Septième édition du festival international du film écologique de Bourges :

 festivalfilmécoloLe maire de Bourges, monsieur Serge Lepeltier, annonçait dans l'édito du programme de cette septième édition du festival international du film écologique de Bourges que « la question de l'eau demeure vitale et irrigue à elle seule, une très large partie des problèmes du monde. C'est toute cette problématique que le 7ème Festival International du Film Écologique, à travers une trentaine de films, documentaires, fictions, reportages sélectionnés mettra en exergue. Le 7ème festival doit être, encore plus que les précédents, l'instrument pédagogique indispensable à la prise de conscience de l'enjeu majeur qui est l'accessibilité pour tous à l'eau. »

C'est donc très logiquement que plusieurs documentaires que j'ai eu l'occasion de voir concernent la thématique de l'eau.

En tout cas, ce festival de qualité, gratuit et ouvert à tous, m'a permis d'apprendre de nombreuses choses en rapport à notre environnement quotidien. Le festival annonçait en publicité : « Vous n'en sortirez pas indemne » et c'est vrai qu'après avoir regardé certains documentaires, la réalité de notre société actuelle fait froid dans le dos. Il est nécessaire de changer les choses ! Et le premier acte est d'informer la population. C'est ce que réussit ce festival par le biais de ses nombreux documentaires.

 

Ci-joint mon avis sur les documentaires visionnés :

 

notrepoisonquotidienTitre du documentaire : Notre poison quotidien

Réalisatrice : Marie-Monique Robin

Durée : 112 minutes

Date de programmation au festival de Bourges : jeudi 6 octobre 2011, à 20h03

Avec notre poison quotidien, la journaliste Marie-Monique Robin (qui s'est notamment fait remarquer par son film Le monde selon Monsanto, diffusé sur ARTE le 11 mars 2008) s'intéresse à la question des aliments (solides et liquides) que l'on retrouve tous les jours dans notre assiette, et qui comportent parfois des doses non négligeables de produits chimiques. Il y a donc bien du poison dans notre nourriture. C'est tout l'intérêt de ce documentaire qui allie images actuelles et images d'archives.

 Notre poison quotidien débute avec une vidéo de l'INA de 1964 où une personne évoque déjà la question des pesticides. A l'heure actuelle, le marché annuel des pesticides représente 25 milliards d'euros.

Sauf que si la chimie a réponse à tout (fongicide, herbicide, pesticide), Marie-Monique Robin signale que chaque année une à trois millions de personnes sont victimes et 200 à 300 000 en meurent.

Toute la problématique de ce film fort bien documentée est résumée à travers cette phrase particulièrement évocatrice : « Ce sont les industriels qui prennent les bénéfices et les consommateurs les risques. »

 Le danger est bien réel pour le consommateur. Le but pour chacun est de ne pas dépasser la dose journalière admissible (DJA). Cette DJA correspond à la quantité d'une substance qui peut être administrée à une personne, sans risque pour sa santé. C'est pourquoi le toxicologue René Truhaut a écrit que c'est la dose qui fait poison.

Le problème reste entier car le documentaire indique que les mesures de la DJA sont floues et surtout les rapports internationaux sont contradictoires, ce qui profite aux firmes industrielles.

 L'exemple de l'aspartame (que l'on trouve entre autres dans le coca-light ou le coca-cola zéro), qui est parfaitement développé dans le film, est un modèle du genre. La réalisatrice Marie-Monique Robin déclare que la Food and drug administration (FDA), agence des Etats-Unis responsable de la pharmacovigilance, a procédé à des études légères sur ce produit chimique. Et pour cause : le lien entre industrie, politique et administration est pour le moins étroit. Ce point du documentaire est particulièrement intéressant et édifiant en montrant que la santé publique n'est pas forcément l'élément le plus important pour des politiques.

C'est sans surprise que toutes les études de l'industrie concluent que l'aspartame ne pose aucun problème. Sauf que 100 % des études indépendantes concluent au contraire au danger de l'aspartame.

 Un autre exemple fait également froid dans le dos. C'est le cas du bisphénol A, qui augmente le risque d'avoir un cancer ou d'être obèse.

 Avant de conclure son film, la réalisatrice indique que 80 à 90 % sont liés au mode de vie que l'on adopte et aux régions dans lesquelles on habite.

 Au final, Notre poison quotidien se révèle un documentaire très riche et très instructif. Marie-Monique Robin a fait un énorme travail de fond, ayant eu accès à de nombreuses données et ayant interviewé plusieurs scientifiques, tant Français qu'étrangers. Elle a posé de vraies questions de société, qui se révèlent même parfois dérangeantes pour l'OMS dont les représentants se sont refusés à tout commentaire.

