avril1Titre du film : Les filles d’Avril

Réalisateur : Michel Franco

Année : 2017

Origine : Mexique

 Durée : 1h52

 Avec : Emma Suarez (Avril), Ana Valeria Becerril (Valeria), Joanna Larequi (Clara), Enrique Arrizon (Mateo), etc.

 FICHE IMDB

Synopsis : Valeria est enceinte, et amoureuse. A seulement 17 ans, elle a décidé avec son petit ami de garder l'enfant. Très vite dépassée par ses nouvelles responsabilités, elle appelle à l'aide sa mère Avril, installée loin d'elle et de sa sœur.

 

On ne sait pas si ça lui arrivera un jour, mais il est tout de même peu probable que le cinéaste mexicain Michel Franco s’adonne aux comédies romantiques. Et pour cause. Celui-ci semble prendre un malin plaisir à filmer toute la noirceur de l’être humain.

Révélé avec son long métrage Despuès de Lucia, formidable drame sur le harcèlement à l’école, Michel Franco continue d’explorer les travers de l’Homme avec son nouveau film, Les filles d’Avril.

La première scène est tout à fait insolite et donne d’emblée le ton. On aperçoit une trentenaire, Clara, visiblement peu épanouie, en train de préparer à manger, alors que dans la chambre à côté, un couple fait l’amour ! Quelques instants plus tard, on voit une jeune fille nue et enceinte, Valeria, sortir de la chambre. Valeria est tout simplement la jeune sœur de Clara ! Dans cette scène, il y a tout le cinéma de Franco avec d’un côté une femme frustrée et de l’autre des rapports familiaux pour le moins étonnants.

avril3La suite du film va confirmer cette impression, en amplifiant le sentiment de malaise que provoquent des relations familiales inattendues. Le spectateur se trouve un peu comme dans Daniel et Ana, où l’horreur de l’inceste nous était décrit de façon implacable, dans une situation de voyeurisme fort déplaisante.

Comme l’indique le titre du film, il y a forcément dans Les filles d’Avril… Avril, la mère de Valeria et Clara. Elle est interprétée par Emma Suarez, très remarquée l’an dernier dans Julieta d’Almodovar. Ici, elle joue avec conviction le personnage complexe et terrifiant d’Avril. Avec son air enjoué et son côté sociable, Avril donne l’impression d’une personne aimable, sympathique. Mais il ne faut pas se fier aux apparences.

Surtout que dès le départ, Valeria n’est pas franchement ravie à l’idée de revoir sa mère. On sent une vraie gêne quand elle pense à elle. Et on ne tarde pas à comprendre pourquoi. Sous son air jovial, Avril cache une personnalité de dictateur, qui entend régenter la vie des autres comme elle le souhaite. Tout doit tourner autour de ses choix.

Sans exagérer, on peut affirmer qu’elle essaie de vampiriser son entourage. Âgée de la quarantaine bien dépassée, Avril se comporte comme une véritable mère vis-à-vis de l’enfant de sa fille. Elle prend tout l’espace autour d’elle et rien ne l’arrête. Pas même les considérations morales, qui sont censées refrénées certaines pulsions. On est abasourdi par ce que Avril ose faire, montrant en tout état de cause que seul son intérêt personnel compte. Et de la même façon qu’un vampire reste éternellement jeune, Avril entend vivre à sa façon une deuxième jeunesse.

avril2Dans Les filles d’Avril, Michel Franco n’y va pas avec le dos de la cuillère pour décrire de façon abrupte les rapports tendus entre une mère et ses deux filles, dont le seul lien est celui du sang. Quoique, en réfléchissant bien, elles semblent liées par un autre point commun : elles sont toutes trois mal dans leur peau. Avril, en apparence joyeuse, compense son mal-être par la liberté totale qu’elle s’accorde, à commencer par son obsession à donner des cours de yoga (une façon de lui apporter un minimum de sérénité?).

Il va sans dire que Les filles d’Avril ne serait pas un drame autant réussi sans la performance d’Emma Suarez. L’actrice hispanique est tout bonnement époustouflante dans le rôle de cette femme machiavélique et réellement dérangée. A l’image de la dernière scène où on la voit à l’écran, où elle ne manque pas de surprendre une dernière fois le spectateur. Les deux autres actrices sont bien moins marquantes. D’ailleurs, le rôle de Clara, relativement stéréotypé, aurait sans doute mérité un développement plus important. On ressent son spleen, sans comprendre ses raisons. On reste dans le non-dit, ce qui était sans doute voulu par Michel Franco.

Dans tous les cas, avec Les filles d’Avril, Michel Franco prouve une nouvelle fois sa maestria à mettre en scène des drames humains forts, intenses et malaisants par moments. Toutefois, on lui sait gré d’avoir opté pour une fin (relativement) optimiste, ce qui n’est pas dans ses habitudes.