The mafu cage de Karen Arthur (critique film)

Titre du film : The Mafu cage
Réalisatrice : Karen Arthur
Date de sortie au cinéma : 1978
Origine : Etats-Unis
Durée : 1h42
Avec : Lee Grant, Carol Kane, Will Geer, James Olson, Will Sherwood
Synopsis : Dans une maison envahie d'art africain, Ellen vit avec Cissy, sa jeune sœur démente qui garde dans une cage un primate hérité de son père anthropologue. A force de maltraitance, il meurt : comme les précédentes fois, elle réclame alors un nouveau singe.
Après Legacy, The mafu cage est le second film (et malheureusement le dernier !) de cinéma de la réalisatrice Karen Black, qui se tournera ensuite vers la télévision. Il s'agit de l'adaptation d'une pièce de théâtre française, Toi et les nuages d'Eric Westphal.
N'y allons pas par quatre chemins, The mafu cage est un implacable huis-clos débutant gentiment pour progressivement distiller son venin. Le film s'ouvre ainsi par la découverte d'un salon où sont jonchées de nombreuses plantes exotiques, des objets et meubles africains. C'est dans cet univers pour le moins singulier que se repose dans un hamac une jeune femme à la mine angélique, Cissy. Elle vit dans cette grande maison avec sa sœur aînée, Ellen. La cinéaste Karen Black prend son temps – peut-être un peu trop d'ailleurs, mais on ne le regrettera pas – pour exposer la situation.
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Juste à côté du salon, se trouve une cage destinée à un singe, prénommé mafu. Ce macaque est destiné à occuper les journées de la fameuse Cissy, puisqu'elle passe toutes ses journées dans la maison (ou au mieux dans le jardin) en attendant le retour de sa sœur Ellen qui elle travaille en tant qu'astronome. Avec ce singe présent dans le quotidien de Cissy, on peut s'attendre à une histoire dans le style de Max mon amour (1986) de Nagisa Oshima. Cela n'est absolument pas le cas. Dans le film d'Oshima, il est question d'un amour hors-normes, contre-nature. Dans le film de Karen Black, le (pauvre) singe sert d'exutoire à la folie de Cissy.
Car la jeune femme est malade et c'est la raison pour laquelle elle ne sort jamais. Elle est sujette à de nombreuses crises et s'en prend dans ces cas-là à tout ce qu'elle a sous la main, en l’occurrence le singe.
Incontestablement, The mafu cage est un film sur l'enfermement. Evidemment, le singe est enfermé dans sa cage où les barreaux et les chaînes le destinent à un avenir funeste. Mais Cissy est également enfermée à la fois sur le plan matériel puisqu'elle est isolée dans cette maison et victime également de sa psyché détraquée, l'empêchant de vivre normalement comme tout un chacun. De son côté, sa sœur Ellen est enfermée dans un quotidien morne dont elle ne parvient pas à s'échapper. Elle ne peut se permettre d'avoir une relation stable et épanouie avec un homme, sa sœur l'accaparant. Surtout qu'elle cache (protège?) sa sœur du monde extérieur.
Quelle solution s'offre à Ellen ? Elle refuse de faire faire voir à un psychiatre et encore moins à l'enfermer dans une institution. On voit bien qu'elle prend soin de sa sœur et doit s’accommoder à ses nombreuses crises de folie. Sans être un thriller, le film crée un véritable suspense car on se demande bien comment Ellen va maintenir l'équilibre fragile de cette famille. D'ailleurs, on peut se demander si elle n'est pas elle-même sous l'emprise de sa sœur qu'elle tente de protéger. La question mérite d'être posée et la réponse n'est pas si évidente.
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Comme on peut s'en douter, ce fonctionnement en vase clos engendre des frustrations. Le film aborde de façon insidieuse la question de la frustration sexuelle qui gagne les deux sœurs et engendre des réactions très différentes. D'un côté, Ellen tente un échappatoire en étant sensible aux avances d'un collègue de travail. De l'autre, Cissy, obsédée par la figure masculine du père, s'en prend à ces pauvres singes. Au milieu de tout cela, on semble s'aventurer sur un autre territoire mouvant, avec la question d'un inceste latent.
Lorsqu'il est bien lancé, The mafu cage est implacable. Et comme on peut s'en douter, tout cela risque de mal terminer. Le spectateur n'est d'ailleurs pas au bout de ses surprises avec une fin particulièrement nihiliste qui risque d'en laisser plus d'un sur le carreau.
Nul doute que ce film brillant ne serait pas réussi sans une distribution au top. L'actrice Carol Kane crève l'écran dans le rôle de Cissy. Avec sa bouille angélique, elle est épatante en jouant cette femme-enfant désoeuvrée, sujette à des crises d'une violence inouïe. Carol Kane fait corps avec son personnage alors que dans un rôle aussi difficile, on a tôt fait de tomber dans un excès ridicule, ce qui n'est pas le cas ici.
Au final, The mafu cage est une excellente adaptation d'une pièce de théâtre mais aussi un sacré tour de force de traduire à l'écran une maladie mentale. C'est un cas psychanalytique passionnant à étudier. Le film reste toutefois à conseiller à un public averti, car la violence psychologique et les thèmes évoqués ne seront pas du goût de tous.
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