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Réalisateur : H-G Clouzot, 1968
Origine : France
Durée : 105 minutes
Musique : Gilbert Amy, Mahler, Xenaris
Interprètes : Elizabeth Wiener, Laurent Terzieff, Bernard Fresson, Dany Carrell, Danièle Rivière
FICHE IMDB

"Je sais que La prisonnière va heurter, choquer, horrifier certains spectateurs. On criera à la provocation, au scandale. Pourtant, croyez-moi, la perversion existe, et pour la décrire sous son aspect opprimant et tragique, il me fallait aller aussi loin que possible, sans avoir peur de traumatiser le public."  Henri Georges Clouzot

Henri Georges Clouzot ( Le corbeau,Le salaire de la peur, Les diaboliques, Les espions) réalise en 1968 son dernier film : La prisonnière. Celui-ci est la matérialisation d'un projet de longue date, inachevé à ce jour : L'enfer, film mettant en scène Romy Schneider et Serge Reggiani dans un drame métaphorique et fantasmagorique sur la jalousie, thème repris par Chabrol en 1994.

Avec  La prisonnière, Clouzot met en scène son premier film en couleurs, sublimant par là-même le milieu dans lequel il situe son film, celui de l'art contemporain, ainsi que les oeuvres auxquelles il fait référence.Si l'oeuvre de Clouzot est généralement considérée comme sombre, lui-même déclarant s'intéresser au Mal, dans son dernier film, l'auteur semble puiser au coeur de cette noirceur pour en extraire un romantisme étincelant.

Dès le premier plan, le film semble placer sous un double patronage des plus étonnant : on y voit, en caméra subjective, un homme manipuler une petite poupée de caoutchouc se pliant au grés de ses désirs, de ses manipulations. Le filmage nous place, de manière très explicite en position de voyeur, la charge érotique de la scène étant des plus évidente. Il est a noter que le voyeurisme précité est exacerbé par la notion, plus implicite, de domination. Le fétichisme de la poupée ne manque pas de renvoyer au cinéma japonais, et à ses nombreuses oeuvres déviantes des années 60-70 que sont les pinku eiga, oeuvres à l'érotisme soft où les perversions et le sadisme envers les femmes sont le principal attrait érotique. L'autre « patronage » que l'on peut déceler est celui du film de Michael Powell : Le voyeur , dont le héros est un solitaire, passionné d'image jusqu'à l'obsession. Caméraman le jour, il est également photographe de charme clandestin.

Le film de Clouzot s'avère être la parfaite synthèse des deux styles, ce de manière très personnelle.

L'histoire y est presque liminaire, prétexte à la métaphore: Stanislas Hassler ( magnifique et inquiétant Laurent Terzieff), directeur d'une galerie d'art moderne, est un pervers qui se plait à photographier les femmes dans des poses humiliantes. Josée ( Elisabeth Wiener), le femme de Gilbert (Bernard Fresson), l'un des artistes révélé par cette galerie, découvre un jour le secret de Stan. D'abord intriguée, elle assiste à une séance de pose, puis se sent irrémédiablement attirée par la fascinante personnalité de l'esthète et devient son modèle à son tour. Bientôt nait entre eux un tendre et pur sentiment. Impuissant et masochiste, Stan s'enfuit...

Au coeur de  La prisonnière se révèlent de nombreux thèmes, dont ceux du désir et de la perversion, les plus apparents, avec en toile de fond la folie, proche de la schizophrénie.

Le désir, refoulé, est omniprésent dans  La prisonnière. Les raisons du refoulement sont elles-même multiples: la frilosité des moeurs de la société française, en 1968, n'est pas le moindre des facteurs, celle-ci découvrant alors une liberté sexuelle bien plus revendiquée que réalisée, une autre raison de ce refoulement est le masochisme et l'incapacité à exprimer ses sentiments.

