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Spider baby, or the maddest story ever told de Jack Hill

Année : 1968

Durée : 82 min

Origine : USA

Fiche IMDB

Synopsis : dans une maison qui semble abandonnée vivent en reclus les derniers descendants d'une famille victime d'une maladie dégénérative rare. Or, des membres éloignés de la famille viennent accompagnés d'un avocat pour prendre possession des lieu.

Le film de Jack Hill, auréolé de l'appellation de film culte, bien qu'appartenant à la classe des séries B, se révèle être une excellente surprise. Filmé dans un noir et blanc qui magnifie une atmosphère délicieusement gothique, le métrage se démarque des films horrifiques traditionnels en distillant un humour noir décalé renforçant le sentiment de folie ambiante.

Dès le générique, le ton semble d'ailleurs donné : celui-ci, agrémenté de dessins de toiles d'araignée, ossements et autres ornements du genre est soutenu par une remarquable bande-son, chanson blues au groove littéralement distordu et lourd dont l'étrangeté semble amplifiée par la voix rocailleuse en diable de lon Chaney Jr himself ( alias Bruno dans le film) vociférant des paroles oscillant entre la contine enfantine et l'incantation macabre :

Des cris, des gémissements,des chauves souris, des ossements,

de jeunes monstres dans des maisons hantées,

un fantôme dans l'escalier, une morsure de vampire

prenez garde ! C'est la pleine lune ce soir...

 

des araignées cannibales se glissent et rampent,

des garçons et des goules font la fête ensemble

Frankenstein, Dracula et même la Momie

finiront à coup sûr dans le ventre de quelqu'un,

 

Prenez un rongeur fraichement tué,

des champignons vénéneux et des herbes,

une vieille chouette et son petit,

ajoutez sept pattes d'une bête qui en a huit,

vous voilà prêt pour un festin cannibale

 

Asseyez vous autour du feu avec une tasse de ce breuvage

un démon et un loup garou à vos côtés

Cette orgie cannibale est étrange à regarder

et cette histoire la plus folle jamais racontée

 

Dès le générique, le ton est donc donné et  Jack Hill entretien tout au long du métrage ce curieux cocktail où l'humour est forcément noir.

Il semblerait même, avec un peu de recul, que la dégénérescence, « sujet » du film, en soit également l'essence. Le film s'ouvre sur un homme confortablement installé dans un salon, tenant un livres des maladies rares et extraordinaires, et nous contant le cas du syndrome de Merrye, heureusement disparu avec la famille du même nom. Selon notre narrateur, et référent, ce syndrome  propre à une famille provoquerait un état de dégénérescence, ramenant ses victimes au stade infantile avant de les faire régresser au rang animal, le tout accompagné de comportement cannibale. La suite nous montrera que la dégénérescence, loin de ne concerner que ses victimes touche également le métrage, dont la forme oscille entre la comédie et le film d'épouvante de série B.

Notre narrateur entame donc son récit, censé illustrer ce qui à mis fin à ce terrible syndrome.

 

Nous suivons donc les pérégrinations d'un facteur qui n'arrive pas à trouver son chemin, et se trouve confronté à une population mystérieusement craintive, fuyant à l'évocation du nom de la résidence où il doit se rendre.

Après maints détours, et après s'être engagé dans des chemins quelques peu délaissés, le voilà qui arrive à bon port. Le parcours de notre facteur est filmé de manière fluide, rythmé par une musique entrainante et l'ensemble est rendu cartoonesque par la mise en scène musicale accentuant l'action, soutenant son côté léger.

