Déjantés du ciné

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10 avril 2026

30 minutes de sursis de Sydney Pollack (critique film + blu ray)

Titre du film : 30 minutes de sursis

Réalisateur : Sydney Pollack

Date de sortie au cinéma : 1965

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h38

Avec : Sidney Poitier, Anne Bancroft, Telly Savalas, etc.

Synopsis : Alan est bénévole dans un centre d'appels d'urgence. Un jour, au bout du fil, il y a Inga, une femme désespérée qui vient de prendre une dose mortelle de comprimés et souhaite parler à quelqu'un avant de mourir. Aidé d'un psychiatre et d'un inspecteur de police, Alan n'a que peut de temps pour localiser sa correspondante.

En blu ray et DVD depuis le 7 avril 2026 chez Rimini Editions

 

30 minutes de sursis est un film important car il s'agit du premier long métrage de Sydney Pollack (1934-2008). Ce cinéaste américain a marqué les années 70-80 avec le western Jeremiah Johnson (1972), l'épopée romantique Nos plus belles années (1973), le thriller paraoïaque Les trois jours du Condor (1975), la comédie Tootsie (1982) et évidemment l'incontournable romance Out of Africa (1985).

Dans 30 minutes de sursis, Sydney Pollack fait donc ses gammes au cinéma après avoir été l'assistant réalisateur de John Frankenheimer qui lui donne ici sa chance. Sorti en 1965, 30 minutes de sursis (le titre original The slender thread, littéralement le fil fin est plus significatif) est une œuvre extrêmement maîtrisée pour un premier long métrage.

Sydney Pollack peut compter sur un duo d'acteurs de premier plan, Sidney Poitier et Anne Bancroft. Le premier joue un étudiant en médecine, Alan, bénévole dans une « clinique de crise » (centre d'appels d'urgence). La seconde interprète le rôle d'Inga, une femme au bout du rouleau, s'étant administrée une surdose de somnifères pour mettre fin à ses jours. Ces deux personnages vont être liés le temps d'une soirée, puisque Alan va tout faire pour sauver cette femme, Inga, qui l'appelle à l'aide.

Une des grandes originalités de 30 minutes de sursis tient à son montage. On alterne en permance entre la clinique de crise où se situe Alan et la chambre d'hôtel d'où appelle Inga. On ne verra jamais les deux personnages principaux ensemble ce qui constitue un parti pris audacieux, notamment pour l'époque (1965).

Autre fait notable sur le plan de la mise en scène : l'utilisation de flashbacks. Ceux-ci dévoilent progressivement le quotidien d'Inga et les raisons de sa tentative de suicide. Cette alternance entre les scènes de huis-clos, les extérieurs naturels de Seattle (ville que l'on voit rarement à l'écran) évitent toute monotonie pour le spectateur et alimentent une tension permanente.

Car ce 30 minutes de sursis est construit comme un thriller. L'objectif d'Alan, aidé d'un psychiatre et de la police, est de tracer l'appel pour secourir cette femme à temps. Il s'établit une relation de confiance entre Alan et Inga qui demeure toutefois précaire. A tout moment, elle peut raccrocher le téléphone ou tout simplement tomber dans le coma en raison des pilules absorbées. On comprend bien qu'elle est engourdie et qu'elle finit par respirer faiblement. Le temps est compté et jusqu'à la fin on se demande bien comment tout cela va se terminer.

En plus de son sujet principal, 30 minutes de sursis a le mérite d'aborder frontalement des faits sociétaux. Dans une société américaine en pleine mutation, le film s'en prend à un système patriarcal, à une religion catholique hypocrite ou encore à un mal-être évident avec la question du suicide. Sur le tableau de la clinique de crise, on lit les mots suivants : « toutes les deux minutes, quelqu'un essaie de se suicider aux Etats-Unis. » Voilà qui montre bien une société malade. Sidney Poitier est excellent dans son personnage d'étudiant en médecine faisant tout son possible pour sauver cette femme au bord du précipice. Et que dire d'Anne Bancroft, elle aussi formidable dans le rôle de cette femme esseulée, ne trouvant plus rien pour se raccrocher à la vie : qu'il s'agisse de la famille, des amis ou des collègues de travail. On la sent étouffée par cette ville tentaculaire de Seatlle où elle ne trouve plus sa place.

Avec 30 minutes de sursis, Sidney Pollack signe un premier long métrage de qualité, où le thriller psychologique lui permet aussi d'aborder en toile de fond des thématiques sociétales importantes. Avant de continuer une brillante carrière avec son acteur fétiche Robert Redford, Sydney Pollack avait déjà frappé un grand coup !

 

Caractéristiques du blu ray édité par Rimini Editions :

 

L’image : un superbe noir et blanc, sans aucun défaut. On a du mal à croire que le film date de 1965.

 

Le son : le film dispose d'un son tout à fait probant, aussi bien en version originale sous-titrée français qu'en version française. Le doublage d'époque est correct.

 

Les bonus : on a droit à un entretien avec Nathalie Bittinger (22mn33), enregistré à Paris le 19 janvier 2026. Cette maître de conférences en cinéma analyse de façon très détaillée le film, ses thématiques, sa modernité. Elle aborde en premier lieu les débuts de carrière de Sydney Pollack. En second lieu, elle évoque en quoi ce film sorti en 1965 est un jalon entre le classicisme hollywoodien et le nouvel Hollywood. Puis elle s'intéresse aux thématiques sous-jacentes du film et évidemment aux deux acteurs principaux. On apprend que 30 minutes de sursis a été très bien acueilli à sa sortie, ce qui a lancé la carrière de Pollack. Voilà un complément idéal au film. On espère de nouvelles analyses de madame Bittinger sur d'autres bonus de films édités par Rimini Editions.

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3 avril 2026

The shadow's edge de Larry Yang (critique film + blu ray)

Titre du film : The shadow's edge

Réalisateur : Larry Yang

Date de sortie au cinéma : 3 décembre 2025

Origine : Chine

Durée : 2h23

Avec : Jackie Chan, Tony Leung Ka Fai, Zhang Zifeng, etc.

Synopsis : Un mystérieux mafieux et ses 7 fils adoptifs manipulent et ridiculisent la police en piratant le système de surveillance ultramoderne de la ville, dans le but de récupérer une fortune en cryptomonnaie. La police devenue impuissante doit faire appel à un ancien expert qui va s’associer avec une jeune policière à laquelle il est lié par un secret qu’elle ignore. Une partie d’échecs commence alors, où les cerveaux et la loyauté seront mis à l’épreuve.

En blu ray et DVD le 7 avril 2026 chez Arcadès Editions

Ecrit et réalisé par le chinois Larry Yang, âgé de 45 ans, The shadow's edge est un film d'action ayant remporté un succès commercial considérable en Chine. En plus, il bénéficie de critiques globalement positives. On demeure pourtant quelque peu dubitatif sur la qualité de The shadow's edge, le rôle principal étant dévolu à Jackie Chan (la saga Police story et Rush hour). Cela fait bien longtemps que cet acteur mythique chinois n'a plus tourné dans un film marquant, voire même simplement acceptable. Alors, retour en grâce pour Jackie Chan ?

