ilrestedujambon1Titre du film : Il reste du jambon ?

Réalisatrice : Anne Depétrini

Année : 2010

Origine : France

Durée : 1h30

Avec : Ramzi Bedia (Djalil), Anne Marivin (Justine), Jean-Luc Bideau (Charles), Marie-France Pisier (Nicole), Géraldine Nakache (Sophie), Leila Bekhti (Anissa), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Lorsque Justine Lacroix, charmante journaliste télé cantonnée à la rubrique « chiens écrasés » rencontre un séduisant chirurgien urgentiste, c’est tout de suite le coup de foudre…Et le début d’une grande histoire d’amour. La jolie blonde parisienne et le grand brun de Nanterre deviennent vite inséparables, mais il y a juste un petit détail que Justine a oublié de prendre en compte : l’homme qu’elle aime est… Arabe, enfin « Français issu de l’immigration ».

 

Réalisé par Anne Depétrini, la compagne à la ville de Ramzi Bedia à l’époque (ils se sont séparés en 2011), Il reste du jambon ? est une comédie souhaitant évoquer la difficulté des couples mixtes en France, à l'instar du long métrage Mauvaise foi de Roschdy Zem.
Seulement, si les bonnes intentions
est une chose, la façon de les exprimer en est une autre. Passons rapidement sur la mise en scène et la photographie qui n'ont rien de transcendant, et donnent plutôt l'impression de voir un téléfilm quelconque qu'un film. Car il y a bien pire. Le film contient une accumulation de clichés, et finit par desservir les bonnes intentions de base.

ilrestedujambon2Rappelons d'abord que le scénario du film concerne la romance entre une jeune femme, Juliette, qui travaille à la télévision et un médecin urgentiste arabe, Djalil. La femme est jouée par Anne Marivin et l'homme par Ramzi Bedia, le comédien célèbre avec son camarade Eric.

Pour parler de cette histoire, Anne Depetrini n'hésite pas à aligner les clichés les plus ridicules : le personnage de Djalil est pris à parti dans un magasin où il est suspecté d'être un voleur (le cliché de l'arabe voleur) ; les copains de Djalil sont tous des garçons de banlieue qui au demeurant volent des portables ; la belle-famille de Djalil est raciste et pense sans le connaître que Djalil est un terroriste qui appartient au mouvement d'Al Kaïda ; tous les arabes adhèrent à l'Islam et pratiquent la religion ; tous les arabes font le ramadan ; dans le cadre de la fête de l'Aid El Kébir (« fête du sacrifice ») Djalil a évidemment chez lui un mouton qui est dans la baignoire, prêt à être égorgé ; dans un mariage islamiste les hommes et les femmes sont séparées et il n'y a pas de consommation d'alcool.

Un amoncellement de caricatures, mal amené au demeurant, finit quasiment par être dangereux. En effet, si certaines personnes avaient la mauvaise idée de prendre pour argent comptant ce qui est dit dans ce film, il y a de quoi être inquiet.
Certaines scènes sont carrément pathétiques, à l'instar de cette scène où les étrangers sont comparés à des chiens. La mère de Juliette, jouée par une Marie-France Pisier qu'on a senti plus inspirée, déclare que son chien afghan n'a jamais pu s'habituer aux autres. Et puis elle déclare que son chien chinois, nommé Mao (quelle finesse !) est fourbe. C'est sympathique pour les Chinois qui n'ont rien demandé à personne et ne sont pas concernés en tant quel tel dans le film. Il y a plus grave : la mère de Juliette déclare qu'il y a des races (au passage, notons que dans le monde, il n'y a qu'une race, à savoir la race humaine) qui sont incompatibles.

ilrestedujambon3Les préjugés censés être combattus dans le film se retournent en fait contre ce dernier. Il faut dire qu'au-delà de certains éléments évoqués de manière caricaturale, les répliques censées être drôles se démarquent plutôt par une lourdeur certaine. Au début du film, la scène avec les croquettes mi-homme mi-chien qui fait gonfler la joue de Juliette n'est pas sans rappeler Banzaï avec Coluche, mais finit par fatiguer avec son aspect répétitif. Encore plus nul, il y a la scène avec le paquet de jambon dans le frigo qui explique le titre du film et se révèle ridicule.

Côté direction d'acteurs, c'est le néant total. On a presque mal pour Jean-Luc Bideau et Marie-France Pisier de les voir dans ce film avec leurs rôles de racistes. Les autres acteurs sont tout aussi caricaturaux et semblent naviguer à vue. On a l'impression de retrouver des acteurs en roue libre, à l'instar de Ramzi Bedia qui en fait des tonnes.
Au final, y a-t-il quelque chose à sauver dans ce film ? Non, même en regardant attentivement il n'y a vraiment rien. Au mieux ce film peut être qualifié de maladroit avec ses clichés présents à foison et ses personnages qui sont de véritables caricatures. Au pire ce film sans intérêt pourrait véhiculer le contraire de ce qu'il souhaite, à savoir des préjugés racistes. Franchement, sur le sujet des unions mixtes, il y a bien mieux. Voilà un film à éviter.
Sur le sujet du racisme, on lui préférera le plus récent Tout simplement noir, nettemment plus prenant et bien plus marrant.