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Titre du film : Hostiles

Réalisateur : Scott Cooper

Année : 2018

Origine : États-Unis

Durée : 2h13

Avec : Christian Bale (capitaine Joseph Blocker), Rosamund Pike (Rosalie Quaid), Wes Studi (chef Yellow Hawk), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : En 1892, le capitaine de cavalerie Joseph Blocker, ancien héros de guerre, est contraint d’escorter Yellow Hawk, chef de guerre Cheyenne mourant, sur ses anciennes terres tribales. Peu après avoir pris la route, ils rencontrent Rosalee Quaid. Seule rescapée du massacre de sa famille par les Comanches, la jeune femme traumatisée se joint à eux dans leur périple.

 

Réalisateur à qui l’on doit le très beau drame musical Crazy heart (2010) avec Jeff Bridges et Collin Farrell dans les rôles principaux, Scott Cooper change totalement de registre avec Hostiles. Il s’agit en effet d’un western, genre moribond, ayant connu ses heures de gloires des années 20 aux années 50, refaisant surface de temps à autre, à l’image de films aussi cultes que Danse avec les loups de Kevin Costner (1990) et Impitoyable (1992) de Clint Eastwood.

Hostiles est empreint de la même mélancolie que ses glorieux aînés des années 90. L’action se situe en 1892, alors que les guerres entre les colons et les Indiens sont terminées, ayant épuisé les deux camps et causé la mort de dizaine de milliers de victimes innocentes. Sans compter les morts en raison des épidémies et des famines.

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Hostiles est un film reconnaîssant le poids de l’Histoire . Cela n’est pas du tout un long métrage manichéen où les gentils colons doivent affronter de méchants indiens. A fortiori il n’y a pas de héros comme le cinéma américain a pu le véhiculer dans ses films des années 40 et 50 notamment.

Le réalisateur part d’une idée de base tout à fait intéressante : le capitaine Joseph Blocker, connu pour ses actes de « bravoure » (tout dépend dans quel camp on se situe) est contraint par son supérieur hiérarchique d’escorter avec une petite unité, le chef Yellow Hawk, son pire ennemi, sur ses terres natales du Montana. Et l’expédition sera évidemment truffé d’embûches de toutes sortes.

Il est donc fondamental pour les différentes parties de s’entendre. Scott Cooper sait pertinemment que l’on a déjà tout dit, ou presque, avec les westerns d’antan. C'est la raison pour laquelle Hostiles met la question des relations et des guerres raciales au centre du jeu.

Pour attirer le spectateur vers autre chose que ce qui est attendu, il est donc pertinent de livrer un film où la rédemption (des colons) est attendue face au génocide indien. A ce titre, cette expédition privilégie justement le côté réflexif plutôt que l’amoncellement de combats. Certes, on aura droit à quelques séquences d’action, d’ailleurs plutôt barbares, mais dans l’ensemble cette œuvre a tout de la quête rédemptrice. On le voit dans les paroles, les gestes et les visages tristes des personnages. Celui de Joseph Blocker est d’ailleurs particulièrement évocateur : à mesure que le film avance, que les langues se délient, l’armure se fend et le soldat laisse place à l’humain. Hostiles comprend plusieurs scènes fortes sur le plan émotionnel, qui sont sublimées par une musique planante du meilleur effet et par ces grands paysages, caractéristiques du western.

Au demeurant, cela n’est pas un hasard si Hostiles débute sur les terres arides du Nouveau-Mexique pour s’achever sur les terres verdoyantes et hospitalières du Montana. A mesure que la relation entre les personnages principaux semble s’apaiser, le climat s’améliore, à tous points de vue.

Il est certain que l’on ne changera pas l’Histoire. Et si Hostiles est un film parfois dur à regarder, avec une violence sèche et brutale, on aboutit étrangement à une œuvre rédemptrice, évoquant toute la bêtise de la guerre et de ces conflits raciaux.

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D’ailleurs, les « méchants » ne sont pas l’apanage d’un camp comme le montre d’un côté les agissements des comanches et de l’autre celui de trappeurs et propriétaires terriens racistes.Il va sans dire que le film ne serait pas aussi réussi sans son formidable trio d’acteurs. Les louanges reviennent d’abord à l’acteur principal, Christian Bale. Il est formidable dans le rôle de Joseph Blocker, un militaire ayant toujours agi selon les ordres, et devant faire face à ses vieux démons, alors que la vie civile se rapproche à grands pas pour lui. Le personnage qu'il interprète entretient par ailleurs une relation toute en sensibilité avec Rosalie Quaid, dont la famille a été assassinée. Cette femme, dont la détresse ne peut qu’émouvoir, est jouée avec beaucoup de subtilité et de tact par une impeccable Rosamund Pike. Elle ne cesse de nous épater, depuis son interprétation dans Gone girl. Le troisième acteur remarquable est Wes Studi, déjà vu dans Danse avec les loups et Le dernier des mohicans. Avec son visage burriné et marqué par l’Histoire, il campe un chef Yellow Hawke plus vrai que nature. Sa relation avec Joseph Blocker est riche d’enseignements et extrêmement forte. Les personnages secondaires sont loin d’être de simple faire-valoir, à l’image de ce sergent s’excusant auprès des Indiens pour les actes commis par l’armée américaine.

En sortant d’une séance d’Hostiles, on a franchement le sentiment d’avoir assisté à un grand western crépusculaire. Si ce genre est quasiment mort, il peut encore nous dévoiler de merveilleuses pépites.