D'emblée, The shadow's edge surfe sur la vague actuelle des nouvelles technologies. Il est question ici d'intelligence artificielle – utilisée d'ailleurs par la police pour son système de surveillance de la ville de Macao – mais aussi de cryptomonnaies ou encore de vol de données. C'est avec les nouvelles technologies comme toile de fond que le scénario se met en place. La police doit faire face à un gang minutieusement préparé pour subtiliser de l'argent en cryptomonnaies.

Le film ne s'embarrasse pas de fioritures. Le but est clair : : en mettre plein la vue au spectateur. Les scènes d'action sont rapides et bénéficient d'un montage nerveux. En dépit de sa (très) longue durée, The shadow's edge parvient à maintenir le rythme jusqu'au bout. Il faut dire qu'il multiplie les séquences d'action énergiques. Et cerise sur le gâteau, celles-ci sont joliment chorégraphiées. Les amateurs de films d'action pourront se délecter de combats épiques, de cascades dans tous les sens et d'explosions à gogo. On sera même surpris de constater que les combats physiques sont parfois assez violents.

Sans surprise, le film met en avant ses deux immenses stars. On avait beau être circonspect, Jackie Chan interprète de manière excellente le rôle d'un flic à l'ancienne, sorti de sa retraite pour prêter main forte à la police. Pour lui rendre la pareille, on retrouve Tony Leung Ka Fai (L'amant de Jean-Jacques Annaud, Election de Johnnie To) dans le rôle du chef du gang ennemi. Il campe brillamment ce personnage charismatique, méthodique et extrêmement dangereux. En dépit de leur âge - Jackie Chan a alors 71 ans et Tony Leung Ka Fai 67 ans – les deux acteurs sont convaincants dans les scènes d'action. Notre Jackie Chan, spécialiste en arts martiaux, n'a rien perdu de sa superbe. Il multiplie les scènes de bravoure. On est quand même bluffé ! Tony Leung Ka Fai n'est pas en reste avec notamment une scène violente rappelant aux amateurs une célèbre séquence de Old boy.

S'il emporte la décision, The shadow's edge souffre tout de même de plusieurs défauts. Avec l'accent mis sur les deux acteurs principaux, les autres acteurs ont des rôles secondaires assez effacés. Par ailleurs, les scènes « d'émotion » peinent à convaincre. On sent que le réalisateur est clairement plus à l'aise dans les scènes d'action. Les flashbacks émaillant le film, ayant pour but de révéler des secrets, n'apportent finalement pas grand chose au récit.

Pour autant, The shadow's edge n'en reste pas moins un film efficace, peut-être trop clinquant mais ayant le mérite d'aller droit au but. On est ravi de retrouver des excellents Jackie Chan et Tony Leung Ka Fai. Les spectateurs attentifs resteront jusqu'au bout du générique car la scène finale (après un bêtisier inutile) laisse penser à un second opus...

 

Caractéristiques du blu ray édité par Arcadès Editions :

 

L’image : elle brille de mille feux, qu'il s'agisse des séquences diurnes ou nocturnes.

 

Le son : le film est disponible aussi bien en version originale (avec des sous-titres français au besoin) qu'en version française. Il est préférable de regarder le film en version originale. Cela étant le doublage est tout à fait correct. Le son est un dolby digital 5.1. A noter deux excellentes initiatives : l'existence d'un audiodescription pour les personnes malvoyantes et des sous-titres pour sourds et malentendants.

 

Les bonus : aucun.

27 mars 2026

Les keufs de Josiane Balasko (critique film + blu ray)

Titre du film : Les keufs

Réalisatrice : Josiane Balasko

Date de sortie au cinéma : 16 décembre 1987

Origine : France

Durée : 1h33

Avec : Josiane Balasko, Isaach de Bankolé, Jean-Pierre Léaud, Ticky Holgado, Farida Khelfa, etc.

Synopsis : Mireille Molyneux est un inspecteur de police et voue sa carrière à la traque des proxénètes. Elle aide Yasmine, une prostituée repentie, à se sortir des griffes de Charlie, son souteneur. Suite à une bavure, son supérieur l’évince de l’enquête. Mireille est bien décidée à ne pas baisser les bras.

Editeur : Rimini Editions

En blu ray depuis le 17 février 2026


 

On connaît tous Josiane Balasko actrice et membre culte de la troupe du Splendid (Les bronzés, Les bronzés font du ski, Le père Noël est une ordure). On sait moins qu’elle est la réalisatrice de huit films sortis au cinéma.

Les keufs (1987) constitue sa seconde réalisation après Sac de nœuds (1985). Dans cette comédie policière, Josiane Balasko multiplie les casquettes puisqu’elle tient également le rôle principal. Avec sa verve habituelle, elle interprète le rôle de Mireille Molyneux, une policière au look improbable, grimant une prostituée. Ce choix vestimentaire est délibéré puisqu’il lui permet d’infiltrer le milieu des proxénètes parisiens qu’elle entend faire tomber. Il va aussi provoquer des quiproquos franchement amusants. En effet, Mireille Molyneux est surveillée par l’IGS (inspection générale des services) de la police, notamment Blaise Lacroix, qui la soupçonne de s’adonner à la prostitution !

On pourrait penser que l’histoire se contente d’aligner les situations comiques avec pour unique but d’amuser le spectateur. Cela n’est pas totalement le cas. Josiane Balasko tire parti de sa comédie policière pour faire passer des messages. Elle a le courage de choisir dans l’un des deux rôles principaux un acteur noir ce qui était plutôt rare à l’époque. Isaach de Bankolé, révélé en 1986 dans Black Mic-Mac de Thomas Gilou, décroche ainsi le rôle de cet agent de l’IGS qui va avoir un rapport chaotique avec Mireille Molyneux. Mais qui aime bien châtie bien. Cette relation va évoluer vers une romance parfaitement crédible. Soulignons qu’une romance au cinéma en 1987 entre une femme blanche et un homme noir n’avait rien d’évident. Josiane Balasko était clairement en avance sur son temps. Une façon de faire évoluer les mentalités.

De la même façon, on appréciera que Josiane Balasko profite de cette comédie pour se jouer de nombreux clichés racistes. On ne compte pas le nombre de fois où Blaise Lacroix se fait prendre pour un étranger ou qu’il est victime de préjugés racistes de ses collègues (c’est un amant formidable, il a plusieurs femmes). Sur le ton de l'humour, Josiane Balasko n'y va pas avec le dos de la cuillère : « Toi dans ton pays vous avez droit à trois ou quatre bonnes femmes ? – Je suis né à Lille, gros malin » ; « Avec vous c’est pas difficile. Une perruque, une paire de lunettes, vous vous ressemblez tous. » ; « Tu joues au domino… Noir sur blanc. »

Par ailleurs, à l’instar de Pinot simple flic (1984), Les keufs est à la base un polar. On suit une intrigue avec ici une jeune prostituée et son enfant qui sont en danger. Le film adopte de surcroît le ton de la comédie pour aborder des sujets sociétaux importants. Mine de rien, outre le racisme ambiant, le film évoque le proxénétisme, la maltraitance des prostituées ou encore des changements radicaux ayant cours au sein de la police. Terminé les policiers que l’on peut aisément reconnaître. On les voit désormais habillés en jeans comme n’importe qui. Les keufs met en avant le nécessaire renouvellement de la police avec l’intégration de femmes ou de gens issus de l’immigration.

