poupoupidouTitre du film : Poupoupidou
Réalisateur : Gérald Hustache-Mathieu
Année : 2011
Origine : France
Durée : 102 minutes
Avec : Jean-Paul Rouve (David Rousseau), Sophie Quinton (Candice Lecoeur), Guillaume Gouix (le brigadier Bruno Leloup), Olivier Rabourdin (le commandant Colbert), etc.

 

FICHE IMDB

Résumé : Le destin croisé d'un écrivain en panne d'inspiration et d'une star locale de la Franche-Comté, disparue dans des circonstances étranges.

Après deux courts métrages remarqués (Peau de vache en 2002 et La chatte andalouse en 2003) et un premier long métrage avec Avril (2006), Gérard Hustache-Mathieu retrouve à nouveau la belle Sophie Quinton.

L'actrice française y incarne dans Poupoupidou une jeune femme qui pense être la réincarnation de Marilyn Monroe. On comprend dès lors d'autant plus que le film va beaucoup jouer sur des correspondances. Poupoupidou est d'ailleurs un film très référentiel.

On ressent ces références tant au niveau des images, de la musique ou encore des personnages.

S'il y a un film qui saute aux yeux du spectateur après avoir vu Poupoupidou, c'est celui de Sunset boulevard. Ce grand classique du film noir, réalisé en 1950 par Billy Wilder, est cité à plusieurs reprises. Dans Sunset boulevard, on voit au début du film un homme assassiné qui flotte dans une piscine, avec une voix off qui va expliquer les événements passés. Dans Poupoupidou, on voit dans les premières minutes du film une jeune femme, Candice Lecoeur, qui se serait soi-disant suicidée et qui va être la voix off du film. Dans Sunset boulevard, William Holden interprète l'un des rôles principaux en jouant un scénariste de bas étage. Ici, le personnage principal se trouve être David Rousseau, un écrivain de deuxième zone qui est en panne d'inspiration. David Rousseau se lance un peu par hasard dans une enquête sur la disparition de Candice Lecoeur. Venu dans la ville de Mouthe dans le cadre d'un héritage, David Rousseau pense que l'affaire Candice Lecoeur – qui se serait suicidé dans un no man's land entre la France et la Suisse – pourrait constituer un excellent sujet à son prochain roman.

Les pistes de réflexion du film ne s'arrêtent pas à une citation de Sunset boulevard tant dans son intrigue que dans les personnages décrits. Gérald Hustache-Mathieu apprécie manifestement beaucoup l’œuvre de David Lynch. L'ambiance du film et les lieux de son action rappellent clairement Twin Peaks avec l'assassinat de la belle Laura Palmer et ses paysages enneigés. Quant au côté antinomique entre la blonde Candice Lecoeur et la jeune femme brune qu'elle était autrefois, on peut supposer que la comparaison avec Mulholland drive n'est pas usurpée, et ce d'autant plus que ce film est lui-même un hommage à Sunset boulevard.

Du côté de la musique, le cinéaste joue la carte de la musique rétro, mais en donnant un coup de lifting à certains titres assez anciens. Ainsi, I put a spell on you (Screamin' Jay Hawkins, 1950), est chanté par Xenia. Deux autres chansons ont droit à un nouveau traitement. C'est le cas d'I Wanna be loved by you chanté par AVA et de California dreamin' (The mamas and the papas, 1965), repris de façon jazzy par José Feliciano. N'oublions pas que ces deux chansons évoquent Marilyn Monroe. Pour California Dreamin', c'est par le fait que Marilyn Monroe est née et morte à Los Angeles, ville située précisément en Californie. Quant à I wanna be loved by you, ce tube planétaire a été chanté par Marilyn Monroe  dans le film Certains l'aiment chaud (1959) de Billy Wilder (eh oui, encore ce réalisateur). Notons également que Gérald Hustache-Mathieu a lui-même composé lui-même plusieurs morceaux originaux.