Ce film de  Clouzot se présente sous la forme du triangle amoureux, propice à susciter la jalousie et à jouer le rôle de révélateur des comportements de chacun.
C'est à la sortie du vernissage de la galerie de  Stanislas que Josée va être amenée à prendre un verre chez ce dernier, Gilbert étant occupée à « peaufiner » sa publicité auprès d'une critique d'art peu farouche.
Elle découvre alors l'appartement d'un esthète, véritable amateur d'art ayant transformé son appartement en musée, et au détour de la conversation apprend la passion de Stan pour la photographie qu'il pratique en amateur : celui-ci lui propose même de voir ses travaux, portant principalement sur « les mots », l'écriture. Mais un incident va venir perturber la séance, puis de manière plus profonde la relation de Josée à Stan : la vision d'une photographie d'une femme nue, en posture de soumission. Cet incident, s'il ne manque pas de faire rire Josée, pour masquer son trouble, va faire se renfermer encore d'avantage un Stan bien mystérieux, désolé de l'incident, mais qui prend bien soin d'observer les réactions de Josée face à cet élément perturbateur des plus incongrus. La soirée s'interrompra donc de manière abrupte malgré la volonté de Josée de revoir cette photographie. Le caractère pervers de cette mise en scène sera même mis en lumière avant que les protagonistes se quittent, comme en témoigne le dialogue entamé par Josée:  «  est ce que cela ( ce type de photo, le trouble semble l'empêcher de nommer l'objet qui le provoque) vous plait ? »

  • Stan : «  et vous ? »

  • si cela me plaisais, vous en tireriez moins de satisfaction.

  • Vous êtes moins sotte que vous en avez l'air »

Les dialogues sont précis, ciselés et visant à l'essentiel. En quelques phrases,  Clouzot nous fait comprendre diverses choses: en premier lieu que l'incident n'a rien d'un accident, mais qu'il est certainement un acte prémédité, soigneusement mis en scène, afin de tester les réaction de Josée, et que celle-ci s'est montrer gênée et réceptive à la fois, et de surcroît qu'aucun des deux n'est dupe du jeu mené par l'autre, sans que cela soit explicitement formulé, d'ailleurs.

Josée peut ensuite retourner à son quotidien sans histoire. Gilbert est montré comme l'antithèse de Stanislas. Ce dernier est raffiné, cultivé, riche, ne perd jamais son sans froid. Gilbert, lui, est plus désordonné, sanguin et expansif. Tout les opposent, jusque dans leurs prénoms dont l'un semble de nature aristocratique et l'autre populaire.

Mais la soirée avec Stanislas ne manque pas d'avoir des répercussions sur Josée qui éprouve l'envie de revoir celui-ci, afin d'assister à une de ses séances photo. Elle avouera même en avoir parlé à Gilbert, car leur couple s'est fixé pour règle de tout s'autoriser à condition de ne rien cacher à l'autre, ce qui ne manquera pas de faire sourire Stanislas, tant cette « liberté » lui semble illusoire.
Il accèdera donc à la requête de Josée, très intriguée et curieuse de comprendre les motivations de ces jeunes modèles qui, moyennant finances, acceptent de se montrer nue dans des poses dégradantes, et sont prêtes à obéir en tout au photographe. La réponse de Stan est des plus laconiques:  « c'est si facile d'obéir. ».

Va s'engager alors devant les yeux de Josée une séance avec une modèle peu farouche ( Danny Carrel), qui confie simplement faire cela pour l'argent, afin de payer ses études d'esthéticienne. Stan se montre de plus en plus directif avec la modèle qu'il dénude selon un rituel bien particulier, faisant crépiter son flash avec frénésie. On peut voir, en montage alterné, le trouble de Josée qui se tord dans une transe littéralement sexuelle, jusqu'au paroxysme de la séance, Stan et la modèle atteignant eux même le point de non retour. La connotation éminemment sexuelle de cette scène illustre à merveille le voyeurisme, terme qui décrit un comportement ou une tendance « voyeuriste », c’est-à-dire basé sur l'attirance à observer l'intimité ou la nudité d'une personne ou d'un groupe de personnes dans des conditions particulières en cherchant à y éprouver une jouissance et/ou une excitation (délectation voyeuriste). Les pratiques voyeuristes peuvent prendre plusieurs formes, mais leur caractéristique principale est que le voyeur n'interagit pas directement avec son sujet, celui-ci ignorant souvent qu'il est observé. Le "voyeur" est souvent représenté observant la situation de loin, en regardant par une ouverture, un trou de serrure ou en utilisant des moyens techniques comme des jumelles, un miroir, une caméra, etc.  On parle aussi de scopophilie, ou pulsion scopique.Elle est définie par Sigmund Freud comme étant le plaisir de regarder. Il s'agit d'une pulsion sexuelle indépendante des zones érogènes où l'individu s'empare de l'autre comme objet de plaisir qu'il soumet à son regard contrôlant.