Voilà un documentaire qui fait franchement peur. On espère que les choses pourront évoluer, mais il faudra pour cela que les politiques se décident à prendre à bras le corps ces questions de santé publique.

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nigeriaTitre du documentaire : Nigéria : l'éternelle marée noire

Réalisateurs : Sébastien Mesquida et Yann Le Gléau

Durée : 22 minutes

Date de programmation au festival de Bourges : vendredi 7 octobre 2011, à 13h48

Ce documentaire dure à pleine plus de 20 minutes. Pour autant, durant sa courte durée il montre très bien la situation au Nigéria concernant le pétrole avec d'un côté les grands groupes industriels qui s'enrichissent en extrayant du pétrole et de l'autre des villages entiers qui sont victimes de marées noires, provenant d'oléoducs qui ne sont pas réparés ou d'oléoducs victimes d'attaques de rebelles.

Le film évoque bien le chaos qu'il y a dans ce pays avec le pétrole qui est l'objet de toutes les convoitises, y compris de personnes qui exploitent le pétrole provenant de la marée noire. Certaines interviews qui émaillent ce documentaire sont proprement hallucinantes. On comprend que des gens risquent leur vie en traitant dans des conditions plus que rudimentaires le pétrole récupéré (illégalement) de la marée noire, et ce pour avoir au bout du compte une faible somme d'argent.

Le film a aussi le mérite de signaler le fait que les plaintes de Nigerians au sujet de la marée noire n'ont pas la même incidence selon que les procès se déroulent au Nigéria ou dans les grands pays industrialisés. En effet, dans le premier cas, les gens peuvent espérer tout au plus quelques centaines d'euros (sachant que les procès sont longs), et dans le second cas des milliards d'euros. C'est bien toute la différence entre le fait de résider dans un pays riche et démocratique et au contraire vivre dans un pays instable sur le plan politico-économique.

Nigéria : l'éternelle marée noire constitue un documentaire très instructif qui conduit le spectateur à un sentiment de révolte, tant l'injustice qui semble régner dans ce pays paraît grande.

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dupoisondansleaudurobinetTitre du documentaire : Du poison dans l'eau du robinet

Réalisatrice : Sophie Le Gall

Durée : 90 minutes

Date de programmation au festival de Bourges : vendredi 7 octobre 2011, à 14h11


Journaliste à France 3, Sophie Le Gall a choisi de réaliser un documentaire sur un sujet au thème universel : l'état de l'eau potable que l'on consomme quotidiennement au robinet.

Avec un titre tel que Du poison dans l'eau du robinet, on se doute que le constat risque d'être implacable.

On débute d'ailleurs sur les chapeaux de roues en apprenant que si l'eau du robinet contient de l'aluminium – et ce afin de la rendre plus limpide – on observe dans plusieurs villes françaises des taux d'aluminium supérieurs entre 4 et 20 fois à la norme réglementaire !

Ces chiffres sont d'autant plus inquiétants que seize millions de Français boiraient chaque année de l'eau traitée avec de l'aluminium. Or, ces traces d'aluminium s'accumulent dans le cerveau et sont susceptibles de favoriser la maladie d'Alzheimer.

Le documentaire signale que des solutions existent pour éviter l'aluminium. Ainsi, Paris (qui n'est tout de même pas une petite ville !), l'aluminium a été proscrit depuis plus de 30 ans. Dans la capitale, on ajoute des sels ferriques qui peuvent parfois donner une petite couleur à l'eau. Mais que vaut-il mieux défendre ? Une eau potable ou une eau claire qui semble pure mais qui risque d'être dangereuse pour la santé. La réponse semble évidente. Reste à faire évoluer tout cela.

Très engagée, la réalisatrice n'a pas hésité à prendre contact avec les grands groupes français qui distribuent l'eau en y ajoutant de l'aluminium. Suez n'a pas souhaité s'exprimer sur le sujet. Quant au représentant de Veolia, il n'a pas fourni d'explications quant aux raisons de la distribution d'une eau qui ne respecte pas la norme en matière de teneur d'aluminium.

Sophie Le Gall pose des questions pertinentes et s'en prend aux personnes directement concernées.

La journaliste s'intéresse ensuite à la question des nitrates et des pesticides dont les taux dépassent bien souvent largement la norme. Elle cite l'exemple de l'Eure-et-Loir, département de France le plus contaminé.

