Déjantés du ciné
Publicité
4 mai 2026

La légende de Zatoïchi : Un nouveau voyage de Tokuzô Tanaka (critique film + blu ray)

Titre du film : La légende de Zatoïchi : Un nouveau voyage

Réalisateur : Tokuzô Tanaka

Date de sortie au cinéma : 15 mars 1963

Origine : Japon

Durée : 1h31

Avec : Shintarô Katsu, Seizaburo Kawazu, Mieko Kondô, etc.

Editeur : Roboto Films

Sortie depuis le 16 décembre 2025 chez Roboto Films en coffret rigide 5 blu ray incluant 5 digipacks

Synopsis : Le long d’un chemin, Zatoïchi va retrouver un ami d’enfance, Tame, musicien nomade accompagné de sa femme et de son fils. Les deux hommes décident d’aller dans une auberge pour se remémorer le bon vieux temps. Cette auberge est attaquée par quatre bandits masqués.

 

La légende de Zatoïchi : Un nouveau voyage constitue le troisième volet des aventures de Zatoïchi. C’est le premier à être filmé en couleurs et forcément le changement est perceptible ! Par ailleurs, c’est Tokuzô Tanaka qui filme ce troisième opus après Kenji Misumi et Kazuo Mori. Ce cinéaste du studio Daiei a d’abord été assistant réalisateur sur des chefs-d’oeuvre tels que Rashomon (1950) d’Akira Kurosawa, Les contes de la lune vague après la pluie (1953) et Les amants crucifiés (1954) de Kenji Mizoguchi. Il est ensuite passé à la réalisation à partir de 1958.

Comme pour le précédent volet, La légende de Zatoïchi : Un nouveau voyage est inédit en France. Il était absent de l’« intégrale » de La légende de Zatoïchi  de l’éditeur Wild Side sortie en décembre 2006. C’est donc le jeune éditeur Roboto Films qui permet de découvrir ce nouveau volet passionnant.

Dans un style proche du premier film, Un nouveau voyage explore des sentiers dramatriques. Les amateurs du chanbarra (film de sabre) auront certes l’occasion d’assister à des combats, très efficaces au demeurant. Ces scènes d’action constituent un fil rouge à l’intérieur du film, mais en aucun cas le cœur de celui-ci.

Le scénario permet d’en apprendre davantage sur le passé de Zatoïchi. Notre héros rencontre par hasard un ami d’enfance l’appelant par son vrai nom, Ichi de Kasama. Surtout, il retrouve la vieille femme l’ayant élevé et le maître lui ayant appris l’art du sabre. Ces rencontres amènent Zatoïchi à s’interroger sur sa situation actuelle.

A l’inverse du personnage invincible qu’il est lors de ses combats, Zatoïchi est un homme assailli de doutes. On sent à plusieurs reprises qu’il regrette ses choix et aspire à une vie plus apaisée : « Il est temps de regretter mes actes » ; « La prochaine fois qu’on se verra [à son ami d’enfance] je serai devenu un honnête homme. » ; « Je renaîtrai. Je deviendrai un homme assagi. » Zatoïchi reçoit même une demande en mariage qui pourrait changer sa vie. Mais dans une saga aussi juteuse pour le studio Daiei, les chances sont bien minces de voir le héros changer de vie.

En partant du destin tragique de Zatoïchi, le cinéaste Tokuzô Tanaka en profite pour évoquer plusieurs questions sociétales. Il y a d’abord celle du statut social avec l’imperméabilité des classes sociales. Il y a également le statut des femmes mis en avant de façon explicite. C’est ainsi qu’une femme célibataire refuse un mariage arrangé ou qu’une femme mariée souhaite s’émanciper de son mari. De tels propos paraissent très modernes alors que le film a été tourné au début des années 60. Le Japon est alors une société patriarcale où la femme est souvent réduite au second rang.

Comme dans les précédents longs métrages, La légende de Zatoïchi : Un nouveau voyage dénonce avec beaucoup d’a propos les agissements de (certains) samouraïs prêts à tout pour de l’argent. Pêle-mêle on assiste au vol de pauvres gens et à l’utilisation de stratagèmes peu glorieux pour détrousser des riches. C’est dans ces conditions que Zatoïchi apparaît plus que jamais comme un homme droit, défenseur de la veuve et de l’orphelin : « Vous êtes de mauvaises personnes » n’hésite-t-il pas à dire à des samouraïs.

Avant d’en finir, quelques mots sur la distribution. Shintarô Katsu est désormais bien rodé dans le rôle du personnage de Zatoïchi. Il excelle dans les combats mais aussi dans les nombreuses scènes dramatiques. Il est vraiment à son aise et l’émotion est palpable. On notera aussi la très bonne interprétation de Seizaburo Kawazu dans le rôle du maître, dont il fait bien ressortir le caractère ambigu. Quant à la jeune Mieko Kondô, elle joue tout en finesse le rôle de cette femme ouvrant son cœur à Zatoïchi.

Au final, La légende de Zatoïchi : Un nouveau voyage est un long métrage essentiel de cette saga naissante. C’est une des œuvres les plus dramatiques avec en toile de fond une réflexion sur une société japonaise en pleine déliquescence. Une belle réussite.

Caractéristiques du blu ray édité par Roboto Films :

L'image : Elle est de très bonne facture, même si elle paraît un peu moins nette que les autres films en noir et blanc.

Le son : on peut voir le film uniquement en version originale sous-titrée français. Le son en DTS-HD master 2.0 est très bon. On entend parfaitement les protagonistes et la musique du film.

Les bonus : le seul bonus présent est comme sur les autres blu ray une présentation par Clément Rauger. On constatera que cette intervention est plus courte que d'habitude (8mn32). C'est suffisant pour évoquer l'intrigue, le nouveau réalisateur, l'acteur jouant le maître de Zatoïchi  ou le fait qu'il s'agit d'un opus où l'émotion prédomine. D'après Clément Rauger, la série des Zatoïchi est une grande série populaire avec un aspect tragique. Pour l'anecdote, c'est le seul film où le vrai nom de Zatoïchi est prononcé : Ichi de Kasama.

Cette section bonus comporte également les trailers d'éditions de Roboto Films : Zatoïchi, un nouveau voyage (2mn15) ; Kamen rider : les films Showa (1mn31) ; Crime hunter (2mn31) et The whale god (1mn21).

Publicité
Commentaires
Déjantés du ciné

Site indépendant proposant plus de 700 critiques de films américains, asiatiques et européens, dans tous les genres (action, comédie, documentaire, drame, romance, fantastique et S-F, horreur, policier, politique, thriller, western, etc.)
Voir le profil de Tchopo sur le portail Canalblog

Publicité
Publicité
Archives
Derniers commentaires
Publicité
Publicité