lafoirauxvanitesphoto3_8890dTitre de la mini-série : La foire aux vanités

Réalisateur : Marc Munden

Année : 1998

Avec : Natasha Little, Frances Grey, Tom Ward, Philip Glenister, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Début du XIXe siècle, les guerres napoléoniennes font rage. Fille d’un artiste peintre sans le sou et d’une chanteuse de cabaret, l’orpheline Becky Sharp quitte le pensionnat. Mécontente de son pauvre sort, elle ambitionne d’accéder à la haute société britannique. Pour atteindre son but, Becky va déployer sans scrupules toute son intelligence et son pouvoir de séduction...

De manière un peu exceptionnelle, ci-joint la critique d'une (excellente) mini- série, La foire aux vanités.


William Makepeace Thackeray (1811-1863), un des romanciers les plus importants de la période victorienne, est bien connu pour l’adaptation de ses Mémoires de Barry Lyndon par Stanley Kubrick. Toutefois, les plus lettrés n’oublieront pas de mentionner son autre « best-seller », La foire aux vanités (Vanity fair), paru sous forme de feuilleton entre 1846 et 1847. Une source intarissable d’adaptations au cinéma à partir de 1911, dont une en 2004 par Mira Nair avec Reese Witherspoon et Romola Garai dans les rôles principaux.

lafoireauxvanitesphoto1_fc287Le culte autour du roman s’est également matérialisé par les nombreuses séries télévisées orchestrées par la BBC tout d’abord en 1956, puis en 1967, 87 et 98. Pour cette dernière, la BBC a mis les petits plats dans les grands puisqu’elle a fait appel à Andrew Davies, spécialisé dans l’adaptation de romans célèbres, que ce soit notamment Middlemarch (1994) d’après George Eliot ou la célèbre mini-série d’Orgueil et préjugés (1995) avec Colin Firth dans le rôle inoubliable de M. Darcy, d’après une certaine Jane Austen.

Le réalisateur Marc Munden, inspiré par le scénario d’Andrew Davies, a disposé d’un temps suffisant pour installer l’action et développer ses personnages. Le roman a pu de ce fait être respecté dans ses grandes largeurs.

A la différence du film de Mira Nair, l’action est ici centrée autour de deux personnages féminins et pas uniquement sur celui de Becky Sharp. Cela donne d’autant plus d’attrait à cette œuvre qui s’attache à dépeindre la société anglaise de la première moitié du XIXème siècle. N’y allons pas par quatre chemins. D’ailleurs, tout est dit dans le titre. La foire aux vanités est une satire féroce des prétentions, qui s’accommode très bien du format d’une mini-série de près de 5 heures.

Pour donner du poids à sa démonstration, Marc Munden a choisi de mettre l’accent sur les deux personnages principaux, clairement antinomiques dans leur façon d’être : d’un côté la machiavélique Becky Sharp, à l’ambition féroce, et de l’autre la prude et jouvencelle Amelia Sedley. En dehors de leur personnalité, c’est bien leur condition sociale qui les oppose : la première est issue du milieu populaire quand l’autre est bien établie dans la bourgeoisie. De quoi donner du mordant à la farce : le réalisateur insiste sur les travers hypocrites de cette société où derrière l’apparat de la bienséance, tout le monde (ou presque) n’est que faux-semblant et usurpateur.

On assiste donc à un jeu de dupes – très divertissant au demeurant – où les manigances et manipulations en tous genres sont légion. Le meilleur représentant en la matière est évidemment le personnage d’arriviste de Becky Sharp, l’un des plus développés, au plus grand bonheur du spectateur qui suit avec délice les stratagèmes mis en place pour son ascension sociale. Rien ne l’arrête quand il s’agit de changer de rang, surtout quand il s’agit de profiter de la sottises de certains hommes fortunés (ou ne serait-ce pas tout simplement l’attirance que leur inspire cette femme).

lafoirauxvanitesphoto2_52339Becky ne recule devant rien et tout homme disposant d’une bonne position sociale et d’une bourse conséquente fait partie potentiellement de ses plans. Les actions amorales de cette Rastignac britannique forcent le respect. A côté, George Osbourne, jeune noble vantard et notoirement coureur de jupons, apparaîtrait presque comme un perdreau.

Fort du roman originel qui aide aux dialogues ciselés, la farce trouve le bon ton à la télévision et tient aisément en haleine de par les actions des différents personnages, assez truculents. La charge sarcastique du roman est parfaitement rendue, à l’image des déclarations à l’emporte-pièce de la tante, qui se plaît à critiquer les desseins intéressés de toute sa famille, laquelle n’attend qu’une chose… qu’elle rende son dernier souffle pour tirer les marrons du feu de sa riche succession à venir.
Cette tante, inlassablement allongée, est d’ailleurs l’une des seules à voir clairement dans le jeu de Becky Sharp. Mais, à l’instar du spectateur, elle la trouve amusante.

Belle charge contre la noblesse victorienne, le divertissement de la BBC est moins consensuel que ce que l’on aurait imaginé au départ, malgré une fin forcément plus optimiste que le roman. Mais cela n’entache en rien le plaisir à regarder cette série qui ne s’adresse pas uniquement au seul public féminin.

Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire.com à l'adresse suivante :

https://www.avoir-alire.com/la-foire-aux-vanites-la-critique-de-la-serie-le-test-dvd