Sophie Le Gall a réussi à interviewer un maire qui semblait embarrassé sur la question, et a fini par déclarer la phrase suivante, qui est proprement incroyable : « Oh madame, on a aucun malade, aucun mort. »

Sur les 5 communes testées dans le cadre du documentaire, seul un maire informe la population du danger de la qualité de l'eau au regard du taux de nitrates et de pesticides. Une nouvelle fois, Sophie Le Gall explique que des solutions existent.

Ainsi, la DDASS a décidé d'interdire la construction de lotissements dans une commune, tant que des travaux ne seraient pas fait pour améliorer la gestion de l'eau.

Il faut dire que cette eau – dont l'autorisation d'exploitation est délivrée parfois par dérogation (où le maire s'engage à faire les travaux nécessaires) - est dangereuse pour les femmes enceintes et les nourrissons.

A leur niveau, les citoyens peuvent aussi espérer faire évoluer les choses par eux-mêmes. Ainsi, on apprend que dans une affaire qui est allée devant les tribunaux, la SAUR (société spécialisée notamment dans la gestion des services d'eau et d'assainissement) a été condamnée pour avoir vendu de l'eau non potable.

Le documentaire va encore plus loin dans son constat accablant en montrant notamment que le radon, un gaz radioactif, circule dans l'eau. Or, il est difficile de mesurer sa présence dans la mesure où la réglementation française ne prévoit pas de rendre en compte le radon !

Et ce n'est pas tout. L'eau contient également des médicaments. Même après avoir été traitée, l'eau contient encore 80 % de résidus de médicaments car les stations d'épuration ne sont pas prévues pour cela ! Tout cela est très réjouissant !

Parfaitement transparente sur le sujet et cherchant à mettre en lumière les risques auxquels peut s'exposer le consommateur en buvant de l'eau du robinet, Sophie Le Gall n'y va pas par quatre chemins. La journaliste demande des informations au directeur de la communication de Veolia qui paraît gêné sur le sujet. Les élus interviewés sont dans l'ensemble à peine plus sereins. Sophie Le Gall va jusqu'à montrer en direct au représentant d'une société censée filtrer l'eau sque son système ne marche pas.

A la fin de ce documentaire, on est tout à la fois surpris, agacé et inquiet par ce que l'on vient d'apprendre. Merci Sophie Le Gall pour nous avoir informé des dangers qui nous guettent à boire l'eau du robinet. Pour ma part, mon premier geste en tant que citoyen a été de rédiger cet article ! Mon premier geste en tant que consommateur a été d'acheter des bouteilles d'eau et arrêter de boire l'eau du robinet.

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globalsteakTitre du documentaire : Global steak, demain nos enfants mangeront des criquets

Réalisateur : Anthony Orliange

Durée : 90 minutes

Date de programmation au festival de Bourges : samedi 8 octobre 2011, à 13h48


Dans une sélection de films qui permettent certes d'apprendre beaucoup de choses sur l'nevironnement dans lequel on évolue mais se révèlent particulièrement alarmistes, le documentaire d'Anthony Orliange intitulé Global steak, fait figure d'oeuvre atypique.

Global steak part lui aussi d'un constat inquiétant : En France, on consomme 92 kilos de viande par habitant et par an. En 2050, avec une population mondiale de 9 milliards d'habitants, il faudra doubler la production actuelle et faire avec 36 milliards d'animaux d'élevage. Comment faire pour nourrir une population aussi importante ?

Si le sujet est en soi problématique, la situation est constamment dédramatisée par le ton libre, amusant, décalé que prend ce documentaire.

A cet effet, le narrateur de Global steak est bien souvent très drôle par les propos qu'il tient, comme par exemple lorsqu'il parle du cochon transgénique, l'enviropig, conçu au Canada : « un avenir plus proche de Frankenstein que des trois petits cochons. » ; « un cochon qui chie moins de phosphore ».

Certaines situations sont également marrantes alors qu'elles n'ont rien de drôle. C'est le cas lors d'une scène qui se déroule à l'abattoir de Castres avec en musique de fond un extrait de la chanson Les joyeux bouchers (1954) de Boris Vian.

