le_cerveau
réalisateur
: Joseph Green
Année: 1962
Pays : U.S.A.
Acteurs : Jason Evers, Virginia Leith, Leslie Daniels

FICHE IMDB


synopsis : un médecin spécialisé dans l'expérimentation de techniques de transplantation d'organes, sauve la tête de sa petite amie, décapitée dans un accident de voiture, et part en quête d'un nouveau corps.


Il faut l'avouer d'emblée, ce film n'a rien d'un trésor caché de la SF auquel une réédition tardive rendrait justice, cependant , il n'en demeure pas moins jubilatoire et porteur, voire précurseur de nombreux thèmes que les films SF et gores contemporains développeront avec plus de réussite.

La scène d'ouverture installe le cadre et nous met au coeur de l'action : une salle d'opération ( du moins ce que le réalisateur Joseph Green en suggère avec le peu de moyen dont il dispose, nous renvoyant immanquablement au plan nine from outer space d'un certain Ed Wood ) où deux chirurgiens tentent de réanimer un patient bien mal en point. Un échange entre les deux hommes masqués nous apprend qu'ils sont père et fils, et que leurs conceptions de la médecine et de l'éthique n'est pas la même, incitant le fils à prendre le relais du père pour tester sa nouvelle technique de réanimation ( jusqu'où vont se nicher les conflits de générations...). Après l'application de soins radicaux ( massage manuel du coeur, après découpage de la cage thoracique, et stimulation électrique du cerveau, après ouverture de la boite crânienne !!!) le patient décédé reprend vie. On peut d'ailleurs noter à ce moment un décalage entre ce que l'infirmière observe et ce que la caméra nous montre : «  docteur, je sens à nouveau son pouls !! », tandis que la caméra nous montre en gros plan des agitations de la main qui se referme presque sur celle de l'infirmière qui ne remarque rien de cela, faisant naitre un comique bien involontaire.

En sortant du bloc opératoire les deux médecins s'entretiennent sur les expérimentations du fils, que réprouvent bien sûr le père, et sur la disparition de membres de cadavres dons la morgue de la faculté de médecine.

Survient alors la femme de Bill Cortner ( le fils), et ils évoquent alors leur séjour dans la maison de campagne familiale que le père regrette de ne pas avoir vendu à la mort de sa femme. Bref, tout ces dialogues, un peu longuets parfois, n'ont d'autres fonctions que de nous faire comprendre :

a) que le Dr Bill Cortner est un féru d'expérimentation qui n'est pas embarrassé par l'éthique pour mener ses études à bien,

b) que des morceaux de cadavres disparaissent à des fins si mystérieuses que la profondeur des dialogues désigne presque immédiatement Bill comme le coupable,

c) que la maison de campagne où il s'apprête à aller est isolée et quasi abandonnée, sauf par Bill, biensûr, le suspens est donc à son comble, les pièces du puzzle se mettant en place de manière diabolique....

Pour couronner le tout, juste avant leur départ, Bill reçoit un bien mystérieux coup de fil de la part d'un certain Kurt, ce qui semble l'alerter au plus au point.

Le voyage sera d'ailleurs chargé d'électricité entre Bill et sa femme, cette dernière estimant que Bill conduit trop vite, et un virage raté nous apprendra qu'elle n'avait pas tout à fait tord.

Alors que le Dr Bill Cortner reprend ses esprits, c'est pour constater que sa voiture est en proie aux flammes et qu'il ne peux plus rien pour sa femme, dont le corps gît bloqué dans le véhicule, tandis qu'elle a été décapitée.

Une ellipse plus tard nous montre le « valeureux » docteur courir avec un macabre paquet sous le bras, dont on découvrira qu'il s'agit bien de la tête de sa femme, qu'il a emmené dans l'espoir de la ressusciter.

C'est le dénommé Kurt qui ouvre la porte, ce dernier nous apparait rapidement comme l'homme de main du médecin, mais une conversation avec la tête ressuscitée nous le confirme ( au cas où...).

Kurt est bien celui qui procure au médecin les membres dont il a besoin.

La tête ressuscitée, Kurt peut enfin annoncer au docteur ce qui motivait son appel, cause de tant de précipitations aux conséquences dramatiques : la  «  chose » à muter, on l'entend d'ailleurs frapper contre une porte fermée à clé dont les verrous sont mis à rude épreuve, et est devenue incontrôlable.

À partir de là, les choses vont prendre une tournure inéluctable : en effet, alors que le docteur va consacrer son temps à la recherche d'un nouveau corps, non sans avoir subit les récriminations de sa femme qui ne comprend pas les agissements de son mari, et il sait que le temps que lui laisse le sérum est compté, kurt est chargé de surveiller la maison, le « monstre » ( que l'on se garde bien de nous montrer et de nous décrire), et la tête de Jane, la femme du docteur.

