patti1Titre du film : Patty Cakes

Réalisateur : Geremy Jasper

Année : 2017

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h48

Avec : Danielle Macdonald (Patti), Bridget Everett (Barb), Siddharth Dhananjay (Jheri), Mamoudou Athie (« L’antéchrist »), Cathy Moriarty (Nana), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Patricia Dombrowski, alias Patti Cake$, a 23 ans. Elle rêve de devenir la star du hip-hop, rencontrer O-Z, son Dieu du rap et surtout fuir sa petite ville du New Jersey et son job de serveuse dans un bar miteux.

 

Réalisateur de clips vidéo, Geremy Jasper se lance dans le grand bain du cinéma. Avec Patti Cakes, il met en scène son premier long métrage. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il atteint sa cible. Patti Cakes reste durablement dans la tête du spectateur après son visionnage.

Le film interpelle déjà par son sujet qui donne l’impression d’assister à un « Eight miles » au féminin : c’est le même genre d’histoire, à savoir une success story à l’américaine. Ici, Patricia Dombrowski, alias Patti Cakes est de couleur blanche, issue d’un milieu défavorisé et vit dans le fin fond du New Jersey. Elle a du mal à s’en sortir dans la vie. Elle doit travailler en tant que serveuse dans un bar miteux avec des mecs paumés comme clients. Tout cela pour assurer la subsistance d’une grand mère infirme et d’une mère ayant échoué dans la chanson qui se console en buvant des coups et en couchant avec n’importe qui.

patti4Le background est posé, il est loin d’être florissant. On se croirait plutôt dans une histoire à la Zola.

Mais il y a encore mieux (pire?). Patti rêve de rencontrer O-Z, une véritable icône du rap, et elle s’imagine devenir elle aussi une star du rap. Or, elle n’a pas du tout le profil : c’est une femme, elle est blanche, dispose d’un physique ingrat (forte corpulence) et réside dans une petite ville des États-Unis.

A la base, c’est vraiment pas gagné. Et pourtant… Patti est une excellente slammeuse. Elle sait rythmer ses chansons, fait passer des messages et ne se gêne pour choquer ses interlocuteurs quand elle le juge nécessaire (il faut voir le nombre de connotations sexuelles).

Et puis, elle n’est pas seule : elle a autour d’elle trois personnes importantes qui ne vont cesser de l’épauler : il y a évidemment sa grand-mère qui a toujours cru en elle, il y a aussi son pote Indien avec qui elle fait du rap et il y a le mystérieux « Antéchrist » dont le mutisme est à la hauteur pour trouver d’excellents accords.

Dans un film qui fleure bon le « feel good movie », son réalisateur Geremy Jasper parvient adroitement à mêler comédie et émotion. Le côté amusant du film est évidemment celui que l’on perçoit le plus rapidement avec notamment les nombreux combats de slam lorsque Patti remet en place ses adversaires masculins. Et puis il y a le moment savoureux de la création du groupe de musique P.B.N.G. avec notamment la grand-mère qui se prête au jeu en mettant une cagoule (comme une racaille) et qui n’hésite pas à en faire des tonnes ! Il faut voir aussi la mère de Patti Cakes qui est ridicule à de nombreuses reprises lorsqu’elle essaie de jouer à l’ex-star.

Ce long métrage comporte aussi son lot de scènes touchantes, à l’image de cette belle séquence lorsque Patti passe le micro à sa mère pour qu’elle chante avec elle. On sent clairement que le lien les unissant, pas toujours au beau fixe, repart sous de bons auspices.

Comme dit précédemment, le film est sans nul doute un feel good movie, un véritable antidépresseur. Même quand les choses vont mal, le copain de Patti lui rappelle qu’il ne faut jamais baisser les bras : « arrête avec la haine et la négativité, tout ça c’est toxique. » A sa façon, le film comporte des thématiques universelles, en invitant le spectateur à croire en ses rêves et à se battre au quotidien pour que ceux-ci se réalisent. C’est sans doute un peu naïf mais après tout pourquoi pas. C’est bien quand on arrête de rêver, que l’on a plus de but dans la vie, que l’on n’a plus aucun plaisir dans la vie.

patti2Il est notable dans Patty Cakes que le film vaut le coup d’œil pour certaines scènes totalement surréalistes, lorsque Patti s’imagine avec O-Z dans ses rêves : cela donne un aspect loufoque, drôle et très coloré à ce long métrage qui ne manque pas d’idées. Et puis ces scènes sont parfaitement antinomiques avec le morne quotidien de Patti, qui évolue dans une ville sans avenir.

Comme quoi, derrière le vernis de son côté « fun », le film a bien quelque chose à raconter au spectateur.

Il va sans dire que la réussite de ce long métrage tient à l’interprétation de ses acteurs. Au premier rang de ceux-ci il y a évidemment l’actrice Danielle Macdonald dans le rôle de Patti Cakes. L’actrice s’est beaucoup entraînée pour obtenir le bon rythme au niveau de son flow. C’est essentiel car le film comporte de nombreuses séquences chantées qui font bien souvent mouche. Et puis elle interprète avec avec beaucoup d’envie le rôle de cette fille qui fait tout pour s’en sortir, s’évader de son environnement quotidien. Aux côtés de cette actrice formidable qui crève l’écran, on trouve d’excellents seconds rôles qui jouent eux aussi sans fausse note.

En somme, rien à dire, si ce n’est que ce film mériterait d’être bien plus connu, tant il est plaisant à regarder et qu’il donne une pêche d’enfer ! Et ça, ce n’est pas donné à tout le monde.

Pour terminer, j’invite les futurs spectateurs de ce film à le regarder jusqu’au bout car la chanson de fin, « The time that never was », signée Bruce Springsteen, est vraiment excellente et totalement en adéquation avec Patti Cakes.