Stan, de par son attitude autoritaire et directrice, par sa fascination pour l'image et la représentation correspond tout à fait au profil du voyeur, de même que josée qui se surprend à être troublée par le spectacle de la séance où la modèle s'offre corps et âme à Stan, à ses ordres.
L'expérience que vit Josée est à mettre en parallèle avec son travail auprès d'une télévision où on la voit regarder les rushes d'un reportage sur des femmes soumises au désir de leur partenaire, ce qui ne fait que susciter son incompréhension au départ, mais semble guider sa relation avec Stan. C'est tout naturellement qu'elle voudra devenir son modèle, Stan resserant de plus en plus son emprise sur elle, la manipulant au gré de ses désirs. Curieusement, l'expression du désir est absente du personnage joué par un Laurent  Terzieff au regard hypnotique. Seule le personnage de Josée se morfond d'amour, son regard trahissant un émoi grandissant, qu'elle choisit d'exprimer par une soumission proche de la dévotion, faute de pouvoir exprimer ses sentiments d'autre manière.

Mais le silence et la froideur de Stan vont la forcer à sortir de sa réserve, provoquant une situation de conflit entre Josée et Gilbert.
Stan découvrant l'amour de Josée, et incapable de le recevoir, va fuir cette dernière qui tentera de mettre fin à ses jours en provoquant un accident de voiture.

La notion de triangle amoureux choisie par  Clouzot pour illustrer son propos se décline sous plusieurs formes: tout d'abord le triangle que forme Gilbert, Josée, et Stan, mais aussi celui formé par Josée, Stan, et ses modèles ( lors des séances auxquelle Josée assiste), ainsi que celui formé par le(s) modèles(s), Stan, et son appareil photo, médiateur et support de ses pulsions voyeuristes, ce dernier remplaçant avantageusement, mais dans un tout autre but, la caméra de Peeping tom de Michael Powell . En effet, là où la caméra semble devoir traquer une peur que le « héros » du film  Le voyeur  n'est pas en mesure de surmonter et qu'il a érotisé, l'appareil photographique de Stan vise à immortaliser sa domination, et les effet de celle-ci sur ses modèles. Le triangle amoureux, s'il permet d'illustrer ce qui pourrait n'être qu'un drame de la jalousie, et une histoire d'amour contrarié, celui de Josée principalement, est également l'occasion pour clouzot de traiter de la perversion, et plus spécifiquement du voyeurisme, en détournant toutefois le sens de celui-ci : alors que le voyeur prend plaisir à observer l'intimité d'une personne qui ignore être surveillée, nous assistons ici à des situations où la personne mise en situation de voyeur, le spectateur le premier, ignore ce qu'il va voir. Le cas le plus significatif est celui de la première séance qui émeut tant Josée : Stan, le véritable chef d'orchestre, prend un malin plaisir à pousser les limites d'une Danny Carrel décidément dévouée à son photographe. Clouzot note avec une grande précision les jeux de regard qui vont s'instaurer: ceux de Josée observant le déroulement de la scène, et visiblement très troublée , ce qui la force à partir dans la précipitation, devant ce débordement pulsionnel qu'elle ne s'explique pas. De même, on peut voir les regard de Stan pour son modèle, biensûr, mais aussi envers Josée afin de voir l'effet de la séance sur celle-ci. Enfin, on notera les regards du modèle envers l'impassible Stan dont la carapace commence à se fissurer, et en direction de Josée, venue «  se renseigner ». Les regards ne cessent donc de se croiser les uns les autres, le modèle allant jusqu'à s'observer dans un miroir installé par Stan pour corriger ses poses, mais qui devient un moyen pour celle-ci de jouir de sa propre image et de sa propre soumission, dans un mouvement auto érotique spéculaire, permis par le miroir lui-même. L'érotisation du regard propre au voyeurisme joue donc à plusieurs niveaux, un seul personnage ( Stan) tirant les ficelles d'un jeu dont il ignore tout des effets, même s'il en devine, et en souhaite, à priori, certains. A ce titre, il est intéressant de noter la disposition, et la décoration si particulière de l'appartement de Stan: tout, dans celui-ci, renvoie au primitif, à l'archaïsme. En effet, en qualité de collectionneur, Stan à littéralement transformé son appartement en musée, lui conférant ainsi une ambiance des plus déroutante, mais les références à l'art primitif y sont nombreuses, à commencer par les tableaux de Dubuffet, se réclamant de l'art primitif, et de nombreuses statues, de masques, indiens ou africains. L'appartement semble être l'antichambre des pulsions obsessionnelles de Stanilas, le reflet de son inconscient, l'expression de son moi refoulé, où le tabou n'a plus droit de citer, et où son moi social peut enfin lâcher prise.

