut faire penser aux yeux sans visage est la brûlure qu'a subie Irma Zimmer, qui décide alors de changer de visage en faisant pratiquer une opération chirurgicale lui permettant de retrouver un joli visage.

Irma Zimmer a autour d'elle plusieurs personnes qu'elle commande avec plus ou moins de réussite : il y a Hans Bergen qui est véritablement son homme de main, qui correspond globalement au fidèle Morpho de L'horrible docteur Orlof ; on trouve également Miss death qui est particulièrement dangereuse car elle a des ongles très longs qui contiennent un poison.
Miss Death (qui constitue le titre du film en anglais ou en espagnol) est d'ailleurs un personnage clé car c'est la petite amie du docteur Philippe Brighthouse. Miss Death est également prépondérante car avant de travailler (contre sa volonté) pour Irma Zimmer, elle anime un divertissement dans un cabaret où elle joue le rôle d'une araignée géante. Les scènes à l'intérieur du cabaret sont très réussies et donnent une ambiance surréaliste au film (ambiance que l'on retrouvera plus tard, avec un ton beaucoup plus érotique, dans le très étrange Mari-cookie and the killer tarantula). Sans compter que la chorégraphie très lascive de Miss death est très sensuelle. L'ambiance étrange que l'on retrouve dans ce cabaret est d'autant plus prégnante que le costume de Miss death fait véritablement penser à une araignée.

Très soigné sur le plan de la photographie, le film bénéficie d'un très beau noir et blanc. Par ailleurs, la réussite du film tient également à sa mise en scène très soignée : Jess Franco a fait un bel effort sur chacun de ses plans, comme le prouvent notamment les nombreux travellings avant ou les mouvements en plongée, forts réussis (par exemple dans le cabaret).


De plus, il est utile de souligner que si le film se révèle par moments quelque peu sensuel, il n'est à aucun moment vulgaire. On sent bien que Jess Franco souhaite dénuder ses actrices mais il en reste au strict minimum, en raison évidemment de l'époque. Ce qui n'est pas en soi. On évite dans ce film les regards un peu gratuits dont fait parfois preuve le cinéaste espagnol sur l'anatomie féminine.

Mais Le diabolique docteur Z doit aussi sa réussite à un humour bien senti, qui se révèle très amusant. En dehors du scénario qui est en soi complètement délirant, Jess Franco nous concocte quelques répliques vraiment marrantes. On notera sur ce point le côté décalé du personnage du commissaire de police qui enquête sur la disparition étrange de différentes personnes. Le commissaire est joué par Franco lui-même, lequel n'hésite pas à déclarer vers la fin du film qu'il s'était mis à la recherche de personnes disparues car il avait passé une bonne nuit et qu'il n'avait rien d'autre à faire. Notons également le côté relativement kitch de certains décors, et notamment de la machine qui est censée « transformer » les gens en les mettant sous le contrôle d'Irma Zimmer. Cela ajoute au côté charmant du film.

Du côté de la distribution, on retrouve quelques habitués de Franco, notamment Howard Vernon (qui jouait le rôle du docteur Orlof), toujours aussi charismatique, qui interprète ici le rôle du docteur Vicas. On a donc droit à un Jess Franco qui joue le rôle d'un commissaire qui se révèle assez drôle. Son collègue britannique n'est autre que Daniel White, qui a composé de nombreuses bandes son des films de Jess Franco.
En somme, maintenant un suspense constant avec une intrigue qui est sans cesse renouvelée, bénéficiant d'une mise en scène soignée et dynamique ainsi que d'une très belle photo, Le diabolique docteur Z constitue à n'en pas douter un des meilleurs films dans la filmographie très conséquente de Jess Franco.

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16 septembre 2008

Let the right one in de Thomas Alfredson

lettherightonein

Réalisé par Tomas Alfredson
Année : 2008
Origine : Suède
Durée : 114 minutes
Titre original : Lat den ratte komma in
Titre international : Let the right one in
Avec : Kare Hedebrant, Lina Leandersson...

FICHE IMDB

Résumé : La rencontre entre un jeune garçon introverti de 12 ans et une jeune fille d'une même âge qui se révèle être une vampire.

Basé sur le roman de John Ajvide Lindqvist, Let the right one in est l’œuvre du cinéaste suédois Tomas Alfredson. Le film traite d’un mythe qui a été vu 1000 fois au cinéma, celui du vampire. Oui mais voilà Tomas Alfredson a bien quelque chose à dire sur le sujet et son approche se révèle tout à fait originale. D’ailleurs, le film a obtenu lors de la huitième édition  du film fantastique du Neuchâtel, qui s’est déroulée du 1er au 6 juillet 2008, une mention spéciale du Jury, le Méliès d’argent du meilleur long métrage européen et le prix de la jeunesse.

Let the right one in est un film intimiste. Il se déroule dans une petite ville de Suède où le temps est particulièrement peu clément puisqu’il y fait très froid et la neige est omniprésente. Dans ce cadre où la vie semble assez rude, on va suivre la rencontre entre deux personnages qui sont rejetés, exclus par le monde qui les entoure.

Il y a d’abord le jeune Oskar (interprété par Kare Hedebrant), un garçon blondinet qui est assez renfermé et qui est maltraité par ses camarades de classe. Ces derniers s’amusent à en faire leur tête de turc en le frappant, en le fouettant. En somme, ils le font passer pour un moins que rien. C’est d’ailleurs ce qui explique qu’Oskar reste seul dans son coin et ne va pas à la récréation avec ses camarades, de peur d’être victime de nouvelles brimades. Oskar est en outre bien seul sur le plan familial puisqu’il ne vit qu’avec sa mère, laquelle est souvent absente ou lorsqu’elle est là, elle parle peu à Oskar. C’est donc peu étonnant qu’Oskar passe le soir une partie de son temps à aller dehors alors qu’il fait très froid. Là, il se révolte contre un ennemi imaginaire avec son petit couteau. C’est lors d’une de ses sorties nocturnes qu’Oskar rencontre une jeune fille, Eli ( interprétée par Lina Leandersson), qui vient d’emménager juste à côté de chez lui avec son père.

