thegreeninferno1Titre du film : The green inferno

Réalisateur : Eli Roth

Année : 2015 (film sorti en e-cinema en France le 16 octobre 2015)

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h40

Avec : Lorenza Izzo (Justine), Ariel Levy (Alejandro), Aaron Burns (Jonah), Ignacia Allamand (Kara), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Un groupe d'activistes new-yorkais se rend en Amazonie et tombe entre les mains d'une tribu particulièrement hostile.

 

Les films de cannibales ont connu leur heure de gloire dans les années 80. C'est à des cinéastes transalpins que l'on doit une grande partie de ces bobines mêlant gore (beaucoup) et érotisme (un peu). Si la qualité des films est très variable, un réalisateur sort clairement du lot : Ruggero Deodato. On lui doit l'excellent Le dernier monde cannibale (1978) et surtout la référence du genre avec Cannibal holocaust (1980).

thegreeninferno4Depuis de nombreuses années, les films de cannibales ont complètement disparu des écrans radars. Eli Roth, à qui l'on doit la saga horrifique Hostel 1 et 2 ou plus récemment le sympathique “home invasion” Knock Knock, a pris le parti de dépoussiérer ce genre moribond. The green inferno - dont le titre fait référence à l'enfer vert des reporters dans Cannibal holocaust – n'a pas eu l'honneur des salles obscures. Il a dû se contenter d'une diffusion en e-cinema, et ce en raison d'une violence graphique impressionnante.

The green inferno a en tout cas le mérite d'exister. Le fan du genre évolue en terrain connu. En effet, Eli Roth n'a pas cherché à être original, son film évoquant clairement Le dernier monde cannibale et évidemment tous les ingrédients que l'on retrouve dans ce type de films.

Dans ce film qui se déroule à l'époque actuelle, l'action débute aux Etats-Unis où l'on suit une étudiante, Justine (allusion au marquis de Sade ?), fille d'un représentant des Nations-Unies. Cette dernière se retrouve vite embringué dans un groupe d'activistes écologiques, ayant à sa tête le charismatique Alejandro. Grâce à un financement privé, le petit groupe idéaliste s'embarque pour le Pérou. L'objectif est d'empêcher la déforestation en réalisant un gros coup de publicité, en s'attachant à des arbres et en transmettant les images en direct sur le Net pour influencer l'opinion publique.

Comme dans Hostel, Eli Roth prend le temps de nous présenter les différents protagonistes et de mettre l'action en place. La terreur à venir n'en sera que plus marquante.

thegreeninferno3Les événements horrifiques démarrent à proprement parler suite à un impressionnant crash d'avion, laissant nos écolos activistes perdus en pleine jungle amazonienne. Enfin, ils ne sont pas perdus pour tout le monde puisqu'une tribu cannibale a flairé leur présence. Ils sont donc capturés par ces cannibales qui veulent dîner avec eux. Ou plutôt en faire leur dîner.

C'est à ce moment que l'on comprend pourquoi The green inferno n'a pas été diffusé par le circuit traditionnel des salles de cinéma.

Eli Roth n'y va pas de main morte côté violence. Les séquences gore sont nombreuses et par ailleurs très bien mises en scène. Leur côté réaliste – bravo au concepteur des SFX – les rend d'autant plus éprouvantes à regarder. Eli Roth met ses acteurs à rude épreuve, à commencer sa propre femme, Lorenza Izzo, laquelle joue de manière convaincante le rôle de la jeune Justine.

La deuxième partie du film est très barbare avec des scènes sanglantes, comme on a rarement (jamais ?) l'occasion d'en voir à l'heure actuelle. Au programme des festivités, on a droit à des démembrements, décapitations, éventrements. Le film est rugueux et dépaysant (il a été tourné en partie au Chili et au Pérou), ce qui est fortement déstabilisateur.

Toutefois, il serait réducteur de limiter The green inferno à ses aspects gore. Le film n'a pas seulement pour but de choquer le spectateur. Et l'intrigue va au-delà du simple message écologique : sauvons la planète contre la déforestation.

thegreeninferno2Eli Roth critique sans fards une société partant à la dérive où l'individualisme fait de plus en plus disparaître toute notion d'humanité. Il renvoie dos à dos les rites barbares des cannibales et les actions d'hommes se disant civilisés. Les cannibales sont évidemment condamnables pour leurs traditions ancestrales (excision et autres) et pour leurs agissements. Mais les sauvages ne sont pas uniquement ces personnes primaires, restées à l'état d'animal. Ce sont aussi les personnes qui placent l'appât du gain devant toute autre considération.

Le ciel n'est pas pour autant entièrement bleu (enfin rouge sang...) pour Eli Roth. Ce dernier n'a pas pu s'empêcher d'inclure dans son film éprouvant pour les nerfs des scènes censées être drôles, et donc faire respirer le spectateur. Malheureusement, ces séquences ne sont pas du meilleur effet. Entendre les bruits d'une fille victime d'une crise de diarrhée ou voir un homme en train de se masturber pour se détendre, n'est vraiment pas fin. Et cela va à l'encontre du ton sérieux du film.

Par ailleurs, Eli Roth fait preuve de quelques facilités scénaristiques et d'une conclusion finale tirée par les cheveux. On comprend que le réalisateur laisse la porte ouverte à un Green inferno 2, mais cette conclusion laisse un petit goût amer, d'autant qu'un second opus a peu de chances de voir le jour, au regard du faible succès commercial du film.

Cependant, ces petits défauts n'altèrent pas le plaisir que l'on ressent à regarder The green inferno, lequel s'avère une véritable expérience. Eli Roth n'a pas plagié les films de cannibales des années 80. Il Il a livré sa propre vision du sujet, en évitant les scènes très contestables de ce genre de films (les mises à mort d'animaux). Non sans avoir remercié Ruggero Deodato à qui il dédie son film.

In fine, The green inferno n'est pas juste une oeuvre qui dépoussière les films de cannibales. C'est un film efficace se révélant au-delà de ses scènes chocs, en nous interrogant sur l'évolution de notre société et notre propre humanité.