animalkingdomTitre du film : Animal kingdom

Réalisateur : David Michôd

Année : 2011

Origine : Australie

Durée du film : 112 minutes

Avec : James Frecheville (Josh Cody), Guy Pearce (inspecteur Leckie), Jacki Weaver (Janine « Smurf » Cody), Ben Mendelsohn (Pope Cody), Joel Edgerton (Baz Brown), Luke Ford (Darren Cody), Sullivan Stapleton (Craig Cody), Dan Wyllie (Ezra White), etc.

FICHE IMDB

Résumé : Après le décès de sa mère, le jeune Joshua rejoint une partie de sa famille qu'il ne connaît pas. Il s'agit d'une famille de criminels.


Grand prix du festival de Sundance en 2010, Animal kingdom est le premier long métrage de l'australien David Michôd.

Le film commence de façon bien rude avec le jeune Josh Cody, un adolescent de 17 ans, qui vient d'appeler la police car sa mère vient de faire une overdose. Mais là où on est déjà étonné, c'est par le fait que Josh reste stoïque face à la mort de sa mère et il continue de regarder sans broncher la télévision.

Se retrouvant seul, il commet l'irréparable (mais ça il ne le saura que plus tard), reprendre contact avec ses racines en appelant sa grand-mère maternelle. La famille Cody, avec cette grand-mère et les oncles de Josh, n'est pas une famille comme les autres. C'est une famille de criminels. Les frères Cody connaissent une sorte de crise car les braquages ne leur permettent plus de faire des recettes importantes, et ce d'autant plus qu'ils sont surveillés en permanence par la police australienne. Il faut donc se tourner vers quelque chose de moins risqué, tel que la vente de drogue ou le fait de jouer en Bourse. Mais ce bouleversement des choses n'est pas du goût de l'ensemble des frères Cody.

Le film se déroule dans une ambiance tranquille en apparence – à la manière d'autres films australiens comme le thriller Lantana – mais qui est en faite lourde de manière permanente. On sent que quelque chose de grave peut se produire à n'importe quel moment. Et cela ne tarde pas à arriver. L'un des frères est victime de la police qui le tue froidement. C'est alors qu'un engrenage infernal va se mettre en route. Il ne faut pas oublier que les Cody sont de dangereux sociopathes. Chez eux, c'est le règne animal (traduction du titre du film). Leur réaction ne tarde pas à venir. Une patrouille de police est ainsi assassinée sans coup férir. Le jeune Josh est indirectement impliqué dans ces meurtres dans la mesure où c'est lui qui a volé la voiture qui a servi à tuer les policiers.

Tout le reste du film va alors consister en une sorte de thriller où Josh est tiraillé entre sa nouvelle famille qui l'invite fortement à se taire et la police, avec l'inspecteur Leckie, qui voit bien que Josh peut être un témoin capital dans cette affaire et cherche donc à le faire parler. Le film passe dès lors du film de mafieux, voire de psychopathes, à celui de thriller. Josh devient l'objet de toutes les attentions. Et à la manière des films de James Gray où un personnage ne se reconnaît pas dans les membres de sa famille (on pense notamment au film The yards et à sa fin sans concession), Josh finit par rejoindre la police. Mais ce choix – qui est celui de la justice, du bon sens – va accroître le côté dramatique et inéluctable du film. Sa petite amie va être une victime collatérale et il va subir des pressions importantes de sa famille, qui cherche carrément à l'exécuter.

Pour faire monter la pression, le réalisateur David Michôd a opté pour une mise en scène classique, fluide, avec de beaux mouvements de caméra continus. On regrettera simplement le choix d'agrémenter ce long métrage de nombreux ralentis qui ne sont pas spécialement justifiés et ralentissent l'action, lui donnant presque un côté irréel, alors qu'au contraire c'est le côté réaliste du film qui fait la grande qualité d'Animal kingdom.

Sur le plan moral, David Michôd a eu la bonne idée de ne pas livrer un film dichotomique avec d'un côté les gentils et de l'autre les méchants. Non la ligne de démarcation entre les deux n'est pas aussi évidente que cela. Malgré le fait que les Cody soient des gens dangereux et responsables d'actes répréhensibles, il n'est pas normal que les policiers rendent eux-mêmes la justice en décidant de tuer des membres de cette famille sans motifs légitimes. C'est de la vengeance gratuite. Et puis certains policiers sont montrés comme des gens qui trempent dans des affaires pas très catholiques avec les Cody. Finalement, seul le personnage de l'inspecteur représente de façon nette une justice intègre.

Cela donne d'ailleurs l'occasion d'évoquer le casting du film. Si le scénario du film et sa mise en scène sont irréprochables, il va sans dire que la distribution du film est pour beaucoup dans la réussite du film. James Frecheville incarne parfaitement ce jeune homme taciturne qui est balloté par tout le monde et qui ne sait pas trop où se situe sa place. Son manque de sentimentalisme est contrebalancé par l'amour sincère qu'il porte à sa petite amie. Un autre acteur marquant est sans nul doute Ben Mendelsohn, qui joue l'oncle Pope, dont chacune des apparitions donne froid dans le dos. Quant à Guy Pearce, il est très bon dans le rôle de ce policier qui cherche à clore ce dossier, tout en restant toujours dans la légalité. Mais surtout, le film dresse le portrait d'une femme machiavélique. Jacki Weaver est vraiment bluffante dans le rôle de cette mère qui est gentille en apparence, jouant la carte affective à fond (elle embrasse sur la bouche ses enfants), alors que dans les faits, c'est certainement l'être le plus dangereux du film. On comprend aisément que c'est elle qui actionne ses fils comme elle l'entend, tels des marionnettes. Sans conteste, voilà un personnage que l'on n'est pas prêt d'oublier et Jacki Weaver est parfaite dans ce rôle.

Au final, Animal kingdom est un excellent film policier, mélange de drame familial et de thriller. On attend donc avec une certaine impatience le prochain film de David Michôd.