Déjantés du ciné
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29 mai 2026

Zoulou de Cy Endfield (critique film + blu ray)

Titre du film : Zoulou

Réalisateur : Cy Endfield

Date de sortie au cinéma : 1964

Origine : Royaume-Uni

Durée : 2h28

Avec : Michael Caine, Stanley Baker, Jack Hawkins, Richard Burton, Nigel Green, James Booth, etc.

Synopsis : Afrique du Sud, 1879. Au lendemain d'une cinglante défaite anglaise, un régiment britannique composé d'une centaine de soldats soutient un siège de deux jours face à une armée de 4 000 guerriers zoulous

Edition collector 2 blu ray comportant un livre de 92 pages ou édition 2 DVD le 3 juin 2026 chez Rimini Editions

 

L'américain Cy Endfield est l'auteur du film fantastique L'île mystérieuse (1961), qui bénéficie des effets spéciaux du maître Ray Harryhausen. Avant de réaliser en 1965 l'étonnant « survival » Les sables du Kalahari, il a mis en scène un an auparavant son long métrage le plus célèbre, Zoulou (1964).

Ce film de guerre relate les combats ayant eu lieu les 22 et 23 janvier 1879 lors de la bataille de Rorke's drift, entre l'armée britannique et des troupes zoulous. La période du tournage de Zoulou est importante. Elle se situe au début des années 60, en pleine décolonisation avec l'autonomisation progressive des peuples. Ce changement sociétal majeur à l'échelle mondial se retrouve au niveau du ressenti du film.

Produit par le réalisateur Cy Endfield et par l'acteur Stanley Baker, Zoulou propose une nouvelle approche du film de guerre opposant des Européens à des tribus autochtones. Les « natifs » ne sont plus considérés comme des sauvages. S'ils se battent ici, c'est uniquement parce qu'ils ont été dépossédés de leur territoire et qu'ils entendent reprendre leurs terres. Au début du film, le metteur en scène Cy Endfield reconstitue avec exactitude les coutumes des zoulous. On voit leur village avec leurs huttes. On assiste à des chants et à des danses, prélude de la guerre à venir. Il y a un aspect ethnographique dans cette description. Afin de renforcer la carte du réalisme, Cy Endfield a recruté 700 vrais zoulous pour incarner ces valeureux guerriers. On est loin des westerns américains avec des Blancs grossièrement déguisés pour jouer le rôle d'Indiens.

Zoulou surprend également par son absence de manichéisme. Il n'y a plus d'un côté les gentils Blancs et de l'autre les dangereux autochtones. Il y a au contraire un véritable respect dans les camps, ce qui est révolutionnaire à cette époque. « Je crois qu'ils sont plus courageux que nous », n'hésite pas à déclarer un soldat britannique, lors d'une attaque nocturne. Les zoulous ne sont pas en reste et saluent aussi leurs adversaires, voyant en eux des guerriers courageux.

Et les batailles dans tout ça ? Zoulou en donne pour son argent au spectateur avec des combats réalistes. Cy Endfield distille un souffle épique avec un gros travail sur le montage. Il alterne ainsi les plans larges montrant l'immensité des lieux et la férocité des combats, et les gros plans sur les visages des protagonistes. Il faut dire que la bataille de Rorke's drift a tout d'une tragédie avec d'un côté une centaine de militaires britanniques et de l'autre 4 000 guerriers zoulous. Le film met en avant le courage et la résilience dans un acte de bravoure semblant désespéré. On sent une tension permanente. Pour ajouter à l'intensité du film, on peut compter sur la bande son de John Barry alternant chants zoulous et musique martiale.

Autre élément marquant, Zoulou critique ouvertement l'inutilité de la guerre, par le biais des militaires britanniques : « J'veux bien être pendu si je peux dire pourquoi on se bat » (médecin-major). Même les officiers sont lucides sur les chances de s'en sortir, critiquant un commandement (au niveau national) totalement déconnecté de la réalité : « Quel génie militaire a donné ces instructions ? Un noble héritier, nommé colonel avant d'avoir appris à se raser. » (l'officier John Chard). Dans un contexte de décolonisation, de tels propos ne sont pas anodins.

Quelques mots sur distribution du film. Elle est excellente et contribue au succès de celui-ci. Stanley Baker Stanley interprète de façon naturelle le rôle de John Chard, un officier du génie à la recherche de solutions pour échapper à un destin funeste. De son côté, Michael Caine tient ici son premier rôle au cinéma. Il campe un jeune officier au départ hautain et rigoriste, s'humanisant progressivement et prenant ses responsabilités. Un rôle très riche que le jeune acteur parvient à remplir aisément.

Pour être totalement complet, signalons que si le film n'a pas été tourné sur les lieux de l'événement, il a tout de même été filmé en Afrique du Sud (sauf pour les scènes de l'infirmerie, à Twickenham en Angleterre), dans une réserve naturelle. On est estomaqué par la beauté des décors naturels : collines, rivières, territoires vallonés. En plus de l'utilisation des 700 zoulous, cette reconstitution minutieuse donne un cachet d'authenticité fort louable.

Au final, Zoulou constitue un film de guerre de premier ordre et une œuvre novatrice qui va changer la façon d'appréhender ce type de film. Sorti en janvier 1964, il rencontrera un immense succès. Louant la bravoure et le sens du sacrifice, ce long métrage est une œuvre culte pour les Britanniques.
 

Caractéristiques de l'édition 2 blu ray éditée par Rimini Editions :

L'image : elle est superbe. On a jamais vu le film dans des conditions aussi optimales. Les superbes décors naturels d'Afrique du Sud sont particulièrement mis en valeur.

Le son : le film disponible d'un doublage français d'époque tout à fait correct. Cela étant, il est conseillé de voir le film en version originale (sous-titrée français) car le son est plus ample et cela permet de bénéficier de la voix des acteurs. C'est donc plus naturel.

Les compléments : Rimini Editions a mis les petits plats dans les grands avec un blu ray uniquement dédié à des bonus. Et il y a de quoi faire. Le principal supplément est une analyse du film par Florent Fourcart (49mn10), spécialiste de l'histoire du cinéma. Dans cette interview très récente, enregistrée à Paris le 6 février 2026, Florent Fourcart nous fait comprendre que Zoulou est un film important. Il revient d'abord sur la carrière du cinéaste Cy Endfield et sa collaboration avec l'acteur Stanley Baker. Puis il évoque la bataille que relate Zoulou. On apprend beaucoup d'informations autour du tournage, mais aussi des acteurs (les guerriers sont interprétés par de véritables zoulous) et de la musique signée par l'incontournable John Barry. La partie la plus intéressante de cette interview est sans conteste lorsque Florent Fourcart mentionne l'originalité du film. Les guerres anglo-zoulou avaient alors été peu traitées au cinéma et Zoulou réinventerait la façon de décrire la guerre. Voilà un bonus fort intéressant, 0remettant en perspective le film en 2026.

Ce blu ray de bonus comporte également plusieurs archives d'époque autour du film : une interview de Sheldon Hall ; historien du cinéma (11mn39), le making of de Zoulou, 1ère partie (25mn47), le making of de Zoulou, 2ème partie (20mn04) ainsi que la musique de Zoulou (6mn29). Et cette édition dispose également du livre Zoulou, un récit d'aventure exaltant rédigé par Stéphane Chevalier (92 pages). Du bel ouvrage de la part de Rimini Editions !

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