RAWHIDE 99Titre du film : L’attaque de la malle-poste

Réalisateur :
Henry Hathaway

Année :
1951

Origine :
Etats-Unis

Durée :
1h29

Avec :
Tyrone Power, Susan Hayward, Hugh Marlowe, Dean Jagger, Edgar Buchanan, Jack Elam etc.

FICHE IMDB


Synopsis : Le bandit Zimmerman et ses trois complices prennent en otages les usagers d’un relais de poste où doit s’arrêter un convoi d’or. Tom, Vinnie et quelques autres vont désormais vivre sous leur menace. Lorsque Tom essaie de s’échapper pour aller chercher du secours, sa tentative échoue. Les événements, dès lors, vont se précipiter.


Capable d’œuvrer dans n’importe quel genre, Henry Hathaway met en scène en 1951 le western
L’attaque de la malle-poste. Le film démarre de façon joyeuse avec une diligence traversant de très belles montagnes enneigées. Une belle façon pour le réalisateur de tromper son monde car le ton va rapidement changer.

Hathaway est un cinéaste appréciant plus que tout les challenges et l’innovation. A cet égard L’attaque de la malle-poste porte bien la marque de son auteur. Tourné à Lone Pine, le film est un western par son environnement mais dans les faits il s’agit plutôt d’un film noir se déroulant en vase clos.

RAWHIDE 98D’ailleurs, les amateurs constateront que le scénariste est Dudley Nichols, déjà présent sur l’un des chefs-d’œuvre de John Ford, La chevauchée fantastique (1939). Ce western était déjà une sorte de huis clos avec des personnes regroupées dans une diligence le temps d’un voyage. Comme dans le film de John Ford, Hathaway joue la carte du huis clos puisque l’action se déroule dans et autour du relais de poste.

Ainsi,  quatre bandits évadés retiennent prisonniers deux adultes, Tom Owens et Vinnie Holt (et un bébé). Cette situation peut paraître assez simple. Une nouvelle fois, il convient de ne pas se fier aux apparences.

A l’écran, Hathaway sublime son matériau de base. Il distille une tension permanente par plusieurs biais. D’abord sa mise en scène se marie parfaitement à son sujet. Le travail sur les cadrages est impressionnant et renforce le sentiment d’oppression. Et que dire des gros plans sur les visages des personnages permettant de comprendre l’hostilité entre le chef des bandits, Zimmerman et l’inquiétant Tevis ? Cette tension se ressent également par les efforts déployés par les otages pour s’en sortir. Dans un endroit où la violence est reine, il y va de leur survie. On assiste ainsi à un subtil jeu de dupe où Tom Owens et Vinnie Holt tentent de gagner du temps pour trouver une solution. Et chacune de leurs tentatives est risqué : qu’il s’agisse d’un papier risquant d’être dévoilé ou d’un trou creusé alors que les bandits sont juste à côté… Hathaway fait parfaitement monter la tension et le spectateur se demande bien comment nos deux héros vont pouvoir s’en sortir. Surtout que le cinéaste s’amuse à brouiller astucieusement les pistes par une instabilité permanente. Le spectateur sent qu’il peut se passer quelque chose à tout moment dans ce western psychologique. Et pour jouer dans ce huis clos, Hathaway a aussi tapé dans le mille au niveau du casting.

RAWHIDE 95Du côté des hors-la-loi, Doug Marlowe, jusque-là habitué à des rôles romantiques, interprète Zimmerman. Il est ici aux antipodes et joue de façon convaincante un homme dangereux, calculateur et déterminé. Et que dire de Jack Elam, inoubliable avec son physique particulier ? Il est habité par ce rôle d’obsédé sexuel et psychopathe notoire. Voilà l’un des méchants les plus marquants du western puisque ce personnage n’obéit qu’à ses pulsions. Le film serait sans doute un peu fade si les héros n’étaient pas aussi à la hauteur. Tyrone Power, qui en avait marre de jouer le chevalier servant dans des films de cape et d’épée, tient un rôle bien plus ambigu. Son personnage de Tom Owens accepte de nombreuses humiliations pour sauver sa peau. D’ailleurs, il déclare non sans amertume à Vinnie : “Je leur ai servi de paillasson. Et pourquoi ? Parce que j’avais le trac. ” Pour lui rendre la pareille, Tyrone Power peut compter sur une excellente actrice. Susan Hayward, dont c’est le premier grand rôle, va devenir une immense star suite à ce film. Et c’est mérité car elle joue avec beaucoup d’à-propos le rôle d’une femme forte et courageuse. Un personnage en somme très moderne, bien loin de la représentation de la femme des années 50.

L’attaque de la malle-poste multiplie les bons points et ça n’est pas terminé. Dans ce film mené tambour battant, on ne s’ennuie pas une seconde, qu’il s’agisse de scènes d’action ou d’autres, tendues ou  intimistes. Hathaway gratifie d’ailleurs le spectateur de plusieurs séquences incroyables. La plus mémorable d’entre elles reste sans aucun doute celle où Jack Elam tire sur le bébé. Cette scène ne pourrait jamais être tournée de la sorte de nos jours ! De plus, Hathaway a la bonne idée d’avoir laissé de nombreuses séquences sans musique, accroissant de la sorte la tension latente. Et puis la photographie est vraiment soignée, jouant sur les nuances du noir et du blanc. L’ambiance film noir s’en ressent d’autant plus.

Au final, la réussite de la production, sur les plan commercial et critique, est totalement méritée. Il ne s’agit pas du meilleur film d’Henry Hathaway (on lui préfère Le carrefour de la mort) mais d’un western parfaitement mis en scène.

Critique parue à l’origine sur le site Ciné Dweller à l’adresse suivante :

https://cinedweller.com/movie/lattaque-de-la-malle-poste-la-critique-du-film-et-le-test-blu-ray/