sorrywemissed1Titre du film : Sorry we missed you

Réalisateur : Ken Loach

Année : 2019

Origine : Royaume-Uni

Durée : 1H40

Avec : Kris Hitchen (Ricky Turner), Debbie Honeywood (Abby Turner), Rhys Stone (Seb), Katie Proctor (Liza Jane), Ross Brewster (Gavin Maloney), etc.

FICHE IMDB

Synopsis :
Ricky, Abby et leurs deux enfants vivent à Newcastle. Leur famille est soudée et les parents travaillent dur. Alors qu’Abby travaille avec dévouement pour des personnes âgées à domicile, Ricky enchaîne les jobs mal payés ; ils réalisent que jamais ils ne pourront devenir indépendants ni propriétaires de leur maison. C’est maintenant ou jamais !

 

Avec Sorry we missed you, Ken Loach (83 ans au compteur!) continue inlassablement de tracer son sillon dans le cinéma social. On peut même dire qu’on est dans un cinéma vérité. Dans It’s a free world (2007), il dénonçait le sort des travailleurs immigrés en Angleterre. Depuis la situation ne s’est pas amélioré. Loin s’en faut.

sorrywemissed3Désormais on exploite même au maximum l’Anglais des classes populaires. Dans Sorry we missed you Loach s’intéresse de près à l’ « uberisation » de notre société. Pour démontrer son propos, quoi de mieux que de prendre une famille type avec deux parents et deux enfants. Les parents s’échinent à la tâche depuis de nombreuses années mais n’arrivent pas à mettre de l’argent de côté pour financer l’achat d’une maison. Leur maison. Pire, au lieu de cela, les dettes s’accumulent. Et la situation de la famille devient aussi précaire que celle du père de famille multipliant les petits boulots. Le film débute ainsi avec Ricky décidant de travailler pour une société de livraison de colis en tant que faux indépendant (un ersatz d’Uber).

Avec un sens du détail remarquable, Ken Loach montre parfaitement la difficulté de cette classe anglaise laborieuse n’arrivant pas à s’en sortir, même en travaillant de nombreuses heures par jour. On est vraiment en face de travailleurs pauvres. Dans la famille Turner, Ricky et Abby s’épuisent jour après jour au détriment de leur privée. Le film, plus réaliste que jamais, a un côté inexorable. On ressent une tension grandissante dans les relations entre les membres de la famille Turner, qu’il s’agisse des adultes ensemble ou des adultes avec leurs adolescents. Ces derniers ne comprennent pas que leurs parents travaillent aussi dur pour un retour sur investissement si faible.

Comme toujours, Loach parle d’un sujet qui le motive plus que tout : l’Humain. Il dénonce sans vergogne les dérives d’une société capitaliste dont on ne cesse de voir les effets pervers. Ce sont de façon injuste les travailleurs pauvres (qui remplacent finalement ceux qui étaient jadis des ouvriers) qui sont les perdants du grand jeu de la mondialisation. La recherche perpétuelle de profit fait tous les jours des dégâts sur les êtres humains, dont l’exemple criant est ici la famille Turner.

Ken Loach évoque aussi un sujet fondamental au regard du vieillissement de la population : la dépendance des gens. Abby Turner travaille en tant qu’aide à domicile et dispose d’un temps extrêmement court pour aider ces personnes dans leur quotidien. Encore une fois c’est hallucinant de voir ces gens dépendants dont certains ne peuvent même pas bouger par eux-mêmes, incluant le fait de se rendre aux toilettes. Si l’uberisation est critiquée au plus haut point, Loach s’en prend aussi à ces familles qui ont abandonné leurs aînés. C’est triste de voir cette société où l’on ne pense finalement qu’à soi. La solidarité est de moins en moins partagée.

sorrywemissed2Pour faire passer ses messages sociaux forts, Ken Loach est comme à son habitude un extraordinaire d’acteurs. Les personnages de la famille Turner sont plus vrais que nature. Ce sont des gens que l’on pourrait croiser dans la rue. Et c’est en cela que le film est encore plus inquiétant. Mention spéciale au passage à l'acteur Ross Brewster épatant dans le rôle de Gavin Maloney, le salaud de cette histoire que le spectateur déteste. En chef inflexible et autoritaire, il représente le côté insupportable de l'uberisation de notre monde.

Cette fiction a des allures de documentaire. On sent que Loach s’est très bien documenté. Il dépeint une société qui va mal, qui est en crise par son exploitation permanente des travailleurs. Aurait-on oublié que dans le terme gestion des ressources humaines, il y a avant out le mot humain ? La pénibilité de la tâche de certains et les faibles ressources qui leur sont attribuées pose question. Comment vit-on décemment aujourd’hui en Angleterre ? Une fois encore, Loach prend le poulps d’une société allant de mal en pis. Sans malheureusement trouver de réponse positive. Le constat et la dénonciation constituent déjà une première étape. Sorry we missed you s’apparente alors à un cri du coeur. Mais qu’attendons nous pour changer ce monde en mettant un coup de pied dans la fourmilière ?