Signalons enfin l’excellence de la distribution. En plus du couple Josiane Balasko - Isaach de Bankolé qui fonctionne à merveille, ce long métrage dispose de seconds rôles exquis. La prestation de Jean-Pierre Léaud, totalement à contre-emploi, est inoubliable. Il en fait des tonnes dans le rôle du commissaire de police toujours sur les nerfs et imprévisible. Le coup du baiser au portrait de François Mitterrand est une scène savoureuse. Quant à Ticky Holgado, il est excellent en flic grognon, n’arrêtant pas d’être malmené durant tout le film.

S’il comporte des relents du polar, très en vogue dans les années 80, Les keufs est surtout une comédie parfaitement ciselée, portée par l’énergie dévastatrice de son actrice principale et réalisatrice, Josiane Balasko. Son film, très novateur pour l’époque, rencontrera un joli succès dans les salles, dépassant le million d’entrées.Elle fera encore mieux par la suite avec Gazon maudit (1995) et ses 3,9 millions d’entrées.

Caractéristiques du blu ray édité par Rimini Editions :

L’image : elle est de très bonne facture et permet de redécouvrir ce film qui passait autrefois à la télévision. Le gain qualitatif est très important par rapport au DVD du film sorti il y a près de 20 ans.

Le son : un DTS-HD 2.0 tout à fait probant. On entend bien la voix des acteurs et la bande son signée Stéphane Sirkis, membre du groupe Indochine.

Les bonus : un seul bonus mais fort sympathique avec une interview de Josiane Balasko (15mn22) enregistrée à Paris le 18 novembre 2025. Elle revient sur les origines des Keufs, son plaisir à tourner avec les différents acteurs, de véritables copains, ou encore l’aspect comédie du film. Elle n’élude pas l’aspect novateur des keufs (elle s’est d’ailleurs fortement impliquée pour que le film sorte sous ce titre) avec la présence d’une femme et d’un noir dans la police ou encore cette relation romantique entre une blanche et un noir. Josiane Balasko nous apprend aussi que son personnage de Mireille Molyneux est inspiré d’une policière infiltrée, luttant contre les trafiquants de drogue.

20 mars 2026

Tir à vue de Marc Angelo (critique film + blu ray)

Titre du film : Tir à vue

Réalisateur : Marc Angelo

Date de sortie au cinéma : 5 septembre 1984

Origine : France

Durée : 1h25

Avec : Laurent Malet, Sandrine Bonnaire, Jean Carmet, Michel Jonasz, etc.

Synopsis : Depuis que son frère a été tué à La Courneuve sans que la police ne daigne intervenir, Richard a décidé de se venger et de cracher sa haine à la face de la société. Il dévalise une armurerie et se constitue ainsi tout un arsenal. Il vole ensuite une moto et agresse un pompiste.

Editeur : Arcadès Editions

En blu ray depuis le 17 mars 2026


 

Durant la première moitié des années 80, le polar est omniprésent en France. Il doit ce statut à deux films ayant mis en lumière les méthodes de la police : La guerre des polices de Robin Davis sorti le 14 novembre 1979 et surtout La balance de Bob Swaim sorti le 10 novembre 1982. Avec plus de 4 millions d’entrées dans les salles, La balance suscite forcément des convoitises et nombre de cinéastes se tournent vers le film policier, avec une réussite plus ou moins marquée.

1984 est une grande année pour le polar. On dénombre une trentaine de titres assimilés au genre parmi lesquels Les ripoux, Pinot simple flic, Canicule et Rue barbare. Et donc ce fameux Tir à vue, noyé dans la masse.

Le film entend tirer son épingle du jeu avec deux jeunes espoirs du cinéma français : Laurent Malet dans le rôle principal masculin et Sandrine Bonnaire, alors âgée de 17 ans, révélée l’année précédente dans le chef-d’oeuvre de Maurice Pialat, A nos amours (1983). Et de maximiser ses chances de réussite, le film utilise pour les seconds rôles Michel Jonasz, chanteur à la mode, et Jean Carmet, figure bien connue du cinéma français. Sur le papier, cela se tient et laisse augurer d’un excellent film.

Malheureusement, le résultat à l’écran est loin d’être satisfaisant. Vendu comme un Bonnie and Clyde des temps modernes, avec un duo de jeunes commettant des braquages dans Paris, Tir à vue rate clairement sa cible. Laurent Malet peine à convaincre dans le rôle d’un petit voyou. Mais le pire est sans doute le rôle tenu par Sandrine Bonnaire, endossant bien mal le rôle de Marilyne, une jeune fille désoeuvrée et décérébrée. On se demande comment l’actrice, géniale dans A nos amours, a pu accepter un rôle aussi inepte et vulgaire. La jeune actrice est « topless » dans pratiquement la moitié de ses scènes et surtout ses dialogues sont d’une "finesse rare". Quelques morceaux choisis : « Tu vois j’aime la queue pas les glands. » ; « Je suis pas la fille à faire plonger un type parce qu’il a un calibre trop près du bassin. » ; « Tu crois que la vie c’« est un jeu de quilles ? (Laurent Malet) Quand j’ai les boules ouais. » Il va sans dire que les acteurs principaux, torpillés par des dialogues risibles, ne remplacent pas les immenses Warren Beatty et Faye Dunaway dans le Bonnie and Clyde (1967) d’Arthur Penn. 

On pourrait au moins espérer se rattraper avec les scènes de braquage. Ce n’est pas franchement le cas. Les scènes arrivent de manière un peu mécanique et la tension n’apparaît que de manière épisodique. Il faut dire que Sandrine Bonnaire ne cesse de rire et de glousser, ce qui annihile tout sentiment de peur.

En poussant le bouchon un peu loin, Tir à vue apparaît quasiment comme un nanar, c’est-à-dire un mauvais film sympathique. Et pour cause : la réalisation est globalement bâclée, les acteurs principaux sont en sur-jeu total et on a droit à un érotisme gratuit. Sans compter une bande son envahissante avec synthétiseurs et boîtes à rythme. Pourtant, la musique est signée Gabriel Yared, autrement plus inspiré sur d’autres BO (césar de la meilleure musique en 1993 avec L’amant ; oscar de la meilleure musique en 1997 avec Le patient anglais).