Arrivé à bon port, notre homme entreprend d'entrer dans la propriété, vaste mais à l'apparence abandonnée. Ne voyant personne, et ses coups frappés à la porte restant sans réponse, il se risque à appeler par une fenêtre. Bien lui en prend, car une jeune fille apparait, qui lui tient un discours quelques peu curieux. Notre jeune fille, bien que semblant jeune adulte est habillée comme une petite fille et ne parle que de jouer au jeu de l'araignée dont elle ne tarde pas à nous faire une petite démonstration, aux dépends du facteur : pris au piège par la fenêtre à guillotine qui s'est rabattue, il se voit également pris dans les rets de la jeune fille qui le poignarde alors. Notre « spider baby » vient donc de frapper, avant d'être rapidement rejoint par une autre jeune fille présentant les mêmes caractéristiques ( pour ne pas dire symptômes) : voix et tenue infantile, propos étranges très détachés de la gravité réelle de la scène qui vient de se dérouler. Une menace semble pourtant peser : ce que pourrait dire un certain Bruno, au sujet duquel les jeunes filles, Elisabeth et Virginia ne sont pas d'accord.

Bruno ne tarde d'ailleurs pas à arriver, accompagné de Ralph ( Sid Haig ) qui n'est autre que le frères des jeunes filles susnommées. Ralph présente une dégénérescence plus avancée, l'empêchant de s'exprimer autrement que par râles et onomatopées, de marcher souvent comme un animal.

Bruno, pour sa part est le fidèle majordome de la maison qui a promis à ses anciens maitres de veiller sur leur progéniture dégénérée. Mais l'arrivée du facteur lui fait prendre conscience que leur tranquillité est menacée : un courrier indique l'arrivée proche de membre éloignés de la famille et de leur avocat, bien décider à prendre possession des lieu et de la fortune de leurs aïeux.

Jack Hill, filmant de manière fluide et efficace, fait également une présentation brève des divers personnages qui vont chacun s'étoffer, se révéler par la suite.

Toutefois, malgré ses qualités de mise en scène, le ton du métrage peut surprendre : d'aspect léger, ne dramatisant jamais les jeux de notre spider baby, le tout est extrêmement musical, à la limite du catoonesque, donnant parfois le sentiment de voir du Tex Avery sur pellicule tant la musique semble devoir guider l'action et lui conférer sa  « couleur émotionnelle » : humoristique, dramatique, romantique, horrifique. La musique n'a de cesse de se faire caméléon au fil des images et des situations alors que le filmage de Jack Hill ne cesse jamais d'être froid, à l'image de son esthétique gothique surannée, qui au final se révèle bien plus être un écrin, un cadre formel propice à une démonstration, une étude « clinique » d'une forme de folie décidément très particulière. Ce sentiment d'expression d'affects contradictoires, quasi schizophrénique renforce la curiosité de Spider baby, or the maddest story ever told, objet aux dimensions si antinomiques qu'il en devient unique, et profondément jubilatoire.

En effet, le métrage de Jack Hill qui aurait pu devenir un exercice laborieux à vouloir compiler diverses ambiances, devient un terrain de jeu pour grands enfants cinéphiles avides de régressions ludiques. Que l'on ne se méprenne pas, loin de vouloir analyser un style ( le film d'épouvante), Jack Hill semble vouloir lui rendre un hommage des plus personnels tout en lui apportant un éclairage nouveau, une relecture iconoclaste. Tout ici est outré, démesuré, exagéré, il s'agit d'éveiller la peur, mais comme on le ferait à partir d'un conte, en n'oubliant pas d'appliquer des recettes qui ont fait leur preuve, au point de perdurer pour certaines : la dégénérescence d'une famille vivant en reclus, le cannibalisme ou sa seule évocation, une vieille demeure que l'on croit abandonnée et retirée, des insectes répugnants ( ici les inévitables araignées), des secrets de familles prêts à resurgir, des personnages peu sympathiques que l'on ne craint pas de voir disparaitre, un candide qui va sauver la situation. Spider Baby se décline comme un catalogue de l'horreur que l'on feuilletterais avec délectation et amusement car il est bon de se faire peur au coin du feu. L'histoire ici compté par notre référent, si elle n'a rien de si horrifique est des plus distrayantes, comme semble nous en avertir la chanson en générique d'ouverture.