Si le film est très référentiel, heureusement il ne se limite pas à ça. Poupoupidou est surtout une enquête policière, menée avec un humour bien français. Il faut dire que le rôle de David Rousseau est exécuté par Jean-Paul Rouve. Avec le côté gauche et peu méfiant que lui donne cet acteur, le personnage de David Rousseau est à lui seul un élément de rigolade. Malgré tout, David Rousseau dérange puisqu'au fur et à mesure qui découvre des pistes, il s'attire les foudres d'autrui, à tel point que l'on essaye même de le tuer. Il faut dire que derrière son manque de subtilité (il va voir le cadavre de Candice Lecoeur sans avoir aucune autorisation ; il se rend dans le logement de Candice Lecoeur en garant sa voiture juste devant, etc.), David Rousseau réussit tout de même à comprendre des choses que les autres n'ont pas vu ou n'ont tout simplement pas tenté de voir. Ainsi, il s'aperçoit que la lettre M sur le bras de Candice Lecoeur constitue le logo de la boîte de nuit où cette femme est allée avant que n'ait lieu son décès. Et puis David Rousseau est d'autant plus dangereux pour certains qu'il est aidé dans son entreprise par un gendarme qui souhaite connaître la vérité.

Mais où est la vérité dans tout ça quand on sait que Candice Lecoeur s'imagine en Marilyn Monroe. Et ce n'est pas que le physique ou la coiffure qui permet l'identification. Il faut dire que d'étranges similitudes avec l'actrice américaine existent. Elles sont nées toutes les deux un premier juin ; toutes deux ont fréquenté un président (des Etats-Unis pour Marilyn, de la région Franche-Comté pour Candice) ainsi qu'un littéraire et un champion de sport ; les deux ont chanté I wanna be loved by you ; chacune de ces femmes a prouvé l'amour en son président, par le biais d'une chanson très sensuelle pour Marilyn et en se découvrant nue en public pour Candice ; toutes deux sont censées s'être suicidées avec a priori une prise importante de somnifères.

Pourtant, Candice Lecoeur née Martine Langevin ne sera jamais Marilyn Monroe. Alors que l'une est une star mondiale adorée par des générations entières, l'autre n'est qu'une star locale qui aspire à devenir quelqu'un. Candice Lecoeur veut être quelqu'un d'autre, elle se rêve en star. Elle ambitionne une existence qu'elle n'aura jamais, sinon par le biais du miroir ( comme ce moment où le journaliste culturel lui dit qu'elle aime se regarder dans la glace et elle lui  dit que c'est le reflet dans le miroir qui aime la regarder). Candice Lecoeur a débuté sa vie professionnelle dans un garage, elle a poursuivi en devenant le symbole d'une marque de fromage, le fromage Belle de Jura (qui n'est pas sans rappeler le Chamois d'Or) et l'apothéose de sa carrière (!) a consisté en la présentation de la météo de Franche-Comté, de manière déjantée. Candice arrive difficilement à s'approcher de la classe d'une Marilyn Monroe. Et ce n'est pas en faisant des photos de nu en présence de gendarmes qu'elle risque d'y arriver. La question serait alors de savoir si tout ce que l'on nous a raconté n'est pas au fond que l'immense rêve d'une jeune femme qui n'a jamais été rien d'autre qu'une petite star locale.

La question mérite d'être posée. Elle renvoie d'ailleurs à la dernière chanson du film, Rewind, interprétée par Sophie Quinton elle-même. Ce terme anglais qui signifie rembobiner, remonter, signifie probablement que l'écrivain David Rousseau va livrer au bout du compte sa propre version des faits. Mais la fiction n'est-elle pas à la base différente de la réalité ?

Film très intéressant sur le plan de l'intrigue comme sur celui des questions qu'il amène à se poser, Poupoupidou doit bien entendu son succès critique à son excellente distribution. Jean-Paul Rouve et Sophie Quinton, qui jouent les deux personnages principaux du film mais qui ne se côtoient pourtant jamais dans celui-ci, sont très bons dans leurs rôles respectifs.

Ajoutez à cela la mise en scène sobre mais appliquée de Gérald Hustache-Mathieu, et vous comprenez pourquoi Poupoupidou est un film qui mérite d'être vu.