neverletmeTitre du film : Never let me go

Réalisateur : Mark Romanek

Durée du film : 1h43

Année
: 2011

Origine :Royaume-Uni

Durée : 103 minutes

Avec : Carey Mulligan (Kathy), Keira Knightley (Ruth), Andrew Garfield (Tommy), Charlotte Rampling (miss Emily), Sally Hawkins, etc.

FICHE IMDB

Résumé : Depuis leur enfance, des personnes vivent dans une école coupée du monde, qui se révèle pour le moins étrange.

 

Après avoir été révélé par le thriller psychologique Photo obsession, Mark Romanek revient derrière la caméra pour adapter le roman Remains of the day de Kazuo Ishiguro, qui a lui-même écrit le scénario du film.


On apprend en préambule du film que dans les années 50 la médecine fit des progrès importants et qu'en 1967 les gens vivaient en moyenne 100 ans. Tiens, tiens, comment est-ce possible ?
Eh bien des gens peu scrupuleux en matière d'éthique – on en saura pas plus sur ce point – ont créé des clones thérapeutiques. Ainsi, toute la première partie du film se déroule dans diverses institutions où des enfants, qui n'ont jamais eu idée de ce que sont des parents, sont conditionnés dès leur plus jeune âge. Le but de l'existence de ces enfants : faire d'eux des donneurs d'organes une fois qu'ils auront atteints l'âge adulte. Le conditionnement qu'ils subissent est d'ailleurs tellement fort qu'ils ne cherchent même pas à quitter cette société quasi totalitaire, qui ne leur propose aucun avenir.

 neverletme2A la différence des héros de films comme L'âge de cristal ou The island, ces jeunes gens prennent avec philosophie ou tout simplement avec tristesse mais sans aucune envie de révolte, l'unique choix qui leur est laissé.
Cela n'empêche pas que le sujet qui est traité dans ce film est brûlant et n'est pas sans rappeler des films de science-fiction tels que Bienvenue à Gattaca ou The island. Sauf qu'ici le propos qui est développé est encore plus prenant puisqu'il se déroule une époque qui est très proche de nous, vu qu'il se déroule durant les « 30 Glorieuses ».


Le film de Mark Romanek qui est très sobrement mis en scène fait froid dans le dos. Comment comprendre que dans nos démocraties, qui sont normalement respectueuses du genre humain, on se mette à élever des clones, comme on élève des poulets en batterie. Le degré de liberté de ces clones est d'ailleurs réduit à sa plus simple expression puisqu'ils sont pistés via un bracelet magnétique qu'ils ont sans cesse sur eux et qu'ils doivent utiliser pour badger lors de chaque journée qui passe.

 

Le film pose de vraies questions éthiques puisque l'on voit bien que ces jeunes gens ressentent des émotions et agissent comme n'importe quel être humain. Ils ont bien une âme. C'est la raison pour laquelle on peut se demander pourquoi leur vie à eux doit s'écourter pour profiter à d'autres. On ne peut être qu'inquiet de constater que tout le monde est au courant de l'existence de ces clones et que ni les médecins ni les infirmiers ne sont choqués par le fait d'enlever la vie à des jeunes gens.


Le film est d'autant plus prenant qu'il adopte un ton sérieux de bout en bout. Si Mark Romanek greffe une histoire d'amour dans ce film entre les deux personnages principaux, Kathy qui est accompagnante (elle accompagne les donneurs d'organes) et Tommy, il n'empêche que le sursis qu'ils espèrent (obtenir plus de temps de vie avant de donner des organes) n'est qu'un espoir naïf, voire même un leurre. L'issue est inéluctable. Dès le départ, on se doute qu'il n'y aura aucune échappatoire. Si l'on a inculqué à ces donneurs d'organes le terme de terminer en parlant de la fin de leur vie au lieu de celui de mourir – comme s'ils n'étaient pas des êtres dotés d'une vie – cela ne change rien à leur situation qui est fondamentalement dramatique. Entre un et trois dons (selon la gravité de l'organe à donner) ils meurent comme si de rien n'était.

Traité de manière clinique avec des couleurs grisâtres, Never let me go est un film plutôt pessimiste sur le genre humain. C'est aussi un film qui invite à s'interroger sur les progrès de la science. Il ne faudrait pas que les progrès considérables que l'on vit chaque jour soient utilisés de façon douteuse sur le plan éthique.

neverletme3Bénéficiant d'un scénario particulièrement intéressant, d'une mise en scène solide et d'une belle photographie qui accroît le côté désespéré de l'ensemble, Never let me go peut aussi s'appuyer sur une distribution de premier choix. Révélation du film Une éducation, Carey Mulligan apporte une vraie touche émotionnelle à ce film en interprétant le rôle de Kathy, une jeune fille amoureuse de son ami Tommy. Ce dernier est joué par Andrew Garfield, vu notamment dans The social network. Dans Never let me go, il rend bien la pareille à Carey Mulligan en jouant un jeune homme manquant de repères et d'assurance. Dans le rôle de la fille venue empêcher un couple naturel de se former, on retrouve Keira Knightley. La distribution du film comprend également les actrices Charlotte Rampling et Sally Hawkins qui sont là pour conditionner les jeunes clones.


Au final, Never let me go n'est certes pas le film de l'année, il n'en demeure pas moins un film très intelligent qui pose de nombreuses questions et qui n'a pas besoin d'avoir recours à de multiples effets spéciaux pour nous mettre en garde contre les dangers de la science.
Le film prend d'autant plus de résonance quand on voit ce qu'est capable de faire la science avec des embryons.