It_s_a_free

Réalisé par Ken Loach

Année : 2007
Origine : Royaume-Uni
Durée : 96 minutes
Avec : Kierston Wareing, Juliet Ellis, Leslaw Zurek...

Résumé : Une femme travaillant dans une agence de recruement est licenciée. Elle décide alors de créer avec une amie sa propre agence, en utilisant des travailleurs immigrés.

FICHE IMDB

Chef de file du cinéma britannique qui s'intéresse aux problèmes que connaît notre société, Ken Loach a obtenu en 2006 à Cannes la consécration suprême avec la Palme d'Or pour Le vent se lève.
Le cinéaste britannique nous revient avec It's a free world... (titre ô combien ironique), qui constitue l'un de ses meilleurs films comme vous allez pouvoir le constater.

It's a free world nous montre une jeune femme, Angie (interprétée par Kierston Wareing) qui travaille pour un cabinet de recrutement londonien. Elle est dépêchée dans un pays d'Europe de l'Est pour recruter de nouvelles personnes selon leurs compétences. Mais à cause d'une altercation qu'elle a avec l'un des supérieurs hiérarchiques, elle se fait virer lorsqu'elle rentre à Londres. Elle décide alors de fonder sa propre agence de recrutement avec sa colocataire, Rose. Elle trouve alors à diverses entreprises de la main d'oeuvre étrangère. Mais bien vite on constate qu'Angie ne se montre pas mieux que son cabinet de recrutement par les méthodes qu'elle utilise.

It's a free world est avant toute chose une dénonciation en règle des pratiques quelque peu douteuses pour ne pas dire immorales d'agences de recrutement qui profitent du fait que des immigrés ont besoin d'un travail pour se faire de l'argent sur leur dos (la scène initiale où les gens commencent par donner de l'argent au recruteur, alors qu'ils n'ont pas encore de travail, est sans équivoque). Cette question est d'autant plus actuelle qu'on sait qu'un grand nombre d'immigrés se rendent chaque année en Angleterre afin d'y trouver un travail. Mais leur destin est souvent loin d'être un long fleuve tranquille.
Ces immigrés, qui ont quitté leur pays d'origine pour cause de chômage, se retrouvent dans un pays dont ils ne connaissant souvent pas la langue et où ils des problèmes évidents pour récupérer des papiers afin d'être en règle sur le territoire britannique.
C'est justement sur le dos de ces pauvres personnes qu'Angie et Rose voient leur nouvelle société de recrutement prendre un certain essor.

Ken Loach n'a de cesse de nous montrer une héroine (Angie) qui va de plus en plus loin dans ses pratiques : au départ elle souhaite seulement se retrouver un job. A la fin, elle en vient avec sa collègue Rose à employer des gens à des niveaux plus bas que le SMIC local ; elle ne déclare pas aux impôts la TVA et autres bénéfices ; elle sous-loue des appartements aux personnes à qui elle trouve un travail saisonnier ; elle se retrouve à dénoncer des gens qui vivent dans des espèces de bidonvilles afin de trouver un endroit pour dormir à de nouveaux travailleurs.
Pourtant, au-delà de ces pratiques immorales et douteuses, on ne déteste pas Angie. Car elle est un produit de la société qui cherche avant tout à survivre. Elle qui dit à de nombreuses reprises qu'on l'a toujours arnaqué, voudrait pour une fois avoir sa chance. Cette mère célibataire voudrait que son fils soit fière d'elle. Et lors d'une scène qui montre toute la nuance d'Angie : on la voit en train d'aider une famille d'immigrés, en allant jusqu'à les loger chez elle pour la nuit.

Mais évidemment on finit toujours à un moment donné à être rattrapé par son destin. Et lorsque Angie est elle-même victime d'une arnaque, elle se doit retrouver une grosse somme d'argent. La fin du film, qui fait écho à la scène d'ouverture, montre que finalement rien n'a évolué pour l'héroine. Ou plutôt les choses ont même empiré pour elle (de recruter des gens pour obtenir une promotion elle en arrive à recruter des gens pour sauver sa peau).

Au final, It's a free world est une totale réussite de la part de Ken Loach. Celui-ci traite d'un sujet très important et se montre d'ailleurs particulièrement vindicatif quant à la façon dont son pays (ou plutôt certains employeurs peu scrupuleux) traite les ressortissants immigrés. Dans le même temps, il dresse un portrait tout en nuances d'une femme elle-même prise dans ces événements. La prestation de l'actrice principale, Kierston Wareing, est tout bonnement époustouflante.