splendor

Réalisé par Gregg Araki

Année : 1999

Origine : Etats-Unis

Durée : 93 minutes

Avec : Kathleen Robertson, Johnathon Schaech, Matt Keeslar, Kelly Mac Donald, Eric Mabius...

Résumé : Comédie romantique sur fond de ménage à trois.

FICHE IMDB

Réalisé en 1999 par Gregg Araki, Splendor se situe dans la filmographie du réalisateur américain entre Nowhere (qui clôt sa trilogie « Teen apocalypse ») et Mysterious skin, son film le plus ambitieux et le plus abouti à ce jour.

Splendor est pour sa part une véritable curiosité. En effet, on est très loin de l'intérêt constant du réalisateur pour les univers trash où il s'intéresse à la condition des adolescents. Splendor pourrait être vu comme une sorte de récréation pour Gregg Araki. Il s'agit ici d'une comédie romantique qui, de l'aveu même de son réalisateur, se veut un hommage aux comédies hollywoodiennes des années 30 à 50.

Pour autant, même si Gregg Araki surprend son monde dans un genre qui est à des années-lumière de sa thématique habituelle, la patte du réalisateur californien est bien toujours présente. D'ailleurs, son film se déroule comme par hasard en Californie, dans l'immense ville de Los Angeles (seconde ville des Etats-Unis). Toute l'action du film est racontée par le biais de son actrice principale, Kathleen Robertson, bien connue pour avoir joué dans la série                            Beverly Hills 90210 mais qui a également figuré dans Nowhere de Gregg Araki. Jouant le rôle de Veronica, Kathleen Robertson interprète une jeune femme qui est seule (et paraît assez prude au départ) et recherche évidemment l'âme soeur. Au tout début du film, elle rencontre au cours d'une soirée un homme qui lui plaît beaucoup.... puis un autre ! Elle n'arrive pas à se décider à choisir entre le brun Abel, interprété par Johnathon Schaech (vu dans The doom generation de Gregg Araki) et le blond Zed, joué par Matt Keeslar (vu dans le très drôle Psycho beach party). Ces deux hommes pour qui Veronika flashe dans une boîte de nuit très branchée sont véritablement l'un et l'autre comme le recto et le verso d'une pièce de monnaie, ils n'ont aucun point commun : Abel est brun, Zed est blond ; Abel est un intellectuel, précisément un jeune romancier tandis que Zed est un musicien (batterie) qui n'a pas l'air d'avoir inventé l'eau chaude !

Pourtant, Veronika aime ces deux hommes de façon identique et ne sait pas avec lequel sortir. Elle choisit donc la solution la plus « logique » dans l'absolu : elle décide de les garder les deux ! Comme elle dit au début du film au spectateur : « L'amour est une chose mystérieuse et déconcertante ». On se retrouve alors dans un schéma sur le plan scénaristique que l'on peut rapprocher du film d'Andrew Fleming, Deux garçons une fille trois possibilités. Ce qui n'est en soi pas si surprenant que cela, Gregg Araki n'ayant jamais caché son homosexualité. Mais dans Splendor, Gregg Araki ne traite quasiment pas de l'homosexualité (on a seulement droit à une allusion homosexuelle dans une scène qui commence par un déshabillage entre les trois personnages principaux du film). Le réalisateur californien s'intéresse dans un premier temps au défi entre Abel et Zed (lequel est symbolisé à plusieurs reprises par un match de boxe fictif, dans un beau noir et blanc), qui cherchent à s'approprier Veronica. Dans un second temps, Gregg Araki traite carrément du ménage à trois où l'on comprend très clairement que Veronica couche avec l'un et l'autre : c'est là où l'on retrouve le mieux d'ailleurs la patte de Gregg Araki qui se montre clairement en faveur de la liberté sexuelle. Si le film est traité sur le ton de la comédie, le propos est bien là. Gregg Araki semble d'ailleurs se demander en quoi cela poserait problème puisque chacun a bien le droit de vivre comme il l'entend, à partir du moment où la liberté de tous est respectée.

Gregg Araki ne se contente pas de revendiquer le droit à la liberté sexuelle. Il oppose également clairement la société en deux parties avec d'un côté les nantis et de l'autre côté le peuple qui galère pour s'en sortir. Dans le film, le personnage d'Ernest (joué par Eric Mabius), réalisateur de films, qui est très riche représente la classe aisée tandis que Abel, Zed et Veronica se fondent évidemment dans la masse des gens qui ont du mal à joindre les deux bouts à la fin du mois (c'est d'ailleurs notamment pour cette raison qu'ils emménagent ensemble). Toute la sympathie d'Araki va d'ailleurs plus à des personnages comme Abel et Zed, qui sont bons vivants et honnêtes que vers Ernest qui est certes aux petits soins pour Veronica (afin de la conquérir) mais semble peu intéressant, notamment sur le long terme. La fin du film qui est tout à la fois touchante et romantique au possible, a le mérite de boucler la boucle et pour le réalisateur de rester tout à  la fois optimiste et original dans son propos.

Allant à cent à l'heure et servi par des situations tantôt très drôles tantôt très romantiques, Splendor bénéficie en outre d'un élément constant chez Gregg Araki : une superbe photo. Le film est particulièrement coloré. On retrouve des couleurs très flashies, particulièrement plaisantes pour le plaisir des yeux, aussi bien dans l'accoutrement des acteurs que dans les appartements de Veronika ou de son amie Mike (jouée par Kelly Mac Donald, vu notamment dans Trainspotting).  On notera d'ailleurs que les différentes transitions du film se font par le biais de fondus non pas au noir mais dans des couleurs très voyantes : du vert, du violet, du rose.

Par ailleurs, Gregg Araki a, comme à son habitude, soigné la bande originale de son film, laquelle ajoute un vrai plus au métrage : on a ainsi droit à un remix très ambiant du Before today d'Everything but the girl lorsque Abel et Veronika se retrouvent dans un bar branché (où la photo est à ce moment vraiment très réussie, avec le reflet des personnages que l'on voit sur le fond de l'image). On a également le plaisir d'écouter un remix de Kelly watch the stars de Air et un autre remix (pas facile à retrouver), cette fois-ci du Beetlebum de Blur. Enfin la bande son contient notamment deux morceaux cultes : Electrobank des Chemical Brothers et surtout Bizarre Love Triangle (à la fin du métrage) de New Order, dont ce dernier titre est symbolique du film.

Un petit mot également des acteurs. Kathleen Robertson, Johnathon Schaech et Matt Keeslar se débrouillent tous très bien dans des rôles à contre-emploi. Cela permet à cette atypique comédie romantique d'être particulièrement plaisante.

Le mot de la fin est laissé à Kathleen Robertson, laquelle décrit son ménage à trois en voix-off comme « une famille de félés heureux ».