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Une conversation entre Josée et ce dernier nous apprendra que Stan est convaincu que tout le monde est voyeur, à des degré divers, ce que nous offrent les médias étant un dérivatif socialement admis de nos instincts les plus archaïques et les plus refoulé. Le personnage de Stan se montre volontiers secret, cynique et distant dans ses rapports aux autres, à la limite de l'asociabilité est en opposition totale avec le personnage de Josée croyant en l'amour et qui semble bien naïve. Si Clouzot avait annoncé un film sur la perversion,  La prisonnière n'en reste pas moins un drame amoureux remarquable d'intensité, où la véritable perversion consisterait finalement dans la froideur de Stan incapable de recevoir l'amour que lui voue Josée, et qui préfère prendre la fuite, craignant, on le découvre plus tard, ses véritables sentiments pour cette dernière.

Un autre thème plus suggéré, mais néanmoins présent, et corolaire de la perversion est celui de la folie, une folie intimement liée à l'amour que Josée voue à Stan, un amour que Clouzot nous dépeint d'emblée comme impossible, tant les personnalités de Josée et de Stanilas sont opposées, de même leurs conceptions de la vie et de l'amour. Josée, en effet, ne conçoit pas l'amour sans l'exclusivité du couple, tout en s'accordant avec Gilbert une certaine « liberté » contractuelle, ce qui dénote déjà une position quasi schizophrénique, son idéal de l'amour se confrontant à la réalité des sentiments autrements plus volatiles qu'elle ne le souhaiterait. Sa « schizophrénie » va aller plus loin avec Stan, notemment lorsqu' elle prendra plaisir à devenir, dans une démarche qu'elle déclarera volontaire plus tard, une modèle soumise à ses fantasmes de photographe, puis une partenaire soumise, afin de s'attirer les faveurs de celui-ci.
Le glissement vers la folie, esquissé par Josée, va se marquer plus brutalement après la fuite de Stan qui n'accepte pas ses propres sentiments. En effet, après son accident, une scène, qui n'est pas sans rappeler celle du fameux Personna de Ingmar Bergman, nous montre le désordre mental dans lequel se trouve Josée. Cette scène, exceptionnel par son montage, qui rappelle certaines des oeuvres précitées dans le film, au montage saccadé, à l'image torturée nous plonge au coeur de ce qu'il convient d'appeler un délire, reprenant des images vécues par Josée, Clouzot les recombine dans un savant mélange, dont l'aboutissement sera, à l'instar de Personna, la recomposition d'un visage à partir des deux êtres aimés : Gilbert et Stan, qui se seront justement affrontés au cours de ce délire. La visite de Gilbert à l'hôpital va d'ailleurs être lourde de signification: Josée n'aura de cesse de l'apeller Stan, ayant, semble-t-il occulté, refoulé tout souvenir de Gilbert.