En dehors de son aspect « foutraque » inattendu et plutôt « fun », Tir à vue a le mérite d’être le témoin d’une époque et d’un cinéma révolus. La femme ne sert ici que de faire-valoir, le racisme est particulièrement prégnant (« notre marabout ») et l’homophobie est vivace par le biais de cet homme servant de tête de turc (« alors cul de poule » ; « qu’est-ce qu’il fout là encore le damoiseau ? »). Aujourd'hui, on ne pourrait plus faire un tel film, les associations et réseaux sociaux tireraient à boulets rouges.

Au final, sans surprises, Tir à vue a été un échec commercial à sa sortie. Il coûtera la carrière de Marc Angelo, son réalisateur, dont ça sera le premier et dernier film au cinéma. Quant à Laurent Malet, Tir à vue coupera les ailes de ce jeune espoir. En fin de compte, malgré sa prestation catastrophique, Sandrine Bonnaire parviendra à rapidement rebondir puisqu’elle tournera dans le magnifique Sans toit ni loi d’Agnès Varda dès l’année suivante (1985). Reste de ce Tir à vue un étonnant film policier ne repoussant aucune limite. Rien pour cela, il faut le voir !

Caractéristiques du blu ray édité par Arcadès Editions :

L’image : elle est de très bonne facture dans l’ensemble, même si elle manque de nuances au niveau de sa colorimétrie.

Le son : la voix des personnages est un peu étouffé. Il convient parfois de monter le son. Aucun bruit parasite constaté.

Les bonus : le premier supplément, intitulé Le cinéma français en garde à vue. Le polar des années 80 (18mn37, 2025) est une interview de Jérôme Wybon. De façon très claire, documentée et instructive, il revient sur les films policiers ayant marqué cette époque, en commençant par La guerre des polices et La balance. Il insiste sur le fait que tous ces polars suivent les errances de personnages avec une vague intrigue policière. La force de ces films est le côté réaliste et documenté des méthodes de la police. Jérôme Wybon constate par ailleurs qu’avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, ces films constituent une radiographie de la société française. Voilà un bonus constituant un complément idéal au film.

On est plus mitigé sur l’intérêt du second bonus, Un Bonnie and Clyde moderne. A propos du film Tir à vue (8mn12). A nouveau interviewé, Jérôme Wybon parle cette fois du film Tir à vue. Il se garde bien de donner un avis sur le film et se contente d’évoquer le réalisateur du film, les acteurs principaux et l’année de sortie du film. On apprend ainsi que le film a fait seulement 360 000 entrées. Jérôme Wybon note tout de même que « la presse ne sera pas tendre avec le film. » Voilà qui est dit...

13 mars 2026

Cadet d'Adilkhan Yerzhanov (critique film)

Titre du film : Cadet

Réalisateur : Adilkhan Yerzhanov

Date de sortie au cinéma : 2025

Origine : Kazakhstan

Durée : 2h06

Avec : Anna Starchenko, Ratmir Yusupzhanov, Sharip Serik, Aleksey Shemes, etc.

Synopsis : Accompagnant sa mère venue enseigner dans une école militaire très stricte, un jeune garçon subit le harcèlement et les coups de ses camarades, avant d’adopter lui-même un comportement inquiétant.


Né en 1982, Adilkhan Yerzhanov est un cinéaste kazakhstanais ayant commencé à se faire connaître dans les milieux cinéphiles en 2018 avec son film La tendre indifférence du monde. Il n'a cessé de confirmer depuis les grands espoirs placés en lui avec Steppenwolf (2024) ou encore Moor (2024).

Cadet (2025) se situe dans une petite ville du Kazakhstan, enneigée, brumeuse et paraissant isolée du monde. L'action se déroule principalement dans une école militaire. Une jeune mère, Alina, y amène son fils Serik, qui a pu intégrer l'école de cadets grâce au père de Serik, manifestement un oligarque soviétique.

Ce film aborde de prime abord la thématique du harcèlement scolaire. Dès le départ, Serik n'entre pas dans les critères masculinistes prônés par ce genre d'école (coupe de cheveux, air sensible et émotif). En raison de sa différence, il subit la violence de ses camarades. Le réalisateur Adilkhan Yerzhanov décrit de façon crue les humiliations, brimades et remarques homophobes vécues par Serik.

Cela étant, le film prend rapidement une autre tournure lorsqu'un cadet est assassiné. On glisse vers le thriller horrifique mâtiné de fantastique. On dirait qu'il y a un monde parallèle, que de nombreux personnages ne peuvent pas percevoir. Le réalisateur, sans doute inspiré par l'oeuvre du japonais Kiyoshi Kurosawa (Kairo, Cure), crée un univers qui touchera le jeune Serik. Cadet prend des chemins de traverse avant de révéler les mystères de cette histoire.

Dans tous les cas, ce long métrage dispose d'un fil directeur évident : une critique frontale de la société et de la politique kazakhstanaise. Dans l'école, on inculque qu'un homme est fait pour faire la guerre. La femme est pour sa part reléguée au second plan et n'a d'autre but que de satisfaire l'homme. La charmante Anna Starchenko, actrice fétiche de Yerzhanov, interprète le seul rôle féminin du film. Son personnage d'Alina subit rapidement un examen sur sa façon de s'habiller. Bien que vêtue classiquement, elle donnerait envie aux hommes. Plus tard, Alina devra même repousser les avances d'un civil trop entreprenant. On constate aisément que le sexe féminin est déconsidéré. Et ce n'est pas le seul maux de cette société. Yerzhanov expose aussi une société corrompue à tous les niveaux. Alina se sert d'ailleurs d'un passe-droit mais uniquement pour sa survie. Pour les autres personnages, la corruption n'a d'autre but que d'atteindre le pouvoir.

Le dernier thème abordé, et non des moindres, est celui de la relation filiale entre Alina et Serik. C'est clairement la thématique majeure du film. Elle est très bien évoquée avec beaucoup de nuances. On ne tarde pas à comprendre qu'il s'agit d'une relation contrariée.

Dans cette œuvre très sombre, les choix de mise en scène sont forts (ciels blancs brûlés, absence de ligne d'horizon, décentralité des personnages par rapport au cadre) et montrent qu'il n'y a pas d'échappatoire. Les deux personnages principaux, Alina et Serik, sont filmés de manière décentrée. C'est une façon de signifier qu'ils ne trouvent pas leur place dans cette société. Et cela en raison soit de leur sensibilité soit de leur sexe.

Comme dans ses autres films, Yerzhanov s'intéresse beaucoup à ses personnages féminins. L'actrice Anna Starchenko joue parfaitement le rôle de cette femme recroquevillée sur elle-même, n'ayant aucune joie de vivre. Subissant les événements, elle est d'une tristesse infinie. Malgré tout, elle essaie de garder une certaine dignité et de se protéger. De son côté, le jeune Ratmir Yusupzhanov a un jeu parfaitement nuancé, traduisant bien l'évolution de son personnage. Quant à Sharip Serik, il interprète de façon convaincante le policier menant l'enquête. C'est le seul personnage masculin adulte positif (il semble honnête et prêt à aider) , et pour lequel on peut avoir de l'empathie. Il applique les méthodes de Descartes mais reste ouvert afin de résoudre cette intrigue irrationnelle.

