Déjantés du ciné
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1 octobre 2025

Speak no evil de James Watkins (critique film)

Titre du film : Speak no evil

 

Réalisateur : James Watkins

 

Date de sortie au cinéma : 18 septembre 2024

 

Origine : Etats-Unis

 

Durée : 1h50

 

Avec : James McAvoy (Paddy), MacKenzie Davis (Louise Dalton), Aisling Franciosi (Ciara), Scoot McNairy (Ben Dalton), Dan Hough (Ant), Alix West Lefler (Agnes Dalton), etc.

 

Synopsis : Les Dalton, une famille américaine, passe le week-end dans la propriété de rêve d'une charmante famille britannique rencontrée en vacances. Cependant, ce séjour qui s'annonçait idyllique se transforme rapidement en atroce cauchemar.

 

Le cinéaste britannique James Watkins s'était fait remarquer en 2008 pour son premier long métrage, l'excellent survival Eden lake avec Kelly Reilly. Quatre ans plus tard, il avait mis en scène le film d'horreur gothique La dame en noir avec DanielRadcliffe. Depuis, on avait un peu perdu de vue ce cinéaste prometteur ayant fait le choix de la série TV (Black mirror, McMafia).

 

Speak no evil marque donc son grand retour en 2024 pour le grand écran. James Watkins a en fait été sollicité par la société de production Blumhouse, spécialisée dans les films d'horreur, afin de mettre en scène un remake de Ne dis rien, un film danois datant de...2022 !

 

On peut au départ s'interroger sur l'intérêt du remake d'un film aussi récent. D'autant que ce long métrage danois est fort réussi, angoissant à souhait avec une fin nihiliste hallucinante. En somme, une oeuvre bien méchante restant longtemps en mémoire après visionnage. Evidemment, ce remake a pour but de pénétrer le marché américain grâce à un film rapidement mis en production. En plus de sa casquette de réalisateur, James Watkins est le scénariste de Speak no evil. Il reprend allègrement des séquences entières du film original durant sa première heure, sans doute pour éviter toute prise de risque. On peut penser qu'il a été “bridé” dans son écriture car la fin est beaucoup plus optimiste, reprenant la trame attendue de tout survival ou home invasion.

 

Pourtant, ce remake ne manque pas d'attrait. Watkins parvient parfaitement à personnaliser une histoire qui n'est pas la sienne. On retrouve ainsi des thématiques déjà mises en avant dans Eden lake. Il y a ainsi cette lutte des classes avec des personnes venant d'univers bien différents. Dans Speak no evil, la classe moyenne/bourgeoise va subir toute la haine de personnes issues de classes populaires, bien décidées à en découdre. Une véritable lutte des classes qui ne dit mot.

 

Car dans ce long métrage, il y a toute une réflexion sur les non-dits dans notre société où l'on accepte des choses en raison de la bienséance, de la politesse. Doit-on tout accepter ou peut-on dire les choses au risque de blesser l'autre ? Pas facile car on est bloqué par notre éducation et par la notion de morale et d'affect. Or, à l'inverse de cette situation, le film propose à sa façon une réflexion sur la liberté au sens large du terme, avec notamment un personnage psychopathe particulièrement retors.

 

Speak no evil marque des points en introduisant une horreur moderne, sans artifices ou effusions de gore (jusqu'à la dernière partie tout au moins). Le réalisateur James Watkins parvient constamment à entretenir un sentiment de malaise, en particulier par le caractère spécial des hôtes. On sent qu'ils s'amusent beaucoup avec leurs futures victimes. On attend fébrilement le moment où ce “jeu” va basculer vers autre chose.

 

Pour interpréter les différents personnages du film, la distribution s'avère de grande qualité. Très inquiétant comme il avait pu l'être dans Split de Night Shyamalan, James McAvoy campe de façon crédible un terrible psychopathe. Son côté naturel et enjoué le rendent encore plus dangereux. Les autres acteurs féminins lui rendent très bien la pareille. La troublante Aisling Franciosi est parfaite dans le rôle de sa femme ou MacKenzie Davis excellente dans un rôle de femme courage rappelant le personnage principal d'Eden lake.

 

Si le film dure près d'une heure 50, on ne s'ennuie pas une minute. Le film monte progressivement en puissance. Et puis l'issue finale reste incertaine jusqu'au bout. Solidement mis en scène, Speak no evil peut plaire aussi bien à ceux ayant déjà vu l'original que ceux qui vont découvrir pour la première fois cette histoire terrifiante.

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