    On ne saurait passer sous silence le milieu dans lequel se déroule l'action: celui de l'art contemporain, et plus particulièrement de l'art cinétique, tant l'esthétique de celui-ci semble imprégner le film de Clouzot.L'art cinétique et optique est un courant artistique fondé sur l'esthétique du mouvement. Il est principalement représenté en sculpture où l'on a recours à des éléments mobiles. Mais l'art cinétique est également fondé sur les illusions d'optique, sur la vibration rétinienne et sur l'impossibilité de notre œil à accommoder simultanément le regard à deux surfaces colorées, violemment contrastées. Dans ce dernier cas de cinétisme virtuel, on parle de Op Art.  Marcel Duchamp, en vidéo semble avoir ouvert la voie à ce mouvement, se basant, lui, essentiellement sur des illusions visuelles, relayant par là même tout un pan des travaux de la psychologie expérimentale de l'époque qui cherchait à comprendre le fonctionnement de certains mécanismes cognitifs,tel la vue, par exemple.

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Gilbert, lui, illustre par son travail de sculpteur d'avantage l'Op Art  popularisé par les travaux de Victor Vasarely, dont les peintures suggéraient le mouvement. On voit notemment, dans  La prisonnière, Gilbert travailler et présenter à Stan une sculpture de « rotation de cubes sur un axe ». Hormis cette référence très explicite à l'art cynétique, Clouzot semble s'être joué des codes de cette nouvelle école qu'il n'hésite pas à brocarder par ailleurs: le vernissage de la gallerie de Stanislas est un joyau de cynisme. Les artistes y sont présentés soit comme des gens superficiels, en dehors de toute considération matérielle, et sans prise avec le réel en définitive, soit comme des gens à l'égo démesuré faisant scandale de la mauvaise exposition de leur oeuvre ( à l'image d'un énergumène très agité qui n'est autre que Pierre Richard, venu faire une apparition comme tant d'autres: Claude Piéplu, Michel Piccoli, Dario Moréno, Charles Vanel). Les références aux codes et à l'esthétique de l'art cinétique sont en effet multiples:  on peut voir Bernard Fresson observer les jeux d'ombres et de lumières se découpant sur les gens au rythme du métro, observer les illusions d'optiques provoqués par sa main devant une robe à carreau, etc... tout devient prétexte à l'expérimentation visuelle, mais surtout de son point de vue, Clouzot nous réaffirmant par là-même le statut d'artiste de Gilbert, seul capable de saisir au milieu de la foule la beauté de ces images fugaces qui vont pour le plus  grand nombre s'évanouir, autant d'impressions rétiniennes auxquelles nous sommes soumis sans y prêter attention. Clouzot ira même jusqu'à intégrer les codes de ce mouvement artistique pour s'en servir à son tour et nourrir son cinéma : nous pourrons voir, notamment, une scène de « poursuite » amoureuse entre Josée et Stan, se déroulant dans un cimetière de bateaux, où les carcasses permettront au réalisateur de se jouer des verticales et des horizontales pour composer des plans en trompe l'oeil, que n'aurait pas renier l'art cinétique. Cette scène fait par ailleurs écho à une autre poursuite, sur les toits parisiens, entre Gilbert venu demander des comptes, et Stan, où l'architecture fournit autant de prétexte à Clouzot pour jouer avec l'oeil de ses spectateurs, et leurs nerfs, le tout sur un ton décomplexé, proche du ludique.

On le voit  La prisonnière est d'une grande richesse, certainement le plus conceptuel de son réalisateur, mais qui est d'un abord relativement simple de part la force de son intrigue, de par la beauté de ses plans, et par le caractère ludique de ceux-ci.