Déjantés du ciné
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8 août 2025

Martin de George A. Romero (critique film)

Titre du film : Martin

Réalisateur: George A. Romero

Date de sortie au cinéma : 1977

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h35

Avec : John Amplas, Lincoln Maazel, Christine Forrest, Elyane Nadeau, Tom Savini, George A. Romero, etc.

Synopsis : Martin est un jeune homme de 17 ans. Recueilli par son oncle Cuda à Braddock en Pennsylvanie, il est rapidement mis en garde par son tuteur : Martin est un Nosferatu, un vampire âgé de 84 ans, et Cuda doit sauver son âme avant de détruire son enveloppe terrestre. Des meurtres perpétrés par Martin semblent donner raison à son oncle, meurtres au cours desquels Martin boit le sang de ses victimes mais où aucun pouvoir fantastique ne transparaît. Alors Martin : vampire moderne ? fantasme d’une communauté intégriste ? tueur en série ?
 

Martin constitue le sixième long métrage du réalisateur américain George A. Romero. On le connaît principalement pour ses films de morts-vivants (La nuit des morts-vivants, 1968 ; Zombie, 1978 et Le jour des morts-vivants, 1985). Pourtant, la filmographie de Romero est bien plus éclectique qu'on l'imagine. Il s'est ainsi attaqué à la figure de la sorcière avec Season of the witch (1972) ou encore à la propagation d'un virus avec La nuit des fous vivants (1973). Avec Martin, George A. Romero traite du mythe du vampire.

 

Au début des années 70, le vampire est encore représenté de manière très codifiée dans des films d'époque (19ème siècle) par des firmes comme la Hammer. L'aspect gothique est très présent avec un vampire séducteur et généralement des images très chatoyantes. Par ailleurs, on est dans des scénarios très classiques avec le vampire et le chasseur de vampire.

Avec Martin, le vampire de George A. Romero est très contemporain. La scène d'introduction du film est symptomatique du reste ce ce long métrage. Un jeune homme, Martin, prend le train et lors de ce voyage, il agresse une jeune femme. Point de canines acérées ou de pouvoir de séduction. Dans cette scène très découpée au niveau de la mise en scène (afin de renforcer la violence), Martin utilise une seringue afin d'endormir sa victime pour ensuite la tuer avec un rasoir. Comme tout vampire qui se respecte, Martin profite du sang de ses victimes.

Mais est-il vraiment un vampire ? C'est la grande question du film. Il y a une continuelle réflexion sur l'identité réelle de Martin, qui perdurera jusqu'à la dernière séquence choc du film. George A. Romero laisse planer le doute. Et un tas d'éléments contradictoires se chevauchent dans ce long métrage. D'un côté, Martin n'a pas peur de l'ail, des crucifix et va même à l'église quand son oncle lui demande. D'un autre côté, le jeune homme déclare à sa cousine qu'il a 84 ans. Il se fait appeler Monsieur le comte lorsqu'il effectue des appels lors d'une émission radio. Et surtout, à plusieurs reprises, son oncle déclare qu'il est Nosferatu. Voilà de quoi être circonspect. Histoire de troubler un peu plus le spectateur, George A. Romero inclut à plusieurs reprises des scènes fantasmatiques en noir et blanc. Ces séquences représentent un idéal de Martin avec ses victimes mais aussi ce que l'on suppose être son passé en tant que vampire. Tout cela n'est pas banal et renforce le côté atypique de cette œuvre.

Mais au fond, le véritable but de George A. Romero n'est-il pas tout simplement, comme il le fait avec ses autres films, de s'ancrer dans son époque. Après tout, le film ne joue absolument pas la carte du fantastique. Il se situe au contraire dans le quotidien le plus banal. On voit à plusieurs reprises Martin travailler aux côtés de son oncle Cuda mais aussi sa cousine préparer le repas. Rien d'extraordinaire là-dedans. Et c'est sans doute le souhait de Romero que de mettre en scène un film où l'existence morne est transfigurée par les attaques violentes de Martin.

Dans ces conditions, Martin ne serait-il pas tout simplement le reflet d'une société malade. Le jeune homme, qui paraît solitaire et timide au premier abord, ne trouve t-il pas un substitut à sa frustration sexuelle en agressant des jeunes femmes ? Les personnes gravitant autour de lui ne semblent pas non plus déborder de joie de vivre. On songe ainsi à la femme mariée qui lui fait du rentre-dedans et sort avec pour combler sa solitude. De la même façon, on voit bien que la cousine de Martin ne s'entend pas avec son petit ami. Au-delà du film d'horreur, Martin peut donc être apparenté à un drame psychologique.

L'acteur John Amples, dont c'est le premier rôle au cinéma, campe de façon extraordinaire le personnage de Martin. On le sent tout à la fois fragile et extrêmement dangereux lorsqu'il commet des attaques sur autrui. John Amples campe avec brio ce personnage complexe, et est pour beaucoup dans la réussite du film. Comme quoi, Martin dépasse largement la notion de film de genre.

Ancré dans son époque, Martin est une œuvre étonnante dans la filmographie de George A. Romero. Lorsqu'il a tourné Martin, George A. Romero a été très influencé par les meurtres de Charles Manson et on le ressent bien à l'écran. Alors, est-ce un film de vampire ou la représentation d'un jeune homme tourmenté ? Le film pose brillamment la question du vampire en tant que tueur en série. L'année suivante, Romero tournera un de ses chefs-d'oeuvre, Zombie.

 

 

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