famillejones1Titre du film : La famille Jones

Réalisateur : Derrick Borte

Année : 2010

Origine : Etats-Unis

Durée du film : 96 minutes

Avec : Demi Moore (Kate), David Duchovny (Steve), Amber Heard (Jenn), Ben Hollingsworth (Mick), Gary Cole (Larry), Glenne Headly (Summer), etc.

FICHE IMDB

Résumé : Une famille s'installe dans le quartier riche d'une ville des Etats-Unis. Cette famille, qui se fait apprécier par ses voisins, n'est en fait pas du tout une famille. Tous ses membres sont des salariés qui sont là pour donner envie aux gens d'acheter différents types de marques.


Réalisé par Derrick Borte, La famille Jones est une comédie qui, sous ses dehors extrêmement drôles et détendus, procède en une critique virulente de la société américaine actuelle.

Le film part d'une idée de base pour le moins incongrue, qui va pourtant lui permettre de donner progressivement toute sa pleine puissance. On voit au début du film une famille qui emménage dans une ville, et précisément dans l'un des quartiers riches de la ville. Steve Jones, le père, Kate, la mère, leurs enfants adolescents Mick et Jenn se présentent comme une famille modèle. Sauf que dans les faits la famille Jones n'existe pas. C'est un procédé utilisé par une société pour disposer de vendeurs qui vont pouvoir se rendre proches de la population et ainsi vendre indirectement d'autant plus facilement les produits qu'ils déclarent posséder.

Le réalisateur Derrick Borte tient là un sujet en or massif qu'il ne va pas se gêner d'utiliser, et ce à bon escient, pour mettre à jour des pratiques qui font clairement penser à la société américaine contemporaine.

Ainsi, le film devient une critique de la société de consommation avec des gens prêts à acheter tout et n'importe quoi, du moment qu'il s'agit de la dernière nouveauté du moment et qu'elle paraît intéressante pour se montrer ou tout simplement pour satisfaire des besoins futiles. Le film est impitoyable sur ce point avec des gens – aussi bien des adolescents que des jeunes – qui sont facilement influençables et sont prêts à faire des achats compulsifs. Ce sont ces mêmes achats censés permettre aux gens de se différencier qui vont au contraire les uniformiser puisqu'ils achètent tous les mêmes produits. Le film montre de façon évidente que le pouvoir de la mode est tenace et que le besoin d'ETRE quelqu'un passe bien souvent par une copie de l'autre. On est complètement dans un monde d'illusions.

Et ce d'autant plus que cette famille Jones n'existe pas. Elle ne correspond qu'à une méthode de vente qui s'apparente à de la manipulation car les acheteurs potentiels sont influencés par les propos des membres de cette famille. On assiste finalement à une american way of life qui est imposée, standardisée. Et les vendeurs sont eux-mêmes briefés en permanence puisqu'on leur communique leurs chiffres de vente, les invitant à redoubler d'efforts si les chiffres ne révèlent pas une amélioration sensible des ventes.   

Le film pointe également du doigt un système capitaliste où des vendeurs sont prêts à tout pour vendre des produits, quitte à s'inventer une fausse identité et à devenir de faux amis de leurs voisins de circonstances.

Surtout que ces vendeurs ne sont finalement que des personnages lambda qui ont comme tout le monde des qualités et des défauts. Ainsi, le père est un « vieux » célibataire, ancien chaud lapin ; la mère est une ambitieuse qui est très calculatrice dans ses faits et gestes ; le fils est gay et la fille est nymphomane. Alors certes les traits de caractères peuvent apparaître quelque peu forcés mais le but est de signifier que derrière son côté lisse, la fameuse famille Jones a beaucoup de choses à se reprocher. On comprend d'autant plus que tout cela risque d'exploser un jour ou l'autre.

L'interprétation dans le film est de très bon niveau alors que les acteurs sont soit inconnus soit pas forcément reconnus comme étant de grands acteurs. Et pourtant David Duchovny est excellent dans le rôle de ce faux père de famille qui au départ a beaucoup de mal à bien vendre en raison des cas de conscience que ça lui pose ; Demi Moore n'est pas moins remarquable en femme déterminée qui cache pourtant une sensibilité certaine. Quant à Amber Heard et à  Ben Hollingsworth, ils campent avec brio ces adolescents qui sont comme leurs faux parents bien décidés à faire consommer leurs camarades de classe.

Bien qu'étant dominé par un ton résolument humoristique, La famille Jones traite de choses très sérieuses et en vient même à la fin à virer au drame avec l'exemple de cet homme qui, souhaitant lui aussi tout jouer sur le paraître, a vidé le compte de sa famille et a choisi de se suicider, ne sachant plus quoi faire pour s'en sortir. N'est-ce pas là une évocation des gens qui se mettent dans des situations pour le moins délicates avec des risques de surendettement ?

Malgré tout, La famille Jones n'est pas le film parfait. La mise en scène ne comporte rien d'exceptionnel. On a souvent affaire à de simples champs – contre-champs qui laissent entendre que le cinéaste a plus été à l'aise dans la transcription de son scénario et dans la direction d'acteurs.

Ce léger défaut mis à part, le film demeure prenant de bout en bout. Il n'est pas si courant dans une comédie américaine d'assister de manière aussi pertinente à l'envers du décor du rêve américain. On peut même aller plus loin. En faisant rêver les gens sur quelque chose qui n'existe pas, on crée une société sur du vide. Et surtout en « formatant » les gens de cette façon, on obère leur capacité de penser, ce qui peut avoir des conséquences particulièrement désastreuses.

En somme, c'est peut-être le côté extrêmement caustique du propos qui a amené le réalisateur à mettre un peu d'eau dans son vin (ou tout simplement ses producteurs l'ont invité à le faire) en choisissant un happy end. Après tout, la fin du film semble rappeler que le cœur a ses raisons que la raison ignore et même dans un monde dominé par les notions d'argent, de profit, les notions humaines existent.

Au final, La famille Jones n'en reste pas moins dans sa globalité un film extrêmement intéressant.