Il y a donc ensuite Eli. Sa première rencontre avec Oskar est pour le moins abrupte. Elle semble avoir comme Oskar 12 ans. Elle lui fait savoir qu’elle ne pourra pas être son amie. En effet, on comprend rapidement qu’Eli est un vampire. D’ailleurs, son père commet des meurtres atroces pour lui apporter le sang dont elle a besoin pour vivre. Comme la mère d’Oskar avec celui-ci, le père d’Eli n’a que peu de rapports avec elle. Cependant, il faut bien garder en tête qu’il connaît son terrible secret et fait tout pour l’aider, quitte à commettre des actes sanguinaires. Le père d’Eli culpabilise d’ailleurs pour les meurtres qu’il commet et il finit par tenter de suicider. Mais il se rate et se retrouve défiguré. C’est Eli qui viendra le tuer pour abréger ses souffrances et lui permettre d’être en paix avec lui-même. Par la même occasion, Eli s’approprie le sang de celui qui est présenté comme son père.

On saisit assez rapidement que l’élément fantastique a principalement pour but d’être au service du drame qui se déroule sous nos yeux. La situation de vampire d’Eli est pour elle un véritable fardeau. Elle est condamnée à demeurer seule, à commettre directement ou indirectement (par son père) des meurtres pour survivre, à garder la même apparence toute sa vie (cela fait manifestement des dizaines d’années qu’elle a l’apparence d’une fillette de 12 ans), à vivre de façon décalée par rapport aux humains afin d’éviter la lueur du soleil.

Ainsi, tant Oskar qu’Eli sont deux jeunes qui sont rejetés par la société. Au fond, ce n’est pas si étonnant que cela que l’un et l’autre vont être amenés à devenir amis. Pour être réunis, même lorsque la distance les sépare, Oskar et Eli communiquent par le langage morse. Les deux jeunes vivent une très belle histoire d’amitié, voire d’amour platonique. On retiendra notamment cette très belle scène où Oskar est en train de dormir et où Eli, après avoir commis un meurtre d’une grande violence, tape à sa fenêtre pour entrer. Oskar lui permet de rentrer et Eli rentre dans le lit après avoir enlevé ses vêtements. Evidemment, Tomas Alfredson ne filme pas ça de manière complaisante. On voit seulement deux jeunes personnes qui sont réunies, comme c’est le cas lorsque la main d’Eli vient se poser sur celle d’Oskar. Ce dernier lui demande de manière très pudique si elle veut devenir sa petite amie. Ces deux êtres sont rapprochés d’un point de vue sentimental alors qu’ils sont opposés sur le plan physique : Oskar est un être humain et a donc un corps chaud ; à l’inverse Eli a un corps froid. Leur nature les oppose également : Eli connaît sa nature dangereuse et sait qu’elle peut difficilement se contrôler en présence de sang (comme c’est le cas lorsque Oskar souhaite sceller leur amitié par des liens de sang) alors qu’Oskar paraît inoffensif. Ce dernier se retrouve même à condamner l’attitude d’Eli, qui est amenée à tuer des gens, mais comme le dit Eli : « Tu me blâmes, mais si tu pouvais tuer quelqu’un tu le ferais, alors que pour moi c’est une nécessité. » Dans une autre scène fondamentale, on voit qu’Eli attend d’avoir l’autorisation d’Oskar pour pénétrer chez lui ce qui donne lieu à un moment très fort où Eli se désagrège (elle devient toute seule ensanglantée) tant qu’Oskar ne l’accepte pas chez lui. Oskar comprend que la condition de vampire d’Eli rend la vie de son amie d’autant plus difficile à vivre.

La grande force du film réside bien dans la relation particulière qui se noue entre Oskar et Eli. La mise en scène de Tomas Alfredson est parfaite, privilégiant des gros plans sur les visages qui permettent ainsi de voir les beaux yeux bleus d’Eli, ce qui renforce le côté mystérieux voire envoûtant (ne pas oublier qu’elle est un vampire) de son personnage. Les rapports entre Oskar et Eli sont très forts et chacun apporte quelque chose à l’autre.

Oskar donne à Eli un amour qui est sans équivoque. Il apprécie Eli, même lorsque cette dernière lui demande si il l’aimerait autant s’il apprenait qu’elle n’est pas une fille. L’amour d’Oskar pour Eli a d’autant plus d’importance que celle-ci est désespérément seule (surtout après la mort de son père). Elle trouve en Eli un garçon qui est à son écoute et qui semble plus mature que son jeune âge ne laisse penser.  

Eli apporte également beaucoup à Oskar. Elle lui permet d’abord d’avoir une amie à qui se confier. Elle lui permet ensuite de s’émanciper, de se révolter contre les camarades de classe qui s’en prennent à lui. Eli est aussi l’ange gardien d’Oskar (on est donc loin du personnage uniquement malfaisant du vampire) lorsque celui-ci est sur le point de mourir noyé. Cette scène est d’autant plus remarquable qu’Eli avait, à cet instant du film, quitté la ville. Mais son instinct lui a fait comprendre que son ami est en danger.

Chronique fantastique d’une grande sensibilité, Let the right one in est un véritable bijou.

Posté par nicofeel à 09:18 - Horreur - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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