mulho1Titre du film : Mulholland drive

Réalisateur : David Lynch

Année : 2001

Origine : Etats-Unis

Durée : 2h26

Avec : Naomi Watts, Laura Harring, Justin Theroux, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : A Hollywood, durant la nuit, Rita, une jeune femme, devient amnésique suite à un accident de voiture sur la route de Mulholland drive. Elle fait la connaissance de Betty, une actrice en devenir qui vient juste de débarquer à Los Angeles. Aidée par celle-ci, Rita tente de retrouver la mémoire ainsi que son identité.


Mulholland drive (2001) était au départ le pilote d'une série télévisée. Ne réussissant pas à trouver les financements adéquats, David Lynch a trouvé un producteur français qui a vu les 50 minutes de ce pilote et a invité Lynch d'en faire un film. Bien lui en a pris car ce film constitue sans aucun doute l'apothéose du style de David Lynch. Le festival de Cannes ne s'y est pas trompé en lui octroyant le prix de la mise en scène.

Il y a bien un scénario dans Mulholland drive mais on a rapidement l'impression qu'il est secondaire. On s'intéresse évidemment à cette jeune femme, "Rita", qui a échappé de peu à un meurtre au début du film. Amnésique, elle prend refuge de façon illicite dans une résidence de Los Angeles où elle fait rapidement connaissance avec l'occupante, Betty. Cette dernière va tenter d'aider "Rita" à retrouver qui elle est. Tout laisse à penser qu'il s'agit d'une sorte de thriller lambda. Cela serait bien mal connaître David Lynch.

mulho6Mulholland drive est avant tout une oeuvre qui s'adresse à nos sens. C'est un film d'ambiance où le réalisateur se plaît à brouiller les pistes. Même des événements en apparence positifs posent question. On songe ainsi aux personnes âgées qui débarquent en même temps que Betty à Los Angeles : leur sourire paraît artificiel, au même titre que la ville. David Lynch invite le spectateur à s'interroger sur ce qu'il y a derrière le vernis propret de la bourgeoisie. De la même manière que le cultissime Sunset Boulevard, Lynch décrit le monde du cinéma qui est fascinant mais également totalement faux. D'ailleurs, il dénonce violemment les coulisses d'un Hollywood mafieux où les producteurs imposent leurs actrices comme dans le cinéma d'antan.

Tout cela nous amène à la grande question du film : qu'est-ce qui est vrai ? Qu'est-ce qui est faux ? Pour ne donner qu'un exemple parmi tant d'autres, dans la deuxième partie, la musique continue alors que la chanteuse est décédée. Tout serait faux ? Nos vies ne seraient-elles qu'un fantasme ? Mulholland drive mêle adroitement événements bien concrets et choses abstraites. On ne sait jamais vraiment sur quel pied danser. Le film, notamment quand on le voit pour la première fois, peut paraître extrêmement déstabilisant. Quand on apprécie cette oeuvre "lynchienne", on a forcément envie de la regarder à nouveau. Et ce d'autant plus que Lynch dissémine des indices tout au long de son film. La première partie donne l'impression d'un gigantesque fantasme alors que la seconde correspond à la déchéance de son héroïne. Deux parties qui se répondent l'une à l'autre de façon évidente.

Pourtant de nombreux spectateurs risquent de trouver ce film très particulier. Car on glisse progressivement vers des contrées de plus en plus étranges, avec des événements de plus en plus difficiles à décrypter. C'est comme si Lynch nous refaisait le coup de la saison 2 de Twin Peaks, particulièrement audacieuse.

mulho3Dans Mulholland drive, il convient de noter l'importance de la thématique du double, qui fonctionne à merveille. Il y a d'un côté la blonde ingénie et de l'autre la brune qui a vécu un drame. A un moment donné, la blonde devient brune. Et cela va bien au-delà de la scène culte de la relation amoureuse entre les deux jeunes femmes. La relation trouble de ces deux personnages laisse un doute quant à l'existence de la brune. Dès lors, on comprend pourquoi Mulholland drive est comparé au chef d'oeuvre d'Hitchcock, Vertigo. Rien que ça ! 

Il convient d'ajouter qu'outre un scénario à multiples interprétations, Mulholland drive est sacrément bien filmé. Chaque travelling donne une sensation d'inquiétude, à l'image de l'une des premières scènes où la voiture noire descend sur la route de Mulholland drive en direction de Los Angeles. On comprend très vite qu'il va se passer quelque chose de grave. Ce sentiment est accru par la musique atmosphérique d'Angelo Badalamenti, compositeur attitré des films de Lynch, à qui l'on doit notamment la fameuse BO de la série Twin Peaks.

Les acteurs sont quant à eux parfaits. Naomi Watts, alors au début de sa carrière a bénéficié du succès du film. De manière plus étrange, Laura Harring, dans le rôle de la brune, pourtant parfaite, a quasiment disparu des écrans radars. Pourtant, à la sortie du film, on l'annonçait comme la nouvelle Ava Gardner.

Quoiqu'il en soit, Mulholland drive apparaît comme un film sensoriel majeur, une des oeuvres les plus marquantes de David Lynch et un film souvent cité comme l'une des références par les critiques de cinéma. Malheureusement, Inland Empire, son dernier film à ce jour, est une oeuvre expérimentale, étrange mais surtout ennuyeuse voire même ratée. Gageons que l'on retrouve le meilleur de Lynch dans la troisième saison de Twin Peaks qu'il vient tout juste de tourner.

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