phenomenes1Réalisé par Night Shyamalan
Année : 2008
Origine : Etats-Unis
Durée : 90 minutes

Avec : Mark Wahlberg, Zooey Deschanel, Ashlyn Sanchez, John Leguizamo, Betty Buckley...

FICHE IMDB

Résumé : De nombreuses personnes meurent soudainement dans des circonstances étranges.

L'auteur du Sixième sens et d'Incassable (selon moi ses deux meilleurs films) mais aussi plus récemment de Signes et du village continue d'aller de plus en plus vers l'abstraction. Night Shyamalan nous propose avec Phénomènes un film d'ailleurs assez proche de Signes. Mais le film va sur un faux rythme et ne tient pas toutes ses promesses.

D'ailleurs on ne pourra que contester une bande annonce qui vend le film quasiment comme un film d'horreur, ce qu'il n'est absolument pas.

Phénomènes part d'une idée originale : dans le Nord-Est des Etats-Unis, des événements étranges ont lieu, qui conduisent les gens à se suicider (On se retrouve dans une idée de base proche de celle du film culte Suicide club, à ceci près que le traitement de Shyamalan est très différent de celui de Sono Shion). On notera à ce propos que les images vues dans la bande annonce du film apparaissent au tout début du film. Cependant, les morts qui surviennent de nulle part sont assez étonnantes et provoquent un intérêt certain.

L'idée de base de Night Shyamalan est des plus excitantes. En effet, le spectateur se demande quelles peuvent bien être les raisons qui conduisent les gens à se suicider. Afin de tenter d'élucider ces événements pour le moins étranges, on suit les pas d'Elliot Moore (jouée par Mark Wahlberg), professeur de sciences dans un lycée de Philadelphie, de sa femme Alma Moore (Zooey Deschanel), de son ami Julian (John Leguizamo) et de Jess, la fille de ce dernier (Ashlyn Sanchez). Ces quatre personnages, comme le reste des habitants des Etats-Unis, cherchent à sauver leur peau.

Le film a ceci d'intéressant qu'il avance plusieurs thèses plus ou moins crédibles. On remarquera que Night Shyamalan joue beaucoup au départ sur le syndrome post- 11 septembre avec la thèse des terroristes qui est avancée aussi bien par les médias que par plusieurs habitants. Mais rapidement on comprend que cette thèse ne peut avoir de sens, tant cette toxine qui amène les gens à se suicider, peut toucher à n'importe quel endroit. On remarquera au passage que Night Shyamalan montre bien que beaucoup de personnes oublient tout sens de l'entraide et cherchent avant tout à sauver leur peau face à un mal qu'il est difficile de définir. La thèse avancée ensuite serait celle d'une attaque due à une rébellion des plantes, d'où l'idée de la toxine. Il s'agirait donc d'une sorte de justice divine (comme le montrent le générique de début et celui de fin du film). L'idée en soi est assez intéressante. On suit d'ailleurs avec un certain intérêt les différents protagonistes du film pour voir s'ils vont pouvoir s'en sortir. Mais là où le bas blesse c'est qu'à mon sens Night Shyamalan se met assez rapidement à faire des scènes qui finissent presque par se répéter. Tout cela finit par être redondant. Night Shyamalan ne fait qu'effleurer les différentes thèses qui sont développées dans son film. L'idée écologique peut se concevoir mais encore faudrait-il la développer.Le film aurait en fait besoin d'un second souffle. Mais le problème est que Phénomènes, qui évite tout effet spectaculaire, est au contraire quasiment contemplatif.

S'il est en soi plutôt bien vu de laisser penser que cette toxine, ce mal, peut frapper n'importe où (à la ville, à la campagne, dans des parcs, sur des routes, dans des champs, etc.) et dans des endroits de plus en plus petits, en revanche à de nombreuses reprises la survie du couple Moore et de la petite Jess paraît incroyable. Shyamalan semble expliquer la survie de ce groupe autour de la notion de famille. La réconciliation au niveau de la cellule familiale (parents, enfant), qui permettrait de s'immuniser contre ce mal, est une idée assez fumeuse, qui dessert quelque peu le film.Pour sa part, Mark Wahlberg, bon acteur au demeurant, est assez peu crédible dans son rôle de professeur de sciences. D'ailleurs, son personnage est relativement creux. On comprend qu'il a des problèmes avec son épouse, il se permet d'ailleurs de lui faire une feinte qui n'est pas vraiment d'une grande finesse (le médicament contre la toux à 6 dollars). Sinon, le fait qu'il se méfie de tout l'environnement qu'il y a autour de lui est une bonne idée qui est parfois tournée un peu en ridicule (la scène où Mark Wahlberg parle à une plante en plastique !). Quant au personnage d'Alma Moore, il est joué par une Zooey Deschanel qui paraît quelque peu absente et pas vraiment concernée par le film. Son personnage, comme d'ailleurs tous les autres protagonistes, est quelque peu vide. Heureusement, la mise en scène très fluide de Shyamalan, qui n'est à aucun moment clippesque, permet de conserver un certain suspense (avec une nature dangereuse et qui semble observer l'Homme). Mais cette fois-ci chez Shyamalan, le suspense ne tient pas grâce au twist final mais plutôt de savoir comment vont s'en sortir les principaux protagonistes du film. 

Au final, malgré plusieurs défauts, Phénomènes se suit correctement. C'est donc une semi-déception pour  un Night Shyamalan qui n'arrive pas à retrouver la puissance d'un Sixième sens ou d'un Incassable. Je pense par contre que le film perdra énormément lors d'un second visionage, à cause de son côté redondant.