rioconchosjaquetteTitre du film : Rio Conchos

Réalisateur :
Gordon Douglas

Année :
1964

Origine : Etats-Unis

Durée :
1h47

Avec :
Richard Boone, Stuart Whitman, Anthony Franciosa, Edmond O’Brien, Wende Wagner, etc.

FICHE IMDB


Synopsis : Pardee, un colonel sudiste, appuyé par des indiens, souhaite continuer la guerre avec des armes volées à l’armée nordiste. Un commando, formé d’un major sudiste, un capitaine nordiste, un sergent noir et un bandit partent les récupérer. Leur but : faire sauter les armes dans le camp des voleurs.


Le réalisateur Gordon Douglas est connu du grand public pour Des monstres attaquent la ville (1952), film de science-fiction où il aborde son histoire de façon réaliste et met en garde contre les dangers du nucléaire. Ce metteur en scène touche-à-tout a beaucoup œuvré dans le cinéma de genre, qu’il s’agisse du polar, du films d’aventures et du western. En 1964, le western américain est en pleine mutation. Et la première scène de Rio Conchos est là pour nous le signaler. Dans une scène d’une violence sèche et abrupte, un homme tue des Indiens en train d’enterrer un des leurs. Les héros westerniens ne sont plus ce qu’ils étaient jadis. Le monde a bien changé...

rioconchos2Dans Rio Conchos, un petit groupe d’hommes est chargé de récupérer des armes volées à l’armée américaine. Or, cette équipe se distingue dès le départ par son aspect hétéroclite. Elle est composée d’un capitaine s’étant fait subtiliser les fameuses armes, d’un sergent noir taciturne et loyal, d’un Mexicain roublard et d’un ex-soldat confédéré. Chacun a ses motivations propres – qui n’ont rien de très glorieux – pour avoir rejoint cette équipe et c’est ce qui rend cette alliance de circonstance encore plus explosive. Rio Conchos préfigure le western italien avec ses personnages individualistes et sa violence exacerbée. Comme le dit le Mexicain : « peu importe comment un homme gagne son pognon, ce qui importe c’est comment il le dépense. »

Dans ces conditions, on perçoit la tâche quasi insurmontable qui se profile pour ce commando. D’autant qu’avant d’espérer retrouver les armes volées, nos protagonistes font face à des environnements hostiles. Le film donne l’occasion de voir de superbes décors extérieurs, qu’il s’agisse de canyons, d’endroits désertiques ou encore de marécages. Le voyage n’est dès lors pas de tout repos pour nos héros. Surtout que les mauvaises rencontres sont légion.

S’il n’est pas John Ford ou Raoul Walsh, Gordon Douglas sait manier une caméra et les scènes d’action du film en sont une preuve évidente.  L’attaque de la ferme isolée est très bien rythmée et parfaitement mise en scène. Le spectateur est happé par ce moment de bravoure où le commando doit affronter des Indiens belliqueux. De la même façon, Gordon Douglas utilise magnifiquement ses décors naturels lors du guet-apens des bandits de grands chemins.

A son crédit, Rio Conchos peut aussi se targuer de personnages qui ne sont jamais des caricatures, élément que l’on peut reprocher au western italien. Habitué à des seconds rôles, Richard Boone tient ici le haut de l’affiche. James Lassiter est un homme torturé dont on ressent le passé douloureux. Il est animé par un sentiment permanent de vengeance. Richard Boone apporte beaucoup de subtilité et même de l’humanité à ce personnage. Stuart Whitman joue pour sa part un capitaine particulièrement ambigu. S’il est toujours épris d’ordre, on sent que cette quête est un moyen pour lui d’obtenir une réhabilitation, voire une promotion. Quant à Anthony Franciosa, il campe un Mexicain affable et bien retors. Par son interprétation haute en couleurs, Franciosa apporte un volet comique à ce film sérieux tout à fait bienvenu. De son côté, la jeune Wende Wagner joue une Indienne mutique qui va rejoindre cette équipée. Mais ici point d’histoire d’amour ce qui constitue une des originalités du film. Cette Indienne est un personnage à part entière qui aura son importance dans le récit. Une preuve parmi tant d’autres que Rio Conchos n’est absolument pas un western anti-Indien.

rioconchos3En fait, la thématique centrale de ce western est la vengeance. James Lassiter hait les Indiens, ces derniers haïssent les Américains et le colonel sudiste, Pardee, hait les nordistes ! Edmond O’Brien a sorti sa tenue de gala pour interpréter un Pardee habité. L’acteur s’est visiblement régalé dans le rôle de ce colonel refusant la défaite du Sud. Pardee est un personnage incroyable, quasi anachronique, qui tente de créer un nouveau Sud au Mexique et prépare sa revanche. La dernière partie qui lui est dédiée est étonnante et culmine dans une conclusion symbolique et particulièrement noire.

Ainsi, Rio Conchos est une œuvre dévoilant de façon éclatante la vision d’une Amérique désenchantée. Pourtant, dans cet océan de haine, l’espoir est toujours là. Après tout, l’Indienne n’aide-t-elle pas ses compagnons d'(in)fortune à se libérer de leurs cordes ? Une scène qui en dit long là encore sur la richesse de ce Rio Conchos.

Critique parue à l’origine sur le site Ciné Dweller à l’adresse suivante :

https://cinedweller.com/movie/rio-conchos-la-critique-du-film-et-le-test-blu-ray/