la_femme_qui_faillit_etre_lyncheeTitre du film : La femme qui faillit être lynchée

Réalisateur : Allan Dwan

Année : 1953

Origine : Etats-Unis

Durée : 1H47

Avec : Joan Leslie, Audrey Totter, Nina Varela, Brian Donlevy, John Lund, Ben Cooper, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : 1865. Sally Maris rejoint son frère Bill qui tient le saloon de Border City, mais Bill est tué par Lance Horton qu’il menaçait. Pour payer les dettes de son frère, Sally est obligée de diriger le saloon.

 

Le cinéaste Allan Dwan dispose d’une filmographie conséquente dans des genres très différents. Le western est à cet égard un domaine qu’il a peu abordé.

Et pourtant on lui doit au moins deux grands westerns. Le meilleur d’entre eux est le rugueux Quatre étranges cavaliers, sorti en 1954, avec un John Payne parfait devant sauver sa peau dans une ville où plane l’ombre du maccarthysme. L’autre, La femme qui faillit être lynchée, sorti l’année précédente, ne manque pas non plus d’attrait. Déjà, le titre aiguise inexorablement notre curiosité. Et tout au long du visionnage du film on ne sera pas déçu. L’introduction démarre avec une scène insolite, typique de l’humour de Dwan : des gens s’affairent pour assister à un lynchage, comme s’il s’agissait d’un spectacle ! Dwan répond par une légèreté de ton à un sujet grave. Toutefois, il ne s’agit absolument pas d’une parodie.

lafemmequifaillit_trelynch_eIMDBL’histoire proposée est certes étonnante – et on n’est pas au bout de nos surprises – mais elle traitée de façon sérieuse par Dwan qui est convaincu de ce qu’il nous raconte. On se retrouve ici en 1865 à Border City, une ville située sur la frontière entre le Nord et le Sud. La ville est gérée par une mairesse, Delilah Courtney, bien décidée à conserver la neutralité de sa ville. Une femme aux commandes d’une ville, voilà qui n’est pas fréquent dans un western. La suite l’est encore moins avec deux autres femmes occupant les rôles principaux.

Le personnage central de l’histoire est celui de Sally Maris (excellente Joan Leslie), venue initialement rejoindre son frère à Border City. En un temps record elle passe du statut de jeune femme respectable à celui de tenancière de saloon. Le film est sans temps mort et les rebondissements sont aussi nombreux qu’inattendus.

Une des grandes forces d’Allan Dwan est sans conteste de parvenir à nous rendre crédible une histoire abracadabrantesque. Comme dans tout bon western qui se respecte, on a droit à une bagarre bien virile et à un duel à l’extérieur. Sauf que dans le cas présent les adversaires sont deux femmes : la mignonne Sally Maris opposée à Kate (Audrey Totter, femme fatale dans nombre de films noirs), épouse du sanguinaire Quantrill. Ces deux scènes sont filmées très sérieusement avec une tension palpable, notamment pour le duel dans la rue.

La femme qui faillit être lynchée utilise les codes du western pour les détourner avec un plaisir évident. Dwan apprécie tous ses personnages, faisant preuve d’une réelle bienveillance (pour le sanguinaire Quantrill, il adapte certes l’Histoire à sa façon…). Les hommes sont relégués au second plan et paraissent effacés – comme les femmes habituellement ?. Pourtant il s’agit d’acteurs reconnus : Quantrill est joué par Brian Donlevy, le troublant capitaine Horton par John Lund et le jeune Jesse James par Ben Cooper.

Allan Dwan ne dévie jamais de sa trajectoire féministe. Comme l’indique la mairesse de Border City à Sally Maris : « Vos clients sont des hommes. On en fait ce qu’on en veut. » Ce postulat de la prédominance des femmes dans un western des années 50 est à mettre au crédit de Dwan. Jamais on n’avait poussé cette idée de façon aussi singulière.

lafemmequifaillit_trelynch_eIMDB3Il faut d’ailleurs reconnaître la qualité de la distribution…féminine. Nina Varela interprète une mairesse convaincante. Quant à Audrey Totter, si elle appuie parfois un peu trop sur côté charme, elle se révèle à l’aise dans le rôle de Madame Quantrill. Surtout, on retient la prestation de Joan Leslie, passant aisément du rôle de la Lady ayant des principes à celui d’une tenancière déterminée dans ses choix.

Ce western est éminemment féministe et il le prouve par les décisions de ses protagonistes. Ces femmes agissent avant tout par amour, pour sauver leurs hommes. Ah que c’est beau !

On regrettera seulement un happy end tiré par les cheveux et une volonté de justifier le titre du film. On pardonne aisément à Dwan cette petite erreur. En effet, La femme qui faillit être lynchée peut se targuer d’un postulat enthousiasmant, d’un scénario riche, d’actrices de talent et d’une mise en scène à la hauteur. Et il convient de signaler que si les scènes d’action sont rares, elles se révèlent très efficaces. Voilà une raison de plus d’apprécier ce western méconnu (à tort) de 1953.


Critique parue à l'origine sur Ciné Dweller à l'adresse suivante :
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