On notera au passage que le film est structuré en quatre chapitres correspondant aux préceptes de Descartes : ne jamais accepter pour vrai ce qui ne se présente pas avec évidence (I), diviser chaque difficulté en autant de sous-parties nécessaires pour la résoudre (II), conduire sa réflexion du plus simple au plus complexe (III), procéder à des vérifications exhaustives pour éviter les oublis (IV).

Dans un film d'une noirceur absolue, Yerzhanov fait comprendre de manière symbolique que les fondations mêmes de la société kazakhstanaise, totalement vérolées, se sont bâties sur la mort de gens du peuple. Il est évident que Yerzhanov charge l'Etat de son pays et plus généralement les oligarques soviétiques. Voilà une œuvre forte et sans concession, allant bien au-delà de son statut de film horrifique. Le comité des Oscars ne s'y est pas trompé puisque Cadet représentera pour les Oscars 2026 le Kazakhstan dans la catégorie du meilleur film international.

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6 mars 2026

Le roi des rois de Jang Seong-Ho (critique film + blu ray)

Titre du film : Le roi des rois

Réalisateur : Jang Seong-Ho

Date de sortie au cinéma : 5 novembre 2025

Origine : Etats-Unis / Corée du Sud

Durée : 1h41

Avec les voix de : Kenneth Brannagh (Charles Dickens), Uma Thurman (Catherine Dickens), Roman Griffin Davis (Walter Dickens), Oscar Isaac (Jésus-Christ), Mark Hamill (le roi Hérode), Pierce Brosnan (Ponce Pilate),

Synopsis : Walter, un garçon turbulent, ne rêve que des exploits du Roi Arthur et de sa fidèle épée Excalibur. Son père, Charles Dickens, décide alors de lui raconter la vie du "Roi des rois" : Jésus-Christ. Grâce aux talents de conteur et à l'imagination débordante du célèbre romancier, Walter, accompagné de son chat Willa, va vivre une aventure palpitante et découvrir l'une des plus belles histoires de l'humanité.

Editeur : Saje Distribution

En blu ray et DVD le 12 mars 2026

Produit par le studio sud-coréen « Mofac animation studios », Le roi des rois est un film d’animation mettant à la portée du grand public la vie de Jésus. Il ne s’agit donc pas d’une adaptation de la Bible ou des Evangiles.

Le roi des rois se base sur La vie de notre Seigneur Jésus-Christ, livre écrit entre 1846 et 1849 par Charles Dickens (1812-1870). Rappelons que ce dernier est un des plus grands romanciers de la période victorienne, connu entre autres pour Oliver Twist, David Copperfield, La petite Dorrit et La maison d’âpre-vent. Son livre La vie de notre Seigneur Jésus-Christ est paru seulement en 1934, 64 ans après la mort de Dickens ! En effet, le romancier souhaitait que cet ouvrage très personnel ne soit pas publié de son vivant. Ce livre avait uniquement pour but de partager sa foi catholique. Il le lisait à haute voix à chaque Noël à ses enfants.

On peut considérer La vie de notre Seigneur Jésus-Christ comme une œuvre de vulgarisation de la vie de Jésus destinée aux plus jeunes. C’est sans doute ce qui a poussé la production américano-coréenne de Le roi des rois à adapter – librement – cet ouvrage méconnu de Charles Dickens.

Sorti au cinéma en France en novembre 2025 par le biais du distributeur Saje distribution, Le roi des rois est une animation en 3D ayant comme vertu d’expliquer la vie de Jésus-Christ, le fameux roi des rois, de façon ludique. C’est une œuvre destinée à toute la famille et qui plaira principalement aux plus jeunes.

Ce film d’animation, plutôt joliment réalisé, débute de façon humoristique avec un personnage représentant Charles Dickens, perturbé sur scène en raison de la présence bruyante de ses enfants dans les coulisses. La suite va permettre au spectateur de rentrer dans le vif du sujet avec Dickens racontant à l’un de ses jeunes fils la vie du « roi des rois. »

Le studio « Mofac animation studios » reste dans l’ensemble fidèle à l’histoire bien connue de Jésus-Christ : la naissance dans une étable, le massacre des nouveaux-nés par le roi Hérode, la venue des rois mages, Pâques (signifiant passage), le jeun dans le désert, les 12 apôtres, les différents miracles (la multiplication des pains, l’aveugle recouvrant la vue, Jésus marchant sur l’eau, etc.), le Christ trahi par Judas et la crucifixion.

Pour apporter un semblant d’originalité à une histoire que les adultes connaissent tous par coeur, la production a pris le parti d’entrecouper plusieurs séquences par des interventions du jeune Walter, faisant état de ses réflexions ou posant des questions à son père Charles Dickens. Cette démarche très pédagogique rend le récit sans doute moins fluide, mais il a le mérite de relancer l’action. Les jeunes apprécieront sans doute que le jeune Walter soit parfois directement au cœur de l’action, sans toutefois pouvoir y participer.

S’il ne révolutionne en rien l’histoire bien connue de Jésus, Le roi des rois s’avère une histoire plutôt sympathique à suivre et mettant la foi au centre du récit. Car les interventions du personnage de Jésus mettent en avant des citations célèbres : « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre », « Ais foi en moi et tu seras sauvé », « Celui qui vivra par l’épée périra par l’épée », « Mon père, pardonne-leur. Ils ne savent pas ce qu’ils font. »

S’il ne s’agit pas d’une animation par les studios Pixar, l’animation tient largement ses promesses. Un grand soin a été apporté aux détails, y compris concernant les différents personnages. Par ailleurs, on perçoit aisément le gros travail effectué au niveau des couleurs.

En somme, voilà une histoire sympathique permettant aux enfants d’apprendre beaucoup de choses sur Jésus, et ce de façon ludique.

 

Caractéristiques du blu ray édité par Saje distribution :

L’image : elle est vraiment très belle. L’éditeur exploite au aximum les possibilités offertes par le blu ray. Aucun défaut constaté.

Le son : ce film d’animation est visionnable en version française avec un doublage tout à fait correct. On notera que la version originale (avec sous-titres français) met en scène un sacré casting avec les voix de Kenneth Brannagh, Uma Thurman, Mark Hamill (Star Wars) ou encore Pierce Brosnan. La classe !

Les suppléments : on a droit à un très court making of intitulé "les coulisses du film" (1mn52) mais également à une interview éclair de Pierce Brosnan et Uma Thurman (1mn57) évoquant succinctement leurs personnages. Les suppléments se terminent avec des bandes annonces (4mn46) de films d'animation du catalogue de Saje distribution, à retrouver en DVD ou VOD : "Le voyage extraordinaire de Seraphina", "Superbook le livre merveilleux" et "Le voyage du pélerin".

