Interview de Xavier Gens, réalisateur de Frontière(s), Hitman et The divide

xaviergensPendant le festival Hallucinations, j'ai eu le plaisir d'interviewer Xavier Gens, juste après avoir vu son film The divide.

Je remercie à cette occasion ce cinéaste pour sa disponibilité et sa bonne humeur et aussi Anne-Laure de Boissieu qui a permis l'organisation de cette interview.


Bonjour Xavier. Que penses-tu des festivals de cinéma tels que Hallucinations collectives, le NIFFF (à Neuchâtel) ou encore Gérardmer ?

Ils sont importants parce qu'ils donnent accès à la culture, notamment parallèle, qu'on ne peut pas avoir dans les cinémas.

Souvent, quand tu souhaites aller au cinéma en ville, tu n'as accès qu'à des programmes qu'on t'impose, qui sont très « mainstream » alors que dans les festivals de ce genre tu découvres des films, des courts métrages que tu n'as pas forcément l'occasion de voir au cinéma traditionnel, mais uniquement en DVD.

Heureusement qu'il y a ces festivals qui existent pour offrir des choses un peu nouvelles aux spectateurs.

 

risquemaximumJ'ai vu que tu avais été assistant réalisateur de Ringo Lam et de Tsui Hark. Peux-tu m'en dire plus à ce sujet ?

C'est en fait le résultat du hasard. J'habitais à cette époque à Nice et Antibes. Ringo Lam et Tsui Hark sont venus en 1996-1997 tourner les films Risque maximum et Double team qui se sont enchaînés.

Les cinéastes avaient besoin de stagiaires régie / mise en scène sur les films. J'ai donc été postuler aux tournages. L'ironie du sort est qu'avec un pote on rêvait de faire du cinéma et on s'était dit que le jour où on en ferait, ça ne serait jamais avec Jean-Claude Van Damme. Et en fait le premier job qu'on a eu, c'était avec Van Damme !

 

dentsdelamerQuels sont tes films préférés ?

Le film qui m'a le plus marqué est Les dents de la mer de Steven Spielberg. Après j'adore Robocop de Verhoeven, Starship troopers, Predator de Mc Tiernan, Piège de cristal. J'apprécie toute cette génération qui va des années 70 au début des années 90 qui correspond en fait à la période de la VHS et à mon adolescence durant laquelle j'ai découvert tous ces films.

J'aime aussi beaucoup les premiers films Peter Jackson et Sam Raimi. C'est la démarche que ces jeunes cinéastes ont eu qui m'a poussé à vouloir faire du cinéma. Quand tu regardes Bad taste, Brain dead ou Evil dead, ce sont des films qui ont été tournés avec des bouts de ficelles sur plusieurs semaines, entre potes. C'est vraiment la démarche de faire son truc par soi-même qui fait que je suis arrivé par ce biais là.

C'était un peu l'avènement des amateurs qui souhaitaient devenir professionnels. Peter Jackson c'est quelqu'un comme toi ou moi qui était juste « ouf » à faire ses « make-up » lui-même, ses maquettes, enfin il faisait tout lui-même. Il a même deux rôles dans Bad taste ! Quand tu vois un film comme cela, il y a une telle générosité que tu as envie de faire la même chose.

 

the divide 2Quelles sont tes sources d'inspiration sur The divide ?

En fait, sur Frontière(s), j'ai reçu plein de critiques comme quoi le film était inspiré d'autres films. Quand j'ai fait The divide j'ai essayé d'éviter ça. J'ai cherché à faire un film qui n'appartienne qu'à lui. Au moins, si la critique s'en prend au film, cela ne sera pas pour cette raison.

Sur la structure du film en lui-même, je dirais que la seule vraie inspiration est Sa majesté des mouches de Peter Brook, et encore.

 

En voyant dans The divide ce groupe reclus qui se désunit progressivement , cela m'a fait penser à La nuit des morts-vivants de George A. Romero. Est-ce le cas ?

Peut-être inconsciemment. En fait, dans The divide, avec la dégradation progressive des personnages, je penserais plus à Salo de Pasolini. Et encore il ne s'agissait pas là d'une inspiration directe. C'était plus une inspiration thématique. Après il faut dire qu'il y a eu des petits clins d’œil à John Carpenter sur la musique (des thèmes musicaux rappellent The thing) ou tout simplement par le fait que l'un des personnages s'appelle Sam Carpenter.

 

Peut-on avoir une idée du budget du film ?

