Raisons d'Etat de Robert de Niro
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Titre du film : Raisons d’État
Réalisateur : Robert de Niro
Date de sortie au cinéma : 4 juillet 2007 (en France)
Origine : Etats-Unis
Durée : 2h48
Avec : Matt Damon, Angelina Jolie, Robert de Niro, John Turturro, William Hurt, Alec Baldwin, Eddie Redmayne, Joe Pesci, Tammy Blanchard, etc.
Synopsis : Pour Edward Wilson, seul témoin du suicide de son père et membre de la Skull and Bones Society à l'Université de Yale, l'honneur et la discrétion sont des valeurs primordiales. Ce sont ces qualités qui poussent la CIA, l'agence gouvernementale qui vient d'être créée, à le recruter.
Blu ray sorti chez Rimini Editions depuis le 23 septembre 2026
Raisons d’État est la seconde réalisation de Robert de Niro après Il était une fois le Bronx (1993) qui se déroulait dans le milieu de la mafia américaine. L’acteur de Taxi driver s’intéresse ici aux débuts de la CIA (créée le 18 septembre 1947) jusqu’aux actions de ce service de renseignements dans les années 60. La CIA est à la fois chargée de récupérer des informations en vue de la sécurité des États-Unis mais aussi élaborer des actions clandestines. Le film de De Niro montre d’ailleurs un des échecs les plus cinglants de la CIA, avec l’invasion ratée à Cuba dans la baie des Cochons le 17 avril 1961. Se pose alors rapidement la question du traître qui a vendu la mèche…
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Alors que Raisons d’État a été mis en scène en 2006, ce thriller d’espionnage rappelle fortement les thrillers paranoïaques des années 70. En effet, la suspicion perpétuelle est de rigueur. Chacun se méfie de l’autre et personne n’est celui qu’il semble être. Dans une Amérique obsédée par la peur de l’autre, on songe aux classiques du genre, A cause d’un assassinat (1974) et Les hommes du président (1976) d’Alan J. Pakula et Les trois jours du Condor (1975) de Sydney Pollack. Le film de De Niro est de son côté une fresque historique courant sur trois décennies. Il se révèle haletant malgré sa durée conséquente (2h48). Il faut dire que Raisons d’État laisse le spectateur dans un sentiment de malaise constant. La tension y est palpable.
Matt Damon campe à merveille le rôle d’Edward Wilson, un homme taciturne, méthodique, omniprésent à l’écran à tel point qu’il finit par incarner à lui seul la CIA. On va suivre ses débuts dans l’institution la plus secrète des États-Unis jusqu’à son inexorable ascension. L’acteur incarne de façon épatante ce spécialiste du contre-espionnage, nourri par la volonté de servir son pays. Il fait corps avec son personnage qui devient de plus en plus méfiant et s’isole progressivement des autres. Pourtant, certains l’auront mis en garde : « Partez pendant qu’il est encore temps, pendant que vous avez encore une âme ».
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Comme on peut le voir, De Niro dresse un portrait peu flatteur de la CIA dont il relate des méthodes de travail contestables. On explique ainsi au personnage d’Edward Wilson : « L’emploi de l’information, de la désinformation, et comment leur utilisation devient finalement le pouvoir. » L’espionnage ou le contre-espionnage n’est donc pas là uniquement pour le bien commun, c’est aussi un moyen de conquérir le pouvoir. Raisons d’État montre très bien cette antinomie entre les discours de façade de ces agents secrets et la réalité qui est celle de leur réussite personnelle. Le film met bien entendu également en évidence cette culture de la surveillance propre aux Américains, le fameux « Big brother is watching », qui n’a eu de cesse de prendre des proportions toujours plus importantes.
On appréciera le fait que De Niro ait choisi une mise en scène classique, qui sied parfaitement à son propos, et à un refus du spectaculaire. On n’est pas du tout dans une œuvre hollywoodienne marquée par des scènes d’action à outrance. Au contraire, dans Raisons d’État, tout se joue en coulisses, dans les relations entre les Hommes. Dans cet univers très masculin, les femmes sont reléguées au second plan. Elles sont ignorées (la bourgeoise délaissée par son mari, jouée par une Angelina Jolie à contre-emploi, aux antipodes de son personnage fort de Lara Croft), ou abandonnées, ou assassinées. Cruel monde dont De Niro rappelle que ce sont les hommes qui tirent les ficelles…
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Si Raisons d’État constitue une réussite incontestable, on pourra tout de même lui reprocher sa structure narrative faussement complexe. Le film fait de nombreux allers-retours temporels, des années 40 jusqu'aux années 60. Ces flashbacks nombreux sont certes identifiables grâce aux dates mentionnées et aux archives historiques. Toutefois, une narration moins éclatée aurait été appréciable et aurait sans doute rendu l’histoire plus facile à suivre.
Enfin, quelques mots sur le casting. Pour son second film, De Niro est parvenu à s’entourer d’une belle brochette d’acteurs. Outre Matt Damon excellent dans le rôle principal, on n’oubliera pas les performances d’Angelina Jolie, de John Turturro, d’Alec Baldwin et évidemment de De Niro lui-même, bien loin de ses pitreries dans Mon beau-père et moi.
Avec Raisons d’État, Robert de Niro s’interroge sur l’état de son pays, cinq ans après le douloureux épisode du 11 septembre 2001, passé sous les radars de la CIA. Il livre un film implacable d’une société dévorée de l’intérieur où complot et méfiance font bon ménage. Un film sombre et désabusé qui est toujours d’une étonnante actualité. Comme le dit un des personnages, « les Britanniques sont un peu plus civilisés [que nous]. Ils ne se dévorent pas entre eux. Ils le font faire par quelqu’un d’autre. »
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Caractéristiques du blu ray édité par Rimini Editions :
L’image : On a droit à une belle version du film avec un joli travail sur les couleurs, notamment le gris dominant, parfaitement en phase avec les thématiques de Raisons d’État.
Le son : Le film est disponible en version originale sous-titrée français (à privilégier) ou dans un doublage se révélant d’excellente tenue. Le son est très bien réparti et ne soufre d’aucun défaut.
Les suppléments : Le bonus le plus intéressant est sans conteste l’excellente Présentation du film par Nathalie Bittinger (35mn15). Ce maître de conférences en cinéma analyse brillamment Raisons d’État en délivrant de nombreuses informations. Il est évident que ce supplément constitue un complément idéal au film. Il convient cependant de le consulter après avoir regardé Raisons d’État car Nathalie Bittinger révèle des éléments importants de l’intrigue. Le second bonus est occupé par des Scènes coupées qui sont disponibles uniquement en VOSTF et n’ont pas été restaurées comme le film. Il s’agit précisément de sept scènes coupées qui totalisent en cumulé 16mn38. Aucune de ces séquences – dont la durée varie de 1 à 4 minutes – n’apparaît fondamental. Robert de Niro a bien fait de ne pas les intégrer au montage final.
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