27 février 2026

The room de Christian Volckman (critique film)

Titre du film : The room

Réalisateur : Christian Volckman

Date de sortie : 2019

Origine : France / Belgique

Durée : 1h40

Avec : Olga Kurylenko, Kevin Janssens, Francis Champman, John Flanders, etc.

Synopsis : Kate et Matt, la trentaine, sont en quête d'authenticité. Le jeune couple décide de quitter la ville et achète une grande maison à retaper dans un coin reculé perdu dans le Maryland. Peu après leur déménagement, ils découvrent une chambre étrange capable d'exaucer tous leurs désirs.

 

Le français Christian Volckman est principalement connu pour avoir réalisé le film d’animation en noir et blanc Renaissance (2006), une œuvre de science-fiction ayant marqué les esprits lors de sa sortie. Mais le film a été un échec sur le plan commercial. C’est sans doute pour cela que le cinéaste prometteur a attendu 13 ans avant de mettre en scène The room, son second long métrage. Ce film part d’un postulat original : un jeune couple s’installe dans une vieille maison où une des chambres a le pouvoir d’exaucer les vœux. Dans ce film jouant pleinement la carte du mystère, on pense initialement au ressort de la maison hantée, d’autant que l’on apprend rapidement que les précédents propriétaires ont été assassinés.

 

Les éléments de l’intrigue sont révélés par petites touches. Au départ, le couple demande des choses futiles et logiques dans un tel cas de figure : de l’argent, de beaux habits, de bons plats et de bonnes bouteilles. Après tout Kate et Matt en profitent pour s’amuser. Cela étant, on sent qu’il y a un manque dans le couple et un désir d’enfant inassouvi. C’est alors que le vœu d’avoir un enfant est exaucé. A partir de là, le drame se noue.

 

L’arrivée de l’enfant permet de renouveler les thématiques et l’intérêt du film. Cette arrivée soudaine provoque forcément une crise du couple. Matt ne s'identifie pas en tant que père de l’enfant et se retrouve isolé. Il mène l’enquête concernant l’auteur de l’assassinat des anciens propriétaires. Il tombe comme par hasard sur un certain « John Doe », terme désignant une personne non identifiée. Voilà qui relance habilement le mystère autour de l’intrigue du film.

 

Il est important de noter que dans The room, les vœux exaucés ne sont pas viables en dehors de la maison. Pour un être de chair et de sang, c’est donc plus problématique que pour des billets de banque…

Dans un film jouant la carte de l’originalité, le réalisateur Christian Volckman utilise parfaitement l’imaginaire. Il se montre ainsi créatif dans l’agencement des situations, ce qui permet de relancer à de nombreuses reprises le suspense et l’attrait de The room. On ne peut pas en dire plus au risque de dévoiler des éléments clés de l’histoire.

 

Toujours est-il que dans ce film prenant des allures de faux huis-clos, on a deux puis trois acteurs principaux, tous excellents. Olga Kurylenko dans le rôle de Kate prouve une nouvelle fois qu’elle est capable de jouer dans des œuvres très différentes. Pour lui rendre la pareille, le rôle de Matt échoit à Kevin Janssens, vu deux ans auparavant (2017) dans le survival Revenge de Coralie Fargeat.

 

Au final, The room est une vraie belle découverte et un film injustement méconnu.n Le réalisateur Christian Volckman utilise à bon escient toutes les possibilités offertes par son concept de base. A tel point qu’un second visionnage est tout à fait possible pour voir tous les détails de cette œuvre originale. Dommage que Christian Volckman n’ait plus tourné de film depuis lors. Il aurait en projet une relecture de The kid, le film de Chaplin. On espère que ce projet verra le jour.

20 février 2026

La légende de Zatoïchi : le secret de Kazuo Mori (critique film + blu ray)

Titre du film : La légende de Zatoïchi : le secret

Réalisateur : Kazuo Mori

Date de sortie au cinéma : 1962

Origine : Japon

Durée : 1h12

Avec : Shintarô Katsu, Tomisaburô Wakayama, Masayo Banri, Yaeko Mizutani

Sortie depuis le 16 décembre 2025 chez Roboto Films en coffret rigide 5 blu ray incluant 5 digipacks

Synopsis : Ichi, appelé pour masser le seigneur du fief Kuroda, est témoin de la folie du maître. Trois samouraïs, à la demande de l'intendant du han, essayent en vain de le faire taire. Ichi se retrouve pourchassé par les hommes de main du parrain Kanbei, commandités par l'intendant du fief pour que ce terrible secret ne puisse être ébruité.

Après le succès remporté par Zatoïchi : le masseur aveugle de Kenji Misumi, sorti au Japon le 18 avril 1962, le studio la Daiei lance dans la foulée la production d’un deuxième film. Kenji Misumi étant indisponible, la mise en scène échoit à Kazuo Mori. Ce cinéaste aguerri avait déjà réalisé en 1960 un film sur un masseur aveugle, Le bandit aveugle, dont le rôle principal est incarné par Shintarô Katsu, le futur Zatoïchi. Comme quoi, tout est lié.

 

Avant de rentrer dans le vif du sujet, signalons que La légende de Zatoïchi : le secret était jusque-là inédit en France. Contrairement à ce qui avait été annoncé naguère, l’éditeur Wild Side n’avait pas édité en décembre 2006 un coffret « intégrale » de La légende de Zatoïchi  puisqu’il y avait uniquement 14 des 26 films, et Le secret en était exclu.

 

Avec ce second film des aventures de Zatoïchi, la saga naissante prend un virage à 180 degrés. Alors que Le masseur aveugle est un drame comportant peu d’action, La légende de Zatoïchi : le secret (sortie le 12 octobre 1962) laisse la part belle aux séquences de combat. Le personnage de Zatoïchi :se retrouve - bien malgré lui – à devoir affronter des samouraïs sans foi ni loi. Les morts s’amoncellent et on en dénombre plusieurs dizaines à la fin du film. Ce qui est tout de même important dans la mesure où La légende de Zatoïchi : le secret dure uniquement 1h12. Le récit se révèle ainsi très compact et on ne s’ennuie pas une minute.

 

Si l’action prédomine, on a toutefois l’occasion d’en apprendre plus sur le passé de Zatoïchi et sur la psychologie de notre héros. Zatoïchi devient clairement le représentant des laissés-pour-compte et des classes défavorisées. Cela n’est pas anodin s’il a une relation avec une geisha, personnage lui aussi au ban de la société. L’intimité de Zatoïchi avec cette femme paraît naturelle et sincère. On a l’impression que le temps est suspendu pour ces deux personnes dénigrées, un aveugle et une geisha. Ils forment quasiment un couple. Lors du départ de Zatoïchi, la jeune femme lui dit d’ailleurs « Mon chéri. » C’est d’ailleurs une des très belles scènes du film, avec la geisha le regardant partir sur un bateau.