Mais celle-ci, si elle a semblé désemparée face à la situation semble vite reprendre son sang froid, pire elle arrive à inquiéter Kurt : en effet, elle semble avoir de nouveaux pouvoirs suite à l'injection de sérum, et on la voit contrôler à distance le monstre et lui insuffler son désir de vengeance, sous le regard effaré du pauvre Kurt qui ne sait comment réagir.

La situation s'inverse donc, et cette tête si inoffensive à priori apparait lourde de menaces. Pendant que s'installe ce huis clos plutôt réussi entre la tête de Jane et Kurt, on voit Bill multiplier les approches qui sont autant de tentatives de séduction, donnant au film un ton des plus décousus, mais plaisant malgré tout, le réalisateur semblant constamment hésiter entre les ambiances à donner au film.

Alors que Bill semble parvenir à ses fins, c'est pour constater que Kurt à été agressé par la créature dans un ultime effort commandé par Jane, et pour périr à son tour sous les coups de celle-ci, déclenchant un incendie qui dévastera le laboratoire caché du docteur.


Curieusement,  Bill Cortner, comme l'histoire d'ailleurs, est à la croisée de plusieurs mythes de la science fiction. Tout d'abord, on reconnait aisément le mythe de Frankenstein, qui se traduit ici par le fait de redonner vie à un amalgame de membres sans vie. Mais le docteur préfigure aussi un certain Herbert West, ayant lui même recours à un sérum de son invention pour rendre la vie. Tout comme ce dernier,  Bill Cortner se montre monomaniaque et prêt à tout sacrifier pour la réussite de ses recherches, effectuées au nom de la science et de l'évolution de celle-ci. Mais au final, ces philanthropes se montrent bien dangereux par leurs agissements inconsidérés et le peu de cas qu'ils font de leurs semblables.

Au delà de l'histoire et de l'emprunt à différents mythes, le ton du film et les ambiances oscillent parfois de manières curieuses vers les aspects et les hommages les plus inattendus : on pense souvent à Ed Wood, et ce de manière sans doute involontaire, pour les effets et les décors fauchés, mais aussi à l'écurie Corman pour son gout prononcé pour les monstres ratés, comme l'on peut observer quelques emprunts au nudies ( genre alors en vogue) et plus particulièrement à Russ Meyer ( ha, ce crêpage de chignon qui amène les deux filles à se rouler par terre...).

De plus, quelques phrases des dialogues nous renvoient irrémédiablement au caractère croyant des américains, le père appelant son fils à ne pas se substituer à dieu..., cette référence nous rappelant le final moralisateur de l'homme qui rétrécissait.

Le thème du savant fou est récurant dans le cinéma fantastique, ici, comme souvent, il agit pour le bienfait des sciences. la scène d'ouverture, avec la réanimation réussie du patient décédé, nous suggère que la prise de risque de Bill Cortner est justifiée, puisque les résultats, eux, existent, et permettent de sauver une vie.Le discours de Bill semble donc étayer par ses résultats. Mais très vite, nous pourrons voir l'envers du décor et mesurer l'ampleur du désastre que rien ne saurait justifier.
Petite curiosité du film Le cerveau qui ne voulait pas mourir, Jane, réduite à l'état de tête "pensante " et douée de télépathie, n'a de cesse de réclamer qu'on la laisse mourir, contredisant en cela le titre même du film. Elle n'acceptera de mourir, cependant, qu'après avoir assouvie sa vengeance, telle la Créature de Frankenstein se retournant contre son maitre, elle se rebelle contre celui qui essaie de prolonger son existence de  manière  artificielle et insupportable, ayant perdue toute humanité en même temps que son corps.
Bill, dont on ne sait s'il agit plus par amour pour Jane ou par amour de la science , est incapable de voir et comprendre le mal qu'il inflige à sa fiancée. La chance de pouvoir expérimenter son nouveau sérum et de nouvelles techniques de greffes de membres ( les précédents essais s'étant soldés par des échecs dont le bras gauche de Kurt à fait les frais) le disputant à son amour pour Jane, un amour toutefois bien égoïste.
Le film, je le disais, n'est pas un joyau du septième art : les dialogues venant parfois appuyer avec force insistance sur ce que chacun avait compris, les  décors et les maquillages étant particulièrement  démodés ( la scène d'ouverture fait penser à la cabine de pilotage de la soucoupe volante de Plan nine from outer space !, par son côté dépouillé )

Malgré, ou grâce à ces imperfections le film se regarde avec un plaisir évident, et évidemment coupable ...