lecongres1Titre du film : Le congrès

Réalisateur : Ari Folman

Année : 2013

Origine : Etats-Unis

Durée : 2 heures

Avec : Robin Wright (elle-même), Harvey Keitel (Al), Danny Huston (Jeff), Jon Hamm (Dylan), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : L'actrice Robin Wright se voit proposer par une major de cinéma d'être scannée, et ce en échange d'une somme d'argent. Elle ne pourra plus tourner dans un film en chair et en os.

 

Le congrès est le nouveau film d'Ari Folman, qui s'est fait connaître avec le long métrage d'animation Valse avec Bachir, oeuvre très engagée sur le plan politique. Le congrès est lui aussi un film très engagé, cette fois sur le plan sociétal de manière générale.

Le réalisateur s'est adjoint pour ce film les services de Robin Wright qui interprète pour l'occasion son propre rôle. Elle incarne une actrice qui vit de façon isolée, dans une sorte d'entrepot, non loin d'une piste d'atterrissage d'avions, avec ses deux enfants : une adolescente et un jeune garçon qui perd progressivement la vue.

Oubliée du monde du cinéma, présentée comme une actrice has been, sur le déclin, l'ancienne héroïne de Princess bride se voit proposer d'être entièrement scannée et numérisée afin que son avatar soit utilisable ensuite à volonté, dans n'importe quel film, selon les bons vouloirs de la société de cinéma concernée.

lecongres3In fine, Robin Wright n'a pas beaucoup le choix. Elle a disparu depuis un moment des plateaux de cinéma et la somme qu'on lui offre en échange de ce scanner est manifestement importante. Elle accepte donc ce deal auprès d'un patron de major de cinéma visiblement peu scrupuleux. Le film interroge ainsi sur la question de la condition d'acteur. D'autant qu'en acceptant d'avoir été scannée, Robin Wright doit renoncer à pratiquer son métier d'actrice en chair et en os. L'avatar la supplante complètement. Avec ce système de l'avatar qui reproduit la personne scannée, il n'est plus nécessaire d'avoir l'ateur sous la main. On obtient alors ce que l'on veut de ce “faux acteur” et surtout on peut le faire jouer dans n'importe quel film et dans n'importe quelle scène, sans se soucier de savoir si l'acteur acceptera de tourner. Cela pose donc quelques questions, notamment sur le plan éthique (l'acteur en chair et en os pourrait être opposé à tourner dans tel ou tel film ou pour tel réalisateur). Et puis il va sans dire que le résultat obtenu en tournant avec l'avatar n'est pas le même qu'avec un être réel. Rien ne remplace le contact humain. Tout cela fait l'objet de la première partie du film qui crée une véritable mise en abîme du cinéma actuel.

La deuxième partie du film est bien plus déroutante. Elle a lieu vingt ans plus tard. On suit une Robin Wright âgée et seule, qui décide de s'injecter un produit pour vivre (par procuration) dans un autre monde. Ce dernier se matérialise sous la forme d'un dessin animé dont Robin Wright est l'une des héroïnes. Au passage, il est notable que l'animation est très réussi : le chara design donne un réel côté adulte à l'ensemble et l'environnement dans lequel évolue la Robin Wright animée est très détaillé.

Ce monde virtuel est le résultat de toutes sortes d'hallucinations et de fantasmes qui semblent émaner du cerveau de Robin Wright. Elle vit plein d'aventures incroyables : tantôt elle doit faire face à des dangers incroyables, tantôt elle vit une belle histoire d'amour avec un inconnu, tantôt elle recherche son fils disparu. Robin Wright croise dans cet univers étonnant des stars tels que Michael Jackson, Tom Cruise ou encore Grace Jones. On est sans cesse dans l'inattendu avec une animation qui se déploie au fur et à mesure sous les yeux du spectateur qui a l'impression d'assister à un patchwork surprenant, digne du film d'animation Paprika de Satoshi Kon.

Cela étant, ce monde provisoire ne fait qu'apporter un réconfort provisoire. Robin Wright est sa propre héroïne dans ce monde virtuel où elle croise de nombreuses personnes. Elle n'a cependant que des rapports superficiels. Il manque une âme à tous ces rapports entre les gens. D'ailleurs, quand Robin Wright décide de revenir à la réalité, le constat est terrible. Elle aperçoit des gens très pauvres qui sont comme lobotomisés et sans vie. Cette réalité parallèle, représentée par le film d'animation, est un leurre, un opium pour le peuple.

lecongres2A sa façon, Ari Folman nous alerte sur les dangers que comporte l'évolution de nos rapports avec autrui. Ainsi, la technologie actuelle ne va pas forcément dans le bon sens. Internet ne cesse de se développer avec notamment l'utilisation croissante des réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter. Pour autant, l'individualisme n'a jamais été aussi prégnant et les gens sont plus isolés qu'auparavant.

Le congrès amène à se poser de nombreuses questions. Si les thèmes abordés (l'évolution de notre société) et les qualités formelles de ce film (une animation très riche et dynamique) sont fortes, Le congrès n'en demeure pas moins un long métrage difficile à suivre dans sa seconde partie. En effet, dans ce monde imaginaire qui prend la forme d'un film d'animation, le scénario se délite quelque peu (mais n'est-ce pas aussi une volonté du réalisateur de nous signaler les réminiscences des pensées du cerveau torturé de Robin Wright ?) et part même dans toutes les directions. C'est une sorte de trip qui laissera sans doute au bord du chemin tous les spectateurs qui ne parviendront pas à s'immerger dans ce film. Que l'on apprécie ou non, on ne pourra malgré tout pas reprocher à Ari Folman son ambition dans cette oeuvre inclassable.

Au final, Le congrès constitue un film très original qui comprend dans sa première partie des séquences réelles avec la vraie Robin Wright et dans sa seconde partie des séquences d'animation. Ari Folman démontre dans ce long métrage les méfaits de l'évolution possible de notre société, avec une race humaine de plus en plus isolée et déconnectée de la réalité, alors que paradoxalement les moyens de communication n'ont jamais été aussi importants. Le congrès serait-il un film visionnaire ? Gageons que ça ne soit pas le cas.