 

L’aspect nostalgique est bien présent dans La légende de Zatoïchi : le secret et apporte une dimension tragique, allant parfaitement de pair avec les différentes scènes d’action. Zatoïchi est ainsi amené à se recueillir sur la tombe d’Hirate, un des rares samouraïs méritant son respect ; ou à revoir la belle Otane, qu’il a laissé à la fin du Masseur aveugle. Lors d’une scène, une voix off permet au spectateur de comprendre ce que ressent Zatoïchi. Et puis dans un registre mêlant intime et action, il y a dans cet opus un personnage étrange, un samouraï manchot, qui en veut à Zatoïchi.

 

Comme on peut s’en douter, la réussite de ce film doit beaucoup à l’acteur Shintarô Katsu, qui incarne avec encore plus d’assurance son personnage de Zatoïchi. On le sent notamment plus sûr de son fait lors des scènes de combat rapides et très lisibles. Il incarne à merveille ce samouraï aveugle redoutable et quasi invincible. De plus, son jeu s’affine et on le sent à l’aise dans le rôle de ce masseur itinérant, maîtrisant le sabre comme personne.

 

En synthèse, La légende de Zatoïchi : le secret constitue une excellente suite du premier Zatoïchi. Si la mise en scène de Kazuo Mori est plus fonctionnelle que celle de Kenji Misumi, le spectateur passe malgré tout un excellent moment devant ce film privilégiant les scènes d’action. Kazuo Mori n’oublie pas pour autant d’alterner ces scènes de combat avec des séquences intimistes, ayant le mérite d’en apprendre davantage sur le passé de notre célèbre masseur aveugle. Vivement la suite !

 

Caractéristiques du blu ray édité par Roboto Films :

L'image : Une image toujours aussi soignée, faisant ressortir la beauté du noir et blanc. Quelle restauration !

Le son : on peut voir le film uniquement en version originale sous-titrée français. Le son en DTS-HD master 2.0 est très bon. On entend parfaitement les protagonistes.

Les bonus : le seul bonus présent est une présentation par Clément Rauger (11mn52). Comme lors de ses précédentes interventions sur les autres blu ray de ce coffret, ce journaliste synthétise parfaitement les différents éléments relatifs au film et aux acteurs. On apprend entre autres que l'actrice Masayo Banri, reprenant son rôle d'Otane, sera la seule actrice à jouer trois fois dans la saga Zatoïchi. Par ailleurs, Kenzaburo Jo est en fait le pseudonyme de Tomisaburô Wakayama, frère cadet de Shintarô Katsu. On le verra plus tard dans les Baby cart ! Clément Rauger considère que ce film, enrichissant le « background » de la saga, a cimenté le personnage de Zatoïchi dans la culture populaire.

Cette section bonus comporte également les trailers d'éditions de Roboto Films : Zatoïchi : le secret (2mn12), Daiei Kaidan (1mn11), Roaring fire (2mn41), Lady battle cop (1mn38)

13 février 2026

Le cri des ténèbres de William Fruet (critique film + blu ray)

Titre du film : Le cri des ténèbres

Réalisateur : William Fruet

Date de sortie : 3 octobre 1980

Origine : Canada

Durée : 1h33

Avec : Lesleh Donaldson, Kay Hawtrey, Dean Garbett, Barry Morse, etc.

Synopsis : Heather, 18 ans, va passer l’été chez sa grand-mère Maude qu’elle n’a pas revue depuis longtemps. Celle-ci, veuve depuis quelques années, vient de transformer le salon funéraire qu’elle dirigeait avec son mari en maison d’hôtes. Alors que les clients commencent à arriver, certains disparaissent de façon étrange, et d’autres sont assassinés.

En combo blu ray + DVD + livret de 24 pages « William Fruet, d’auteur à horreur » écrit par Marc Toullec, le 14 février 2026 chez Rimini Eidtions


 

Le réalisateur canadien William Fruet s’est fait connaître en 1976 avec Week-end sauvage, un « rape and revenge » bien méchant et plutôt convaincant. Quatre ans plus tard, il met en scène Le cri des ténèbres, un thriller clairement sous influence d’Hitchcok. On songe en particulier au séminal Psychose (1960), la référence la plus évidente du film.

 

Tourné en Ontario durant l’été 1979, Le cri des ténèbres se déroule dans une vieille demeure, abritant autrefois un funérarium transformé en gîte. C’est dans ce lieu plutôt lugubre que Mme Chalmers, une veuve âgée, accueille des touristes. Mais pas uniquement puisque Heather, la petite-fille de Mme Chalmers, choisit de passer l’été chez sa grand-mère.

 

Reconnaissons-le d’emblée, Le cri des ténèbres est un petit film sans prétention, n’ayant d’autre but que d’offrir un peu d’effroi au spectateur. Le réalisateur William Fruet parvient à installer une ambiance mystérieuse. Des gens disparaissent sans raison et sans laisser de traces, et la police peine à élucider les affaires. Les meurtres sont peu nombreux mais bien mis en scène, avec une certaine brutalité. On ne sait rien du tueur dont l’identité restera secrète jusqu’au dernier acte du film. Cela étant, les amateurs d’Hitchcock et les spectateurs attentifs devraient le deviner sans peine.

 

Au rang des satisfactions, Le cri des ténèbres exploite au mieux les différents décors, qu’il s’agisse de cette vieille bâtisse ou des extérieurs (la carrière notamment). On reste suspendu au mystère des voix que l’on entend dans la cave de la maison. Avec qui s’entretient Mme Chalmers ? Quelle est la vérité au sujet de la disparition de son mari ? Elle affirme que son mari est décédé depuis longtemps alors que des mauvaises langues en ville pensent qu’il est parti avec sa maîtresse.

 

Bien que circonscrit à quelques protagonistes, le scénario laisse poindre une notion de morale, et un certain puritanisme, typique des productions anglo-saxonnes. Mme Chalmers semble adopter une ligne de conduite traditionnelle voire rigide. Elle admet uniquement les relations entre mari et femme et s'oppose à toute relation adultérine (voir sa réaction face au couple séjournant chez elle). Par ailleurs, elle est très stricte sur les sorties de sa petite-fille qui doit rentrer tôt à la maison. Evidemment, cette psychologie ajoute au malaise ambiant.

 

En dépit d’un budget que l’on imagine assez faible, le cinéaste William Fruet fait preuve de plusieurs astuces pour relancer son intrigue et capter l’attention du spectateur. On pense aux quelques flashbacks des jeunes protaganistes, révélateurs de peurs enfantines. Le film navigue également à la lisière du fantastique avec ce chat noir inquiétant.

 

Côté casting, les différents acteurs se débrouillent bien, ce qui n’est pas commun dans ce genre de production quasi fauchée. Lesleh Donaldson, alors âgée de 15 ans, joue le rôle de la jeune Heather, qui se demande bien ce qui se trame dans cette maison. L’actrice Kay Hawtrey campe le rôle essentiel de Mme Chalmers, une grand-mère pas franchement marrante.