4 millions de dollars au total. Il faut savoir qu'au départ, on avait 5 millions de dollars pour faire le film. Mais on a eu des problèmes avec plusieurs des financiers initiaux qui sont partis. On a été obligé de tout arrêter. C'est au moment où on a pris la décision de casser le décor que le stagiaire régie m'a a invité à parler à ses parents. Moi je croyais que c'était pour justifier un mot d'excuse pour dire pourquoi le stagiaire régie n'avait plus de boulot. Et pas du tout. Ses parents m'ont dit que l'argent ne constituait pas un problème et ils m'ont promis 2,5 millions de dollars ! L'argent était viré sur le compte dès le lendemain ! C'est incroyable. Un film ne tient parfois vraiment à rien.

 

rosannaarquetteIl y a dans le film plusieurs acteurs qu'on avait perdu de vue au niveau du cinéma – Rosanna Arquette, Michael Biehn – et d'autres qu'on a plus l'habitude de voir dans des séries télé. Comment t'es venue l'idée de penser à ces acteurs ?

Sur ce genre de budget, aux Etats-Unis, c'est plus facile d'avoir des gens qui sont à la télé parce que d'un coup ça amène une vraie valeur sur ton film. Par exemple, Milo Ventimiglia est quelqu'un qui joue dans Heroes et qui a une bonne exposition. Au cinéma, il n'a pas encore des premiers rôles. En le prenant dans un film, c'est intéressant pour lui parce qu'il casse son image et ça aide le film qui bénéficie de la présence de quelqu'un de très connu dans un rôle important. Pour Michael Biehn et Rosanna [Arquette] j'ai grandi en regardant les films qu'ils faisaient. Quand j'ai annoncé Michael Biehn à la production, on m'a dit pourquoi pas. Plus personne ne pensait à lui.

Pour le rôle joué par Rosanna, on a essayé au départ d'avoir Linda Hamilton [Sarah Connor dans Terminator et Terminator 2]. Et en fait quand cette dernière a lu le script elle nous a dit non. Elle ne voulait pas dans le film être prise en levrette par deux autres acteurs. Ce qui n'a pas posé de soucis à Rosanna.

 

Y-a-t-il une scène dont tu es particulièrement fier dans The divide ?

J'aime vraiment bien la scène où ils jouent à « action ou vérité ». C'est uniquement du jeu d'acteurs. Et je trouve que le rythme de la scène tient grâce aux comédiens. Sur cette séquence-là, Milo [Ventimiglia] tient vraiment le truc, il est à fond dedans. Tout comme Michael Eklund qui a improvisé avec la bouteille. Cette scène avait été écrite au départ un peu différemment et rien qu'en improvisation les acteurs ont réussi à apporter quelque chose de vraiment étonnant.

Les acteurs sont de la matière organique que tu ne peux pas complètement contrôler. Et quand ça marche c'est là où il y a de la vraie magie. Quand tu as une super scène avec un bon jeu d'acteurs, c'est ce qu'il y a de plus important.

 

Est-il prévu que le film sorte en salles ou le verra-t-on uniquement en DVD et en blu ray ?

Officiellement il ne sortira qu'en DVD et en blu ray. Mais une petite tournée avec Bac Films est prévue à travers toute la France et je devrais avoir prochainement les dates. Au moins on pourra montrer le film au public.

 

frontierTes films évoquent toujours un rapport à la violence et derrière tout ça un rapport dominant-dominé. Est-ce quelque chose qui t'intéresse ?

Je pense que c'est inconscient. Pour Frontière(s), je voulais traiter d'un conflit de société et dans The divide il s'agissait de montrer comment une micro-société va amener à répéter les mêmes erreurs que par le passé, c'est-à-dire à basculer dans le fascisme. Quelque part The divide constitue une continuité de la thématique de Frontière(s). Je pense que pour le prochain film je vais vraiment passer à autre chose. Je trouve que c'était intéressant de montrer dans Frontière(s) un conflit entre deux générations : les jeunes d'aujourd'hui et une entité comme le nazi qu'on voit dans le film qui représente un peu le terreau de tout ce qui est d'extrême-droite et autre. Et puis dans The divide on voit notre société qui bascule dans quelque chose d'un peu sauvage malgré elle. Elle répète des choses qui sont arrivées parce que les personnages sont acculés dans quelque chose qu'ils ne maîtrisent pas.

 

Peut-on avoir des informations sur ton prochain projet de long métrage ?

Plusieurs projets sur le feu. Je ne sais pas lequel va démarrer en premier. Cela dépendra du financement.

Il y a un projet en France qui devrait se faire. Je ne le saurai que cet été.

Et il y a aussi un film américain qui devrait se faire. Mais c'est pareil. J'attends de savoir si ça va être financé ou pas. Je ne le saurai qu'après Cannes.

Ces deux pistes m'intéressent. Pour l'instant j'écris, je prends des rendez-vous, je fais des repérages pour les deux films. Et puis on verra bien ce qui se passe. Comme je suis un peu superstitieux, je ne préfère pas trop en dire. Attendons.

Merci Xavier pour cette interview !