La scène pourrait être qualifiée en tant que telle de gore – voire carrément de mauvais goût pour les défenseurs des animaux – mais les paroles de Boris Vian donnent au contraire un aspect drôle à l'ensemble. Il faut dire que ces paroles valent le détour :

« Faut qu' ça saigne
Faut qu' les gens ayent à bouffer
Faut qu' les gros puissent se goinfrer
Faut qu' les petits puissent engraisser
Faut qu' ça saigne
Faut qu' les mandataires aux Halles
Puissent s'en fourer plein la dalle
Du filet à huit cent balles
Faut qu' ça saigne
[...] »

Tout ceci est déjà très drôle. Pourtant, le réalisateur Anthony Orliange va faire encore mieux en prenant le parti d'utiliser tout au long de son documentaire en tant que présentateur Yves-Marie Le Bourdonnec, un boucher très marrant, sympathique et qui n'a pas sa langue dans sa poche. Lors d'un passage au salon de l'agriculture, Yves-Marie parle de « bidoche », de « cul proéminent de la vache », de « Schwarzenegger en bovin ». Il est là aussi bien pour apporter sa connaisssance de la viande qu'un second degré des plus appréciables.

Le réalisateur Anthony Orliange ne perd pas pour autant le fil de son sujet. Ainsi, on apprend que le Brésil, qui dispose du 2ème cheptel mondial, est le premier exportateur mondial de viande bovine avec le zébu. Ce bétail est responsable de 80 % de la disparition de la forêt amazonienne d'où le réchauffement de la planète. Des solutions existent-elles ?

Eh bien oui. On peut même les trouver aux Etats-Unis, qui sont cela dit au passage les premiers consommateurs de viande au monde. L'alternative à l'élevage intensif est l'élevage sur herbe. Si la prairie est permanente, elle va capter le méthane (gaz à effet de serre présent dans l'atmosphère, plus puissant que le dioxyde de carbone). Le réalisateur évoque aussi l'exemple aux Etats-Unis des néo-bouchers qui utilisent de la viande provenant de vaches élevées au milieu d'herbe.

En France, dans l'Aubrac, on compte des prairies permanentes riches en oméga 3.

Fidèle à son esprit décalé, le documentaire présente le cas du wagyu, boeuf d'origine japonaise qui est élevé en Espagne. Ce boeuf est bichonné comme un animal précieux. Des céréales sont produites et données sur place aux wagyu. On lui donne même un litre de vin rouge bio pour les antioxydants. Tout cela a un prix : le wagyu se retrouve entre 30 et 250 euros le kilo, selon le morceau !

A l'inverse, le documentaire signale ce qui ce fait de pire. Ainsi, le traitement de la volaille congelée n'est pas des plus ragoûtants. On part d'une usine à volaille chez un producteur breton avec du poulet qui est congelé avant d'être vendu au Bénin. En plus de la qualité relative de ce poulet, celui-ci est réexpédié par une société du Bénin à son voisin, le Nigéria, avec un respect de la chaîne du froid qui demeure très aléatoire.

Le réalisateur Anthony Orliange ne s'arrête pas à la question de la consommation de la viande. Il présente une alternative à la viande pour le moins originale et peu développée à l'heure actuelle : la consommation d'insectes. Eh oui, cela n'est pas pour rien si le documentaire s'intitule Global steak, demain nos enfants mangeront des criquets.

Si aux Pays-Bays, des chercheurs ont mis en place des élevages de criquets qui ont le mérite de ne pas émettre de gaz à effet de serre, reste à convaincre le consommateur qui n'est pas forcément attiré par le côté peu appétissant du criquet avant la mise en bouche.

Au final, Global steak est un documentaire très riche au niveau de son contenu et qui en même temps distrait le spectateur par son humour omniprésent.

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 Conclusion à propos de cette septième édition du festival international du film écologique de Bourges :

arbre-orTous les documentaires que j'ai eu l'occasion de voir lors de ce festival se sont révélés intéressants. Le palmarès de ce septième festival a laissé la part belle à plusieurs documentaires que j'ai eu  plaisir à regarder. Si je n'aurais pas forcément remis le prix du meilleur reportage et l'Arbre d'or au (relativement) court documentaire Nigéria : l'éternelle marée noire, je suis satisfait que Global steak et Du poison dans l'eau du robinet aient été récompensés respectivement par le prix du meilleur documentaire et par le prix des lycéens.

Le film Bonobos, d'Alain Tixier, qui avait eu l'honneur d'une sortie en salles le 30 mars 2011, a pour sa part reçu le prix de la meilleure fiction et le prix Ushuaïa.

Merci dans tous les cas à tous ceux qui ont permis à ce festival (qui rappelons-le est gratuit) d'avoir lieu.

Vivement la prochaine édition du festival international du film écologique de Bourges !