theoremeThéorème de Pier Paolo Pasolini, 1968
Film italien
Durée du film : 1h34
Acteurs principaux : Silvana Mangano, Terence Stamp, Anne Wiazemsky, Massimo Girotti, Laura Beti, Andres José Cruz
Musique : Ennio Morricone

FICHE IMDB

Résumé : Une famille de la bourgeoisie milanaise reçoit la visite d'un jeune homme. Chaque membre de la famille tombe tour à tour sous le charme du visiteur. Son départ les bouleversera profondément.

Avant de parler du film proprement dit, il faut le recadrer d'un point de vue temporel. Nous sommes en 1968. C'est un contexte de révolution, de changement qui n'est pas seulement valable pour la France.

Dès le début du film, un personnage évoque une situation de lutte des classes et le fait que la bourgeoisie, comme c'est bien souvent le cas dans des temps troubles, cherche à s'approprier les rennes du pouvoir. C'est justement une famille bourgeoise milanaise qui est au coeur de l'action narrée par Pasolini. Tous les membres de cette famille sont attirés par un jeune homme (dont le rôle est tenu par Terence Stamp) venu leur rendre visite. Ce sont successivement la servante, le fils, la mère, la fille et puis le père qui ont des relations avec leur hôte. Aucun d'eux ne peut résister à ses pulsions sexuelles.

On retrouve bien dans ce film la thématique majeure de Pasolini. A savoir que le désir sexuel prime sur tout. Evidemment, sur ce point, Théorème se rapproche de La trilogie de la vie. Ce film, réalisé en 1968, est même précurseur du triptyque puisque Le décaméron, Les contes de Canterbury et Les mille et une nuits datent respectivement de 1971, 1972 et 1974. Pour autant, la comparaison s'arrête là.

En effet, il y a dans Théorème une importante dimension socio-politique et une non moins importante dimension religieuse qui s'accomplissent dans un film qui peut paraître austère à première vue. Cette famille qui adore littéralement le jeune étranger venu s'installer chez elle ne peut assouvir pleinement ses passions. Elle est liée au bon vouloir de ce jeune homme, qui au demeurant ne repousse aucun des membres de cette famille. Ces derniers sont tous obnubilés par le jeune homme. Son départ va donc profondément les bouleverser.

C'est comme si leur vie avait changé, comme si l'étranger (que l'on peut apparenter à un dieu ou à un démon) venait de les révéler. Pasolini est particulièrement critique envers la bourgeoisie italienne dont il pense qu'elle a un mode de vie banal et sans intérêt (la mère de famille parle d'amour instinctif d'une vie stérile). Le bonheur que cette famille semblait montrer ne serait donc qu'un bonheur de façade. Pasolini dénonce ouvertement la bourgeoisie et les apparences qu'elle tend à entretenir.

La frustration sexuelle liée aux principes bourgeois est battue en brèche par le réalisateur. En cela, le jeune hôte a servi de détonateur. Après son arrivée, la vie de chacun des membres de cette famille bourgeoise va changer, un peu comme si ils avaient eux aussi vécu leur mai 1968. Le changement est radical. La servante quitte la demeure de ses maîtres et retourne à sa terre où elle perd littéralement la boule. Même cas de figure pour la fille qui va être internée. Quant au fils il se met à uriner sur l'une de ses toiles. Le père n'est pas en reste, il donne son entreprise à ses ouvriers et part dans la cendre d'un volcan comme s'il accomplissait sa propre traversée du désert.

Car la thématique religieuse est omniprésente, et notamment à la fin du film : la servante réussit à faire de la lévitation et peu après elle meurt enterrée (une nouvelle Antigone ?) selon sa propre volonté, la mère de famille va dans une église, comme pour se laver de péchés, elle qui juste auparavant venait de faire l'amour avec de jeunes hommes.Pasolini n'a de cesse de critiquer la bourgeoisie et ses moeurs qui l'accompagnent.

Pourtant, Théorème n'est pas qu'une critique de la bourgeoisie, c'est surtout un formidable drame humain et c'est en cela que la dimension religieuse prend toute son importance.

Théorème, qui à l'instar d'autre oeuvres de Pasolini a choqué le public lors de sa sortie, n'en reste pas moins un chef-d'oeuvre du cinéma italien qui mérite largement d'être visionné.

Par Nicofeel