 

Au final, sans révolutionner le genre, Le cri des ténèbres est un thriller sympathique, faisant le lien entre les œuvres d’Hitchcock et les nombreux slashers à venir. Il faut dire que l’année 1980 est particulièrement importante avec la sortie du désormais culte Vendredi 13 de Sean S. Cunningham.

 

Caractéristiques du blu ray édité par Rimini Editions :

L’image : elle est de manière globale très satisfaisante. Dans le détail, on notera quelques défauts au niveau de la colorométrie.

 

Le son :un DTS-HD master audio 2.0 manquant d’ampleur. Ce son mono est un peu étouffé. La VOSTF est à privilégier d’autant que l’on entend moins bien la voix des acteurs sur le doublage français.

 

Les bonus : hormis le livret de 24 pages, il y a uniquement la bande annonce du film.

6 février 2026

Gamera contre Gyaos de Noriaki Yuasa (critique film + blu ray)

Titre du film : Gamera contre Gyaos

Réalisateur : Noriaki Yuasa

Date de sortie au cinéma : 15 mars 1967

Origine : Japon

Durée : 1h27

Avec : Naoyuki Abe, Kojiro Hongo, Reiko Kasahara, Kichijiro Ueda, Yukitaro Otaru, Teruo Aragaki, etc.

Sortie depuis le 16 décembre chez Roboto Films en coffret 3 blu ray ou en coffret 3 UHD (coffrets rigides incluant pour les 2 éditions : 3 digipacks + 1 livret de 60 pages + 10 cartes postales + 1 poster)

Synopsis : Une éruption volcanique réveille une énorme chauve-souris assoiffée de sang. Alors que tous les plans de l’armée se soldent par des échecs, Gamera revient pour affronter la créature et protéger le Japon.
 

Gamera contre Gyaos constitue le troisième volet des aventures de Gamera, cette tortue géante crachant du feu et capable de volet dans les airs. Le studio Daiei entend surfer sur l’engouement pour ces films de monstres géants (kaiju eigu) en mutipliant les longs métrages sur une courte période. Gamera sort ainsi en 1965, Gamera contre Barugon en 1966 et Gamera contre Gyaos en 1967.

Aux manettes de ce troisième opus, on retrouve Noriaki Yuasa, déjà metteur en scène du premier Gamera et en charge des effets spéciaux du second. Le réalisateur est donc en terrain connu. D’autant que la Daiei lui demande de reprendre le ton enfantin du film original, qui avait permis au studio d’engranger des recettes très importantes.

C’est ainsi que le principal protagonite est un enfant vouant un véritable culte à Gamera. La tortue géante devient carrément l’ami du peuple japonais et notamment des enfants. Le réalisateur multiplie les scènes à destination des enfants. La plus évidente est celle où l’enfant est sauvé par Gamera et chevauche sur sa carapace, dans les airs qui plus est ! Une séquence digne de L’histoire sans fin (1984) avec une quinzaine d’années d’avance.

Et comme si cela ne suffisait pas, le gamin est mis à l’honneur à plusieurs reprises. C’est lui qui « baptise » le nouveau méchant, Gyaos, sorte de croisement entre une chauve-souris géante et un ptérodactyle. C’est aussi cet enfant qui trouve une idée géniale pour mettre fin aux agissements de Gyaos. Tout cela n’est pas très crédible et sérieux, mais cela n’a d’autre but que de faire venir des spectateurs en famille dans les salles obscures.

Dans tous les cas, Gamera contre Gyaos reprend les formules ayant fait le succès de ces kaiju eiga. On a un grand méchant, ici Gyaos, véritable némésis de Gamera. Ce monstre surpuissant dispose d’un rayon jaune (il est dit dans le film qu’il est vert mais il est bien de couleur jaune) capable de tout détruire sur son passage. Et puis Gyaos est capable de se régénérer si on le blesse. Face au succès à l'époque des films de vampires de la Hammer (avec Christopher Lee), la Daiei avait imaginé Gyaos en vampire géant. S'il n'est pas un vampire, Gyaos en a conservé certaines caractéristiques. On apprend (sans surprise) que Gyaos craint la lumière. Par contre, il est amateur de sang humain. Cette caractéristique justifiera une scène à la fin du film totalement décalée.

Comme d’habitude, ce sont des acteurs dans des costumes de monstres qui interprètent Gamera et Gyaos. Afin de donner une impression de gigantisme, nos monstres vont détruire tout un tas de maquettes. Si la supercherie est évidente, il n’empêche que les effets spéciaux sont bien faits. On songe notamment à la scène du train. Et puis ces maquettes confèrent une ambiance délicieusement kitsch. Tout comme les différents plans des scientifiques, rivalisant une nouvelle fois d’idées toujours plus saugrenues pour venir à bout de Gyaos. Enfin, nos deux monstres vont s’affronter à plusieurs reprises, pour le plus grand plaisir du spectateur.

Notons que malgré son ton globalement enfantin, Gamera contre Gyaos aborde quelques sujets sociétaux. C’est ainsi que le film débute par des mouvements sociaux avec des villageois refusant qu’une autoroute passe sur leurs terres. De nouvelles questions se posent avec l'extension des infrastructures routières et dans le même temps le risque de spoliation. Contrairement à ce que l’on imagine, même au pays du soleil levant, il peut y avoir des contestations face à de grands groupes industriels désireux de faire un maximum de profits.

Au final, Gamera contre Gyaos est plutôt réussi. C’est un long métrage s’adressant avant tout aux amateurs du genre. Les autres pourraient être déçus par le ton enfantin du film.

 

Caractéristiques du blu ray édité par Roboto Films :

L'image : le film a été restauré en 4K en 2025, comme les deux autres Gamera. Les couleurs sont magnifiques et aucun défaut n'a été constaté sur l'image.

Le son : on peut voir le film uniquement en version originale sous-titrée français. On entend très bien la voix des acteurs.

Les bonus : le principal bonus est comme pour les deux autresGamera une présentation par Fabien Mauro (19mn21). Cet auteur, spécialiste du kaiju eiga, revient sur les origines de Gamera contre Gyaos. Il signale que l'idée est de mettre l'enfant au centre du récit ou encore que Gamera est présenté comme le gentil. Par ailleurs, il mentionne les caractéristiques de Gyaos. Il n'oublie pas d'indiquer que malgré son statut de film pour enfants, Gamera contre Gyaos évoque des sujets socio-économiques. Il s'agit pour lui du meilleur Gamera de la période Showa. Le second bonus est une interview de Shinji Higuchi et Shunichi Ogura (8mn23) qui reviennent sur la restauration du film. En évoquant cette restauration, ils disent qu'ils se sont bien amusés. Le troisième bonus, promotionnel, consiste en quatre trailers de films édités par Roboto Films : « Roaring fire » (2mn41) ; « Daeiei Kaidan » (1mn11) ; « Crime hunter » (2mn31) ; « Samurai reincarnation » (1mn11).

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