frankenhooker1Titre du film : Frankenhooker

Réalisateur : Frank Henenlotter
Année : 1990
Origine : Etats-Unis
Durée : 1H25
Avec : James Lorinz, Joanne Ritchie, Patty Mullen,
Synopsis : Jeffrey Franken aime s’adonner à des expériences scientifiques singulières durant son temps libre. Lorsque sa fiancée Elizabeth se fait hacher par une tondeuse à gazon, le jeune homme va tenter de la ramener à la vie. Il lui suffit pour cela de rassembler des parties de corps humains et d’y greffer la tête d’Elizabeth, qu’il a conservée précieusement…
Dans les années 70-80, New York était loin de ce qu’elle est aujourd’hui sur le plan sécuritaire. Véritable jungle urbaine, la Big Apple était une mégalopole dangereuse et crasseuse. C’est dans cet environnement très particulier qu’on émergé plusieurs cinéastes underground, comme Jim Muro (Street trash), William Lustig, Abel Ferrara, évidemment, et notamment Frank Henenlotter. Ce dernier est l’auteur de trois films complètement barrés avec créatures loufoques. Après Basket case (1982) et Elmer le remue-méninges (1988), Frankenhooker (1990) constitue sans nul doute son film le plus personnel et le plus délirant. Film personnel car le lien entre son nom et le titre du film est évident : d’un côté on a le réalisateur Frank Henenlotter et de l’autre Frankenhooker (littéralement Franken pute).
Mais que raconte au juste ce jalon du mauvais goût de la fin des années 80 ? Comme son titre le laisse clairement entendre, c’est une variation du mythe de Frankenstein au féminin. Mais rien à voir avec une parodie à la Mel Brooks dans le style de Frankenstein Junior ou celle d’Alain Jessua pour Frankenstein 90. Le mythe est revisité à la sauce urbaine des quartiers populaires, où femmes de joie arpentent vulgairement les trottoirs avant d’accompagner la clientèle dans des hôtels miteux, qui constituent un lieu récurrent chez le cinéaste.
Mis en scène avec trois bouts de ficelle, Frankenhooker est bien connu pour ses séquences gore complètement jouissives. On a évidemment la scène d’ouverture où une tondeuse à gazon découpe en petits morceaux la petite amie de Jeffrey Franken, le personnage principal du film. Et puis il y a évidemment LA scène culte avec l’explosion au “super crack” de prostituées, qui marque forcément les esprits. Frank Henenlotter anticipe Braindead par son jusqu’au-boutisme et le côté cartoonesque de ses scènes d’horreur.

frankenhooker2Pourtant, le film va bien au-delà du simple déferlement d’effets gore. En bon franc tireur du cinéma indépendant américain, Frank Henenlotter égratigne sévèrement la société américaine de l’époque.

D’abord il s’en prend au culte obsessionnel du corps qui touche toutes les couches de la société : la middle-class qui ne pense qu’à la minceur du corps (“Vous mangez trop” alors que la personne concernée ne mange qu’un bretzel) ; les prostituées qui soignent leur apparence pour au nom du billet vert ; le maquereau qui est culturiste.
Ensuite, Henenlotter s’amuse à pervertir le mythe de Frankenstein. On a bien une touchante histoire d’amour avec un jeune homme – apprenti scientifique (Jeffrey est électricien de métier !) - qui cherche coûte que coûte à faire revivre sa petite amie décédée. Le principal personnage du film est prêt à tout pour faire revivre sa compagne, même si elle ne sera plus jamais comme avant.
Frank Henenlotter se sert de cette histoire d’amour fou pour rester un cinéaste anti-système avec son film bricolé de toutes pièces (Frankenmovie ?) et s’amuse de la confusion des genres au niveau sexuel. Il donne libre cours à son imagination la plus débridée, notamment quand Jeffrey Franken mesure seins, jambes pour recréer sa compagne. Il faut le voir dans cette séquence surréaliste où il prend le mètre pour mesurer les prostituées. Il va sans dire que si le côté fun de ces scènes est évident, c’est aussi une façon pour son auteur de critiquer une nouvelle fois cette obsession du corps occidental.
Et puis dans ces démonstrations du corps, Henenlotter n’est jamais contre, comme l’affirment paillardement quelques scènes plus ou moins explicites, sur le plan sexuel. Rappelons à cet effet qu’il a beaucoup œuvré dans le milieu du X et qu’avec un titre comme Frankenhooker, il ne pouvait pas faire dans la dentelle. Immanquablement, on peut faire le rapport entre ce long métrage et le film X ultra cul(te) New wave hookers (1985) où l’on retrouvait les célèbres actrices stars de leur époque Traci Lors et Ginger Lynn, mais ausi avec le nanar de Donald Farmer, Cannibal hookers, sorti en 1987.

frankenhooker3Même s’il aime mettre en avant les laissés-pour-compte, les marginaux qui fourmillent dans ce New York reaganien, en particulier les femmes de petite vertu, Henenlotter n’hésite pas à les critiquer. Il fait remarquer que ces femmes sont vénales : leur obsession pour l’argent n’est pas louable. D’ailleurs, Jeffrey Franken est choqué quand il reconstitue sa petite amie et que celle-ci finit par se comporter comme l’une d’elles, dans son avidité et cupidité.

En définitive, Frankenhooker est une comédie horrifique qui joue sur la satire sociale, totalement déjantée. Elle reprend les grandes lignes du mythe de Frankenstein pour mieux les détourner et se fond parfaitement dans l’oeuvre du cinéaste. Production bis totalement impensable à l’heure actuelle, elle n’a pas pris une ride avec les années, si on la regarde avec les yeux de la nostalgie, et demeure un produit de choix dans le genre. Songeons qu’à la même époque, sur un thème similaire, Brian Yuzna réalisait l’excellent Re-animator 2. Quant à Henenlotter, il retentera l’aventure du trash horrifico-sexuel avec Sex addict (Bad biology) du Z d’exploitation qui prouvait que même avec l’âge, le monsieur ne s’était pas racheté une conduite !
Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire.com à l'adresse suivante :
https://www.avoir-alire.com/frankenhooker-la-critique-du-film