algerLa bataille d'Alger de Gillo PONTECORVO, 1966
Film algéro-italien
Durée : 121 minutes
Fiche IMDB

Acteurs principaux : Saadi Yacef, Jean Martin, Brahim Hadjadj
Directeur photo : Marcello Gatti
Récompense : Lion d'or à Venise, 3 nominations aux Oscars

Résumé : Une reconstitution de la bataille d'Alger de 1957, à l'occasion du soulèvement de la population algérienne musulmane par le FLN contre le pouvoir colonial français, et de la tentative du détachement parachutiste de l'armée française de « pacifier » le secteur. Le film retrace principalement l'histoire d'Ali La Pointe lors de « La bataille d'Alger », soit de la lutte pour le contrôle du quartier de la Casbah à Alger en 1957 entre les militants du FLN et les parachutistes français de la 10e Division Parachutiste.

Gillo PONTECORVO (décédé en 2006 et réalisateur notamment de Queimada) était un communiste convaincu puis logiquement altermondialiste et croyait en "la dictature de la vérité". On peut dire que par son oeuvre, sa devise a bien été respectée.

Sur la forme, on échappe à l'académisme d'un film comme Les Centurions, film au demeurant sympathique et bien rythmé avec un jeune Alain Delon, sorti la même année et sur les même thèmes, dont l'usage de la torture.
Ici, une magnifique photographie sublime un noir et blanc avec un travail sur le grain donnant un aspect documentaire au film. Ses nombreuses séquences font croire à un journal d'actualité du jour avec l'usage de titres indiquant la date des évènements. De même, les prises de vue se font souvent caméra à l'épaule pour bien être au coeur de l'action.

Le style documentaire est la règle. Les acteurs, à l'exception de Jean MARTIN jouant un lieutenant-colonel qui semble être le général Massu, sont tous des amateurs et certains jouent leur propre rôle, comme Saadi Yacef (coproducteur du film) qui a été comdamné deux fois à mort durant la guerre d'Algérie (54-62). Toujours par soucis de vérité, le tournage a eu lieu sur place, dans la casbah d'Alger. On est bien loin de la casbah orientale de studio d'un Pépé le Moko (de Julien Duvivier avec Jean Gabin) même si la casbah est toujours synonyme de labyrinthe, de résistance contre les forces de l'ordre et de cour des miracles.
Enfin, Ennio Morriconne signe une partition durr avec des rythmes militaires et la recherche de mélodie est moins présente qu'à l'accoutumée. Il est à noter que le réalisateur cosigne la bande original du film.

Sur le fond, le réalisateur cherche l'objectivité et évite tout manichéisme. On ne peut pas dire que les forces du FLN soient montrés à leur avantage. Les méthodes employés sont guère mieux que celles des parachutistes français. 
D'un côté, on tue par effet surprise en utilisant parfois des adolescents ou on pose des bombes qui font des ravages dans des lieux ou il n'y a que des civils ; le réalisateur prend même le temps de bien montrer ces gens ordinaires, victimes de cette follie meurtrière. Du côté para, on emploie la torture par la gégène et autres sévices. Il est remarquable de voir que le même thème musical est utilisé pour les pertes civiles quelles soient françaises ou algériennes.
La question de la torture et de sa justification est l'un des éléments fondamentaux du film et le débat entre les journalistes et
le lieutenant-colonel Mathieu pose tout le problème : << est-ce que celui qui pose des bombes dans un lieu public respecte la légalité ? >> et juste apres, le militaire parle de cercle vicieux sans fin entre représailles du FLN puis de l'armée française.
Le réalisateur pose toute la problématique et affranchit (un peu) la responsabilité des militaires, qui sont d'ailleurs pour certains d'anciens résistants anti-nazi, car le soldat a << le devoir de vaincre >> et tant que les politiques voudront que l'Algérie reste française, la fin justifie les moyens (torture).

En fait, le FLN et les paras n'ont pas vraiment le beau rôle. Par contre, le peuple algérien est montré comme courageux.
Une mise en scène très sobre, par exemple un zoom sur un visage d'une femme ou une larme apparaît, montre l'esprit de résistance d'un peuple soumis à l'occupant.
De plus, le réalisateur cherche la précision, tous les aspects d'une guerre anti-colonialiste sont montrés : des motivations des membres du FLN à leurs méthodes (prendre en un le contrôle de la casbah par la force puis le terrorisme sanguinaire qui conduira le peuple à se lever). La bataille d'Alger montre également les victimes civiles françaises et algériennes mais aussi la colère voire parfois le racisme des colons qui se vengent sur des arabes qui sont là au mauvais endroit et au mauvais moment, comme cet enfant qui se fait sauver du lynchage grâce aux policiers français. Tout l'aspect guerila est bien montré : des motivations des agents du FLN à leur mode de recrutement et à l'organisation du mouvement en pyramide ; l'usage des femmes "européanisé" pour le transport des bombes...

La fin du film rappelle Soy Cuba (KALATOZOV, 1964). autre chef d'oeuvre du cinéma engagé. Le 11 décembre 1960, deux ans après la liquidation du FLN à Alger par les paras, des manifestations spontanées démontrent la victoire révolutionnaire du peuple sur l'occupant au cri de <<vive l'Algérie indépendante>>. Grand moment de cinéma !

Ce film longtemps interdit en France, tout comme en 1957 Les Sentiers de la Gloire de Kubrick pour cause de guerre en Algérie, a connu hélas une triste actualité. En 2003, au début de l'invasion de l'Irak, les va-t-en guerre du Pentagone, dont Donald Rumsfeld, ont assisté à une projetion du film pour voir comment se déroule une guerilla anticolonialiste.
Il est vrai que l'aspect documentaire et son aspect gloabal sur le problème permet au film d'être intemporel après 42 années. Film à destination d'un public adulte et resté d'actualité, ce film est à voir et à ranger toute bonne dvdthèque entre un Soy Cuba et l'armée des ombres.